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à Saintes, le 1" nivôse an II, interdisait aux ministres du culte de prêcher ou d'enseigner la morale*. Il cache au lecteur que le Comité de salut public désavoua nettement Lequinio, par une lettre du 12 nivôse an II, où, après lui avoir rappelé le décret des 16 et 48 frimaire an II, qui établissait la liberté des cultes, il lui disait :

« Tu aurais dû pressentir que, moins que toutes autres, les opinions religieuses cèdent à la force.

« Ton expérience aurait dû te rappeler qu'en matière de culte, la persécution ne tend qu'à donner au fanatisme une énergie plus terrible, parce que les annales des peuples attestent toutes cette vérité désastreuse.

« Le Calvaire conduisit le Christ au Capitole.

« Les tyrans et les prêtres font cause commune; c'est par le martyre qu'ils espèrent opérer la contrerévolution; c'est en faisant fermer des temples qu'ils espèrent recruter les camps de la Vendée.

« La politique aujourd'hui doit marcher avec la force 2 ; la raison purgera la terre des pieuses absurdités qui la dégradent encore. Faisons exécuter les lois, frappons les traîtres qui voudraient les rendre vaines, laissons aux âmes faibles, mais d'ailleurs paisibles, la liberté d'adorer l'Être suprême à leur manière, jusqu'au moment où l'instruction les aura rendues à la vérité. Si nous marchons avec prudence, le règne des prêtres est passé pour ne plus renaître, celui de la liberté commence pour ne plus finir; que la loi, que la République triomphante écrase ses ennemis

1. Cet arrêté ne se trouve pas dans AFii 36, comme le dit Taine, mais dans ÂFn37, dossier 296, pièce 30.

2. C'est-à-dire que la force doit être tempérée par la politique.

intérieurs par la force de la raison; le jour a lui, la philosophie est là, elle fera justice du reste *. » A C'est malgré le gouvernement que se produisirent les violences antireligieuses ; mais si Taine avouait cela, que deviendrait sa théorie sur le « programme jacobin »?

De même, s'il signale l'arrêté de la Commune du 1®^ frimaire an II, pour faire fermer les églises, il se garde de dire que, dès le 8, cet arrêté fut en partie rapporté 2, et il ne parle pas davantage du grand discours de Robespierre contre la déchristianisation.

S'il y a eu à Strasbourg un arrêté du district contre les Juifs 3, il en conclut, page 88, qu'en général le culte israélite fut interdit en France.

S'il ne peut pas trouver un acte du gouvernement d'alors qui soit contraire à la liberté des cultes, il alléguera, pour l'an II, des actes ou des écrits émanés du Directoire exécutif en l'an IV et en Tan VI *.

Conclusion (page 89) : « Jamais serviteurs de la vérité

1. J'ai publié toute cette lettre dans mon Recueil des Actes du Comité de salut public, t. X, p. 11. Comme l'original se trouve dans le môme carton AFn 37 où est l'arrêté de Lequinio, il est difficile d'admettre que Taine n'en ait pas eu connaissance.

2. Voir mon livre : Le Culte de la Raison et le Culte de VÊtre suprême, p. 227.

3. J'ai publié cet arrêté, en date du 2 frimaire an II, dans la revue la Révolution française, t. LU, p. 553 à 555.

4. Page 89. — Pour la documentation de tout ce morceau sur la politique religieuse des Jacobins, j'engage le lecteur à vérifier les nombreuses références indiquées par Taine dans la note 1 de la page 87. 11 verra que les décrets auxquels l'auteur renvoie disent tout autre chose que ce qu'il annonce. Quant à la lettre de l'évéque Pontard, qui est reproduite dans cette note, je l'ai vainement cherchée dans le cartonF7 3il6'^, où Taine dit l'avoir trouvée. D'ailleurs elle est bien peu probante.

n'auront appliqué la force, avec tant de détail et de suite, à Fextirpation de Terreur. »

On se rappelle que, selon Taine, les Jacobins ne voulaient pas seulement libérer rhomme de la tyrannie religieuse, mais aussi des inégalités sociales.

Taine raconte donc (pages 89 à 97) Texécution de ce plan de nivellement.

La Constituante avait supprimé l'aristocratie de naissance : Taine assure, page 9i , que, sous le régime de Robespierre, les ci-devant nobles furent « privés des droits politiques, exclus des fonctions publiques ». C'est une erreur, et le décret du 27 germinal an II, auquel Taine renvoie ^ ne dit pas cela. Sans doute, la qualité d'ex-noble fut une cause de suspicion, et il y eut des mesures contre certaines catégories d'ex-nobles ; mais plusieurs d'entre eux continuèrent à exercer des fonctions, soit dans l'administration, soit aux armées ^.

Après l'aristocratie de naissance, c'est le tour de l'aristocratie de fortune, que les Jacobins veulent supprimer, selon Taine, et voici (pp. 91 à 97) quelques faits, relatifs à cette tentative, qui ne sont pas tous inexacts, mais qui sont tous présentés comme le

2. C'est seulement après la chute de Robespierre, le 15 thermidor an II, qu'un décret exclut des fonctions publiques les exnobles et les prêtres ou ex-prêtres, mais ce décret fut rapporté le lendemain. — Comme exemple de nivellement à outrance, Taine (p. 91, note 4) cite ce fait, rapporté par l'observateur Charmont, à la date du 10 nivôse an II : « L'efÛgie de Boileau, qui était au collège de Lisieux, a été descendue parmi les statues des saints qu'on a retirées de leurs niches. Ainsi, plus de distinction : les saints et les auteurs sont réunis dans la même classe ». Quoi de plus insignifiant que cette anecdote? La source est ce carton F' 31 IC^, dont nous avons déjà dit que la cote a sans doute été changée.

LE PROGRAMMA JACOBIN 247

résultat d'un système, quand ils ne sont pour la plupart que des conséquences de ces circonstances de guerre et de défense nationale que Taine passe sous silence. Ici encore, il attribue à tous les républicains les opinions de quelques individus, même des opinions douteuses, comme ce mot qui est prêté à Robespierre par les mémoires (plus ou moins authentiques) de Durand-Maillane : « Il ne faut pas que le plus riche des Français ait plus de trois mille livres de rente. » Robespierre eût-il dit ce mot (que je n'ai pas su retrouver dans ces écrits ni dans ces discours, mais qui s'y trouve "peut-être), c'est une généralisation abusive que d'en faire le programme des républicains d'alors. C'est aussi une naïveté (p. 92, note 1) de considérer comme probant, à cet égard, le témoignage de l'Anglaise Anne Plumptre *, qui, voyageant en France sous le Consulat, assurait qu'à Marseille « il avait été décrété par les terroristes que nul ne devait avoir plus de deux cents francs de rente par an et qu'on ne tolérerait pas qu'aucun revenu excédât cette somme ». Qu'en savait-elle?

Entre autres causes de destruction des fortunes, Taine cite les assignats et le cours forcé. Oui, mais ou il exagère, ou il se trompe sur les chiffres, faute d'avoir consulté le tableau de la dépréciation des assignats. Il dit par exemple (page 93, note 1) : « Récit de M. Sylvestre de Sacy, 23 mai 1793 : son père avait une ferme rapportant 4 000 francs par an; le fermier lui offrit 4 000 francs en assignats ou un. cochon; M. de Sacy choisit le cochon. » Or, dire que le cochon de M. de Sacy avait un peu plus de valeur que quatre

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