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qu'il fréquentait, paroisse Saint-Eustache. L'aînée Marie était veuve, avec un enfant, d'un conseillersecrétaire du roi, Paul Le Goux, mort peu de temps auparavant (1). La seconde, Elisabeth, était femme d'Olivier Bidé, sieur d'Agaury. La troisième, Henriette, vivait sous l'autorité inquiète de son mari Jean Bazin, sieur de Liméville, conseiller-secrétaire du roi et contrôleur de la cavalerie légère.
Des Réaux n'avait aucune raison d'attendre de cette visite une félicité quelconque. Cependant, durant toute la soirée qui précéda son départ, son imagination travailla. Sans cesse, et par une sorte d'obsession, se présentèrent à lui le joli visage, les formes poupines et menues do la petite veuve Marie Le Goux. La nuit venue, il rêva qu'un doux amour dont il tirait des délices encore inconnues pour lui l'unissait à elle (2).
Au petit matin, la tète pleine de ces souvenirs noc-
(1) Marie de Louvigny, flUe aînée de Paul et de Marie Mallart. bapt. en iôoo, mariée en juillet 1620 à Paul Le Goux, veuve vers 1631. Nous avons retrouvé son contrat de mariage, daté du 1*' juillet 1620, dressé par Lemercier et Des Quatrevents, notaires, en présence de quelques grands personnages, comme la duchesse de Liancourt, Henriette et Anne de Rohan, le ministre Dumoulin et quelques parents : Jacques Véron, Antoine Menjot, médecin du roi, Gilbert Hessein, père de M™' de La Sablière, Gédéon I Tallemant, etc.. (B. N. iV. aoq. n* 22.129 f* 488). Paul Le Goux était fils de Paul, conseiller-secrétaire du roi et trésorier de Navarre, et de Marie Goignart. Il intervint, en 1628, dans le parti du roi, au siège de La Rochelle (Mervault : op. dt., p. 444). T. nous a conservé, dans ses papiers inédits, un sonnet de lui (B. L. R. ms. dT 673 t* 66). Dans les M. A. de Af* Le Semelier {M. A. de MP Bossy , on rencontre : Ratification par !)"• Marie de Louvigny, veuve de Paul Le Qoux, janvier i643; Quittance par la même, mars i644.
(2) T. VI, 325 II ajoute que la veuve avait trente ans. Il la rajeunit : elle avâiit trente-six ans. Moùmerqué n'avait pu découvrir le nom de cette jeune femme, biffé par Des Héaux sur son manuscrit. II l'aurait aisément retrouvé en dressant la généalogie des Louvigny.
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122 LB JIQiYSUSE JEUNESSE, UE TAtLEMANT DJ^S HaJSX
inevue&j soigaeus&meat veto» de aa cas«(<|uer d'écoHer, Ie> tif^ttre ea bataille, ayaul ehaussé dans Sies botter de eavalieiir de magniik^ue bas do^ soi^e verte, H enfoitrcha an eheyal de lotuage et re^oî^giiit L<i»aTÎgfiy,. Tout le long da chemin, tandis <|iue son compagnoa l^en^ tretcnait de ses aSaiires, il peaasait.:
-- Plusieurs galantsi ont sompiré p&ur elle. Jama^ on n'a dit qu'elle en ait aimé aueiin.
El eela luioausait du eontefiteni/eht. Quand ils.arrivèrt^nt, tQmte la famille était réunie e4 Ton fêla les carali^s. Les jeunes femmes ne jouissaient pa$ de grandes distraetîoina. M. d'Agaury, homme, grave, et M. Bazin de Liméville, homme à deiiaî-lol, tons deux foirt experts en finances, jargoanaient en leur langage de a gens de' numéroi )f (1). fieudri de Louvi^y se h4la de les rejoindre et de se mêler à leurs spée*lations.
Des Réaux préféra tenir compagnie aux dames.
