‹ Tallemant des RéauxChapitre 12 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

. Qaand ils revienaent de leurs prérégrinations les voyageurs aperçoivent plus nettement Taspect mesquin de leur cadre habituel de vie. Gens et choses dont ils ont perdu Taccoutumance se montrent à leurs yeux sous leurs véritables formes. Ils en subissent Fennui et en éprouvent l'aversion pendant tout le temps qu'ils emploient à s'y habituer de nouveau jusqu'à rindifférence.

Ainsi Des Réaux. Le voyage d'Italie lui avait ouvert de larges horizons et l'avait mis en contact avec des personnages d'importance, jouant, dans tous les ordres d'activité humaine, des rèles curieux à observer. Descendant de carrosse, il retombait dans le tohu-bohu bourgeois du foyer familial. Il n'y avait certainement pas à Paris de maison plus vivante. Pierre Tallemant le père et Boisneau avaient réussi à y meaer unedieiitèle immense qui du xoiaiin au soir l'emplissait de son bruit.

Des Réaux ae s<>ngeait pas à les aller fatiguier de sa présence dans les bureaux. Il explorait le logis tout transformé depuis son départ. Maintenant les

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caves regorgeaient de muids de ce vin de Bourgogne auquel la famille accorda toujours une prédilection. Dans la cour, deux carrosses, et dans l'écurie, deux solides chevaux, sous la gouverne du cocher Charles Havon, étaient toujours prêts pour les courses des financiers.

Les cuisines, tapissées d'une formidable batterie de cuivre et de vaisselles d'étain, ruisselaient de clartés et la salie du commun, et la dépense où se tenaient les domestiques, étaient pleines de provisions enfermées dans. des armoires, des bahuts et des coffres. Jamais on n'avait vu maison où pullulaient autant les ustensiles et les meubles utiles aux préparations culinaires, aux pâtisseries surtout, aux confitures, aux douceurs de bouche qui préparent les clients naïfs aux duperies.

La salie à manger était immense, parée d'une tapisserie de cuir doré. Autour de la table de noyer, couverte d'un magnifique tapis de Turquie, vingtquatre chaises tenaient conseil. Une petite table à coulisse, dans un coin, servait aux joueurs. Une armoire conteïiait l'argenterie, le gigantesque coquemar, les grands bassins et plats, les assiettes, les couverts, les hauts flambeaux des repas de cérémonie (i).

Point de grand luxe, mais partout du confort. L'appartement de Pierre Tallemant se composait de deux pièces. Un cabinet tendu de tapisserie des Flandres, meublé de trois tables revêtues de tapis de drap vert à franges de soie, de quatre fauteuils, de six chaises fleuries de point de Hongrie et de deux

(1) L'argenterie .de Pierre Tallemant fut, à son décès,, prisée 7.76a livres lo sols.

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armoires élégantes, précédait la chambre du maître. En celle-ci, Des Réaux découvrait un peu plus de recherche. Sur les murailles décorées de cuir doré à fond rouge; un miroir de Venise encadré d'ébène, une peinture sur bois représentant des personnages, une toile où s'épanouissait un clair paysage souriaient entre les fenêtres ornées de rideaux de taffetas cramoisi. Sur la cheminée s'étageaient des pots de faïence de Hollande et de fins sujets en porcelaine précieuse. Des papiers et quelques livres étaient entassés dans un petit buffet de chêne à quatre guichets ; une brosse à long manche reposait sur un guéridon de bois noir. De ci de là, rangés contre les murs, ou disséminés autour des tables, huit fauteuils, douze chaises à vertugadin de bois noir, des sièges ployants, des carreaux, un devant de cheminée faisaient cortège, ornés comme lui de taffetas d'Avignon rayé de vert, d'incarnat et de blanc, au lit à hauts piliers surmontés de pommes et couvert de sa couverture de parade.

Toutes les pièces étaient, selon la mode du temps, pareillement tapissées de cuir doré ou de fines étoffes des Flandres, de Rouen, d'Auvergne à feuillages ou à personnages, l'une représentant l'histoire de Romulus et de Rémus. Une chambre enfermait dans son mystère les six chaises « caquetoires » dont disposait le ménage. Le linge débordait des armoires (1). Dans le garde-meubles, c'était un prodigieux amas de sièges et de tables, de tentures, de rideaux, de •paravents. Les bois de lit y pullulaient, et les matelas, et leurs parements tout confectionnés de damas

(1) 81 nappes, 563 serviettes, iis draps, 12 essuie-mains, 12 tor~ chons, etc, au décès de P. Tallemant.

