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sur ces Comités, et je n'ai pas besoin de dire que ce jugement est défavorable.

Il gémit avec gravité (p. 439) sur l'obligation des cartes de civisme.

Dans ces Comités, dit-il (p. 441), tandis qu'une main tient l'homme au collet, l'autre fouille dans ses poches. On y a la brutalité de taxer les gens selon leur ressource, par une « contribution subite » selon une progression dont Taine indique le taux. Ce qu'il ne dit pas, c'est que les Comités appliquent ainsi, comme c'était leur devoir, un arrêté de la Commune du 3 mai 1793. Ce qu'il ne dit pas davantage, c'est que cet arrêté, dont il présente l'application comme une sorte de vol démagogique, était précédé d'un préambule portant qu'il s'agissait de réunir les fonds nécessaires pour équiper 12000 volontaires parisiens qui allaient se battre contre les insurgés vendéens, et pour nourrir, en leur absence, leurs familles.

Taine parle avec sympathie (p. 444) des efforts des « modérés de la rue » contre la démagogie et avec tristesse de leur impuissance. Or, ces modérés étaient des jeunes gens réfractaires au devoir militaire. C^étaient les premiers « muscadins », plus ou moins désertiBurs des armées. Taine s'afflige (p. 445) que ces intéressantsjouvenceaux n'aient pas encore «la rudesse athlétique qui les soutiendra en 1795 » quand ils formeront des bandes pour assommer les « patriotes ». Aujourd'hui, en 1793, les Montagnards sont, hélas I plus vigoureux que les muscadins et les font taire rudement.

Bref, les sections deviennent (pp. 446 et 447) entièrement montagnardes.

A ces tableaux succède une sorte de récit, le récit de la querelle des Girondins et des Montagnards. Tâine en raconte, à sa manière, les principales phases : le procès et Tacquittement de Marat, la pétition parisienne du 15 avril 1793 contre les Girondins, la création de la Commission des Douze, l'arrestation d'Hébert, etc. Taine est sûr que le peuple jacobin veut septembriser les Girondins. Entre autres preuves, il rapporte, d'après un observateur de police, ce dialogue entre Hanriot, commandant du bataillon du Jardin des Plantes et des ouvriers du port. Hanriot leur aurait dit, de sa voix rauque : < Bonjour, camarades; nous aurons bientôt besoin de vous, et pour un meilleur ouvrage; ce n'est pas du bois, ce sont des cadavres que vous transporterez dans votre tombereau. — Eh* bien, eh bien, c'est bon, répond un manœuvre, d'un ton demi-ivre; nous ferons comme nous avons déjà fait le 2 septembre ; cela nous fera gagner des sous *. » Ce que Taioe ne dit pas, c'est que le policier (nommé Perrières) qui rapporte ce dialogue à la date du 29 mai 1793, le fait précéder de ce préambule et de ces réserves : « J'ai traversé ce matin plusieurs places, plusieurs marchés ; j'ai frisé le faubourg Saint-Marceau; tout m'a paru tranquille et plus tranquille qu'à l'ordinaire. J'ai seulement recueilli un

1. Cette citation, que Taine donne entre guillemets, n'est pas du tout littérale (Cf. A. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 335) : Taine refait, arrange, abrège ce dialogue, mais sans en altérer le sens.

propos attribué au commandant du bataillon de la section des Sans-Culottes (ci-devant des Plantes), qui m'a paru atroce ; mais celui qui me Ta rapporté ne le sait lui-môme que par ouï-dire de gens qui le tenaient eux-mêmes par une voie semblable*. » On voit que l'observateur ne croit pas trop à la réalité du propos, ou du moins qu'il n'en garantit pas l'authenticité. Taine n'hésite pas, lui, à garantir cette authenticité, à cacher au lecteur les réserves et les doutes de la seule personne par laquelle il connaît ce propos.

C'est pour Taine une certitude que Danton et ses amis ont voulu préparer le coup de force des 31 mai et 2 juin. Ce sont eux, ce sont les Montagnards, même modérés, qui, tout en laissant à la Commune la responsabilité, dirigeaient en effet l'insurrection. 11 assure (p. 455), d'après les Mémoires de Barère, que Danton et Delacroix (d'Eure-et-Loir) avaient écrit, « sur le bureau même du Comité de salut public », la sommation que l'orateur de la Commune lira à la Convention, dans la journée du 31 mai. « Si menteur que soit Barère, dit Taine, on peut admettre ici son témoignage; je ne lui vois aucune raison pour mentir, et il a pu être bien informé, puisqu'il était du Comité de salut public. » Si on se reporte au texte même des Mémoires de Barère ^, voici littéralement ce qu'il dit : « J'appris postérieurement au 31 mai, mais trop tard, que Danton et Lacroix 3, quoique membres du Comité de salut public, s'étaient placés à la tête de ce mouvement, mis sur le compte de la Commune de Paris. Ils

1. A. Schmidt, Tableaux de la Révolution française, t. I, p. 335.

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