‹ TaineChapitre 71 sur 102 · Aujourd'hui F · texte numérisé non relu

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2, Taine renvoie aussi (p. 13, note 1), pour une « circulaire du ministre Gohier, 6 juillet 1793 », aux Archives nationales Fie 54. Cette cote n'existe pas. Quand (p. 185, note 1) il donne cette référence : « Archives nationales, papiers du Comité de sûreté générale, n** 134 », il 'confond sans doute le numéro d'un dossier avec la cote d*an carton.

Dans la série C, qui, pour la Convention, contient 209 cartons, Taine dit en avoir consulté 19 (alors cotés Cii, 58 à 76), mais il n'a vu en réalité (voir p. 210, note 4) qu'un de ces cartons, celui qui est coté G 180, et, dans ce carton, seulement le procès- verbal de l'Assemblée électorale du département de Paris en septembre 1792, Donc, il n'a utilisé aucune des parties de la série C qui se rapportent à la période entre le 2 juin 1793 et le 18 brumaire an VIII *.

La documentation est donc toujours aussi insuffisante et aussi fantaisiste.

Nous avons vu que le livre I, V Établissement du gouvernement révolutionnaire j est une sorte de récit, mêlé de tableaux, des événements entre le 2 juin 1793, date de la chute des Girondins, et le 14 frimaire an II (4 décembre 1794), date de l'organisation du gouvernement révolutionnaire.

Pour faire comprendre les lacunes de ce récit, il est indispensable de rappeler la suite chronologique des grands événements significatifs qui marquèrent cette période.

Le gouvernement de Danton a entamé des négociations secrètes avec l'Europe. Il échoue : la guerre continue. A l'égard de l'insurrection fédéraliste, le gouvernement a une politique de temporisation, peutêtre de négociation. Là aussi il semble échouer;

1. Il a consulté aussi aux Archives du ministère des Affaires étrangères, dans le fonds France^ quelques rapports de police ou d'agents du Comité de salut public (de Ghépy, entre autres).

malgré le vote de la Constitution de 1793, une armée normande marche sur Paris. D'autre part Tinsurrection vendéenne se développe; le 5 juillet 1793, le général républicain Westermann est battu à Châtillon. Résultat : Danton est éliminé du pouvoir (10 juillet 1793) ; il n'est pas réélu au Comité de salut public, où entreront Robespierre, Camot, Billaud-Varenne.

Le 13 juillet se produisent trois événements graves : la place de Condé tombe, par capitulation, aux mains des Autrichiens; l'armée normande est battue et dispersée à Vernon; Marat est assassiné par Charlotte Corday.

Mort, Marat devient la personnification de la France révolutionnaire, un des saints de la religion nouvelle, la religion du patriotisme.

Le 17 juilllet, une loi supprime complètement la propriété féodale, par l'abolition de tous les droits féodaux sans indemnité, même de ceux dont les titres primordiaux subsistaient : on voulait ainsi associer les paysans à la défense nationale et à la république démocratique.

Mayence se rend aux Prussiens, le 23 juillet : l'émotion causée par cette nouvelle amène la Convention à déclarer, le 28 juillet, traîtres à la patrie les Girondins qui font de l'agitation en province et à décréter d'accusation ceux qui sont restés prisonniers à Paris, Vergniaud, Gensonné, Guadet et autres *.

Le même jour, 28 juillet, Valenciennes capitule.

1 . Le décret fut rendu dans la séance même où la Convention apprit la capitulation de Mayence. Voir dans le Moniteur, réimp., t. XVII, p. 268, le rapport de Barère, qui établit implicitement la connexité entre la capitulation de Mayence et le décret sur les Girondins.

LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE 21b

Dans la séance où elle apprend cette capitulation, i^' août 1793, la Convention affolée décide la mise en jugement de Marie-Antoinette, des mesures féroces contre la Vendée et l'arrestation de tous les étrangers natifs des pays avec lesquels la France est en guerre.

Le 8 août, c'est la révolte définitive des Lyonnais et le commencement du siège de Lyon; le 10 août, c'est la fête de l'acceptation de la Constitution, où les délégués des départements se convertissent à la politique parisienne et montagnarde; puis la Constitution est ajournée en fait, à cause de la guerre.

