T. VII
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[Miyikjtrtm^i/ikmit^^ de tallbmant des ïiièadx
frènrôs tini visitaient activement la parentés En bandeles jeunes gens se rendaient rue des Fossés-Montmartre chez Nicolas Rambouillet, leur oncle* Le bon-^ homme avait fondé dans les terrains vagues de ce (juartîer une «forte de colonie de financiers. Marc- Antoine Acéré, son associé, y logeait, et Nicolas^ Bigot de la Honvilie, son parent et le ministre Le Fanscheur. Il y possédait de nombreuses maisons bâties sur son ordre (i). Il y habitait lui-même en compagnie de sa femme, Catherine Bigot, et de neuf enfants pour la plupart en bas âge (!^), un magnifique hôtel formé de deux corps de logis et d'un pavillon^ précédé d'une vaste cour où s'ouvraient les écuries
(1) B, N, ms. n" i8.804f Râle <Us Taxes précité, quartier du faubourg Montmartre. Rambouillet y possédait 4 malsons, plus 1& siéûiie Quatre luttes maiiotis, située^ rue du Mail, lui appartenaient aussi.
(1) tl en eut onze, mais Tun était mort en 1633, un autre n'était pad encore né à l'époque qui aous occupe. Nicolas Rambouilletsieur du Plessis et autres lieux, né vers i576, marchand, puis banquier, reçu secrétaire du roi le 4 juillet I64ô, enterré le 22 septembre i«64 à Gharenton, épousa : i* Catherine Bigot, née en 15 ), enterrée le 6 décembre J64i; 2^ en décembre 1645, Anne OaigAot, enterrée le i" septembre Hh. De son premier mariage,, il eut : Nicolas, sieur du Plessis, conseiller et maître d'hôtel du roi, marié en mai 1672 à Anne Le Moutonnier, veuve de Gilles de Brlquevllle. ^ Catherine, bapt. le 14 février 1691, mariée en {637, à Jacques Monceau, sieur de Lestang, enterrée le 3i octobre 1664. — Antoine, sieur de la Sablière, né à Paris le 17 juin 1624, reçu conseiller du roi le 17 octobre 1667, marié en mars 1654 à Marguerite Hessein, mort à Paris le 3 mai I67y. — Paul, né le 7 juin 1625,. reçu secrétaire du roi le 30 août 1660, marié en mars 1657 à Françoise Le Coq, mort en 1667. — Anne. bapt. le 2i mai 1626 ^ morte le i"" février (706, non mariée. - Henri, sieur de Cbavannes, né le 6 août 1627, tué en Catalogne en octobre 1652. — Aleiàndre^ sieur de Prévigny, né le 31 janvier 162 , capitaine au régiment de Picardie, tué en Flandres après 1664. — Angélique, née le 18 mai 1630, morte jeune. •- Louis, né le 20 septembre lesi, enterré le 29 décembre 1633» — Elisabeth, née le 6 mai 1633, mariée le 44 janvier 1646, à Gëdéon Tallemant, sieur des Réaux. morte le^ 30 juin 1717. — Pierre, sieur de Lancey, né le 26 août 1635, reçu conseiller du roi en 1683, marié le 2^ janvier 1673 à Anne Bourdin de Pierre- Blanche.
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hk JOYEUSE JEtmBSSE DE TALLEMANT DES RÉAUX lOâ
et remises. Au rez-de-chaussée se répartissaient les offices, cnisÎBes et Timmense salle à manger nécessaire à une si nombreuse famille. Un escalier monumenial conduisait aux appartements du maître (1). Cet escalier avait été construit avec amour. Il montait vers des pièces solennelles, dorées, peintes de sujets mythologiques, meublées avec faste. Le financier en tirait vanité. Le gravissant, il se figurait toujours aller vers sa propre apothéose. Il n*y avait pas d'homme plus infatué que lui de sa richesse. Ayant acquis, dans la généralité d'Orléans, des terres seigneuriales, il s'était anobli et ses armes ; (fazur à iroii perdrix d'or deux et une, figuraient sur ses carrosses, sa maison, ses meubles et sa vaisselle d'argent (2).
Les Tallemant, Des Réaux surtout, ne fréquentaient momentanément sa maison que pour se divertir de son égoîsme satisfait et de son ostentation bouffonne. Ils jouissaient de l'entendre vanter tous se& gestes et tous ses actes, multiplier bouche bée les possessifs, dire : « mon vert est le plus beau du monde » pour le vert de mon jardin ; « mon eau est la
(1) Une descriplion sommaire de cet hôtel nous est fournie par une saisie réelle faite le 25 janvier 1674, à la requête d'Antoine Rambouillet, sieur de La Sablière {A. iV. xsà 39i, f» 415 .
(f II possédait, dans la généralité d'Orléans, élection de Chartres, les terres de Courville, Sa nt-Germain-Gaillard, Le Plessls-Fèvre, Le Tertre, Lancey, Le Tronchay-Gallet dont ses enfants portèrent les noms. V. sur ces terres, A. N. P. 7756oB; P. 775**^; P. 775 '4B. Plus tard, il acheta la terre de La Sablière. Ses armes ont été enregistrées par d'Hozier. {B. N. Manuscrits, Armoriai général, Blasons coloriés, Paris, t. I, p. 8^5, et pour la description, Paris, t. II, p. 509j. Tous les Rambouillet les adoptèrent et leurs blasons accolés aux blasons des Noce, des Le Moutonnier, des Bourdin figurent dans les mêmes manuscrits {BUisons coloriés, Paris, t I, p. 921 ; t. Il, pp. 1035, «905 et pour les descriptions, Paris, t. I, pp. 386, 1021 ; II, 884 et 55. V. aussi, Pièces originales, n* 2 128 ).
