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Ces cartons sont cotés par les numéros 3467 et suivants

2. Quant au Mercure britannique, que Taine signale aussi, Mallet du Pan ne commença à publier ce journal (à Londres) que le 10 octobre 1798: ce n'est donc une source que pour la dernière année du Directoire, et Taine s'en est peu servi (voir, par exemple, p. 611 et 612).

3. Correspondance inédite de Mallet du Pan avec la cour de Vienne (1794-1798), publiée d'après les manuscrits conservés aux Archives de Vienne, par André Michel, avec une préface de M. Taine, de l'Académie française. Paris, Pion, 1884, 2 vol. in-8.

On lit dans cette préface : « Tel savant, physiologiste, anatomiste et clinicien, emploie dix ans de sa vie à l'étude d'une maladie nouvelle ou mal connue, Talbuminurie, le choléra asiatique ou la fièvre jaune; pareillement, Mallet a mis dix ans à faire la monographie de la fièvre révolutionnaire; il Ta faite sur place, jour par jour, avec un diagnostic sûr, des pronostics vérifiés, une parfaite intelligence des causes et des crises : il n'y aurait qu'à recueillir ses articles et ses brochures pour avoir une histoire complète de la Révolution. » Sur place! Or, Mallet du Pan quitta la France en 1792, et Taine lui-même déclare que, de 1793 à 1798, il fut renseigné « par des correspondants bénévoles ou payés ». Qui étaient ces correspondants? Taine n'en sait rien. Il ajoute, avec son air habituel de certitude : « Sur les personnages importants de la Convention et du Directoire, sur Danton et Robespierre, sur les principaux thermidoriens, il n'a que des renseignements incomplets, parfois inexacts; il n'a point lui-même pratiqué les gens dont il parle, il les aperçoit de loin; d'ailleurs il leur accorde peu d'attention; il sait que leur initiative est de médiocre importance, qu'ils ne conduisent rien, qu'ils sont entraînés, ce sont des nageurs en train de se noyer; l'essentiel est de noter le sens et la rapidité du courant. Mais sur les assemblées, les partis et les foules, ses jugements sont aussi exacts que pénétrants; là dessus, en refaisant son travail, je ne l'ai jamais trouvé en défaut; les documents de toutes mains, authentiques et multipliés, autorisent ses descriptions les plus sombres et ses sévérités les plus âpres. » Et il avait déjà dit : « Si on se reporte aux documents originaux, on découvre que ses analyses sont toujours

exactes... » Or c'est une illusion : Taine n'a pas v( refait le travail » de Mallet du Pan, ne s'est pas « reporté aux documents originaux «. Les « documents originaux » qu'avait eus Mallet du Pan, ce sont les lettres de ces correspondants, que ni Taine ni personne, que je sache, n'a vues.

Quand Mallet du Pan sortit, de France, en 1792, il était chargé par la cour de France d'une mission secrète auprès de l'Empereur et du roi de Prusse. A la fin de 1704, il accepta de faire à l'empereur une correspondance politique (bien payée) sous le couvert du comte de Colloredo. Il accepta aussi de faire la môme chose pour le roi de Prusse. C'est la correspondance avec l'Empereur qui a été publiée, et l'éditeur, M. André Michel, dit de Mallet du Pan : « Avocat consultant et ministre inpartibus des monarchies menacées, il les excite à faire une guerre énergique à la France et à fomenter des complots à l'intérieur. » Pour les décider il leur fait croire que la France, ruinée par le jacobinisme, est en décomposition.

Voilà le témoin que Taine proclame impartial et bien informé, le plus impartial et le mieux informé de tous les contemporains : un étranger qui est sorti de France depuis trois ans, qui ne connaît ce qui s'y passe que par des correspondants et les journaux, et qui, haïssant la Révolution, a pour but et pour gagnepain de développer cette haine chez l'Empereur.

Quelques mémoires, les histoires de Bûchez et Roux, de Barante et Ludovic Sciout, voilà à peu près les seules sources par lesquelles Taine a complété Mallet du Pan, sa source capitale, on pourrait presque dire sa source unique. Ni les arrêtés du Directoire, ni la série Fi^ m aux Archives nationales, ni les registres

des municipalités cantonales, ni la presse périodique, pas même le Rédacteur j ce journal officieux du gouvernement, aucune des véritables sources de l'histoire politique, de Thistoire de l'esprit public, c'est-à-dire du sujet même que traite Taine, n'a été ni explorée ni même regardée.

En cette rapide esquisse, improvisée sans soin et sans plaisir, car sa plume se lasse, il montre, comme il dit, les Jacobins chassés du pouvoir, puis y revenant, surtout après le 18 fructidor. Ici, peu de petits faits significatifs : un aperçu du coup d'État, des lois terroristes. L^ méthode change, mais non le ton : c'est une indignation à jet continu contre les républicains. Même mutilation de la réalité : pas une précision sur l'état de guerre, pas une précision sur les insurrections ou complots royalistes.

