‹ Taine, Scherer, LaboulayeChapitre 3 sur 7 · HIPPOLYTE TAINE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE TAINE

Une grande intelligence et un grand cœur viennent de s'éteindre ; une haute conscience de penseur et d'écrivain a cessé d'être en action et en exemple.

Après le déchirement d'une si cruelle perte, comment se défendre d'être un peu lâche? On voudrait ne pas quitter l'abri du silence, s'enfermer en soi et laisser remonter lentement du passé de chers souvenirs. On craint, en les rappelant trop vite, en les rapprochant pour les exposer au jour, de trop concentrer des

émotions qui font mal. Et, en même temps, on s'en veut d'avance de la platitude inévitable de toute nécrologie, de la banalité de l'éloge, du froid de la notice et du jugement. Gela ressemble si peu à ce qu'on éprouve; c'est si loin de la noble image qu'on voudrait faire revivre! On sent l'infirmité du langage humain : on est sûr de trop peu et de mal dire, de ne pas trouver les mots pour le juste et complet témoignage qu'on aspire à rendre. Il faut pourtant se vaincre et parler. Je jette ici, sous une forme improvisée, quelques idées que j'aurais voulu mûrir davantage. Je ne puis plus ni mieux en ce moment, pressé de m'acquitter, non envers une grande mémoire qui n'a pas besoin de moi, mais envers la jeunesse à qui ces Annales^ sont destinées. La piété à l'égard des illustres morts est une des forces moraleç qu'il importe le plus de cultiver dans les générations qui ont

1. Ce morceau a été publié daus les Annales de l'Ecole libre des sciences politiques.

encore à se faire une idée de la patrie et du monde, de la science et de la vie.

Le devoir ici est d'autant plus particulier et plus étroit que Taine a été un des fondateurs de cette Ecole, le plus ancien confident de la pensée d'oîi elle est sortie. Après la guerre et la défaite, c'est dans la douleur et l'humiliation profondément françaises de ce noble esprit que nous avons d'abord trouvé intérêt, accueil et encouragement pour la chimère qui nous hantait. Il ne se contenta pas d'approuver : il voulut agir. C'est chez lui que se tinrent les premières réunions où. le rêve prit corps, où les adhésions décisives qui devaient en entraîner d'autres furent acquises à l'œuvre de relèvement que nous méditions. La fondation accomplie, Taine devint un des administrateurs de l'École et le resta jusqu'à sa mort. A aucun moment, pendant cette longue période de vingt et un ans, son appui ne nous fit défaut. Dans nos séances, il ne se prononçait pas volontiers;

il interrogeait, demandait des explications; il nous obligeait par là à nous mieux rendre compte de nos fins et de nos moyens. Ses questions, posées avec suite et méthode, faisaient peu à peu la lumière et valaient des conseils. Ses conseils, quand il lui arrivait d'en donner, portaient sur les vues maîtresses qui sont le point de départ de Faction : l'action une fois engagée, il ne s'appliquait qu'à soutenir l'homme chargé de l'exécution, à lui donner confiance ; il évitait de le troubler par des objections de détail. Jamais esprit nourri de contemplations n'eut un sentiment plus vif des nécessités d'une œuvre pratique. Jusqu'à la fin, sa présence a été pour nous un réconfort, ses avis une lumière, l'accord oîi nous nous sentions avec lui notre sécurité.

Taine se survit par une œuvre considérable, qui ne le représente pas tout entier. Il la

dépassait par sa curiosité universelle, par nombre de compétences très solides qu'il ne jug-eait pas assez bien assises pour en faire directement usage. Que d'espaces il avait sondés ou au moins reconnus autour de ceux qu'il a mis en culture! De là venait ce reflux incessant d'idées et de termes de comparaison, cette richesse dans les suggestions et les hypothèses, cette largeur dans les vues d'ensemble qui forment le caractère commun de tous ses écrits. A se borner aux livres publiés, quelle œuvre que celle oij figurent ensemble presque toutes les grandes époques, depuis l'antiquité jusqu'à la période contemporaine, presque tous les pays dirigeants depuis la Grèce et Rome jusqu'à la France, l'Italie, l'Angleterre, les Pays-Bas; presque tous les genres, philosophie, politique, histoire, critique littéraire, critique d'art, notes de voyage, etc. !