Avec elles, il bavarda, soucieux de faire montre d'esprit, de les amuser, de les enchanter. Dans les jardins de la maison de campagne, il fut, tantêt aux quilies et tantôt au volant, le partenaire agile de Marie Le Goux. Décidément son rêve n'était point trompeur : la petite veuve lui plaisait plus qu'il ne l'eût imaginé. Dès le premier soir, il se sentit féru d'elle et le lui manifesta par mille grâces et mille compliments. Elle était avide de louanges; elle les
( t) n ont le métier est de compter. D'Agaurjt faisait des affaiits pooir son, propre couvpte, comme ^i tèmoigneiKt de noisbreiÊX actes c onservés dans M. A. de M* Le Setnelier (JE. A. de M* BéMst^. Il en faisait aussi ayec son bea.ivfrère, Louvigny : Obligation par Olivier Bidé, sieur d'Agaury et Benry de Lovipigny^ secrétaire du roi à M. de Cambres, juin ie4i, T. YI, 420< atteste qw» Bazin de LiméTill^ était un habitué d« la place au Cbanfie (Bourse).
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Ul JOTBVSB JWmSSS'R ]>ll TÂLLEIIANT ms RÉAUX i23
iicc^tait en souriant et ne cachait point son plaisir de le» recevoir de cet adolescent au visage de fleur. Ils furent, le second jour, camarades familiers, se prodiguant les frôlements et leur découvrant une douceur inattendue.
Ensemble ils se moquèrent des hommes d'affaires qui discutaient change, effets, escompte en jouant au reversi et buvant des limonades. Bazin de Liméville surtout divertissait les espiègles. Ce n'était point un sot assurément. Il avait des lettres et quelque esprit. On le disait bon numismate bien que personne n'eût jamais pénétré dans son cabinet fermé à triple tour par des serrures dont il connaissait seul le secret. Son avarice était telle que sa femme n'avait jamais robe ou jupe à endosser. 11 n'admirait point l'élégance des courtisans. Il se promenait revêtu d'nn pourpoint noir élimé, les mains gantées de gants à brassards qui lui remontaient jusqu'au coude. Ses cuisses étaient protégées par un pantalon de toile recouvert d'un antique pantalon de ratine dont heureusement de grandes bottes à genouillères et à pontlevis cachaient les extrémités en guenilles. Son chapeau paraissait toujours quémander l'aide du teinturier. Mais il ne s'en mettait point en peine car, sans chapeau, sa tète où poussaient, comme un gazon jauni, des cheveux ébouriffés, ressemblait à un « bonnet pelu de Hollande. »
\l avait une bizarre habitude qui consistait à ne fouiller jamais € que de la main droite dans sa pochette gauche et de la main gauche dans sa pochette droite »,8e contorsionnant pour atteindre le 'moindre brimborion. Depuis qu'il avait vu un de ses amis mourir enragé, il s'était pris d'une terrible aversion
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pour les chiens. Il ne les approchait qu'en tremblant et évitait tout contact avec un objet ou un meuble qu'ils avaient pu effleurer de leur museau ou de leur queue. Il ouvrait les portes par le haut, endroit que les chiens n'atteignaient pas, s'asseyait sur des escabeaux, sièges que ces bêtes ne choisissaient pas pour leur repos, enfin s'ingéniait maladivement à se préserver de l'imaginaire hydrophobie dont il découvrait partout des menaces (i).
Marie Le Goux confiait à Des Réaux que l'existence était impossible en compagnie de cet extravagant. Jamais la moindre promenade ne pouvait être entreprise, car il craignait la rupture des bras de chaises et le renversement des carrosses. Sans lassitude il prévoyait des accidents et des calamités dont il voulait impérieusement mettre son entourage à l'abri en l'obligeant à demeurer céans. Aussi était-elle fort heureuse que le jeune homme eût consenti à braver l'ennui de cette maison morose.-
Trois jours passèrent encore en jeux et promenades. Le sixième jour Henry de Louvigny manifesta son désir de regagner Paris. Il avait hâte de retrouver son épouse et ses afifaîres (2). Les jeunes femmes
(1) T. VI, 418 et s.
