LIVRE II
LE RÉGIME MODKRNK
Grâce à cette forme ji.ilpHldc, la rdiyioii peut contre-balancer l'égoïsnie naturel, les passions brutales, emporter la volonté vers l'abnéLialiGn et le dévouement, arracher riion>me à lui-même pour le mettre tout entier au service d'autrui, faire des ascf'les et des martyrs, des sœurs de charité et des missionnaires. Les hommes ont besoin de la religion pour penser l'inlini et pour bien vivre. » — Dans ces phrases prestigieuses 1), il y a à prendre et à laisser; il y a du vrai, mais singulièrement exagéré, étendu et étiré, si l'on peut ainsi parler.
L'erreur, que Taine commet ici, a été commise par beaucoup d'autres. Elle consiste à ne voir de la religion qu'une de ses multi()Ies faces, la plus belle, mais aussi la plus étroite ; et à rédiger d'après cela une formule générale, très fausse en ce qu'elle est très incomplète, et qu'on y dit finalement de tous les hommes ce qui n'est vrai que des meilleurs, et des tout à fait rares. — Que l'homme ait besoin de la religion pour bien vivre, nous débattrons cela tout à l'heure. Qu'il en ait besoin pour penser l'inlini est une phrase à effet ; l'immense majorité des croyants ne pense au contraire et visiblement que des êtres très déterminés et très fmis.
Quelques années plus tard, examinant les éléments constitutifs du régime moderne et sondant leur solidité, Taine est plus que jamais frappé de la discordance de ces
(i) Je lea ai déjà citées ailleurs ; mais j'ai dû les répéter Ici.