Sur la période thermidorienne, il n'y a que sept pages (pp. 552 à 559), insignifiantes et vides, avec la même fantaisie dans les statistiques comme quand il compte 400 muets « du ventre* », ou qu'il assure qu'il n'y a pas dans la Convention 50 hommes honorables, et que, « dans tous leurs décrets, bons ou mauvais, les sept cents autres ont eu pour premier objet leur intérêt personnel ».

Puis, à propos du plébiscite sur la Constitution de Tan III et sur le décret de réélection des deux tiers, ce sont (pp. 562 et 563) des statistiques, ou invérifiables

1. Ailleurs, il avait dit qu'ils étaient 450. Voir plus haut, p. 267.

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par suite d'erreurs de cote*, ou qui, quand on peut les vérifier, déconcertent par l'inexactitude des éléments dont Taine les forme, ou par Tabsence de preuves. Ainsi il assure qu'à Paris les citoyens qui ont voté sur le décret (des deux tiers) « ont presque tous votés contre », et il croit le prouver par le fait que deux sections réclamèrent contre l'annulation de leur vote négatif*, par l'assertion de Mallet du Pan, qui, absent de France, estimait à 80 000 le nombre de ces votes négatifs, et enfin par l'assertion de Fiévée qui, en une phrase très obscure, assure que le plébiscite avait en réalité repoussé la Constitution comme les décrets'.

Arrivé au Directoire, Taine lui reproche d'avoir choisi des agents jacobins, pillards et ivrognes, des « drôles », entre autres (p. 571) «un ex-maître d'école ». Telle est sa colère qu'un ex-maître d'école, si le Directoire en fait un fonctionnaire, devient à ses yeux, et par cela seul, un « drôle » I

A propos des élections de l'an IV, voulant faire voir que le nouveau tiers était modéré, il signale, parmi

1. Ainsi Taine renvoie aux Archives nationales « An, B, 638 • et « Au, B, 688 ». Ces cotes n'existent pas. Les votes sur Constitution de Tan III son cotés Bu, 35 à 74.

2. Ces votes avaient été annulés parce que le procès-verbal de ces sections portait qu'elles avaient rejeté les décrets à Tunanimité, sans dire par quel chiffre de voix.

3. Un autre eût commencé par se rendre compte des résultats du plébiscite, à Taide des documents originaux et officiels. Il aurait ensuite examiné les critiques, les accusations de fraude. Taine suit la marche inverse. 11 coAimence par lire un pamphlétaire de droite, Fiévée, et c'est seulement après Tavoir lu qu'il demande à M. Maury, directeur des Archives, de lui communiquer les « relevés et procès-verbaux du plébiscite », en lui écrivant, 31 mars 1884 (voir son Bulletin de travail) : « D'après un passage de Fiévée, commissaire avec deux autres de la section du Théâtre-Français pour vérifier ces relevés, je soupçonne une fraude du gouvernement d'alors... »

les élus de Paris (p. 574) « Pastoret, ancien ministre de Louis XVI » : or Pastoret fut élu par le Var, et n'avait jamais été ministre de Louis XVI.

Quelqu'un ayant dit à lord Malmesbury que les hommes frappés par le coup d'état du 18 fructidor an V étaient « les plus estimables et les plus capables de la République », Taine le croit sans autres preuves, et ajoute (p. 583) qu'ils étaient « les seuls libéraux de fait ».

Selon lui, rien ne justifiait ce coup d'État. « On ne trouverait pas, dit-il (p. 580), dans les deux Conseils, vingt royalistes avoués ou décidés ; il n'y en a guère que cinq ou six, Imbert-Colomès, Pichegru, Willot, Delarue, qui soient en correspondance avec Louis XVIII et disposés à élever le drapeau blanc. » Et il ne dit pas que Pichegru, « en correspondance avec Louis XVIII », avait été élu président par le Conseil des Cinq-Cents !

Il assure (p. 589) qu'au 18 fructidor « 214 représentants sont retranchés du corps légistatif, et 180 autres, par peur ou par dégoût, cessent d'assister aux séances ». En réalité les députés fructidorisés furent au nombre de 177 S et, quant à ce chiffre de 180 abstentionnistes, c'est une fantaisie de Mallet du Pan.

Conséquence du coup d'élat, selon Taine (p. 599) : «... Avec les purs Jacobins, on voit reparaître le pur jacobinisme, le socialisme égalitaire et antichrétien, le programme de l'aniiée funèbre, bref, les idées raides, simples, exterminatrices que la secte ramasse, comme des poignards encroûtés de sang, dans la défroque de Robespierre, de Billaud-Varenne et de Collot d'Her-

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