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rouge ou blanc, de velours vert ou pourpre, de soie feuille morte ou jaune, de taffetas olive, de serge violette, approvisionnement, nécessité par le séjour fréquent au logis de parents, d'amis, de clients auxquels on réservait large hospitalité (i).

Des Réaux n'était point étonné. La- famille s'était, en son absence, agrandie. Boisneau et la Grossetière s'étaient installés rue des Petits-Champs avec leurs femmes et leurs domestiques, payant pension h Pierre Tallemant. Les deux jeunes ménages avaient mis au monde quatre enfants qui vagissaient à fendre les oreilles (â). Chacun vivait à sa guisé, ne craignant pas d'embarrasser autrui.

Si bien que le tumulte des bureaux s'était étendu aux appartements particuliers. Vainement eût-on cherché en ceux-ci, k cette heure, la tranquillité indispensable au recueillement. Des Réaux supportait avec impatience ce tintamarre ; mais seul il en souffrait. Une nervosité trop vive multipliait en lui les sensations pénibles. Pour la première fois, il

(1) Inventaire après décès des biens de Piei^e Tallemant du a juillet 1656 {M. A. de M' Le Cat. B. A, de M* Lefebvre).

(S) T. VI, 315, dit de son père : « Il tenait quasi toute sa famille en pension chez lui et vous pouvez bien croire, comme il disait lui-même naïvement, qu'il n'y gagnait pas ». Boisneau habitait, en elTet, rue des Petits-Champs. V. n, N. Pièces originales, n* f.788, Acte du 29 mai i638. Il avait eu de Anne Bigot de La Honville, sa femme, ('eux enfants : Anne, née le !•• janvier 1637.

— Angélique, bapt. le 2 octobre 1638. morte le 2 juillet I63ï. Il aura, dans la suite, quatre autres enfants : Marie, bapt. le

4 décembre «639, morte jeune. ~ Pierre Paul, né le 18 juillet 1642, enterré le \t novembre 1649. — François, bapt. le 24 février 1647.

— Pierre-Paul né le 1 8 juillet 1652. (Bibl. de la Société de VSist. du protestantisme français. Manuscrits, Etat-civil de Paris, art. Tallemant; Jal : op, cit., art. Tallemant). Pour la postérité de François Le Venier, sieur de La Grossetière, V. Haag : op. cit., art. Le Venier. Tallemant des Réaui : YI, 303, dit que M">* Tallemant la mère avait « bien du soin du gendre de la fllle du premier lit », c'est-à-dire de La Grossetière.

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découvrait que son père, malgré sôb habileté com*^ merciale et son inteliigeuce des spéculations, était, en réalité, un pauvre homme < un homme du vieux temps, in pwns naturalibus^ qui, en sa vie, n'avait fait une réflexion. :»

Il le retrouvait plus opiniâtre que jamais en toutes choses, aussi c méchant politique », davantage encore fanatique dans sa huguenoterie, inclinant tout à fait vers le mysticisme où l'avait engagé Paul Yvon. Quarante années de lutte avaient affaibli ses forces morales et physiques^ Il parlait maintenant un galimatias que personne, hors sa famille, n'entendait plus (1).

Ces défauts voilaient ses qualités très réelles de brave homme, plein de générosité. Étant gai naturellement, il souhaitait la bonn»e humeur autour de lui et s'efforçait de l'y entretenir. Sans cesse, bien que haïssant les festins, il amenait des convives à sa table, heureux de leur prodiguer le bon vin et les mets choisis (2).

Il n'aimait point les oisifs. Toujours le premier levé d<e la maisonnée, il donnait encore TexeilEiple du labeur. Il eût été heureux que tous ses fils perpétuassent son œuvre commerciale et financière. Il voyait bien que seuls Boisneau et de Lussac mon-

(1) T. V), 302-303, donne des exemples de ce galimatias : « L'aversion, dît-il, ^u'il avait eue contre un ministre écossais, notBiné l^rimerose, qui prêchait deux heures d'horloge et ne disait rien qui vaille, fut cause que, pour dire un lanternier [ou un sof], il disait un écossais... Mon père s'avisa ensuite, pour enchérir, de dire eofoellent écossais, puis excellent^ tout seul, après magnifique eacellent, et enfin rien que magniflqiLe ; tellement que, peur savoir ce qu'il voulait cKre, il fallait faire toute cette gradation ». Il mélangeait aussi d'expressions patoises ce jargon.

fî) T- VI, 303-3M.

