‹ TaineChapitre 64 sur 102 · Schmidt, t. I, p · texte numérisé non relu

Schmidt, t. I, p

192 TÂINE HISTORIEN

lecteur par des points suspensifs, et ii transcrit ainsi : « Ce coup d'œil était charmant ; tout le monde riait. » Il veut, par cette mutilation du texte, faire croire aux lecteurs que les gens n^étaient contents que du printemps et non de la politique i.

Enfin (pp. 396 à 399) Taine reproduit d'autres témoignages de Dutard aussi capricieux que fantaisistes, parfois contradictoires, sur l'attitude des modérés, des rentiers, des industriels, des commerçants, des gens de boutique, ceux-ci et notamment les marchands de vin, à la fois contents de tant vendre et mécontents de la Révolution en général, parce que leurs profits les ont modérantisés. Dutard bavarde, Taine bavarde avec lui.

Dans un sixième sous-chapitre (pp. 399 à 407), Taine trace un autre tableau de Paris jacobin, et en tête de ce tableau il place cette légende : « Composition du parti. — Son nombre et ses qualités baissent. — Les artisans subalternes, les petits détaillants, les domestiques. — Les ouvriers viveurs et flâneurs. — La canaille suburbaine. — Les changeurs et les bandits. — Les filles. — Les septembriseurs. » Les précisions qu'annonce cette légende, vous les chercherez vainement dans les pages dont elles sont censées être le résumé : ces sommaires détaillés, Taine les fait après coup, pour donner une apparence d'ordre à son texte, mais sans se préoccuper de faire cadrer les titres avec le texte.

Le « parti », ce sont les Jacobins, dans le sens vague

1. A propos de ce témoignage de Dutard, Taine ajoute en note : « Au moyen des estampes publiées dans les premières années de la Révolution et sous le Directoire, on peut revoir la scène complète. (Cabinet des Estampes.) » Que faire d'une référence aussi vague? Voir plus haut, p. 35.

du mot, ce sont les Montagnards, ce sont les républicains démocrates.

Taine affirme (p. 399) qu'ils n'étaient pas 6000 à Paris. Et il croit le prouver par le chiffre, si faible, des voix obtenues par des candidats montagnards élus aux élections municipales, comme s'il n'y avait eu d'abstentions que parmi les électeurs montagnards, et non parmi les électeurs girondins. Il s'appuie aussi sur le témoignage suspect de deux adversaires fougueux des Montagnards, l'observateur rolandiste Dutard, déjà nommé, et le conventionnel girondin Meillan.

Pour prouver que ces 6000 « Jacobins », c'est de la crapule, il ne s'appuie que sur les mêmes témoignages hostiles. Buzot avait dit à la tribune de la Convention, le 30 avril 1793 : « Voyez cette société jadis célèbre : il n'y reste plus que trente de ses vrais fondateurs, on n'y trouve que des hommes perdus de crimes et de dettes. » Taine reproduit cette boutade (p. 402) comme un témoignage probant. Il n'avertit pas le lecteur que le compte rendu même auquel il l'emprunte, celui du Moniteur^, note que la boutade de Buzot provoqua aussitôt une protestation indignée : « De violents murmures s'élèvent dans une partie de l'Assemblée. On entend ces mots : Nous sommes tous Jacobins I Basire Les départements connaissent ton infamie, scélérat! »

Parlant du petit peuple des sans-culottes, Taine cite (p. 402) un rapport de Dutard qui, à la date du 6 mai 1793, parle de l'imprévoyance de ces gens qui dépensent au hasard et ne ramassent rien. Dutard ajoute : « Depuis la Révolution, cette classe a beau-

1. 11 ne l'emprunte pas directement au Moniteur, mais à Bûchez et Roux, Histoire parlementaire, t. XXVI, p. 214, qui d'ailleurs reproduisent exactement le Moniteur.

TAINE HISTORISN. 13

194 TAINB HISTORIEN

coup soufTert. C'est cette classe qui a pris la Bastille, qui a fait le 10 août, etc. » Taine transcrit tout le passage, mais eu retranchant (sans dire qu'il la retranche) la phrase : Depuis la Révolution, cette classe a beaucoup souffert, A défaut de sympathie, le fougueux antidémocrate Dutard a quelque pitié pour ce petit peuple républicain, qui a souffert. Taine ne veut pas de cette pitié, qui va contre sa thèse, et, pour en supprimer la trace, il mutile le texte de Dutard.

Sa crédulité aux témoignages favorables à sa thèse continue à être sans bornes. Si le conventionnel antimontagnard Michel écrit dans une lettre, à la date du 20 mai 1793, que les femmes qui font partie de la Société fraternelle séante aux Jacobins sont, pour la plupart, des « filles publiques », Taine le croit et l'assure (p. 405).

La septième et dernière partie de ce chapitre III (pp. 407 à 412) est intitulée : « Le personnel régnant, — Son caractère et sa portée d'esprit. — Les idées politiques de M. Saule. »

Le personnel régnant, il se compose, à Paris, de « cinq mille brutes ou vauriens avec deux mille drôlesses * », et, en note, Taine ajoute (p, 408) que c'est la même chose en province, que partout on expulse des places les « libéraux et gens cultivés », et il en donne comme preuve une lettre d'un certain Richard au Comité de salut public, du 3 ventôse an II, qu'il a lue aux Archives nationales, dans le carton F^ 4434, Je vérifie, et je trouve en effet cette lettre de Richard, datée de l'an II, mais sans indication de jour ni de mois (Taine a inventé, ajouté cette date du 3 ventôse,

Page 1