Une philosophie pénètre cette œuvre et en fait l'unité. C'est la loi de l'esprit humain de changer périodiquement les points d'appui de

ses constructions spéculatives. Toute philosophie, en tant que plan, est donc éphémère. Elle ne dure qu'aussi longtemps qu'elle sert, et la période où elle est de service est limitée. Un système a atteint sa plus haute valeur, d'abord quand il est à un moment donné le meilleur moyen d'ordonner l'ensemble des notions acquises, puis quand il fournit un bon cadre de recherches, une méthode efficace de découvertes. Sa carrière est close, quand ces mérites faiblissent. Il se survit alors par des éléments détachés, dont plusieurs entrent dans l'acquis définitif de l'esprit humain et sont parfois d'un prix immense. A ce titre, la philosophie de Taine a rencontré une rare fortune. La machine à penser et à raisonner qu'il avait construite est celle dont deux générations de suite se sont servies; pendant quarante ans, toutes les idées dominantes ont porté la même marque d'origine, la sienne. La troisième génération commence à tenter d'autres voies. Mais que de concep-

tions capitales elle emporte encore avec elle qui lui viennent du grand initiateur, sans qu'elle se doute qu'elle les lui doit! Ces conceptions sont entrées dans le patrimoine commun; l'étiquette s'en est détachée en quelque sorte. Le premier triomphe du penseur, c'est l'anonymat de ses idées; sa gloire, pour être durable, doit d'abord se voiler. Dans un demi-siècle, quand on aura assez avancé pour embrasser, en se retournant, une profonde perspective, la critique remontera du regard jusqu'au sommet d'où la source a jailli. La grandeur et le prestige, qui ne sont jamais que prêtés pour un temps à une doctrine déterminée, ceindront de nouveau la figure de l'homme et lui feront une place mémorable dans l'histoire du progrès de la pensée humaine.

Il faut définir d'un peu plus près cette philosophie. Taine était par goût un psychologue; il était par nature d'esprit un logicien. Tout se ramène là. Psychologue, le spectacle de l'âme humaine l'a toujours attiré, captivé, entraîné; il l'a aimée, cette âme, avec passion; il en a montré avec âpreté les bassesses, les misères et les souillures; il l'a glorifiée dans ses sublimités et dénoncée dans ses défaillances. Il l'a analysée avec une curiosité sans cesse renaissante. Il l'a cherchée partout et à travers tout, et ne s'est au fond intéressé qu'à elle. La philosophie, la politique, la religion, l'histoire, la littérature n'ont été pour Taine que des études auxiliaires destinées à éclairer ou à contreéprouver sa psychologie. Son Histoire de la littérature anglaise est moins ce qu'indique son titre qu'une analyse de l'âme et de l'es-

prit anglais à travers les siècles. C'est dans rintrodiiction de ce livre qu'il a exposé sa nouvelle conception de l'histoire. Les jeunes gens de ce temps-là, aujourd'hui des vieillards, se rappellent la profonde émotion causée par ces pages mémorables. Il sembla que la critique littéraire, jusque-là livrée à la fantaisie, s'appropriait les procédés, s'élevait à la dignité d'une science exacte. L'avènement de la nouvelle méthode fut salué avec transport. Ce n'est pas ici le lieu d'en faire une critique étendue: il suffira d'en indiquer brièvement le principe et l'esprit.