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traient des aptitudes en cette matière. Il voulait qu^avant sa mort les autres fissent tout au moins dans la société, par Tachât d'offices importants, figures de riches fonctionnaires. Les deux plus jeunes, Henri et N..., manifestaient du goût pour la carrière des armes. Des Réaux ne se complaisait que dans les livres et dangereusement se dirigeait vers les lettres où se recrutaient mille parasites occupés à de ridicules bavardages. Pierre Tallemant ne songea point & contrarier l'inclination de ses jeunes enfants pour la guerre. Mais par contre il exigea que Des Réaux, dont il voulait faire un conseiller au Parlement, continuât ses études.

De François, il ne savait à vrai dire que faire. C'était le plus indiscipliné, le plus rétif, le plus inquiet et le plus tatillon des six garçons. L écrivait, lui aussi, des vers que l'on disait agréables, mais il ne rêvait point la gloire littéraire. On ne savait exactement ce qu'il souhaitait, hors paresser au lit, s'endormir sur des livres, intriguer dans la famille, créer partout des divisions.

Il était ambitieux cependant, aspirait à de grands emplois, mais pensait y parvenir par de savantes cabales et par la trahison. Au retour du voyage d'Italie, il avait l'âge d'établissement. Pierre Tallemant l'interrogea sur ses desseins. François les révéla sans ambages. Il voulait abjurer le protestantisme. Sa qualité de huguenot lui fermait toutes les sinécures où l'on vivait largement sans travailler. Il avait va en France d'abord, à Rome ensuite tant de gras bénéficiers, tant de prieurs, d'abbés commendataires et de prélats bien vêtus, richement rentes, jouissant béate*ment du produit de prieurés et d'abbayes exploités

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par la plèbe laborieuse des moines, qu'il enviait leur destin. Il se ferait, à leur exemple, abbé. Le roi et la reine, fort pieux, favorisaient les convertis. Il obtiendrait bien, à son tour, un bénéfice qui lui procurerait une molle existence, toute embellie de considération et d'écus. Peut-être même parviendrait-il à coiffer la mitre des évêques.

Il tenait ces propos cyniquement. Il prétendait d'ailleurs, pour s'excuser, que la contemplation, à Rome, des pompes religieuses l'avait troublé. Il attribuait aux prônes et aux conversations de l'abbé de Retz sa détermination d'abandonner la foi de ses pères. Mais Pierre Tallemant comprenait que la paresse et l'intérêt le guidaient surtout. Le vieux avait peine à retenir sa colère. Boisneau, de son côté, très attaché à sa religion, maudissait le renégat. Il fallait lutter contre cet esprit de reniement qui s'insinuait dans la famille. M™® d'Harambure déjà l'avait favorisé en autorisant, dans sa maison, des controverses de langue entre l'abbé de Retz et le ministre Mestrezat (i). On décida de chasser momentanément François du logis familial, dé l'expédier hors Paris, dans une solitude propice à la réflexion (2).

Toute la famille, et Des Réaux en particulier, fut enchantée que ce pleutre, cet écossaisy comme disait dans son étrange langage Pierre Tallemant, subît cet exil. François était dans la maison un élément de discorde. Il ne se plaisait qu'à soulever la colère des

(1) Retz : op. cit., I, 65 et s., raconte de plaisantes anecdotes sar ces disputes chez M«* d'Harambure, < huguenote précieuse et savante ». Le maréchal de la Force, Turenne, la ducb. de Vendôme, le comte de Brion, M"' de Choisy, Voiture y assistaient.

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QDS contre les autres, c Dès son enfance, écrit Des Réaux, il avait toujours eu contre moi une envie étrange, qu'il a encore et que je n'espère pas surmonter (1). >

Or il n'était pas nécessaire qu'un méchant attisât les rancunes latentes d'un foyer uni seulement en apparence. Une hostilité sourde continuait à diviser les enfants des deux lits. Cette mésentente et le tintamarre perpétuel qui lui brisait la tète, et le goût des plaisirs, déterminèrent Des Réaux à séjourner le moijis possible rue des Petits-Champs.

