‹ TaineChapitre 66 sur 102 · Voir plus haut p · texte numérisé non relu

Voir plus haut p

Bûchez et Roux Pont reproduit d'après le Moniteur^ En effet, j'y vois que, le 12 février 1793, Marat dit aux députés de la droite : « Vous êtes des gredins, des aristocrates, des coquins »; que, le 26 du même mois, le même dit aux mêmes : « Les cochons ! les imbéciles! » que, le 10 avril 1793, Danton dit à Deperret et aux Girondins dans un tumulte : « Vous êtes des scélérats! »; que, le 29 mai suivant, Vergniaud traita les Montagnards d'assassins et que David lui répondit : « C'est toi qui es un assasin! » On remarquera d'abord que c'est un Girondin, Vergniaud, qui prit l'initiative de traiter ses collègues d'assassins, ce qui contredit les dires de Taine sur le mauvais genre des Montagnards comparés aux Girondins. On remarquera aussi, et surtout, que ces vivacités furent exceptionnelles, que Taine n'en a pu trouver que quelques exemples, qu'elles étonnèrent et firent scandale. Si on lit les débats de la Convention, on est frappé au contraire de la non-trivialité du style ordinaire, de la correction en quelque sorte classique des orateurs, de l'absence d'injures et de grossièretés.

Suivent (pp. 422 à 428) quelques douzaines de « petits faits significatifs » sur l'insolence et les menaces dés tribunes.

Troisième tableau : les conventionnels terrorisés par la populace. Ce sont des anecdotes, plus ou moins suspectes, sur le procès de Louis XVL Taine assure (p. 430] que Vergniaud, qui ne voulait pas condamner Louis XVI à mort, changea ensuite d'avis par peur, et

1. Taine renvoie aussi, dans ce passage, à la réimpression du Moniteur, t. XIV, p. 80, mais c'est une erreur. Il n'y a rien, à cet endroit du Moniteur, qui se rapporte au diife de Taine.

198 TÂINE HISTORIEN

il raffirme sur le témoignage de deux mémorialistes, qui n'écrivirent que longtemps après, quand leurs souvenirs avaient pu se déformer : Philippe de Ségur et Harmand (de la Meuse).

Si Carnot et Cambon acceptent la dictature de la populace (p. 431), si même ils Térigent en système, c'est par patriotisme, dit Taine * , ne remarquant pas que, si le sans-culottisme pouvait sauver la France, faire réussir la défense nationale, ce n'était donc pas un régime tellement absurde.

En face de la brutalité hardie des Montagnards, Taine signale la défaillance et la faiblesse des Girondins, qui, au fond, ont le même idéal politique que les Montagnards, c'est-à-dire (p. 432) un État « selon la formule de Jean- Jacques », un État « omnipotent, philosophe, anticatholique, antichrétien, autoritaire, égalitaire, intolérant et propagandiste ». Jean-Jacques antichrétien ! Quelle fantaisie I

Quatrième tableau : attitude de la majorité girondine. Taine énumère (p. 435) quelques-uns des principaux décrets révolutionnaires rendus en mars et avril 1793, sans dire un mot des événements militaires qui avaient provoqué ces décrets ^.

Cinquième tableau : les Comités de surveillance.

Ici Taine veut faire croire (p. 437) qu'il a vu tous les registres des Comités de surveillance qu'on lui a signalés aux Archives nationales (F^ 2401 à 2505). En' réalité, il en a parcouru deux ou trois, sur plus de cent. Cela lui suffit pour porter un jugement définitif

1. Soit dit en passant, Taine a l'air de croire que déjà (à la fin de 1792 ou au commencement de 1793) Carnot dirigeait les opérations militaires.

Page 1