LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE LES GOUVERNANTS, LES GOUVERNÉS
L Marat, Danton, Robespierre. — II. La Convention. Le Comité de salut public. — III. Les représentants en mission. — IV. Le petit personnel gouvernemental. — V. Les gouvernés : proscriptions, incarcérations, meurtres, confiscations, nivellement. — VI. Socialisme des Jacobins.
Le livre III du Gouvernement révolutionnaire est intitulé les Gouvernants, et le premier chapitre est consacré au trio Marat-Danton-Robespierre. Taine avait déjà, et à plusieurs reprises, esquissé ces trois portraits, surtout les deux premiers. Voici qu'il les reprend, sans s'inquiéter de se contredire ou peut-être ayant oublié ce qu'il a déjà écrit sur le même sujet, mais ayant fait depuis de nouvelles lectures, s'étant mieux documenté, et d'ailleurs plus habile aux biographies ou aux portraits qu'à ces tableaux généraux où son érudition est si gauche.
Ainsi pour Marat (pages 159 à 174) il a lu les bio-
graphes, Bougeart, si tendancieux, Chèvremont, si complet. Il cite souvent les journaux de Marat, VAmi du Peuple^ le Journal de la République française. Les a-t-il eus en mains? ou ne les connaît-il que par les extraits qu'il en a trouvés dans les biographes? En tout cas, il n'en a sûrement pas fait une lecture suivie, complète, méthodique. Comme toujours, il n'emprunte à ces sources • que ce qui confirme sa thèse, et élimine le reste.
Cette thèse, c'est que Marat est fou. Il le montre et non sans verve, passant par les phases suivantes : délire ambitieux, manie des persécutions, cauchemar fixe, monomanie homicide. Bougeart, apologiste à outrance, n'avait guère montré en Marat que l'homme de bon sens; Taine, détracteur à outrance, ne montre en Marat que le fou.
Il le dit « dépourvu de talent » (p. 161). Oui, peutêtre, en ses écrits antérieurs à la Révolution, mais c'est faux pour ses écrits postérieurs, notamment pour ses gazettes. Si Taine les avait lues avec suite, et sang-froid, il y aurait trouvé un journaliste habile, parfois spirituel, parfois éloquent, dans les moments, qui ne sont pas rares, où il ne délire pas *.
« En politique, dit Taine (p. 162) il ramasse la sottise en vogue, le contrat social fondé sur le droit naturel. >» Preuve de plus que Taine a bien mal lu Marat! Si Marat aimait Jean-Jacques Rousseau, il adorait Montesquieu (le mot n'est pas trop fort), qu'il trouvait plus
1. Il ne se prive pas, à l'occasion, des témoignages les plus suspects; par exemple, page 1^0, il allègue les fantaisistes et haineuses Anecdotes que le conventionnel Harmand (de la Meuse), républicain repenti, publia en 1814.