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plus limpide » pour l'eau de ma fontaine. Ils sayaient, par ce qu'en disait souvent leur père, que c'était an être équivoque, dont il fallait se méfier, ne vivant que pour se satisfaire lui-même en toutes choses, rude pour les siens, indifférent aux besoins et aux désirs d'autrui1[i).
Mais il recevait avec largesse pour que le bruit de sa somptuosité se répandît dans Paris, affirmât son crédit, lui valût des facilités d'accroître son opulence et son autorité. Sa conversation, malheureusement, ne répondait pas on variété à l'abondance de ses biens. Boisneau en faisait ses délices. Des Réaux s'en désintére^ait rapidement, préférant jouera des jeux galants avec les trois aînés de la maison, Nicolas, Catherine, Antoine qui montraient un esprit éveillé et s'éprenaient pour lui d'une vive affection.
Plus volontiers avec ses frères, il se rendait, rue des Fossés-Montmartre, chez son cousin Gédéon II ou rue des Vieux-Augustins, chez sa cousine M"* Harambure. Le premier vivait avec sa sœur naturelle. Angélique Dupin(2). Ils étaient riches, joyeux, étourdis, envisageant l'avenir avec optimisme, dépensant sans compter (3). Ils avaient hérité de leur père l'appétit des
(1) T. VI, 313 et s.
(2) Angélique Tallemant morte en 163 i, et dont nous avons parlé dans notre deuxième ch pitre, a été souvent confondue, notamment par Livet : Dictionnaire des Précieuses, art. Dupin, et par Monmerqué : I/istoriettes de Tallemcmt, VIII, 13, avec .Angélique Dupin, sa sœur naturelle cpie l'on rencontre, en itnz, à Bordeaux auprès de son frère Gédéon II, alors intendant de Guyenne. Nous n'avons pas retrouvé les actes d'état-civil de cette dernière, mais Tallemant : VI, 236 ad notam, lui donne ce prénom d'Angélique.
(3) Gédéon II avait reçu de son père, Gédéon I, un patrimoine de 500000 1. (T. VI, 217). Une pièce de la B, iV. Cabinet des Titres, Dossiers bleiLs, n* 263, lui attribue, à une époque un peu postérieure, 300. oco 1 de rentes.
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LA JOYEUSE JEUNESSE DE TALLEMÂNT DES RéAUX 105
plaisirs et, jouissant d'une entière indépendance, s'y livraient frénétiquement. Gédéon s'était muni, pour avoir quelque apparence de sérieux dans le monde, d'une charge de conseiller à la Cour des Comptes, aides et finances de Montpellier (1). Il n'y allait, à son dire, siéger que pour € encornailler » les bourgeois de la ville (2). Il manifestait un goût très vif pour les femmes et celles-ci ne le dédaignaient point. Il portait sur un corps solide, svelte encore, où se perpétuait la vigueur des Tallemant, un doux visage au front large qu'encadrait une chevelure longue et bouclée. Ses yeux languides et ironiques à la fois décelaient l'intelligence et sa bouche, obombrée, sous le nez long et mince, d'une Gne moustache, l'amabilité (3). Il ne songeait pour le moment qu'à la danse et entretenait Henri de Chabot, seigneur famélique, inventeur de branles et de courantes, qui l'introduisait dans la société (4).
Sa sœur, Angélique Dupin, fréquentait de son côté les ruelles où les précieuses galantes tenaient leurs assises. Spirituelle, charmante, frivole, elle ambitionnait la gloire littéraire, multipliait les versiculets
(1) T. VI, 253. II porte ce titre dans différents actes notariés. B. L. R. vns. n» 675 U 2, Cession de rente... du i8 décembre iB8.4.
(2) T. VI, 253. Communication de M. Pierre VicMe, de Montpellier, auteur d'une Histoire de la Cour des Comptes de Montpellier : « Lorsque Louis XIII unit la Cour des Aides à la Cour des Comptes pour en faire une seule Cour souveraine, sous le nom de Cour des Comptes, aides et finances de Montpellier, il créa huit nouveaux offices de conseillers. Un de ces offices fut attribué à « Gédéon Tallemant, parisien ». Il semble bien que celui-ci entra en fonctions dès que la nouvelle Cour fut complétée, c'est-a-dire en 1631. Toutefois, les listes de Rignac donnent, pour son entrée en fonctions, la date de 1633 >
(3) B N, Estampes, Coll. alphabétique des Portraits, Gédéon TaXlemamt. Cette estampe anonyme est accompagnée de vers dithyrambiques.
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106 LA iOTEVêE IBUNESSB DE TALLEMAîn" DES RÉAUr
et les pros'^s tendres. Des giatants nombreux la cajolaient, attendant Fheore du berger, et Voiture luimême lui témoignait une fareur iatëressée (1).
Les heures passaient claires et ensoleillées, dans cette maison où résonnaient les grelots de la foHe. On y jouait à tous les jeux de la terre et Ton y disait cent sornettes. Cep«*.ndant les Talietnant s'y plaisaient moins qu'en la maison de M"»' d'Haraml>ure. Cette maison, adossée là-bas, devers la porte Montmartre, aux bAtis modestes de Sainte Marie l'Egyptienne, était magniQque comme un temple (^)»
M"* d'Harambnre y régnait dans Tencens des flatteries. Semblable à une déesse, elle contemplait de sesgrands yeux brillants comme des escarboucles la foule adulatrice qai assaillait jour et nuit sa ruelle. Elle se rassasiait d'adoration, sans la rendre, exigeant qu'on lui appartînt en esclave. Elle était capricieuse, d'une altière fierté, chassant sans pitié les insoumis ou ceux que lassait un rôle de sotiptrant jamais rafraîchi d'une caresse.
