I) T. VI, 221, W
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i38 lA JOTEUSE JEUNESSE DE TALLEIfANT DES RÉAUX
«on imagination. Il leur accordait si peu d'importance que, les ayant répandus dans la société, il négligeait d'en conserver des copies.
Il écrivait aussi, à la façon de Marot, des satires et des épitres. Il est probable que la plus grande partie de sa correspondance avec ses amis les poètes, avec Maucroix entre autres, était rédigée en vers. L'une de ses épitres faillit lui procurer quelques désagréments. Il l'avait adressée à Quillet, médecin-secrétaire du maréchal d'Estrées, qui, ayant quitté Rome à la suite de son maître, se trouvait alors avec la cour au siège d'Arras. Guillaume de Bautru, comte de Serrant, voisin des Tallemant, rue des Petits-Champs, et ami de Quillet, recevait les paquets de ce dernier et les lui transmettait.
Or il arriva que l'épîtreà Quillet, expédiée à Bautru, comte de Serrant, fut remise à Bautru, comte de Nogent, son frère. Celui-ci, ayant versé pour l'avoir un quart d'écu et étant € le plus avare des humains », voulut en connaître le contenu. Il décacheta le papier, lut les vers et fut si satisfait de leur allure à la fois gaillarde et plaisante, qu'il jugea opportun de les communiquer, pour l'amuser, aucardinal de Richelieu dont il était le bouffon.
L'Ëminentissime était précisément en humeur de railler. Il y avait dans l'épitre € quelques endroits qui pouvaient convenir à M. de Buliion », surintendant des finances, c qui était, aussi bien que Quillet, petit, gros, rouge et de bonne chère ». li voulut absolument que Des Réaux eût goguenarde le lourd financier ennemi des gens de lettres. Il fit lire la satire à Senneterre, ami de Buliion et, comme l'autre lui remontrait que Quillet seul y était nommé :
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— Qu'importe, dit le cardinal, que ce soit pour M. de Bullion ou pour le médecin Quillet, c'est à vous à répondre!
Go mme toujours, lorsqu'il s'éait livré, aux dépens d' autrui, à une plaisanterie un peu grosse, Richelieu, craignant les suites, cherchait à en charger un voisin pour éviter de faire des excuses. Il n'osait pas encore souffleter Bullion, comme il se le permettra dans la suite. 11 redoutait qu'on ne lui rapportât ses propos. Perfidement, remettant à Quillet l'épitre de Des Réaux, il lui dit :
— Recommandez bien i vos amis de n'écrire jamais, aux lieux où sera la cour, des choses qui peuvent s'appliquer à plus d'une personne.
Quand Des Réaux connut ces faits, il mesura l'importance que prennent parfois dans la vie de simples bagatelles. Qu'une querelle fût survenue entre Richelieu et Bullion, et la banque Tallemant, en relation avec les deux puissants personnages, en supportait les conséquences désastreuses. € Si mon père eût su cela, écrit-il, et qu'après il lui fût arrivé quelque désordre dans ses aflaires, il m'eût voulu faire accroire que ma poésie en eût été cause » (1).
Cette aventure le rendit prudent. 11 délaissa, pour quelque temps, l'épitre satirique. Il ne tenait d'ailleurs nullement à acquérir de la gloire dans un genre qui procurait à ses familiers un logement à la Bastille. D'ores et déjà, comme il lui adviendra dans la suite, dédaignait-il la gloire ? Nous ne le croyons point. A ce moment de sa vie, il désirait certainement sortir de l'obscurité, peut-être pour éviter le