Le 21 août, les Anglais investissent Dunkerque. (Ils renoncent, ainsi que les Autrichiens, à marcher sur Paris.)

Le 23 août, loi ordonnant la levée en masse : « Tous les Français sont en réquisition pour le service militaire. » Loi importante : les effets en furent sentis par tous les Français jusque dans les campagnes les plus reculées.

Le 24 août, création du Grand Livre de la dette publique; le 27, Toulon se livre aux Anglais; le 28, exécution du général Custine; le 3 septembre, loi ordonnant un emprunt forcé en forme d'impôt progressif; le 5 septembre, inauguration officielle de la « Terreur », que des orateurs et le gouvernement déclarent, à la Tribune, être « à l'ordre du jour »>; formation d'une armée révolutionnaire, indemnité de 40 sous par séance aux citoyens des sections, indemnité aux membres des Comités révolutionnaires. Les 8 et 9 septembre, victoire des républicains à Hondschoote, et levée du siège de Dunkerque par le duc d'York.

Mais la situation militaire est toujours grave, et les Espagnols envahissent victorieusement le départe-

, ment des Pyrénées- Orientales : d'où une émotion patriotique qui aboutit à la terrible loi des suspects (17 septembre 1793), à la mise en accusation des Girondins prisonniers et à l'arrestation de soixante-quinze de leurs amis (3 octobre), à Tajournement officiel de la Constitution de 1793 et à la déclaration que le gouvernement sera révolutionnaire jusqu'à la paix (iO octobre).

Si la ville de Lyon a été reprise le 8 octobre, si les républicains ont remporté, le 16, à Watignies, un succès qui oblige le général autrichien Cobourg à lever le siège de Maubeuge, un autre général autrichien, Wurmser, a l)attu les républicains à Wissembourg et sur la Lauter (12 et 13 octobre 1793); l'Alsace est envahie, Strasbourg menacée; le 10 brumaire (31 octobre 1793), les Girondins Vergniaud, Gensonné, Brissot et autres sont guillotinés. La déchristianisation commence, plus patriotique que philosophique; 5 et 24 octobre, établissement du calendrier révolutionnaire (antichrétien) ; 20 brumaire, fête delà Raison. La religion du patriotisme inspire les décrets des 24 brumaire et 6 frimaire an II, qui ordonnent la panthéonisation de Marat.

Cependant, en brumaire et frimaire (novembre et décembre 1793), les républicains remportent des succès militaires importants en Alsace : grâce aux représentants en mission Saint-Just et Le Bas, grâce au général Hoche, l'invasion autrichienne est repoussée.

Puisque les mesures révolutionnaires ont été efficaces, puisqu'elles semblent devoir sauver la patrie, l'idée vient de les organiser en une sorte de constitution provisoire : c'est l'objet du grand décret du 14 frimaire an II.

Ces grands faits significatifs, dont je viens de rappeler la «uite et la relation, Taine en omet à peu près tous les faits militaires, et il ne mentionne que quelques faits de guerre civile.

Il commence par dire (pp. 4 à 6) que les gouvernements précédents, trop faibles, ont mal défendu la « citadelle ». La « nouvelle garnison » sera plus énergique : « sectaires aveuglés par le dogme, assommeurs endurcis par leur métier, ambitieux qui se cramponnent à leur place ». Le jacobin est « tzar et pape ». Il va reconstruire, pour sa dictature, « la vieille machine à contrainte ». Taine ne dit même pas que cette dictature jacobine, c'est une dictature de défense nationale, il ne parle pas de l'état de guerre qui la provoqua et l'explique *,

Taine se demande (pp. 6 à 11) comment le Jacobin qui, hier, combinait tout contre le gouvernement, va masquer sa volte-face. Par des « étiquettes, enseignes, tirades et mensonges de charlatan ». Le premier de