• Son mari, Jean d'Harambnre, seigneur de Romefort et de La Boissière, ne la fatiguait point de sa présence. Il exerçait diverses charges absorbantes auprès de Louis XIII, gentilhomme ordinaire, grand giboyeur et chef du vol des oiseaux de la chambre. Il gouvernait théoriquement la place d'Aîgues-Mortes, était capitaine d'un groupe dequatre-
(1/ Bauderau de Somaise : mctionnairg des Prétieuses, t60(, art. Philôclée, la • elasse parmi les prédeases da temps de Valère (Voiture). C'était, dit-il, une fille d'esprH et du beau monde <nil se mêlait d'écrire.
(îF Son adresse, rue des Vieox-Aitgrustins, nous est fournie par une ProcuraUtm préeftée du U mars i«35 dont l'original est eon* serve dans Tétude de M« Bossy et dont la B. L. R ms^ n» 675 t»Zr possède une expédition.
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LA J0YEU3E J£aNEfi6e DB TAiJUBMÀ»T DBS r£aDX 107
Tingi-dix chevau-4égers et comaiMHiaU nne eompârgnie de cent y'mgl homiiies de pied français entretenue en Hollande. Quand il ne participait pas aux chasses du roi, il guerroyait aux frontières. Il ne manifestait poiat un caractère jal4>ux. il souffrait que dans sa maison les gens de qualité se mèlasseat aux poètes pour enchanter sa femme (i).
Ceïle-<n prétendait à la suprématie du goûL Elle régentait, ayant écrit quelques stances exagérément louées (â), la poésie toat entière. L'esprit ne lui parais- ^sait raffiné qiie con<^ par sa cervelle de linotte et formulé par sa bouche. Elle disait certains jours à sa suivante :
— La Cloche, n'ayons point d'esprit, cela est trop commun ; tout le monde en a.
Elle accueillait avec grâce sa parenté, ayant, malgré de fréquentes sautes d'humeur, le sentiment de famille. Gédéon I allait chez elle chercher des aventures. Il y courtisait M*"^ de Cressy, pécore fort libérale de ses faveurs (3). M^® Dupin ramassait quelques miettes d'adoration auprès des mourants repousses par la madone.
Les Tallemant, encore enveloppés de leur gangue provinciale, s'y familiarisaient avec le bel air. Ils comprenaiont que les pecques bordelaises ne leur avaient rien révélé de l'élégance et du raffinement.
ii) Jean d'Harambure était fils aine de Jean et de Marie de Secondât. Tous les titres qui le concernent se trouvent réunis à |a B. N. Manusoi^ts, Cabinet des Titres, Pièces originales, n*' 824477 ,- Dossiers Meus, «•» 27,346; Carrés iVHozier, n»» 329,330; Chérin^ »• i03,
\%) B. A. ms. «• 4ïi6 î* 1037, Regrets de M— d'Harambure, soies le nom de Livie, sur la mort de Afi'» Angélique Tallenumt, sa soeur.
(3J T. VI. 2^8. V. ausfii, sur cette dame et ses moeurs, Y. 216 ei s.
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Boisaeau s'enflammait avec fougue et François muettement, la tète pleine de desseins obscurs.
Des Réaux en extase devant l'idole la caressait de son regard, admirant ses beaux cheveux sombres, son teint d'ambre chaud, l'éclat fulgurant de ses yeux, le dessin exquis de sa bouche, le modelé de son corps précieux. 11 se rappelait les vers d'un charmant poète, Eléazar de Brécourt-Sarcilly, sieur de Chandeville, neveu du divin Malherbe, adolescent plein de charme, et qui était mort sans avoir, malgré son génie, tiré de ces lèvres moroses une parole de tendresse. Hélas ! il était déjà oublié, celui qui avait écrit :
Vous voir et vous aimer est une même chose... Ayez pitié d'un mal que vous avez fait naitre : C'est l'augmenter beaucoup que de le méconnaître. Vos yeux qui m'ont donné de si doux entretiens Peuvent-ils ignorer le langage des miens (1)?
Combien d'autres papillons delà poésie cherchaient à butiner cette fleur. Vauquelin des Yveteaux, en des lettres extravagantes, dont elle se riait publiquement, se tuait à lui déclarer son amour (2). Pierre de Boissat, quand il séjournait à Paris, ne bougeait point de sa ruelle (3). Les quatre Habert de Montmor, si habiles à profiter des faiblesses féminines que les maris les redoutaient comme peste^ sans regret quittaient l'Hôtel de Rambouillet où d'ordinaire ils cherchaient fortune, pour tenter de circonvenir cette inhumaine.
(1) Recueil de diverses poésies des plus célèbres authewrs de ce temps, 1652, pp. 85, 92, 95, 100, 104 ; Recucil de poésies de divers autheurs, 1670, p. 2W. V. aussi, pp. 263, 260, 269. Sur Chandeville et Mme d'Harambure. V. T. VI, 263.
(3; T. V, 361, marque ses relations avec Mme d'Harambure.