Il y a cinq ou six ordres de faits ou d'idées qui sont les cadres naturels et demeurent ensuite les témoins de toute civilisation digne de mémoire. Ce sont : la langue et la grammaire, les dogmes religieux et le culte, la littérature et les beaux-arts, la philosophie et les sciences, l'organisation sociale et les institutions politiques. Les aptitudes et les tendances les plus générales de la sensibilité

et de l'imagination, de l'intelligence et de la raison, de la conscience et de la volonté mettent leur empreinte sur ces puissants organismes ; elles en déterminent presque souverainement le caractère. De là vient qu'ils diffèrent suivant la race, le milieu oii elle a vécu, les antécédents de son histoire; de là vient aussi que, pour le même peuple et à la même époque, ils se présentent comme les parties d'un même tout, comme les modes d'une même cause vivante et indivisible; en sorte que chacun d'eux trouve dans tous les autres des images pour ainsi dire transposées de lui-même, avec des points de correspondance qui font de ces images le plus précieux des commentaires, la plus lumineuse des contre-épreuves. C'est, au fond, la même activité spirituelle qui les a façonnés, la même âme collective qui s'y est exprimée et veut s'y reconnaître. On voit aisément que le psychologue est seul capable de saisir le secret le plus reculé de leur for-

mation, de pénétrer jusqu'au siège profond de leur unité, et que toute étude portant sur un de ces grands ensembles est, au moins dans la mesure où ils sont objet de science, une dépendance et comme un des chapitres d'une psychologie historique et sociale.

Cette méthode avait assurément plus d'un défaut (quelle méthode en est exempte?). Elle appelait certaines réserves, que j'avais formulées dès 1866. Je crois que le profond penseur n'avait pas assez exactement défini ridée qu'il se faisait d'un de ses trois grands facteurs : la race. Plusieurs de ses disciples ont pu la concevoir comme un élément antéhistorique qui, l'histoire une fois commencée, continue d'exister sans subir de changements, et auquel le cours de la vie nationale n'ajoute plus rien. Ils n'ont pas vu qu'en arrêtant, en refoulant ainsi la race dans les limites d'un passé lointain, on l'isolait de certains phénomènes postérieurs qui ont un caractère et des conséquences ethniques très déterminés.

La Réforme, par exemple, n'a-t-elle pas créé en Angleterre une nouvelle race d'hommes, capables d'aborder la vie et d'affronter la mort avec des sentiments inconnus à leurs devanciers? La révolution industrielle du xvm* siècle, en faisant disparaître les 160 000 familles de i/eomen, alors le septième de la population totale, et en groupant autour d'un arbre de couche, dans des lieux jusque-là inhabités, des millions d'ouvriers bien vite transformés par leur genre de vie, n'a-t-elle pas rompu en moins de cinquante ans l'équilibre démographique, social et moral de la nation? Ces deux grands événements n'ont-ils pas renouvelé le peuple anglais au même titre qu'une invasion saxonne ou danoise, et le mot race n'est-il pas le seul qui puisse couvrir d'aussi amples métamorphoses humaines?

Taine avait deux autres théories capitales : il croyait dans chaque individu à une qualité maîtresse; il était d'avis que la raison et la vertu sont, non le fruit ordinaire et prévu

de la nature humaine, mais le produit exceptionnel d'une heureuse et rare rencontre. Ces deux théories prêtaient à de fortes objections. L'idée que presque toutes les particularités notables qu'on rencontre dans un esprit et dans un caractère dérivent d'une qualité première, qui est comme la cause unique de ces multiples efîets, n'est pas vraie d'une manière générale : je veux dire qu'elle peut être approximativement vraie d'un homme et ne pas l'être d'un autre. Elle ne s'applique pas, notamment, à toute une catégorie d'individus supérieurs, ceux dont la supériorité consiste dans un équilibre admirable et presque divin des facultés humaines. On aurait peine, par exemple, à expliquer par là Raphaël, — et l'on sait combien le jugement de Taine sur ce grand artiste est faux et insuffisant. Même pour un Shakespeare, génie extrême qui semble avoir fourni le modèle de la qualité maîtresse, un brutal besoin d'unité ne risque-t-il pas d'efîacer

maintes différences délicates, par exemple la distinction des époques, l'opposition du poète gracieux qui a écrit Vémis et Adonis et les Siigard Sonnets, «t du tragique consommé, nourri de Montaigne et de Plutarque?

