ventôse, an IX i27 février
Citoyen Consul,
J'ai l'honneur de vous adresser la liste des femmes non dansantes, qui se sont trouvées, chez le ministre des Relations extérieures, à lasoiréedu 6 ventôse :
M™" d'Aiguillon, Hezenech, Bourgoing, Bruix, Canteleu, Castellane mée Chaboti, Crillon (famille de), Custine, de Dreux, du Clusel. Flahaut, de
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des simplicités républicaines, cette maison d'un chef d'État, mais on saurait bientôt lui donner le ton.
L'une des premières préoccupations de Bonaparte, aussitôt qu'il eut pris logement au ])alais du Luxembourg, puis dès qu'il se fut installé plus au large dans l'ancienne demeure des rois, avait été d'épurer le cercle qui l'environnait, d'en affiner les éléments, et d'en élaguer des fréquentations de jadis devenues gênantes pour la qualité des personnes. Telle, M""" Tallien, toute la première, s'était vu rayer de la liste des invitations. Joséphine, dont le cœur tendre avait de la mémoire, s'était échauffée d'un beau zèle pour qu'il revînt sur celte décision. Elle avait rappelé les services rendus, au lendemain de la Terreur et des dettes de gratitude, qui auraient dû laisser une marque profonde, si jamais de tels arrérages pesaient de quelque poids dans l'àme des puissants. Il fut répondu que la Notre-Dame de Thermidor avait une réputation trop compromise et qu'il faudrait s'accoutumer à ne plus la voir.
Cette exclusion avait été fort sensible à celle qui en était l'objet. Sous la défense de se présenter chez son ancienne compagne de fêtes et de plaisirs, elle avait obtenu de la femme de César que celle-ci se rendrait à une réunion d'après-midi, afin d'adoucir sa peine. Ensemble elles évoquèrent bien des souvenirs, dont la date était encore fraîche. En ces années-là, le général Bonaparte ne dédaignait pas la citoyenne Tallien; il la comblait de remerciements et d'hommages. Ne se rappelait-il point que la première démarche de Tallien,
Fleurieu, de Jaucourt, de Jiiinilhac, de Lameth, de La Rochefoucauld (née Rohan-Chabot), de Xoailles, Reichslein, deSégur, de Vaisnes, de Vergennes, de Witl (née Pelletier SaiiU-Fai'i;eaii .
Cli.-Jlaurice de TALLEvnAND.
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après le 10 thermidor, avait été d'ouvrir les portes du cachot où M'"^ de Beauharnais attendait la mort, d'heure en heure? N'était-ce pas Tallien aussi, qui avait nourri les enfants de Joséphine, pendant le temps de sa captivité? Bonaparte n'était pas consul, alors : en auraitil perdu toute souvenance? Joséphine écoutait ces plaintes sans pouvoir y porter remède. Le matin, elle avait tenté un dernier effort : mais Bonaparte l'avait arrêté net, quand à peine avait-elle ouvert la bouche. M'"^ Tallien avait le double tort de sa conduite passée et de sa conduite présente; on ne lui pardonnait pas son intimité avec le grand faiseur d'affaires Ouvrard, qui avait en le malheur de déplaire, étant trop riche et trop puissant dans l'État par la force de ses millions (J). Il n'y avait pas à revenir là-dessus; elle ne devrait plus se montrer dans le cercle de Joséphine.
Il y avait eu d'autres bannissements féminins, prononcés au nom de la morale et des convenances, s'ils n'étaient pas le jeu du caprice ou de l'arbitraire. Estimant qu'il avait à faire renaître un certain décorum dans les plaisirs officiels, il avait écarté des listes d'invitations de belles solliciteuses, que les salons hospitaliers du Directoire avaient mieux accueillies, mais qu'il ne jugeait plus recevables, quand même elles auraient eu sur lui des droits secrets à la reconnaissance. Telle personne un peu légère, femme d'un banquier de la Chaussée d'Antin, était parvenue à se faire accepter, un soir, chez Joséphine. Et celle-ci pleine d'indulgence
(1) Ouvrard affirme en ses Mémoires (t. I"), que Bonaparte ne lui pardonnait pas d'avoir répondu par un refus à sa demande d'une avance de 12 millions, et que ce fut la véritable cause des persécutions qu'il eut à souffrir de son gouvernement, tant que durèrent le Consulat et l'Empire.
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[Htiir des [)écliés qu'elle avait commis souveiil, avnil répondu d'un doux sourire à sa révérence. La jeune femme rayonnait d'ai.se sous son élégante et riche parure. Fâcheusement pour elle, le regard scrutateur du Premier Consul l'avait découverte; et, avec sa brusquerie, il s'était porté droit contre elle, lui disant à haute voix : « Madame, vos gens vous attendent », et plus bas : « Sortez ! » A la fois saisie de peur, sous la violence du choc, et remplie de confusion, elle ne put aller jusqu'à la porte et s'évanouit. Ce fut un émoi extraordinaire dans les salons. Après la soirée, Bonaparte morigéna Joséphine sur sa facilité à recevoir. Il fut décidé qu'à l'avenir on lui soumettrait la liste des personnes aspirant à être reçues chez lui ou chez la consulesse.
