Chapitre III, § 1, c'est le tableau de Tépuration des fonctionnaires
Taine y expose, sur un ton d'indignation (pp. 366 à 370), qu'après le 10 août, pendant trois mois, les « Jacobins » procédèrent à une épuration générale des fonctionnaires. C'était bien naturel, au moment du passage de la monarchie à la République. Mais le but de Taine est d'amener à croire que les « Jacobins » trafiquèrent de ces places à prix d'argent. Comme preuve, il cite (note 2 de la p. 369) ces deux assertions du conventionnel Bergoeing : « Mon ami apprit que la place avait été accordée à un autre, qui aurait compté 50 louis au député. Les députés de la Montagne disposent souverainement de ces places et les mettent à prix : les tarifs sont presque publics. » Or, Bergoeing, membre de la Commission des Douze, était un des plus fougueux adversaires des Montagnards. Il fut au nombre de ces Girondins qui allèrent à Caen pour y fomenter la guerre civile. C'est par tous les moyens qu'il combat ses adversaires. Son témoignage est-il valable? Et encore ce témoignage, quel qu'il soit, Taine le mutile et le déforme, de manière à faire croire que c'est d'un de ses amis que Bergoeing tenait l'histoire du solliciteur auquel un député avait extorqué 50 louis. Pas du tout : si on se reporte à l'original *, on voit qu'il s'agit d'un citoyen F..., qui avait déposé, devant la Commission des Douze, qu'un militaire, qu'il ne
1. Il s'agit de la brochure de Bergoeing publiée à Caen, fin juin 1793, sous ce titre : Bergoeing à ses commettants et à tous les citoyens de la République^ réimprimée dans Bûchez et Roux, Histoire parlementaire, t. XVIII, p. 108 et suivantes. Le passage en question se trouve à la page 129 (et non 19, comme Timprime Taine).
nomma pas, avait dit avoir un ami qui aurait tenu ce propos. Ainsi ce fait, ce n'est même pas un ami de Bergoeing qui le relate, c'est un anonyme, qui le tient d'un autre anonyme! Et voilà sur quoi Taine croit et veut faire croire que, lors de l'épuration républicaine qui suivit la chute du trône, les républicains trafiquèrent des places!
Chapitre III, § 2, c'est le tableau (pp. 370 à 374) des élections dans les assemblées primaires démocratisées par la suppression du cens électoral.
Taine affirme (p. 371), mais sans preuve aucune, qu'on élimina de ces assemblées les monarchistes constitutionnels, les modérés, et il relate plusieurs faits (p. 373) d'où il résulte que ça et là quelques royalistes contre-révolutionnaires ou parents d'émigrés en furent éliminés. Il assure (p. 372), sans référence aucune, que les passeports furent refusés aux députés modérés qui, pendant la période électorale, voulaient aller dans leurs déparlements. Il ne dit pas que les députés « jacobins » n'y allèrent pas davantage. Dans tous les cas, beaucoup de députés de la droite cessèrent de siéger à partir du 10 août 1792 *.
Taine dit encore (p. 372) que les assemblées primaires furent « des lieux de désordre et de violence », et il le dit d'après des témoignages qui ne me semblent guère probants : i^ une phrase vague du romancier Rétif de la Bretonne; 2° une lettre du vice-président de la section du Théâtre-Français, qui dénonce un arrêté illégal de cette section, sans parler précisément de troubles et de violences, mais qui ne le dénonce qu'à la date du .29 octobre 1792 et, on le voit, pas du tout à propos des