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Avec chagrin, Des Réaux voyait tourbillonner autour d'elle Germain Habert, abbé de Cerisy, le plus ensor. celeur de ces plumets qui utilisait à ses desseins perfides un zèle de convertisseur. Bien qu'un madrigal de cet abbé, répandu dans les cercles galants :
Je mourrai de trop de désirs Si je la trouve inexorable... (4)
le convainquit qu'il subissait le sort commun, Des Réaux envisageait avec aversion ce personnage puéril et parfumé. Il pressentait en lui un dangereux adversaire (:2). (Jn autre godelureau que Des Réaux n'aimait guère, bourdonnait aussi autour de M"* d'Harambure. C'était leur commun cousin, Pierre Yvon, sieur de Lozières (3). Aussi fou que Paul Yvon, son père, Pierre Yvon avait également déshonoré la famille en abjurant le protestantisme. Après avoir porté les armes en Hollande et cherché la gloire
(1) Poésies choisies... 16d3,2« part., p. 207.. V. aussi sur ce madrigal et sa dédicace à M"« d'Harambure, Les Lettres du président Maynard, 1653. p. 63 et s.
(2) Sur les Habert, V. notre volume : Voiture et V Hôtel de Rambouillet^ 19lf-l9i2, t. 1 et .II p<issim,
(3) Septième enfant de Paul Yvon, sieur de Laleu et de Marie Tailemant. De son mariage avec cette dernière, Paul Yvon, eut, à notre connaissance : Jeanne, née en novembre 1601, mariée à René de Béchillon, sieur de La Girardière. — Gédéon, sieur du Plomb, né le 21 août 1603, tué devant La Rochelle le 27 octobre 1622. — Kzéchiel, sieur de Saint-Maurice, né le !•' août 1605. — Marie, mariée le 25 juillet 1623 à Jacques Henry, sieur de la Maisonneuve, morte en 1656. - Elisabeth, née le iO avril 1608. — Anne, née le 18 juillet 1609. — Jean, sieur de Saint-Germain, né le 9 janvier i6li. capitaine au régiment de Picardie. — Pierre, sieur de Lozières, né le 9 janvier I6ii, frère jumeau du précédent, plus tard conseiller d'Etat et intendant du Dauphlné, mort sans alliance. — Suzanne, née le 21 décembre 1613, mariée à M. de Gheusses. V. G. T. G. L. R. R. P. ; A. G. I. R, P. E. 25, 32 xB. L. R ms, n' 354, ar:. Yvon; Diaire de QuUlaudeau^ année 1622; Jourdan : Epfiémérides précitées, I, 55 ; BulU de la Société des Arcïu Jiist, de la Saintonge et de VAunis, IX, 1889, p. 13.
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110 LA JOYEUSE JEUNESSE 0E TALLEllANT DES BEAUX
militaire, il s'était piongé dans les études théoiogiqaes et exerçait une charge de conseiller d'église au Parlement. Il n'y avait pas d'homme plus pédant, plus pesant et dont le langage bjursouflé et le corps dégingandé eussent davantage besoin de sacrifier aux grâces. Depuis qu'il portait la robe, il se piquait de belles-lettres et rêvait de faire pâlir d'envifl, par ses succès d'alcove, les plus déterminés muguets de la Cour. On le rencontrait partout où des femmes passaient pour galantes, cajolant d'urne façon si doctorale qu'il semblait, ai^sis sur son siègo de Parlement, prononcer des arrêts. M"^*" de Montbaion, la bonne géante, qui portait avec aisance le poids de Cent amants, ne pouvait i'endurer; M'^*' de Courcelie qui aimait quatre hommes à la fois, l'unpoursa bravoure, l'autre pour sa gaieté, le troisième pour s(m bel esprit, le quatrième pour sa bourse, le surnommait le Héros et ne se décidait point à l'admettre, pour son pédantisme, daas son escouade d'élusr. M**** de Sainctot, maitresso de Voiture et amie de Benserade, amusait ces deux coquets en contrefaisant les mines morfondues du grand pendart mué en soupirant. M"® de Cressy le guérissait des évanouissements qu'il feigna/it pour l'attendrir en l'arrosant de seaux d'eau glacée (!)•
Auprès de M"^"" Harambure, prompte à la défense et accoutumée au dédain, il montrait plus de discrétion à cause du cousinage. Des Réaux se réjouissait de le voir sans cesse relégué au-delà du cercle où ses phrases enchifrenées gênaient la conversation toujours pétillante et légère.
(1) T. VI, 277 et S.
LA JOYEOSÏ: JHUNESSË de TÀ1.LEHANT DES BEAUX iil
Car le j«uae ho^mme ne se dissimulait pii£&, ftprès quelques visites, qa'il en tenait, à S(Mi tour, pour cette délectable cousine. Son charme avait agi sirr lui. Il en rêvait au collège, à 'Fauberge, partosiit où il traînait désormais une existence morne et, à son avis, sans but. Il attendait avec une impatience furieuse les samedis qui lui rendaient la liberté, les vacances qui lui permettaient de grossir l'assemblée des adorateurs. Il cherchait à se signaler par quelque belle galanterie. Il osait parler au milieu des illustres qui l'eatouraient et dont quelques-uns, Tabbé de Cerisy entre autres, entraient dans cette Académie des quarante que Boisrobert formait sous le patronage du cardinal de Richelieu. BieDt6t il acquit une réputation d'esprit dans le groupe ; on Técouta avec complaisanc e. I^me d'Harambure lui témoigna de la sympathie, puis de raffection, une affection sage de mère qui câline et dorlote.