{%) La B. N. {Thoisy, isi p. 469 et 466), conserve deux factums publiés par Jean et Nicolas Rambouillet au cours d'un procès que le premier intenta au second, son frère cadet. De ces pièces, il ressort qu'Antoine Rambouillet avait résigné son office de conseiller-secrétaire du roi à son flls aîné, Antoine II, à la condition que ledit office serait conservé dans la famille. Antoine II, à son tour, en assura la survivance à son frère Nicolas, moyennant 23.500 1. avec la même obligation. Nicolas le vendit à Henry de Louvigny pour la somme de 37.000 1. Jean, comme aîné de la famille, après la mort d'Antoine II, le revendiqua en vertu de l'obligation imposée à Nicolas. Père de sept enfants et catholique, il se prétendit frustré de ses droits, son frère Nicolas voulant que l'office susdit restât au parti protestant. Le Parlement
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et Des Réaux insistèrent vainement pour qu'il prolongeAt son séjour. Un orage menaçait d'éclater. Louvigny ne voulut rien entendre. 11 fallut faire les adieux. Des Réaux s'approcha de Marie Le Goux. Elle l'attira dans l'ombre, et là, elle le baisa c si fort au milieu de la bouche » que ce baiser lui € fit une profonde plaie au cœur. »
11 no craignait plus l'orage. Il s'en allait soulevé de désirs et pressentant des ivreëses prochaines. Mais les noirs nuages crevèrent comme ils étaient en route et Des Réaux ne songea plus à sa bien-aimée. Était-ce sa casaque qui était trop courte ou ses bottes qui manquaient de cuir? Problème insoluble. Tout le temps du retour, il le passa pestant et sacrant, ne parvenant point à ramener les pans de Tune sur les autres. Si bien que ses beaux bas de soie verte, quand il descendit de cheval, avaient déteint dans ses bottes pleines d'eau. Malheur fort grand pour un écolier coquet auquel sa parenté ne prodigue pas les subsides d'ajustements (1).
Il ne devait pas trop souffrir de cette perte cependant, car Pierre Tallemant le père, on ne sait pour quelle raison, peut-être pour s'instruire lui-même, peut-être pour occuper l'écolier en vacances,, lui commanda une traduction de la Guerre de Jugurtha, de Salluste. II promettait, en échange, de garnir la bourse du traducteur. Des Réaux se mit donc à l'œuvre avec d'autant plus d'ardeur que le moment
lui donna gain de cause, car Louvigny devint secrétaire du roi par la résignation d'Isaac de LalTémas. Le factum de Nicolas Rambouillet nous apprend que, par testament, Antoine II Rambouillet laissa à chacun de ses beaux-frères, Gédéon I et Pierre Tallemant, une somme de 2.000 1.
(1) T. VI, 3Sft.
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126 LA JOTEUâE JEUNESSE DE TALLEMANT DES f^EAUX
n'était pas favorable auic divortiss^coxents^ Uo^e grande terveur régnait sur la capitale. Les troupes espagnoles, sous le commandement du cardinat-infaot, de Jean de Wert et de PiecQlomm étaient entrées «n France et s'étaient avancées j,n$qu'i Roye et Gorbie. Le comte de Soissons, le duc de Chaulnes et le maréchal de Brézé défendaient les approches, de Paris» On avait rompu les ponts de rOise. Activement on levait des troupes; on taxait les aisés (1) qui, pris de panique, fuyaient en foule, emportant vers Orléans, en d'iipinombrables carrosses, leur fortune hâtivement sauvée (2).
A Paris,, le roi avait obli^ c chaque porte enchère ) à foiAimir un cavalier. Pierre Tallemant, atteint par le commandement royal, avait choisi pour l'équiper un, de ses commis, La Balle,, dit TOzler, ancien sol- 49(1 qui avait troqué Tépée pour la plume. Cet homjme, revêtu de son attirail gueirrier, attendait Tordre de rejoindre son corps et faisait le faraud parmi les scribes de la banque.
Un dimanche matin, Des Réanx, fatigué, n>'était point allé à Gharenton et, delafeoètredesachambre donnaut sur la eour de la maison, se distrayait à examin,er le voisinage. Il remajrqu» qu'un grand pendard de laquais aommé Orattge., appartenant à Pierre Yvon, sieur de Lozières, pénétrait dans la coup et, tournoyant autour dv^ gen.darme L'Ozier, lui parlait avee violence, l'attirait ver$ ta rue et^ passant la grille, tirait de son fourreau la longue bfette qu'il
(i) A. BiaziQ ; Wist de France sotis Lo,u.1fi XJU, i84A, III, 2(« et s., doBiift des, reni9e«gxi0m«iiti!. très prèci3 sut ces éyénemonts et sur lia pan|<qj4e« des parisiens.
O) T. II. 1%, eondarnne la lâcheté de ces fuyards et, regrette cni'on ne les ait pas séyèrement châtiés.
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