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3. On ne sait presque rien sur Hanriot. Voici ses états de services, aux Archives administratives de la Guerre : « Hanriot (François), général de brigade le 3 juillet 1793, général de division le 19 septembre 1793, né à Nan terre près Paris. Ancien commis de barrière, commandant en chef la garde nationale parisienne, exécuté le 10 thermidor an II. » Et c.'est tout. Il y a aussi aux Archives nationales, F"^ 4741, un dossier sur l'affaire de la mère d'Hanriot, née Lavoine, qui, ayant acheté une maison à Nanterre, fut arrêtée le 13 thermidor an II, par le Comité révolutionnaire de Nanterre, comme n'ayant été, dans cet achat, que le préte-nom de son flïs. La Société populaire de Nanterre se porta garant de l'honnêteté de la mère d'Hanriot et obtint sa mise en liberté. Ce dossier nous apprend que son mari et elle ont servi, celui-là pendant trente ans, elle pendant trente-six ans, chez le citoyen et la citoyenne Déray, rue des Cordeliers,

« Du même aloi que le commandant est la Commune qui remploie; car, dans l'épée municipale, la lame et la poignée, forgées ensemble dans la fabrique jacobine, sont à peu près du même métal. » Et aussitôt après cette jolie phrase, Taine fait une statistique des membres de la Commune, dont il dit connaître les qualités et professions et il note parmi eux « 56 illettrés ou presque illettrés » (p. 312), entre autres : 3 tailleurs, 4 perruquiers, 2 maçons, 2 cordonniers, 1 savetier, 1 jardinier, 1 tailleur de pierre, 1 paveur, 1 garçon de bureau et 1 domestique ». Quant aux 32 lettrés, il n*y trouve que deux hommes de mérite : Paris, suppléant de Delille au Collège de France, et Dumetz, ingénieur. « Les autres, dit-il, ramassés dans le tas des démagogues inconnus, sont : 6 rapins ou mauvais peintres, 6 agents d'affaires ou ex-hommes de loi, 7 négociants de second ou troisième ordre, 1 instituteur, 1 chirurgien, 1 prêtre défroqué et marié et autres de même acabit. »

au faubourg Saint-Germain. Le père d'Hanriot était mort depuis six ans. La citoyenne Hanriot avait depuis sept mois quitté la veuve Déray, qui lui avait accordé une pension. Dans une lettre au Comité de sûreté générale, elle dit d'elle-même et de son fils : « Hanriot la retira chez lui; mais il était si dur pour elle qu'elle ne put y rester, et elle se retira chez sa fille (la citoyenne Leroux), marché des Quinze- Vingts, rue Honoré. » Chose curieuse, les contemporains n'en savaient pas beaucoup plus long que nous sur les antécédents et la vie privée d'un homme qui joua un rôle si important. Il y a dans le même dossier, à la date du il juillet 1793, une lettre du Comité de surveillance de la section du Finistère à celui des Amis-de-la-Patrie (qui évidemment lui avait demandé des renseignements sur Hanriot) : « Nous n'avons jamais connu le citoyen Hanriot que depuis qu'il était provisoirement commandant général. Quant à sa vie et mœurs, comme nous ne l'avons jamais connu individuellement, raison de plus pour ne pouvoir en rendre aucun compte, persuadés cependant qu'il ne peut être qu'un bon citoyen. •

284 TÂINE HISTORIEN

Ses sources, pour cette statistique, sont Wallon, Histoire du Tribanal révolutionnaire, qui donne la liste des noms et qualités des membres de la Commune de Paris guillotinés les 10 et il thermidor an II, le Dictionnaire biographique d'Eymery*, les Mémoires de Morellet et les Souvenirs d*un sexagénaire d'Arnault, sources d'inégale valeur, et où on cherchera vainement les précisions que Taine vient de donner ^.

La statistique des 144 membres du Conseil général de la Commune de Paris est à faire, et ce ne sera pas chose facile *. En attendant, la source la plus instructive, c'est VAlmanach national de Van II, que Taine n'a pas eu l'idée de consulter. 11 y a là (pp. 384 à 388) une liste censée complète, mais où en réalité ne sont relatés que les noms de 123 membres de la Commune, dont 9 ne sont accompagnés d'aucune indication de profession. Restent donc 116 membres dont VAlmanach indique les professions, à savoir : 3 hommes de loi; 1 défenseur officieux (avocat);

I notaire; 1 ingénieur des mines; 1 ingénieur-géographe; 1 ex-ministre du culte catholique; 3 hommes

1. C'est une réimpression, en 1815, de la Biographie de Leipzig. Voir, sur cet ouvrage, mon introduction au Recueil des Actes du Comité de salut public et Maurice Tourneux, Bibliographie, t. IV, n«' 20561 et 20564.