Mais le jeune hamme voulait davantage. Il appréhendart en déclarant s(^s senftiments de perdre toute la douceur qu'il recevait d*elle. Il se résolut à <îonfîer à la poésie, recours ordinaire des amanfts malbeureux, le soin d'exprimer une 'tendresse qui souffrait de se savoir ignorée. Longtemps, stnr «es cahi^^rs de collégien, il perna, cherchant le secret de cette harmonie qui communique au vers la faculté d^mouvoir. La mode des rondeaux sévissait sur les ruelles. Il imita Voiture, maître en l'art de ces fantaisies ipoétiques, mais il ne put Tégaler en esprit et en cadence.
Néanmoins, M^*d*Harambure, ayant i^eçu sa Réio- /u/û>nide^^c£arer&ona/noiir(i), connut, avec (quelque
K\)BeeueiV tic divers ronOeawc, 16»» p. «50; Nouveau ifccweil ac tfirew rwtaeawx;, i I, «0. La pièce eut Mga^ «^^ «H.v4aA6 ce
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satisfaction, que sa beauté avait suscité un amant et un poète nouveaux. Elle ne découragea point cette ardeur juvénile. Des Réaux se montrait d'ailleurs raisonnable. Dans une Protestation d'amour respec- ÂueusCy il disait :
De vous aimer jusques au monument, Amarillis, je vous fais un serment.
Mes desseins ont un vol bien téméraire.
Votre bonté fait pourtant que j'espère
Que vous aurez pitié de mon tourment.
Vous me verrez souffrir si constamment Que ce qui peut rebuter un amant N'aura jamais pouvoir de me distraire De vous aimer.
Mais pourrez-vous me traiter durement
Si, vous servant respectueusement.
Je ne m'attends d'avoir, pour le salaire
De tous mes maux, que l'honneur de vous plaire
Et qu'il -me soit permis tant seulement
De vous aimer (1).
« Successivement il chanta les absences et les retours de la divinité, attribuant une importance universelle à ces faits insignifiants parce que la nature et la vie lui semblaient, selon ses alternatives de chagrin ou de félicité, plus désolées ou plus souriantes (2).
deuxième recueil. T. VI, 328, dit : € C'est l'amour qui m'a fait faire des vers. »
(1) Recueil de divers rondeaiuc, 1639 p. 153 ; Nouveau recueil de divers rondeaux^ 1650, I. 80.
(î) Paéties choisiea..., 1653, i'« édit, r* part., p. 340, SonneU (II déplore qu'une maladie oblige la bien-aimëe à se rendre aux eaux). Cette pièce, pubUee par Monmerqué comme appartenant à Des Réaux, est signée G. dans Poésies choisies, 1653; i" part., 2* édit. EUe a été attribuée à Charleval par Saint-Marc, dans iPoésies de Charleval, 1759, p. 51. V. aussi, de la même époque.
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Gédéon Tallemant
Intendant de Guyenne
Cousin germain de Tallemant des Réaux
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LA JOYEUSE JEUxNESSE DE TALLEMANT DES RÉAUX 113
Il n'était point malheureux cependant. Coquettement M°^® d*Harambure se montrait à lui sous tous les aspects capables de le séduire et de renfiévrer. En corset, ses belles manches de chemise ornées de point d'Angleterre voilant 'ses bras nus, les épaules couvertes d'un fichu pèlerine à petit collet ouvert sur ses seins menus et fermes, elle l'admettait à sa toilette. Tandis que, devant le miroir, elle maniait, aidée par ses suivantes, le peigne d'ivoire et le petit fer, abattant en garcettes sur son front, massant en bouffons sur ses tempes, nattant derrière sa tète ses lourds cheveux, patiemment confectionnant la cadenette frisée que fixait un galand à ses couleurs. Des Réaux avait pour mission de l'enchanter de son verbiage. Mais de fréquentes distractions provoquaient son silence. Avec un sourire ironique, M"* d'Harambure, la poire de parfum ou la mallette aux fards à la main, se retournait vers lui et le barbouillait d'eau d'ange ou de poudre de civette.
Puis elle en avait pitié. C'était un enfant. Elle le traitait en enfant. Elle la baisait au front avec plus de feu peut-être. Jeu dangereux. Elle comprit bientôt que, lui rendant sa caresse. Des Réaux s'oublierait jusqu'à l'égarer sur ses lèvres; et elle évita de le baiser. Dès lors, le jeune homme emplit ses rondeaux des clameurs de son désespoir, accusa de cruauté sa cousine, paria sérieusement de sa mort prochaine :
C'en est fait, je me meurs, Climène, Je vais assouvir votre haine (1).
Recueil de divers rondeaux, 1639, p. 163 ; Nouveau recueil de di-^ vers rondeaux, 1650, I, 83, Sur un retour (Signé : D. R, dans 1er recueil).
(1) Recueil de divers rondeaux, 1639, p. 39; Nouveau recueil de
ii4 LA. JOYEITSE JEUNESSE DE TALLEMiANT D£S R^AUX
Mais il ne mouipait qu'en liitéiraiure. Son père, d'ailleurs, et son frère Boisneau, ce dernier jaiaax peutêtre de ses succès, l'obligèrent à moios hanter cette maiscNn où Ton s'occupait trop de futilités, insufQsamment de finances et de rehgion. Cli>e« les Bigot de la Honville, où ils l'emmenèrent pour le distraire, on ne rencontrait que Qnanciers, conseillers-secrétaires du roi, parlemetttaires ardents i soutenir leurs privilèges, religionnaires fort peu soucieux d'aligner huitains ou alexandrins. Là, pensaient-ils, il recevrait des exemples édifiants et se mêlerait à des conversations austères.
