‹ Talleyrand, 1754-1838Chapitre 13 sur 22 · CEREMONIE DU 18 MAI · texte numérisé non relu

CEREMONIE DU 18 MAI

Bibliothéque Nationale, Cabinet des Estampes

parler des sentiments de haine que d’anciens jacobins, tout préts d’ailleurs a se rallier au régime impérial, avaient encore pour le nom des anciens maitres de la France.

Talleyrand savait mieux que personne que le titre d’empereur séduisait au supréme degré l’imagination de Bonaparte; « il y avait 1a, disait-il, une combinaison de république romaine et de Charlemagne qui lui tournait la téte ». Ce qui n’empécha pas le ministre des Relations extérieures de jouer a Berthier, avec qui il ne s’entendait pas toujours bien, un tour de sa fagon. « Vous savez, dit-il au ministre de la Guerre, quel grand projet nous occupe; allez-vous-en presser le Premier Consul de prendre le titre de roi. » Puis il observe a distance la scéne qui va se produire.

Au mot de roi, les yeux de Bonaparte s’allument de colére. « Imbécile, s’écria-t-il, qui vous a conseillé de venir ainsi m’échauffer la bile? Une autre fois, ne vous chargez plus de pareilles commissions. »

Le 23 avril 1804, le Premier Consul réunit un conseil privé, dont Talleyrand faisait partie, pour discuter la question de Phérédité; le principe en fut adopté sans difficulté. On ne sait pas la part que Talleyrand prit a la discussion, si toutefois il y en eut une; mais il est certain que la création de l’Empire n’eut pas de plus chaud approbateur. Napoléon avait pleinement raison de dire a Caulaincourt — c’était cependant en 1812, quand son ancien ministre avait cessé de plaire — : « Talleyrand est un de ceux qui ont le plus contribué a établir ma dynastie. »

Comme ministre des Relations extérieures, il avait adressé, le 7 mai 1804, une circulaire aux agents du corps diplomatique pour les prévenir du changement qui allait s’accomplir sous peu et pour leur en donner les raisons.

« J’ai Phonneur, disait-il, de vous adresser une suite de numéros du Moniteur, qui présente les développements d’une des plus mémorables discussions qui, depuis un grand nombre de siécles, aient attiré l’attention publique en France

et en Europe. II s’agissait de la manifestation d’un voeu qui, depuis la fin de nos troubles, se formait dans tous les cceurs; il s’agissait du grand intérét d’une garantie pour assurer a jamais la gloire et la prospérité de la France. Ce veeu, manifesté au sein de deux autorités dont l’une est la premiére et autre la plus populaire de l’Etat, éclate aujourd’hui de toutes parts dans les villes, dans les campagnes, dans les camps, dans les forts, sur les flottes frangaises; et bientdt la garantie de la durée indéfinie de tout ce qui fonde aujourd’hui Porgueil et le pouvoir de la France sera solennellement proclamée...

« La France est dans ce moment une famille fiére de sa fortune, mais inquiéte sur l’avenir et qui demande que Padoption mutuelle qui lie ensemble ses destinées et celles du chef qui la gouverne soit pour jamais mise a l’abri des caprices du sort et des vicissitudes du temps...

«La France, avertie par ses ennemis des dangers qui naissaient de l’incertitude de son organisation, va se placer d’elle-méme dans une position immuable, et de 1a, pleine de toute la confiance que doit lui donner le sentiment durable de ses forces, elle saura en faire usage que lui prescrivent sa gloire et sa dignité offensée. .

« Je n’ai pas besoin de vous indiquer, citoyen, dans quel sens l’événement actuel et ceux qui en seront la suite doivent étre présentés. La France, en complétant son organisation commencée depuis quatre ans, ne peut, ne doit et ne veut rien changer a ses rapports extérieurs; seulement, en placant ses droits politiques sous la sauvegarde d’un gouvernement investi de plus d’éclat et revétu d’une dignité plus proportionnée a sa puissance, elle assure plus de consistance et de force a la réciprocité d’avantages que nos amis peuvent espérer de nous, et en méme temps elle attache plus d’importance aux égards que les gouvernements étrangers recevront de son gouvernement et 4 ceux qu’ils devront lui rendre.

« Toutefois, citoyen, aucune mesure d’Etat n’ayant encore été prise sur l’objet de la discussion qui dans ce moment’

Le sacre eut lieu, comme on le sait, le 2 décembre 1804. Talleyrand ne s’arréte pas dans ses « Mémoires » a décrire la cérémonie ni méme a rappeler a ce propos le sacre de Louis XVI, auquel il avait assisté & Reims vingt-neuf ans plus tét, comme il assistera

vingt-et-un ans plus tard, a Reims de nouveau, au sacre de

Charles X.

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