‹ TaineChapitre 56 sur 102 · Procès-verbal de VAssembUe législative, t. XIV, p · texte numérisé non relu

Procès-verbal de VAssembUe législative, t. XIV, p

Si Taine avait étudié sans parti pris les textes et les faits, il aurait vu que, de tous les gouvernants d*alors, Danton est le seul qui prit des mesures efficaces pour arrêter l'extension du massacre. En effet, c'est Danton qui empêcha qu'on amenât à Paris les prisonniers des départements voisins. En particulier, c'est lui qui, au péril de sa fortune politique, sauva Adrien Duport, arrêté. Ce dernier fait est si connu que Taine n'a pas osé le passer sous silence. Mais voici comment il le relate (p. :289) : « ...Duport, empoigné dans un département voisin, arrivait dans la boucherie. Celui-ci est le plus difficile à sauver; il faut des coups de collier redoublés pour l'arracher au maniaque qui le réclame. » Le maniaque, on voit bien que c'est Marat. Mais le sauveur, qui est-ce? Taine ne le dit pas. Or, c'était Danton. Ici, quelque idée avantageuse qu'on se soit faite de la probité intellectuelle de Taine, il n'y a pas moyen de nier qu'il n'ait à dessein, et par passion, caché au public la partie de la vérité qui contredisait sa thèse.

En racontant ainsi les massacres de septembre, Taine croit avoir raconté tout l'essentiel delà « conquête jacobine » à Paris entre le 40 août 1792 et la réunion de la Convention nationale.

Un second chapitre expose la « conquête jacobine » en province, pendant la même période.

Taine commence par assurer (p. 313) que des journées comme celles du 2 septembre 1792 se comptent «par centaines » dans les départements, et eosuite il n'en peut citer aucune; en effet il n'y a qu'à Paris qu'il y ait

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eu alors un grand massacre par le moyen de tribunaux populaires improvisés.

Puis il assure que, « dans toute ville ou bourgade, le club est un foyer inflammatoire qui désorganise les parties saines, et chaque centre désorganisé émet au loin ses exemples comme des miasmes ». « De toutes parts la môme fièvre, le même délire et les mêmes convulsions indiquent la présence du même virus, ce virus est le dogme jacobin. » Comme preuve de Tuniversalité de ce virus et de ces phénomènes, Taine n'allègue qu'une phrase d'une lettre du citoyen Laussel aux Jacobins de Lyon où, à en croire le royaliste abbé Guillon, il aurait conseillé aux Lyonnais, à la date du 28 août 1792, de couper des têtes.

En conséquence du dogme jacobin de la souveraineté du peuple, Taine dit (p. 314) que le peuple a repris Texercice de cette souveraineté, et que les autorités existantes sont retombées dans le néant. Il flétrit (p. 315) rhumilité et la lâcheté de la Législative, qui abdique devant ce peuple souverain. Il croit (p. 316) à la véracité du conventionnel anti- montagnard Fockedey, qui raconta, dans un discours du 25 septembre 1792, qu'à Douai des émissaires de la Commune de Paris avaient dit à la Société populaire : « Dressez des échafauds, que les remparts soient hérissés de potences, et que celui qui ne sera pas de notre avis y soit attaché. » Sa crédulité passionnée gobe l'énorme invraisemblance de ce propos.

Il croit entendre, à cette époque, le tocsin sonner partout « contre toutes les supériorités sociales » (p. 317).

Puis, le voilà qui, racontant la période entre le 10 août et le 20 septembre 1792, produit quelques anecdotes sur

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les troubles et les pillages en mai et juin 1792. S'apercevant qu'il a brouillé ses notes, il se tire d'affaire en disant (p. 317) qu'en plusieurs départements, les Jacobins « ont devancé l'appel », et, brouillant aussi les lieux, il place à Castres (p. 318) des incidents qui se sont passés à Albi *. En même temps, par un retour à ces statistiques fantaisistes dont il a le secret, il avance que, w dans dix départements, la septième Jacquerie continue sans interruption la sixième ». D'une très obscure histoire (pp. 321 à 326) d'une « société secrète » qui, au service du club de Saint-Affrique, aurai l terrorisé cette ville après le 10 août, Taine conclut : « Tel est à peu près le type du gouvernement qui surgit, après le 10 août, dans chaque commune de France : le club règne... »

J'ai tort de dire qu'il conclut. Il recommence à démontrer la .tyrannie des Jacobins et la lâcheté des autres par des anecdotes sur ce qui se passe, soit à Arras, d'après cette source suspecte qu'il appelle Un séjour en France^, soit à Nimes, à Toulouse, à Toulon, à Reims, à Lyon, à Avignon, à Marseille (pp. 328-399), qu'il montre aux mains de gens sans aveu, bandits ou pauvres. Chemin faisant, il rencontre les « volontaires », et assure (p. 332) qu'ils étaient « encore plus jacobins que patriotes », et, d'après quelques faits plus ou moins authentiques, il déclare qu'ils traitaient la France en pays conquis.

Enfin il se fatigue et il craint que son lecteur ne se

1. Voir aux Arch. nat., F^ 3961 (ancien 3271), la lettre des administrateurs du Tarn, du 16 juin 1792 (et non du 18 juin, comme le dit Taine). Il y est dit que, dans ce moment, le district de Castres «jouit du plus grand calme ».

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