Les Bigot formaient, tout au[H*ès de la rue des Petits-Champs, dans le quartier Montmartre, un olan aux ramifications multiples. Nicolas, sieur de la Hon* ville, et sa femme, Anne Sarrau, chefs de famille, logeaient chez leur fille Antoinette, récemment mariée à Henri de Louvigny, conseiller-secrétaire du roi et homme d'affaires (i). Us régnaient sur neuf enfants turbulents auxquels se joignaient les ionom-
Oioers rondeaux, i«50^ I, 79^ Désespoir amoureux. V. aussi, Mêmes recueils, p. I5î et t. I, p. 81, Sur les rigueurs ($*urte dame. Deux autres pièces, qui pourraient se rapporter a cet amour» sent attribuées à Des Reaux, Tune par le ms. n* 12680, p. iio de la B.N. {(Epigramme publiée sans signature dzns Poésies choisies, 5* part., iWù, p. 306); l'autre par un ms. aux armes de Feydeau de Brou appartenant à M Frédéric Lachévre. {Sonnet A. M. M. L., publié sans signature dans Po<^»fe*cfto<rt^*, <655, «'•edit., l" part., p. 34% puis dans JSouveau recueil des pus belles poésies, i^i, p. >93 avec la signature D. R.) Ces deux pièces ayant été données à Benserade [Œutres, 1607, t. I, p. iss, 22i) par l'abbé Paul Tallenotant, cousin de Des Reaux, qui devait connaître les productions de son parent, nous ne les utilisons pas.
(1) B. N. ms. n* i8804. V. aussi T. V. 451. 452 460 Ils habitaient rue des Fossés-Montmartre dans une maison appartenant à M. de Crama. Nicolas Rambouillet fut plus tard propriétaire de Nicolas Bigot, car nous avons trouve un Bailpar NicoUis RwmJtfouiUet à Ni colas Bigot de La HonviUe en date du 25 janvier i^4é {M, A, de M* Le Semeher, B. A. de M. Bossu),
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brables rejetons de leurs frères et sœurs, ceux principalement de Jacques Bigot, sieur de la Rainvilie (1). Nicolas Rambouillet, leur oacle, y envoyait fréquemment, pour entretenir les relations de famille, ses propres rejetons, dix gamias désireux de bien profiter de la vie (2).
* Les grandes personiies étaient noyées dans ce déluge d'adolpscents^ de garçonnets et de fillettes. Les Bigot eux-mêmes ne s'y reconnaissaient plus. Jtaeques Bigot avait établi, pour aider à la reconnaissance, un arbre généalofique q}Ue des naissances nauireUes agrandissaieut sans cesse et que Ton consultait gravemeat.
Oa ne constatait cependant aucun trouble, aucun dissentiment dans cette maison. C'était la maison des. cérémonie», Nicolas le père était^ en effet, cérémonieux jusqu'à la grimace et ayait communiqué à soA entourage son amaur de la civilité. Matin et soir des messagers voyageaient, s'ea<quérantdesnouvelle$ des différents membrest de la famille. Jamais per* soaa^, n'osait prendre une décision en quelque matière qjàe ee fût. Le père disait aux enfants :
— Mon Hls, ou ma fille, ne^ vous plait-il pas qu'on fasse ceci ou cela?
(I) Stouag r £a> Frcmôô pr^ttHa/nbe, 4850, r* édit, dons* » Nicolas Bij^ot sept enfants; 2* ëdit., 1879« dix enfants. Jacques Bigot avait sept enfants, etc..
(»> Ikft <Bxiènie enfant, Pierre» sieitr de. Lancey était Biè le tft aaût. 1635 et avait eu pour parrain Pierre Tallemant (ial : op. cit., art, La Sabl'ère). Cet enfant épousa, le 2 «janvier i«73, Anne Bourdinde Pierre- BLanche dont il eut : Charles, né l« t% décefubre i^n. — Madeleine, bapt. Iie^ m >anYier j67«. — Plerrev ne le * août »677, . mosfc 1« 19 août * 7t. — BMsabelb, née le 33 mai ià%i. Pierre RamboéttiUeft fut reçu conseilter-se&y^aire du roi en 1A83. ^Bm de la Soaiété éù l*ft4st. du protestantisme français, MtmMserits, SiatcivU 4€ Paris, art. Rambouillet.)
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— Ce qu'il vous plaira, mon papa, c'est à vous d'ordonner.
Les journées se consumaient ainsi en politesses et l'on n'entreprenait rien. L'adoration de la maisonnée était tout entière concentrée sur Tune des fllies de Nicolas, Charlotte Bigot, que l'on appelait familièrement Lolo. C'était une enfant plus agréable que belle, enjouée, vive, spirituelle. On la gâtait en la louant démesurément. On la montrait au Cours comme l'une des merveilles de Paris. On lui assurait que nulle n'était plus regardée qu'elle. Sans lassitude, on entretenait les visiteurs de ses bons mots, de ses gestes les plus puérils. Son frère Claude, sieur de Chaumont, un gros benêt, surnommé le gros Lolo, la convainquait qu'il fallait pour plaire être galante* Déjà la petite fille trouvait de Tagrément à la compagnie des hommes (1).
