‹ TaineChapitre 61 sur 102 · Arch. nat., C · texte numérisé non relu

Arch. nat., C

Poulain, d'Armonville et de Blanc. Pais on apprit que la nouvelle était fausse; les électeurs qui s'étaient absentés rentrèrent dans la salle du vote et le nombre des votants redevint normal. Où Taine voit-il que les « massacreurs », par leurs injonctions, avaient mis en fuite la moitié des électeurs?

Comme preuve finale et décisive que les élections à la Convention furent l'œuvre d'une minorité, Taine fait remarquer (p. 378) que la Bretagne et la Vendée, si catholiques, élurent des députés « anticatholiques ». Mais il serait bien embarrassé de nommer un seul député de ces départements qui méritât, au moment de son élection, Tépithète d'anticatholique, et c'est tout à fait au hasard et par fantaisie qu'il dit cela.

Même page, il écrit, pour la même démonstration : « Six régicides sur neuf députés représentent la Yendée, qui va se lever tout entière au nom du roi, » Il est exact que sur 9 députés vendéens, il y ait eu 6 régicides, mais il est faux que la Vendée se soit levée «tout entière » au nom du roi : les villes de Vendée restèrent fidèles à la République.

Taine trace ensuite (chapitre III, § 4, pp. 378 à 389) le tableau du personnel de la Convention nationale.

Oubliant déjà tout ce qu'il vient de dire pour prouver que les élections n'avaient été faites que par une minorité d'énergumènes « Jacobins », il déclare (p. 379) qu'il n'y avait à la Convention qu'une cinquantaine de députés démagogues, soit 700 députés non démagogues à qui « la pratique de gouvernement a donné quelques lumières ». Ces chiffres, il y en substitue presque aussitôt d'autres, sans qu'on sache pourquoi, quand il dit: « Bref, chez 650 députés, la conscience et l'intelligence ne sont plus faussées qu'à demi » (p. ?80).

Pourquoi est-ce maintenant 650 , et non plus 700?

Suivent d'autres statistiques fantaisistes. Il dit (même page) qu'il y avait à la Constituante 77 ex-constituants et i86 ex-législateurs. Je refais le compte, et je trouve (sauf erreur) 89 ex-constituants et 186 ex-législateurs. Voulant prouver que les « Jacobins » devinrent de plats serviteurs de Napoléon, il dit (page 381) que, sur 23 préfets, 21 avaient voté la mort. Or, si on consulte la liste des préfets au début du Consulat, on y trouve 16 préfets anciens conventionnels, et, sur ces 16 préfets, 10 avaient voté la mort sans condition, 1 la mort avec appel au peuple, 5 une peine autre que la mort*. D'ailleurs, quand ces préfets acceptèrent leurs fonctions, tous croyaient servir la République et non un maître, et la plupart firent preuve de civisme. Ce sont les modérés qui encombrèrent les antichambres du premier Consul, puis de l'empereur, et qui occupèrent les fonctions vraiment serviles.

Passant à l'appréciation morale des Girondins comparés aux Montagnards (pp. 382 à 389), Taine oublie que, quand il les avait rencontrés à la Législative, il les a^it stigmatisés sans réserve. Maintenant, pour .mieux noircir les Montagnards, il les blanchit en partie. Certes, il les blâme (p. 382) d'être de « purs logiciens » qui « se sont représenté l'homme en général j)^ et le

1 . Voir mon recueil intitulé L'État de la France en Van VIII et en Van 7X, avec une liste des préfets et des sous-préfets au début du Consulat, Paris, 1897, in-8°. Voici la liste de ces 16 préfets, avec leur vote entre parenthèses : Bailly (réclusion); Cochon (mort); Jean de Bry (mort) ; Ch. Delacroix (mort) ; Doulcet de Pontécoulant (réclusion, puis bannissement); Guillemardet (mort); Harmand (bannissement) ; J.-B. Lacoste (mort) ; F. Lamarque (mort) ; Le Tourneur [de la Manche] (mort avec appel au peuple) ; J.-J. lHarquis (détention) ; Musset (mort) ; Pérès (réclusion) ; Quinette (mort); J.-E. Richard (mort); Thibaudeau (mort).

projet de constitution de Condorcet, fait pour tous les hommes, lui paraît (p. 383) chimérique. Mais, à ses yeux, ces sectaires sont (p. 384) des gens conséquents, des gens sincères, qui veulent mettre fin « au r^gne de la force brutale et des bras nus ».

Les Girondins sont bien élevés, tandis que les Montagnards... Ainsi Pache, ministre de la Guerre, s'honore, dit Taine (p. 385), « de descendre dîner chez son portier et d'envoyer ses filles au club pour donner le baiser fraternel à des Jacobins ivres ». C'est, je crois, j^mo Roland qui a conté l'anecdote du dîner chez le portier, et je n'ai aucun moyen de contrôler son dire. L'autre anecdote est plus diffamante. Taine l'emprunte aux mémoires de Buzot, où on lit : « Les enfants de Pache, ses filles couraient comme des forcenées dans les lieux où l'on prêchait le meurtre et le pillage avec le plus d'impudence, et souvent on les a vues dans des embrassements dits fraternels en réchauffant les dégoûtantes orgies*. » On remarquera que Buzot ne dit pas positivement que ces Jacobins fussent « ivres », comme le veut Taine, et ces « dégoûtantes orgies *> n'étaient peut-être, dans son esprit, que les orgies de la pensée et de la parole. Ce qui est sûr, c'est que Pache n'avait qu'une fille, Marie-Silvie, qui, à l'âge de seize ans, le 15 janvier 1793, épousa François Audouin, secrétaire général de la Guerre*. Son père ou son mari l'envoyait-il vraiment embrasser les Jacobins ivres, comme dit Taine, ou réchauffer par ses embrassements leurs dégoûtantes orgies, comme le dit Buzot? Le témoignage de Buzot est unique. Buzot est le plus

1. Mémoires de Petion, Buzoty etc., éd. Dauban, p. 78. Bibl. nat., La 39/154, in-8^

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