2. Par exemple, dans les Mémoires de Morellet (Bibl, nat., La 39/89) on trouvera seulement (t. I, p. 471 et 472) quelques mots ou anecdotes sur un petit nombre de membres de la Commune.

II n'y a point là, pas plus que dans les Souvenirs d'Arnaut, d'éléments utilisables pour une statistique des professions.

3. On trouvera sans doute cette- statistique dans la thèse de doctorat, que prépare M. F. Braesch, sur la Commune de Paris du 10 août 1792 au 9 thermidor an H. Quant au recueil des Actes de la Commune de Paris, par M. Sigismond Lacroix, en Cours de publication, l'auteur n'en est pas encore arrivé à l'époque du gouvernement révolutionnaire.

de lettres ; 4 c artistes > ; 4 médecins ou chirurgiens ; 6 professeurs ou instituteurs; 10 fonctionnaires ou employés dans diverses administrations; 2 apothicaires; 1 libraire; 7 négociants ou anciens négociants;

4 entrepreneurs de bâtiments; 5 « marchands » ou anciens marchands; 2 marchands de vins; 3 graveurs;

2 horlogers; 3 joailliers ou bijoutiers; 3 merciers;

3 peintres; 2 parfumeurs; i grainier; 1 papetier;

5 fabricants; 1 ancien meunier : i « ancien adjudant »; 2 pâtissiers; 2 épiciers; 1 fruitier; 30 ouvriers divers ou commis de boutique (parmi lesquels il y avait peut-être quelques petits patrons). Je ne me porte pas garant de l'exactitude de ces précisions, mais elles émanent d'une source sérieuse, on pourrait presque dire : de la seule source sérieuse. Or, elles ne concordent avec celles de Taine que pour Tex-ministre du culte catholique, qu'il appelle défroqué et marié, et pour les 7 négociants, qu'il dit être « du second ou troisième ordre » quoiqu'il n'en sache rien *. Du maire Fleuriot-Lescot, architecte, qui était un homme correct et bien élevé, de l'agent national Payan, ex-noble, d'un mérite distingué, Taine ne dit rien, parce qu'il

1. Parmi les 144 membres de la Commune en Tan II, il y en avait 16 qui exerçaient les fonctions et avaient le titre d'administrateurs. C'était l'élite et comme la tête de la commune. En voici la liste, d'après VAlmanach national : Avril, négociant; Baudrais, homme de lettres; Beauvallet, sculpteur; Champeaux (pas d'indication de profession); Daujon, artiste; Dumetz, ingénieurgéographe ; Delépine, entrepreneur de bâtiments ; Figuet, architecte ; Froidure, ancien commis à la Caisse de l'extraordinaire ; Godefroy, négociant; Lasnier, receveur des rentes; Levasseur, négociant; P.-A. Louvet, peintre; Magendie, chirurgien; Menessier, faïencier; Salomon, ancien administrateur du département (dans la liste des électeurs de 1790, jil est qualifié de bourgeois).

n*aurait pas de mal à en dire, et se borne à relater leurs noms.

Au lieu d'étudier le caractère du personnel de la Commune dans les délibérations delà Commune, dont les journaux donnent des comptes rendus, Taine rétudie (p. 314) dans les Mémoires, comme ceux de Morellet, où ce bel esprit se venge par des anecdotes drôles des ennuis qu'il avait éprouvés pour obtenir de la Commune un certificat de civisme. Rencontrant, dans les Souvenirs d'Ârnault, un certain Chalandon, il en fait (p. 315) le type de ceux des membres de la commune qui, silencieux et ignares, « agissent et empoignent ». Or, sauf erreur, Chalandon ne fit jamais partie de la Commune.