Cependant les jeunes gens profitaient de l'attention accordée à ce charmant phénomène pour nouer entre eux des intrigues. L'une des premières, Elisabeth Tallemant, sœur aînée de ï)es Réaux, apprécia le charme de François Le Venier, sieur de La Grossetière. Elle aimait la domination. Ce grand gaillard de trente-deux ans manifestait un tempérament violent c tout de soufre ». Ses yeux, dans son visage auréolé de cheveux roux, lançaient des éclairs. Il raffolait des disputes et s'emportait jusqu'à frapper ses adversaires. Une telle nature devait réserver, aux moments
(i) T. V, 452 et s. Les Bigot, de même qne les Tallemant et <iiie tout le groupe de huguenots de la paroisse Saint-Eus tache, dont nous examinons les gestes, avaient pour notaire M* le Semelier. Dans l'étude de M* Bossy, possesseur actuel du minutier de Le Semelier, on relève de nombreux actes émanaiit des Bigot ou les intéressant.
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de calme, des délices incomparables. Elisabeth l'éprouva pea après en épousant ce bizarre personnage (1).
Boisneau, de son c6té, convoitait la riche dot d'Anne Bigot, fîUe de Nicolas le cérémonieux et ne ménageait point sa peine pour la conquérir. Cette jouvencelle lui plaisait pour ses formes dodues qui seraient à merveille appariées aux siennes (i). Longtemps il la mignota en cachette et enfin il se déclara. Le mariaga fut célébré en grande pompe. Le marié faisait une bonne affaire. Par les Bigot, il mettait la main sur plusieurs rouages des finances que leurs fonctions d'intendants et de contrôleurs généraux des gabelles et de l'infanterie française ouvraient à son initiative. Il fit mieux encore. 11 acheta un ofQce de conseiller-secrétaire du roi qui le couvrait de privilèges et qui l'anoblissait. Il s'enquit d'un généalogiste et lui commanda des armes orgueilleuses où figurait l'aigle, roi des oiseaux de proie, symbole qui convenait le mieux à cet être de rapine. Pour la pre-
(1) Contrat de mariage du 18 août 1635, passé devant Le Cat et Le Semelier. La jeune fille reçut en dotso.oOD livres, plus 18.000 livres (Quitt. du 24 octobre 1645 , plus îS.OOO livres (Quitt. du 18 Janvier 1646), et, comme nous le verrons plus tard, d'autres sommes. {Inventaire après décès dis biens de Pierre Tallemant du ii juillet i656. M. A, de M* Le Cat. E. A. de M' Lefebvre). On a peu de rensei^^nements sur La Grossetière. Frère aine de Charles dont nous avons parlé (p. 7i;, il était fils de Louis, sieur de La Grossetière et de Saint-Escobille et de Louise d'An^i^ennes. Né en 1602, il épousa Elisabeth Tallemant en 1635, la perdit avant 1656 après en avoir eu cinq enfants, se remaria deux fois et mourut à Paris en juillet 1674. Nous renvoyons à Haag pour ses mariages et sa postérité. Des Réaux en parle peu, mais le caractérise au moral et au physique en quelques mots. V. VI, 3i6. 353 ; VII, 480. Nous avons trouvé trace d*un procès que la Grossetière soutint, en décembre 166 u contre Gabrielle de Gugnac, et Marin Jouan, curé de Bréau Saint-Aubin. V. A. iV. X lA. 5874 f 372.
(S) T. VI, 356, 359. 360, 365, 366 parle de Anne Bigot qu'il appelle c la grosse M"* Tallemant ».
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mière fois, les Tallemant, avec lui, renonçaient à leur fière appellation de bourgeois (i).
Cependant que son frère et sa sœur assuraient ainsd leurs destinées, Des Réaux, insoucieux encore d'établissement et de noblesse, cherchait auprès des dames, la guérison de sa passion pour M*^' d'Haram*bure. Grande, bien faite, un peu trop raisonnable peut-être à^son gré, pas assez enclin^ à la bagatelle, mais si séduisante par l'agrément qui émanait de sa voix, de ses gestes, de toute sa personne, une nièce de Nicolas Bigot, M°** du Caudal, femme d'un conseil* 1er au Parlement, attirait sa sympathie. M""* du Caudal ne cachait point que le jeune homme lui plaisait, mais prudemment elle plaçait, comme une égide, entre lui et elle, ses trois enfants. Avec une furieuse envie d'y goûter, elle se refusait au plaisir (2). M"* de
(i) Elisabeth Rambouillet, femme de Des Rëaui, fît enregistrer, en 1697, les armes des Tallemant accolées aux armes des Rambouillet. Les Tallemant portaient D*azur au chevron renversé^ d'or à l'aigle éployé d'argent en chef, V B. N. Manuscrits, D'Hozier : Armoriai général. Blasons coloriés, Paris, t. I, p. 885 et pour la description, Paris, t. II, p. 309. Gédeon II Tallemant portait les mêmes armes {B. A. ms. n* 4967, f S48). L'abbé Paul Tallemant, ills de Gédeon II, les tit, a son tour, enregistrer à son nom par d'Hozier : Paris, t. I, p. 987 et pour la description, Paris, t. II, p. 88S. Boisneau épousa Anne Bigot en 1636, au dire de Haag : op. cit , art Tallemant. Par acte du 29 mal 1639 [B. N. Pièces originales), noble homme Pierre Tallemant, sieur de Boisneau, banquier et ourgeois de Paris, demeurant rue des Petits-Champs, paroisse Saint-Eustache, confesse avoir reçu la somme de 1S5 livres tournois pour un quartier échu le 30 juin 16^7 sur SOO livres tournois de rente cédées à D"* Anne Bigot, son épouse, par Nicolas Bigot, sieur de la Honville II dut acheter l'office de conseiller-secrétaire du roi avant 1698. car il est porté avec ce titre, dans un Registre du Préaidial de La Rochelle de l'aÈnnce I638, ^B. L. R. ms. n* 354, art. Pierre Tallemant, si^ur de Boisneau). Tessereau ne le comprend cependant pas dans son Hist. ehron. de la Grande Chancellerie de Franco. Pour ta postérité de Boisneau, V. p. (86.