1. Taine dit (pp. 4 et 5) que « la Déclaration des droits) en proclamant la juridiction des commettants sur les commis^ a invité les assaillants à l'assaut », et, selon lui, c'est Marat qui a dit que la Déclaration proclamait cette juridiction. Or, si on se reporte à la source où il renvoie, c'est-à-dire au Marat de Bougeart, t. i, p. 420, on voit qu'il s'agit d'un article de VAmi du Peuple du • 30 novembre 1191, où Marat ne dit pas du tout que la Constitution proclame cela, et où, au contraire, il demande une autre constitution, « où la souveraineté du peuple soit consacrée, de même que la juridiction des commettants sur les commis ». — Un peu plus loin (p. 5), Taine dit que « l'Assemblée législative a été purgée » ; je ne sais ce qu'il veut dire.

ces mensonges c'est, selon Taine, la Constitution du 24 juin 1793, où les droits des gouvernés contre les gouvernants sont proclamés jusqu'à l'excès, où l'insurrection est recommandée comme un devoir. Suit une analyse ironique et superficielle, où il relate, comme une preuve de l'imposture, que, quand il s'agit du droit de déclarer la guerre, la décision fut laissée au peuple, mais en omettant de dire que cela fut voté malgré le Comité de salut public, au nom de qui Hérault de Séchelles s'y opposa, et il omet de le dire parce que ce simple petit fait détruirait sa thèse. Il a si mal lu, d'ailleurs, la Constitution de 1793, qu'il ne sait même pas y bien voir ce qui justifierait ladite thèse, c'est-à-dire les lacunes qui rendaient cette Constitution inapplicable *.

La « parade » s'achève par la ratification populaire de la Constitution, que Taine dit avoir été forcée, illusoire. Et pour montrer qu'il n'y eut nulle liberté lors de ce vote, il exagère la petitesse du nombre des oppo- ■ sants (p. d5, note), ne parlant que des départements où il n'y en eut pas une demi-douzaine, et ne parlant pas du Finistère, par exemple, où il y en eut 9 965 ^.

1. Voir mon Histoire politique de la Révolution, p. 307-308. — J'y explique aussi ce billet d'Hérault de Séchelles sur les lois de Minos dont Taine s'étonne, p. 8.

2. Ses statistiques sont étranges. Il parle (p. 12) de 6589 cantons, quand le document même qu'il allègue ne parle que de 4 944 cantons (voir mon Histoire politique de la Révolution^ p. 309). Entres autres inexactitudes tendancieuses, il dit (p. 14) qu'à Montbrison on dénonça « six particuliers qui refusaient leur suffrage •, mais sans dire qu'ils étaient aussi et surtout accusés de fédéralisme. 11 assure qu'à Nogent-sur-Seine, trois administrateurs furent destitués pour le môme délit. Non : c'était qu'ils avaient •« apporté des obstacles à l'acceptation de la Constitution ». Voir la source même à laquelle Taine renvoie;, c'est-àdire le Moniteur, réimp., t. XVII, p. 158 et 163.

Insistant sur Taffaire des délégués des assemblées primaires, à propos du plébiscite sur la Constitution, Tainedit (p. i6) que l'élection de ces délégués ne fut pas libre, et (même page) qu'il y avait parmi eux des opposants, des mécontents, ce qui semble contradictoire. Racontant comment ces délégués, à Paris, furent endoctrinés, jacobinisés, il sollicite ou envenime les témoignages de manière à faire croire que c'est par la terreur qu'on changea leurs sentiments. Ainsi (p. 18) il dit que, dès leur arrivée aux barrières, « on s'empare d'eux, on les mène à la mairie, on leur délivre des billets de logement, et un piquet de gendarmerie les conduit, un à un, à leur domicile prescrit ». « Les voilà, s'écrie-t-il, parqués comme des moutons, chacun dans son enclos numéroté... » Comme preuve, il renvoie à un arrêté de la Commune de Paris du 6 août 1793. Or, voici cet arrêté, d'après la source même où il Ta trouvé * : « Le procureur de la Commune, après avoir dénoncé les manœuvres employées par des malveillants qui apostent des escrocs aux barrières de Paris pour tromper nos frères arrivant des départements et les traîner dans les tripots et autres maisons de débauche, demande qu'il soit établi à la mairie un piquet de gendarmerie pour accompagner les fédérés lorsqu'ils auront reçu leur billet de logement. Le Conseil adopte cette mesure, et arrête en outre que les sections seront invitées à nommer chacune deux citoyens qui se rendront à la mairie pour le même objet ^. » Comment le lecteur de Taine pourrait-il se

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