Quant aux comités révolutionnaires de Paris, Taine n'y voit que des ignorants et des coquins. En note (p. 306), à propos du registre du Comité révolutionnaire de la section des Piques, il dit : « Dans ce registre et dans tous les autres de la même série, on voit très bien l'intérieur d'un comité et son arbitraire énorme. Chez presque tous, le style et l'orthographe sont du plus bas degré ». Or ce registre de la section des Piques (Arch. nat., F' 2475) est très correctement rédigé; et l'orthographe (pour l'époque) n'en est pas moins correcte en général que le style. J'ai examiné les autres registres que Taine dit avoir vus : celui de la section des Tuileries (Arch. nat., F'^ 2471 et 2472) est parfaitement bien tenu, bonne écriture, bon style; celui de la section des Champs-Elysées est fort convenablement rédigé.

Il y avait à Paris 48 comités révolutionnaires. Les membres d'un de ces comités, celui du Bonnet- Rouge, furent, en février an III, condamnés pour vol et pré-

varication, et exposés en place de Grève. Faut il voir en eux d'innocentes victimes des haines thermidoriennes? Leur procès est-il à reviser? Je n'en sais rien et Taine ne pose pas même la question. Supposons-les coupables : est-il juste de voir avec Taine (p. 316), dans ce comité, un « échantillon complet » par lequel nous pouvons « nous figurer » les 47 autres? Parmi tant de généralisations injustes que nous avons relevées dans Taine, je ne sais pas si celle-là n'est pas la plus injuste.

Même et aussi injuste procédé de généralisation pour les comités révolutionnaires des départements. Certes ces comités n'eurent pas toujours un bon personnel, et, quoiqu'on ne puisse, en l'état actuel de nos connaissances et tant qu'on n'aura pas lu tous leurs registres, apprécier sûrement et en détail leur action, il semble bien qu'ils aient contribué à faire haïr la Révolution autant qu'à la faire triompher*. C'est une étude à faire, et qu'un seul homme ne peut faire. Taine croit qu'il l'a faite.' « Nulle part, dit-il (p. 363), dans les documents imprimés ou manuscrits, je n'ai rencontré un comité révolutionnaire qui fût à la fois terroriste et probe. » Il aurait voulu plus de renseignements individuels et nominatifs. Mais il se félicite d'en avoir de complets sur les membres du comité de Nantes, qui avaient prévariqué. De ce comité il conclut aux autres, disant que là, « par l'heureuse chance d'une enquête détaillée, on peut observer, dans un seul et même nid, toutes les variétés de l'espèce et de ses appétits, les douze ou quinze types de

1. Sur les Comités révolutionnaires, voir mon Histoire politique de la Révolution, p. 350 à 355.

la guêpe jacobine, chacune? picorant dans la denrée pour laquelle elle a du goût, chacune ayant son genre préféré de rapine ». Il ajoute, en note : « Sur les autres comités, quand les renseignements individuels manquent, le jugement d'ensemble est presque toujours aussi accablant. » Et après avoir énuméré les méfaits des membres du Comité révolutionnaire de Nantes : « La collection, dit-il (p. 365), est complète, et rassemble autour d'une salle les échantillons que, dans le reste de la France, on rencontre épars. »

Avant d'arriver à cette conclusion, il réunit, au hasard, des anecdotes sur les comités révolutionnaires * et aussi sur d'autres groupes ou individus.

Voulant prouver que le recrutement des comités de village était difficile, parce que les paysans étaient hostiles à la Révolution, il allègue (p. 321) en preuve de cette hostilité et comme s'appliquant à toute la France, un témoignage de Prieur (de la Marne) qui ne s'applique en réalité qu'à la Bretagne.

Si le représentant Maignet, dans le Vaucluse, éprouvant une « disette de sujets », écrit à un administrateur de la Drôme de lui indiquer « une douzaine de francs républicains, homme de mœurs et de probité ^ », Taine citant cette lettre, supprime ces mots : hommes de mœurs et de probité, parce qu'ils contredisent sa thèse.

Le« réservoir central », c'est la jacobinière de Paris. De là, dit Taine (p. 326), des « essaims de sauterelles jacobines » s'élancent incessamment « sur la province, et

1, Taine dit, p. 320, d'après les mémoires de Barère, qu'il y avait en France 21 500 comités révolutionnaires, et il ajoute qu'il aurait dû y en avoir 45 600, prenant ce dernier chiffre dans son imagination.

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