Enfin, peut-être Taine a-t-il trop réduit l'empire de la raison et du bon sens, que les hommes du xvm" siècle avaient conçu trop grand. Il s'est peut-être trop complu dans l'idée que toute volonté humaine tend au dérèglement, pis encore, à la perversion, et à une perversion énorme, contenue à grand peine par les compressions sociales; ce qui l'amenait d'abord à établir une distinction aussi artificielle que celle du xyuf siècle, quoique toute différente, entre l'homme naturel et l'homme social, le premier féroce et intempérant comme un grand singe, le second gardé contre lui-même par toutes les constructions d'une raison extérieure ; ce qui, d'autre part, aurait dû le conduire, en bonne

logique, aux conclusions politiques de Hobbes, qu'il a toujours nettement repoussées. Qu'on se représente l'humanité comme une collection de malades et de maniaques, et tout l'appareil des lois comme des menottes ou des camisoles de force plus ou moins apparentes, c'est un tableau qui, à de certaines époques, n'a pas manqué de vraisemblance et qui peut toujours, si l'on n'y prend garde, redevenir réel ; mais il n'est pas moins constant qu'il y a en nous une tendance, de jour en jour plus efficace, à profiter de l'expérience, à reconnaître et à fortifier l'hégémonie de la raison, à enraciner enfin dans notre nature le culte de ce qui est juste, beau et bon. Je ne conteste pas, d'ailleurs, que la société, c'est-à-dire en dernière analyse l'individu, ne s'emploie instinctivement à créer des forces externes à l'appui des forces internes qui maintiennent l'équilibre en lui-même et dans les autres.

On a élevé depuis bien d'autres objections,

plus extérieures peut-être et moins profondes. A côté de la coulume, où se décèle le fond permanent de l'homme, on a fait une part à la mode, mobile expression de sa fantaisie. On a réclamé en faveur de la spontanéité méconnue; on a fait une place aux actes d'initiative, qui ont leur racine dans la nature de l'individu et qui ne doivent rien aux causes extérieures et collectives. On a entendu que les grands hommes soient non seulement des effets et des expressions concentrés de ce qui les entoure, mais surtout des causes et des premiers moteurs de ce qui les suit. En dernier lieu, on a essayé d'affranchir les cinq ou six provinces que Taine avait inféodées à sa science de prédilection : on a voulu que les littératures, par exemple, aient leur évolution distincte, indépendamment de la société qui les inspire, et que les genres littéraires se résolvent et se fondent l'un dans l'autre suivant des lois propres; de même pour les systèmes de phi-

losophie, les formes de g-ouvernement, les styles d'art. Taine n'a jamais contesté aucune de ces allégations. La vérité est qu'ainsi entendue, l'étude de la littérature, de l'histoire, de la politique, de l'art, le laissait à peu près indifîérent. Isolés les uns des autres et tous séparés de l'âme historique qui en fait l'unité, ces grands départements de la pensée et de l'action lui semblaient appauvris et rétrécis. Il ne s'y intéressait pas ou n'y goûtait qu'un plaisir de curieux, du moment qu'on lui fermait la haute perspective qui les lui faisait voir d'ensemble et embrasser comme un tout vivant.

Taine psychologue a été qualifié de matérialiste. Dans une œuvre immense, on trouve toujours des phrases qu'on peut découper, citer à l'appui d'une affirmation quelconque, qui tomberait misérablement si quelqu'un faisait reparaître le contexte. Taine était convaincu que l'homme plonge par le bas dans la nature bestiale ; qu'il en sort plus ou

moins comme une statue de sa gangue de marbre brut, mais qu'il n'en est pas, qu'il n'en sera jamais entièrement dégagé. Il a exprimé cette idée avec des mots d'une rudesse loyalement voulue, il l'a rendue sensible par des comparaisons parfois un peu offensives, que provoquait sans doute la pruderie irritante d'un certain spiritualisme. Il a pu ainsi prêter à l'équivoque. Mais il ne faut pas s'y tromper. Oui, certes, il ne voyait pas la plante humaine autrement que le pied dans le sol, toute vie lui venant par ses racines, les eaux du ciel même prenant cette voie pour la nourrir. Après tout, c'est la seule manière dont on ait vu jamais une plante croître et s'épanouir. Mais quel homme a mieux connu, a regardé avec plus d'intérêt, a respiré plus délicieusement les fleurs spirituelles qui perlent sur cette tige? Quel plaisir il goûtait à voir les sucs grossiers, les sels épais puisés dans la terre, monter en s'épurant, se transformer en