(S) Marie Gausse, flile de Job Causse et de Marie Bigot, née le 8 février 1614, avait épousé, eni63î, Martin du Candal, conseiller a»
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LA lOiTVUSE IBISNBSSB .DE TALtVitAJrT DES KtkVX 119
Mërouville, sa tante^ sœur de Nicolas Bigot et femi^e d' Hector Vallée, coAseUler an Parlement, la défendait aasâi contre les approches des aalueicux (i).
I>eft Réaux vit rapidement que toute tentative de «e c6té était vaine. Un vif chagrin d'ailleurs l'assaillit au^ milieu de ses occupations mondainea. M** * d'Ha* raahure a'alUa, atteinte de la petite vérole. Il ne put en approcher et lui témoigner par des soins quel intérêt ardent il prenait à son salut. Quand il la revily il reconnut à peine, dans le visage ravagé qu'eUe lui présenta, ses traits délicats de vierge espagnole. Cette déchéance physique Tattrîsta. La jeuno femme demeurait coquette encore, cherchant à gardeir ses galants. Une étrange mélancolie pourtant l'enveloppait. Rien de sa richesâe, de son entourage, de son esprit ne la satisfaisait plus. D<'& Réaux, telle qu'elle était, l'eût encore aimée avec violence, mais elle persistait à son égard dans son attitude précé* dente, exigeant beauQoup^ donnant peu. Le jeune homme, bouillonnant de désirs, ne se sentait pJus enclin k la patience. Déjà il eommençait à trouver ridicules les grands travaux et les grandiloquents sentim(>nts de ses anciens amis les paladins. S'il lui agréait d'être le Chevalier, il lui plaisait moins d'être
Parlement le si février 1633, fils d'Isaac, sieur de Fentenailles et de Catherine de Launay. £lle ayait trois enfants : Isaae, ne le 3 mars iea$; Catlierine et Marie, nées en A34 et i«3S. De nombreiuL actes concernant M«* du Caudal et sa famille sont eonserves dans l'étude de M* Mahot de La Quéranlonnaia, notaire à Paris, en particulier un Transport de Bail de Siuawnc Bigatf i)— dtf Mérouville à itf«* du Candal du iO juillet 1656
(i> Suzanne Bigot, femme d'Hector Vallée, sieur de Iféroui^Ue, conMiller au Parlement, babitait, avec son frère Nicolas, ehez Henry de Louvigni, «on neveu. V. T. VI, 338. L'ancienne étude de Le Semeiier ,{E. A. de M' Bossp) contient, à la date du 25 mars i«55. une Donation par n** Sujzanne Bigot, vevAoe de feu Hector Vcaiée, sieur de Mérouville, à D"* Marie d'Arthuyes,
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120 tk JOYEUSE JEUNESSE DE -TALLEMANT DES RÉAUX
le Chevalier à la Triste Figure. Il aspirait de tous ses sens mutinés à des jouissances matérielles (1).
Il souffrait des contraintes que lui imposait le collège. 11 était en logique, passant ses journées à copier des textes, à disputer, à mâchonner du latin. Il ne roulait plus perdre en contemplations dérisoires ses heures de liberté. Il voyait, chez les Bigot, des gens d'âge mûr, comme François Vallée, sieur de Chenailles, président des trésoriers de France, faire les coquets, multiplier les lettres d'amour. Et Galant, le partisan, secrétaire du Conseil, disait indulgemment de ces podagres : « Il faut que jeunesse se passe. »
Cette morale large l'invitait à rompre avec un idéalisme qui lui apparaissait maintenant comme une duperie. Le hasard lui en fournit l'occasion. 11 s'était lié d'amitié avec Henry de Louvigny, gendre et hôte des Bigot (^). Volontiers, trouvant son esprit plaisant, Henry de Louvigny en faisait son compagnon de prédilection. Il lui proposa un jour d'aller, le lendemain, rendre visite à ses sœurs Marie, Ëlisabetii et Henriette qui passaient l'été à la campagne aux environs de Paris.
Des Réaux accepta. Il connaissait mal les jeunes femmes, les ayant peu rencontrées dans la société
(i) T, VI, Î64. Î65.
(S) Henry de Louvigny, QIs de Paul et de Marie Mallart, né le IS août Ift06, conseilier-secrétaire du roi le 13 novembre 1626, marié à 1634 à Antoinette Bigot dont il eut 6 enfants, enterré le 21 Juillet 1647 à Gharenton. Il s'occupait, comme tous les siens, d'affaires financières. Les M, A, de HP Le Semelier {E. A. de MP Bossy) contiennent deux actes de lui : Procuration à Jacob Brtsset, février ie40 ; Sommation à Ouillaume Le Chairon, awil i645. V. sur ce personnage, Haag -. op. oit, art. Louvigny^; Bun. de la Société de Vhist. du protestantisme fonçais, t. IV, 1896 p. 87; t. XII, 1863, p. 371 ; Tessereau : op. cit., Ul; Conrart : Mémoires, edit. Michaud etPouJoulat, 1838, p. 592 et s.; T. V, 45î,