S'il n'était pas tout de suite revenu au logis de M. d'Agaury où, pensait-il, l'attendait impatiemment Marie Le Goux, c'est qu'il restait encore amoureux de la Lyonnaise dont il s'était fait le caressant chevalier. Il échangeait avec elle des lettres, admirant son style et son esprit. Il espérait bientôt, quand elle viendrait à Paris, en obtenir les faveurs.

11 ne fallait point cependant lâcher la proie pour l'ombre et c'est pourquoi il se décida à retourner rue Montorgueil. La maison de M. d'Agaury était entourée d'un parc et toute la jeunesse du voisinage s'y réunissait, pour jouer à la paume, aux quilles, au volant et y galantiser à Taise. Quand Des Réaux s'y présenta, après dix mois d'absence, il imaginait que Marie Le Goux l'y accueillerait avec transports. Il fut tout décontenancé par sa froideur. Elle rebuta ses cajo-

(1) T. Vï, 305. Pierre Brun. : Autour du wii* siècle, i90l, A travers les manuscrits inédits de Tallema/nt de- Réaux, p 403, écrit : c TallemaDt fut, on le sait, uni, durant toute sa vie, par une tendre alTeetion, avec son frère François, homme de lettres assez estimable, en dépit de l'opinion de Boileau ». Le ressentiment, plutôt que l'affection, semble se dégager de l'Historiette que Des Réaux consaere à son frère.

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LA. JOYEUSE JEUNESSE UB TÀLLElfANT DES RÉACÂ 191

ieri^s, refusa les ganU de Frangipane qu'il lui rai>portait d'Italie et, Tayaut entraîné dans un cabinet de verdures, elle lui lit de véhéments reproches. Il l'avait lAchement abandonnée, disait-elle. Pendant un temps, après son déport, elle avait cru être enceÎAte de ses œuvres. Affolée, elle appela à son aide le médecin Guéhaui, le suppliant de la délivrer de cette géniture importune. Heureusement elle s'était trompée, mais elle lui gardait rancune de la frayeur qu'il lui avait donnée.

Des Réaux, étonné d'une pareille niaiserie, la blàmar de s'être ainsi, sans motif plausible, confiée k lin tiers. Mais Marie Le Goux :

-»- Hé pourquoi ne l'aurais-je point fait? M. Guénaut sait que j'avais bonne intention et je lui ai dit que vous m'aviez promis de m'épouser.

Peut-être, en effet, au cours de l'action, et comme la jeune femme, conservai^t dans le plaisir ses scrupules, lui disait :

-^ N'es-tu pas mon mari ?

Des Réaux lui avait-il répondu un c oui, oui » de nature à les tranquilliser. Mais, dans ces minutes de liesse, un amant engagerait tout l'avenir. Une maitresse avisée sait que promesses de déduit sont sujettes k être révoquées. Le tort de Marie Le Goux consistait à les avoir prises pour c argent comptant. »

Ce jour-là ils disputèrent aigrement et ils se quittèrent brouillés^ En s'en allant, Des Réaux emportait néanmoins une satisfaction.il était assuré que l'abbé de Cerisy n'avait tiré aucun profit de son absence. On lui avait fait constamment grise mine* Gela, et pro^ bablement d'autres considérations, l'avaient déterminé à consacrer davantage de sa vie .à son ministère

religieux, c Le Crucifix, dit Des Réaax, prit ce tempslà pour lui doaiier un coup de pied, et depuis il ne fut amoureux que de la Vierge Marie (1) >.

Le jeune homme eût été, à ce moment, ravi d'être à jamais débarrassé de Marie Le Goux dont le caractère capricieux l'exaspérait. Il cessa de la visiter. Il continuait à recevoir des épistoles tendres de la belle Lyonnaise. Cela occupait son esprit et dirigeait vers d'autres buts sa sensualité. Or, peu à peu, ces corre&* pondances devinrent moins fréquentes, puis elles cessèrent brusquement. Il s'informa, ne pouvant croire qu'il était oublié. Hélas ! la Lyonnaise trop ardente avait disparu de ce monde (2). Il n'avait donc plus de maîtresse désormais. Il en était réduit, pour occuper son temps, à se plonger dans les textes arides de Cujas.