essences subtiles, verdir dans la feuille, se concentrer en couleurs et en parfums dans les corolles odorantes! Tout ce qu'il y a de plus éclatant, tout ce qu'il y a de plus délicat dans la frondaison et la floraison de l'àme humaine a-l-il jamais été observé avec une volupté spirituelle plus intense? Qui ne se rappelle l'adorable article sur la princesse de Clèves? Mais la preuve la plus concluante, c'est à coup sûr l'accent dont il a parlé de la religion, du protestantisme d'abord, dans VHistoire de la littérature anglaise, puis de l'Eglise catholique, dans l'étude magistrale de 1891. Un matérialiste pur n'aurait pas trouvé ces mots et ce ton. Nous ne ferons certes pas de Taine un spiritualiste : sa loyauté s'en fût défendue ; d'autre part, nous n'hésiterons pas à dire qu'il n'a jamais existé un idéaliste plus déterminé, nullement mystique sans doute, sensualiste déclaré par ses points de départ, mais, si l'on en juge par le cours habituel de ses pensées, les prédilec-

lions de sa curiosité, les objets de son admiration et de son culte intérieur, aussi éloigné qu'on peut l'être des caractères et des tendances que nous avons coutume d'attribuer au matérialisme.

Taine a été aussi un logicien. Il a été un logicien à outrance. Il n'a épargné aucune des entités métaphysiques régnantes, substance, causes, forces, personne spirituelle. Il a commencé par en faire table rase. La plupart des intelligences ne peuvent se passer de ces dessous consistants, il les leur faut pour servir de supports aux attributs, de points d'attache pour les rapports entre les choses. L'esprit de Taine n'en éprouvait à aucun degré le besoin. Ayant purgé de ces chimères sa conception de l'univers, il n'y laissait subsister que des phénomènes, des

événements, et, entre ces événements, des relations de dépendance où il voyait la seule matière de toute science positive. Il se mouvait à l'aise dans ce qui paraîtrait à d'autres un monde de fantômes. C'est à cela qu'il ramenait la métaphysique. Car on l'a traité à tort de positiviste. Taine n'a jamais renoncé à la recherche des premiers principes, à une explication scientifique de l'Univers. Jusque dans ses dernières semaines, il agitait dans son esprit une hypothèse mécanique sur la constitution de la matière et la nature des corps. Au début et de tout temps, il a rêvé de résoudre le jeu complexe des lois en la simplicité de propositions de moins en moins nombreuses et de s'acheminer ainsi vers l'axiome unique et premier, moteur et clef du monde. Il avait donc une métaphysique. Mais elle n'était pour lui qu'un prolongement de la physique et de la logique; elle se réduisait à des dépendances entre les mouvements et à des identités de plus en plus

étendues entre les idées. Pareillement, dans l'homme, la terrible analyse qui avait fait évanouir le moi substantiel ne laissait à la place qu'un écoulement de phénomènes plus ou moins rapides ou retardés. Là aussi, Taine n'estimait solide et scientifique que la connaissance des rapports. Sa psychologie, purifiée d'êtres déraison, affectait les formes, employait les procédés d'une physique et d'une logique.

La dialectique était une des vocations intellectuelles de Taine; la capacité de logicien, une de ses facultés maîtresses. Il aimait d'amour la joreîtue. Il y excellait; il s'y délectait. D'abord et à l'origine, il pratiquait surtout la méthode déductive, celle du mathématicien et du géomètre; il rapprochait et enchaînait des abstractions. Plus tard, il se voua avec prédilection et exclusion à la méthode expérimentale ; il dressait des tables de présence et de carence; il dégageait des inductions et des inférences... C'était tou-

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