Charles Nauroy, Le Curieux, t. II, p
rolandiste des Girondins. Il écrit ses mémoires pendant sa proscription, pendant sa fuite, le cœur déchiré par l'atrocité avec laquelle les Montagnards ont traité M"« Roland, son amie adorée. Il n'est pas exagéré de dire qu'alors il est fou de douleur, de colère, de haine. . Il veut à tout prix salir ses adversaires aux yeux de la postérité, et son imagination s'exalte. On peut assurer que nul témoignage ne fut plus passionné que celui de Buzot : Taine l'accepte sans contrôle *.
Ils représentent, ces Girondins, une légalité que Taine n'aime pas, mais enfin une légalité. Les Jacobins, au contraire, c'est la force brutale.
En voici, selon Taine, la preuve :
« L'état d'esprit des Jacobins, dit-il dans une note (page 388) fait contraste et se marque très bien dans les discours suivants : « Nous voulons despotiquement « une Constitution populaire. » (Adresse de la Société des Jacobins de Paris aux Sociétés des départements, 7 janvier 1793. Bûchez et Roux, XXIII, 288.) 76., 274. Discours de Legros aux Jacobins, 1" janvier : « Les « patriotes ne se comptent pas, ils se pèsent... Un « patriote, dans la balance de la justice, doit peser « plus que 100 000 aristocrates. Un Jacobin doit peser « plus que 100 000 Feuillants. Un républicain doit peser « plus que 100 000 monarchiens. Un patriote de la
Montagne doit peser plus que 100 000 brissotins- « D'où je conclus que le grand nombre de votants « contre la mort de Louis XVI ne doit pas arrêter la
1. Plus loin, p. 499, Taine envenime encore le témoignage de Buzot. Après avoir dit que, dans les rassemblements nocturnes à la porte des boulangers, les femmes se prostituaient, il ajoute : « Ne sont-ce pas là les baisers fraternels du patriotisme jacobin? Est-ce que la fille et la femme du maire Pache ne vont pas en donner dans les clubs aux sans-culottes ivres? »
« Convention, [et cela] quand bien même [il n^y aurait « que la minorité] de la nation pour vouloir la mort « de Gapet. — AppUmdi, » (J'ai été obligé de redresser le dernier membre de phrase qui, mal rédigé, restait obscur). »
Oui, les Jacobins adoptèrent en effet une adresse rédigée par un certain La Faye, qui, à en croire le Journal des Jacobins, contenait cette phrase : Nous voulons despotiquement une Constitution populaire i. C'est mal écrit, prétentieux. La Faye voulait dire que les Jacobins mettraient autanjt de ténacité pressante à obtenir une Constitution populaire que les despotes en mettent à maintenir leur tyrannie. Ce vœu est-il, comme le croit Taine, un appel à la force brutale? Quant au discours de ce Legros, s'il Fa réellement prononcé et si les Jacobins Font réellement applaudi, c'est un argument curieux à l'appui de la thèse de Taine. Mais nous ne le connaissons que par le Journal des Jacobins ^, et depuis assez longtemps le rédacteur de ce journal, Deflers, se laissait aller à faire la caricature plutôt que le tableau des séances de la Société, qui désavoua hautement ce journal par ses arrêtés des 20 et 21 décem* bre 17923. Je ne dis pas que les Jacobins ne rêvassent pas d'un coup de force : je dis que les deux textes allégués par Taine à l'appui de cette assertion ne prouvent rien.
Le sujet de la cinquième partie de ce chapitre III est très vague. Cela pourrait s'appeler, si l'on veut, Paris jacobin,
Taine y affirme (p. 389) que, sous la Convention, les