‹ Taine, Historien et sociologueChapitre 12 sur 26 · CDAP. VIII. — LA QUESTION DES DROITS FÉODAUX · texte numérisé non relu

CDAP. VIII. — LA QUESTION DES DROITS FÉODAUX

Taine ajoute : « en tout cas l'Assemblée n'aurait pas dû lâcher l'émeute, l'anarchie. » Reproche vraiment injuste ; les masses rurales n'avaient besoin, pour s'émouvoir, d'aucune poussée extérieure, officielle ou non. Quand il s'agit de ne pas payer un impôt qu'il ne croit pas devoir, le paysan français n'a besoin que d'une chose, entrevoir l'espérance de faire triompher ses refus. Or, dès l'heure où le roi convoqua les Etats Généraux, les paysans espérèrent au moins une demi-délivrance ; mais après le 14 juillet, après la prise de la Bastille, où l'Assemblée Nationale ne fut pour rien absolument, cela est bien connu, après l'émotion de la grand'peuVy qui amena l'organisation spontanée des municipalités et des gardes-nationales, ce fut bien autre chose, le peuple sentit obscurément, mais puissamment, qu'il était le maître de la situation. Il comprit qu'il ne payerait pas, s'il restait ferme à ne pas payer. Et alors c'est tini, il ne veut plus rien payer. Taine, en quelques pages très vivement écrites, et d'une vérité psychologique saisissante, nous a précisément démontré ce fait. Après cela, Taine s'imagine sans doute que l'Assemblée Nationale aurait pu forcer le peuple à payer, si elle l'eût bien voulu. Ni l'Assemblée Nationale, ni personne ! On peut l'affirmer hardiment en se fondant sur la dissolution de toutes les forces, de tous les moyens de contrainte, dissolution que justement Taine a dépeinte, avec des détails si convaincants,dans son Ancien Régime et dans son Anarchie.

Que des députés du tiers, en nombre indéterminable d'ailleurs, aient vu ces émeutes populaires d'un œil fort complaisant, les considérant comme propres à effrayer

la cour, à l;i d(;couragor, c'est certain ; mais il est sûr que des députés, plus ou moins nombreux du côté droit, en ont fait autant, dans un espoir contraire. Ceux-ci espérèrent que l'excès du désordre ramènerait tous les esprits à la raison; c'est-à-dire, dans leur pensée, à l'Ancien Hégime.

Racheter iiationalenioit, comme le veut Taine, les constituants y pensèrent; plusieurs plans, t<'ndant à cette fin, furent proposés et débattus (ce que Taine ne dit pas); mais la situation financière qu'il aurait fallu, et qu'ont eue les gouvernements étrangers dont Taine allègue l'exemple, cette situation prospère n'existait pas. Pour racheternationalement, il aurait fallu pendant vingt ans mettre, pour le seul objet des rachats (l),î>00 millions d'impôt annuel sur les épaules d'un peuple dont on avait la plus grande peine à tirer .300 millions pour l'entretien des services indispensables.

Dès la première heure, il fut visible qu'il faudrait sacrifier le seigneur ou le tenancier ; le seigneur en abolissant sans rachat, ou le tenancier en abolissant avec rachat. Car racheter, c'était payer encore, c'était continuer à payer et indéfiniment. Les tenanciers avaient raison, quand ils répondaient aux décrets de la Constituante : « Supposez que nous consentions à payer

(l)Car il y avait à racheter (avec les droits féodaux) les dîmes, les charges judiciaires et raunicipales, etc.

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