Le chagrin ne persistait jamais longtemps dans son âme. Il transportait dans le domaine de l'amour l'esprit d'entreprise des Tallemant. Plutôt que de demeurer tourmenté de désirs sans satisfaction, il se résolut à reconquérir Marie Le Goux. Il y parviendrait en excitant sa jalousie. Il fréquenta de nouveau le jardin de M. d'Agaury. M"« de Mérouville, sœur de Nicolas Bigot, s'y rendait presque chaque jour en compagnie d'une agréable jeune fille, sa parente-suivante. Il cajola, sous les yeux de Marie Le Goux, cette jeune fille et parvint aisément à capter son cœur. Peu à peu ensorcelée, elle l'appelait son mari.

Il advint que Marie Le Goux les surprit se prodiguant les baisers. Ce fut trop de douleur pour elle. Sa froideur cachait une tendresse exaspérée. Pour rompre

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une intrigue dont le spectacle l'irritait, elle retomba lâchement dans les bras de Des Réaux : « Je remontai sur ma bête >, constate celui-ci avec simplicité (1).

Il s'en fut bien gardé, s'il avait pu prévoir ce qui l'attendait. Sacrifiant désormais toute pudeur, Marie Le Goux manifestait jalousie et exclusivisme. Elle voulait le jeune homme sans partage, sachant que, l'âge venant, les jours de passion lui étaient comptés. Elle ne conserva bientôt plus aucune mesure. Elle portait son amour comme une auréole. A un divertissement que donna une de ses parentes, dansant aux chansons, elle prit Des Réaux par la main, et balla en accompagnant ses pas de ces vers :

Guillot est mon ami.

Quoique le monde en raille ;

Il n est point endormi

Quand il faut qu'il travaille.

Ah ! je ris alors qu'il me baise,

Car il meuri de plaisir et moi d'aise (2).

Elle fit scandale. Les d'Agaury, qui supportaient de plus en plus impatiemment la liaison de leur parente avec Des Réaux, la gourmandèrent. Ils n'y gagnèrent que rancune et menace de rupture. Us procédèrent alors d'autre sorte pour la détacher de son amant. Us espionnèrent celui-ci. Us rapportaient toutes chaudes les gaillardises qu'ils le soupçonnaient de commettre (3).

Or Des Réaux n'avait point fait serment de fidélité. Le goût des plaisirs et des jouissances grandissait en

[ii Couplet de Gaultier-GargoiUe.

(3j T. VI, 340.

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lui (1). Nul, quand il était libre d'entraves, ne manifesta.it plus que lui de gaieté. Il allait encore quelquefois, rarement, chez sa cousine, M<"* d'Harambnre. La jeune femme était maintenant veuve (2). Elle logeait rue des Fossé&-Montmartre, près de son oncle Rambouillet (3). Dans ce nouveau domicile, les galants rassîëgeaie&t. Le vieux maréchal de la Force, qui avait déjà sous lui tué deux épouses, rêvait, à quatre-vingts ans, d'en faire une duchesse, mais, pour effacer la mésalliance, il demandait qu'elle lui reconnût 40.000 écus par contrat (4). Un capitaine •aux gardes, La Salle, exaspéré qu'elle le rebutât, avait aposté, pour l'enlever, des estafiers sur le chemin de Charenton. Sans Pierre Tallemant et Nicolas Rambouillet qui réclamèrent la protection de Richelieu, elle serait devenue la proie de cet énergumène, amateur de la fortune en même temps que de la dame (5).

Des poètes, Voiture, Scudéry, Martin de Pinchesne> la convoitant et la louant à la fois, continuaient à rendre illustre sa ruelle (6). Des Réaux ne s'expliquait point quel charme ces fols trouvaient à cette femme

■ I) En deux passages surtout des Historiettes {VI, 339 et 358) il preeîse <|uel était, à ce tncment, son ardeui* à Jouir de la vie.

(2) B. N. Manuscrits, ( hérin, n» 103. Jean d'Harambure fut t«ë en novembre 1639. Est-ce cette mort que Des Héaux a chantée dans le Sonnet sur un portrait d'Arthemise buvant tes nendres de Mausole publié par M. Fr. hd^çXièsv^ -. Bibliographie des recueils collectifs de poésies, t. Il, 1903, p. 667? En février 1640, M»"* d'Hararabure fait, pour l'héritage de son mari, \n\^ Transaction atèc son beau-frère, Henry d'Harambure. {M. A. de M* Le Semelier, E. A. Vie M* Bossy).

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