‹ Tallemant des RéauxChapitre 15 sur 18 · I) T. II · texte numérisé non relu

I) T. II

byGoogk

sort, à son avis désastreux, qu'ambitionnait pour lui son père.

Il avait connu dans la maison de Montaiiron Pierre Corneille. Il en parle, en mains endroits de ses Historiettes^ comme d'un homme dont il a pénétré le caractère. Il déteste en lui l'ambitieux, le cupide, l'avare. Il admire le poète, quitte plus tard, ayant raisonné son admiration, à l'abandonner pour toujours (1). Il rêve de conquérir une renommée égale à la sienne.

C'est pour réaliser ce rêve qu'il se plonge dans l'œuvre ardente de Sophocle. Il traduit, commente, étudie cette œuvre, parvient à se l'assimiler au point de la croire sienne. Il écrira à son tour, sur l'effroyable drame dont Œdipe est le héros, une tragédie. Aussi bien ce sujet n'a guère tenté ses contemporains. Jean Prévôt et Sainte-Marthe, écrivains obscurs, le traitèrent avant lui sans succès.

Désormais il se laisse absorber tout entier par cette tâche. Il entasse les alexandrins sans défaut, les riches rimes. Il s'efforce de communiquer à ses personnages l'émotion dont il est possédé. Il y parvient par endroits ; mais il se défend mal contre le lieu commun et la déclamation. Combien de mois, combien d'années consacre-t-il à ce pénible travail? On ne le sait. Il l'achève dans le découragement. Il n'a pas surpassé Corneille. Il a écrit une œuvre sévère, suivant étroitement les données du tragique grec, jouable, ni meilleure ni pire que celles dont se contentent les comédiens. Il reconnaît son échec puisqu'il ne porte pas son manuscrit au Marais ou à

(i) T. m, 51. VII, 174, J53-Ï54.

byGoogk

LA JOTEUSE JEUNESSE DE TALLEHANT DES RÉAUX S4f

rhôtel de Bourgogne, malgré ses appuis dans ces théâtres. Cette rimaille, qu'il remanie de temps à autre, recopiée de sa main dormira désormais dans ses papiers. Plus tard, il comprendra qu'une besogne de traducteur et de yersificateur ne convenait pas à son génie. Pour s'épanouir, celui-ci avait besoin d'études encore, de maturité et 'd'un aliment que l'observation de la vie devait lui fournir en abondance (1).

(1) Edipe, tragédie. Brouillon, est conservée dans le ms. n« 67i f«* 159 et s. de la B. L. R. Le texte de cette pièce en 5 actes et en vers a été analysé par M. Pierre Bran (A travers les ms. de Tallenfvant Des Réaux dans Revue d'hist littéraire de la Framce, 1898, p. 538 et s ) qui en donne d'importants extraits. M. Pierre Brun ne cache point qu'il la préfère aux tragédies de Corneille et de Voltaire sur le même sujet. Bfonmerqué la juge ainsi : c La versification en est si faible que nous n'y avons rien trouvé qui méritât d'être cité. »

byGoogk

Page 1