Voir mes Études et leçons, 2« série, p
TAINE HISTORIEN. â»
Parisiens sont des J... f...; il faut mettre une rivière de sang entre eux et les émigrés. » Ce propos, dont la seule source est une anonyme tradition orale, impossible à contrôler, non seulement Taine l'adopte comme authentique, mais, par un savant jeu de guillemets , (p. 286), ilFamalgame avec la péroraison du très authentique discours du 2 septembre 1792, où Danton invitait les Français à Taudace contre « les ennemis de la patrie ». Ces ennemis de la patrie, ce sont dans ce discours les Prussiens, les Autrichiens. Taine, par un rapprochement calomnieux, change le sens des paroles de Danton. Danton excitait les Parisiens contre Fennemi extérieur; Taine nous fait croire qu'il les excitait contre les ennemis de Tintérieur *.
Taine assure aussi (pp. 286-287) que le même jour, 2 septembre 1792, pour paralyser la résistance des honnêtes gens, Danton fit décréter la peine de mort contre quiconque, « directement ou indirectement, refusera d'exécuter ou entravera, de quelque manière que ce soit, les ordres donnés et les mesures prises par le pouvoir exécutif ». Or, ce fut un tout autre décret que la Législative vota. Oui, elle décréta la peine de mort, mais contre qui? Contre « tous les agents de l'administration et de la force publique qui résisteraient ouvertement au pouvoir exécutif en refusant d'exécuter les mesures qu'il aurait prises pour la sûreté de l'État 2 ». Entre le texte que suppose Taine et le texte vrai il y a la même différence qu'entre une tyrannie sans raison et une mesure patriotique de défense nationale.
1. Sur le sens de ce discours de Danton, voir mes Éludes et leçons^ 2* série, p. 52 à 54.