De s'être permis à soi autant que lui en passa la fantaisie toute privante, toute licence, c'était affaire à sa conscience spéciale d'homme hors de pair et surhumain; cela ne justifiait ni n'excusait à ses yeux les irrégularités d'autrui. Nul ne se montrerait plus rigoureux sur la considération et le respect des principes. Il en avait averti tout le monde. Un ton nouveau s'est introduit dans ses réceptions. Chez Barras, l'accès était facile aux femmes d'élégance et de beauté, sans qu'elles fussent nécessairement des é{)ouses. Le maître du jour affiche des mœurs. Il exige de la tenue, de la correction. Tout à l'heure, il a sommé Talleyrand d'épouser sa maîtresse, en attendant qu'il l'oblige à garder sa femme à la maison. Et cette double contrainte n'aura pas eu les suites voulues sans élever, entre eux, de premiers ferments de rancune, quoique Talleyrand n'en ait rien marqué d'aljord.
Hors des grandes affaires de la paix et de la guerre,
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une somme de temps, d'altenlion, a été réservée, pour l'employer à rétablir, peu à peu, Tesprit et la lettre du cérémonial d'antan. Les idées républicaines sont encore en possession des usages de la société; on doit y procéder avec mesure. Il y aura de premières hésitations à rhabiller les costumes et la pompe extérieure de la défunte monarchie. La femme du Premier Consul est restée, jusqu'à nouvel ordre, la citoyenne Bonaparte. Ses sœurs, tout impatientes qu'elles soient de trancher en princesses n'ont pas de situation bien définie dans le systèrîie consulaire. On y pourvoira, sans doute, et bientôt. Auparavant, elles auront une éducation à recevoir, des attitudes à essayer, des habitudes à contracter. On croit savoir que leur terrible frère les querelle, presque chaque jour, sur des restes de familiarité et de laisser-aller, qu'il n'estime plus supportables. Il leur reproche avec une véhémence tout italienne d'avoir bien de la peine à prendre l'air de leur fortune. En ces commencements difficiles, comme on est plus à l'aise, à la Malmaisou, comme on y gagne en plaisir franc ce que l'orgueil paraît y perdre! Ici les formes ont gardé la liberté d'être simples, ainsi que l'habitation et les meubles. Les invités y circulent à Taise, sous les grands arbres, s'ils ne varient pas les douceurs de la promenade par des jeux vifs et des distractions écolières. Les rangs s'y mêlent à plaisir : un Talleyrand est reçu là comme un simple particulier. Le genre d'existence qu'on mène, en ces lieux, a conservé un aimable caractère d'intimité. Il en ira très différemment, à Saint- €loud, la résidence royale devenue le palais d'été du premier magistrat de la République. Dès à présent, on n'y est plus admis en visite. Le maître du château a séparé sa table de celle de ses ofliciers et tracé un large
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intervalle entre sa grandeur et les degrés hiérarchiques de ses hôtes. Avant qu'il soit longtemps, les soirées de Saint-Cloud auront pris les apparences raidies des anciens cercles de Versailles.
Aux Tuileries, les entours de M"'* Bonaparte se revêtent de solennité. On a consigné, à sa porte, les visites du matin. La future impératrice se rend moins visible, par ordre; on sollicite ses audiences. Elle a ses dames en titre, ayant charge de l'accompagner et de la quitter le moins possible. Des femmes de qualité prennent goût à prendre la suite des sœurs et de la mère de Bonaparte (1). L'étiquette renaît. Des commencements de cour s'organisent.
La vie de société, en général, reprend ses allures, son mouvement d'autrefois.
Depuis que la France a rouvert ses portes aux émigrés, le plus grand nombre est rentré de ceux qui avaient sollicité du Directoire, sans l'obtenir, la douceur de retrouver leurs proches et leur foyer. Beaucoup d'entre eux, au terme de leurs ressources, se lassaient d'attendre de l'étranger le soutien de leur existence. L'espoir de rassembler les débris de leur fortune leur faisait oublier les mauvais jours.
Ils n'avaient pas annoncé leur retour, à grand tapage, mais plutôt avec circonspection et mystère. Aussi que de surprises ressenties, tandis qu'ils recherchaient les vestiges de leur ancienne existence, de leurs habitudes passées! Si complète avait été la transformation de
(Ij Telles, M""» de Fontanges, attachée à la personne de M"' Laetitia (bientôt Madame-Mère), M"" de Champagny, à celle de la princesse Borghèse et JM"» de La Grange auprès de Caroline Murât.
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toutes choses, depuis 1792, qu'à peine reconnaissaientils, dans le Paris républicain, leurs rues, leurs maisons. Les noms de ces rues, les aspects de ces maisons, les formes du langage et jusqu'aux façons de s'aborder, n'étaient plus, en rien, tels qu'ils les avaient connus. Force leur serait-il de s'accoutumer à maintes façons égalitaires, qu'ils n'avaient pas apprises de la tradition morte. Cependant, sous des lois différentes, se recomposaient, en partie, les cadres de la grande société.
Cela s'était fait doucement, d'abord, et dans des conditions bien modestes, tranquilles, éloignées de toute forme d'ostentation ; l'existence journalière des familles nobles y avait gagné un cachet d'aimable et digne simplicité. Par comparaison d'époque et pour la particularité du cas, il n'était pas sans intérêt de savoir qu'une baronne de Montmorency, femme de l'aîné et chef de l'antique maison lavait et repassait elle-même sa robe de mousseline, qu'elle avait perdu l'usage d'un nombreux domestique et d'un carrosse armorié, mais se contentait de partager la disposition d'un simple cabriolet avec son beau-frère Thibault de Montmorency. Après minuit, la voiture cessait de lui appartenir, elle mettait son capuchon et des galoches pour regagner pédestrement son logis. Le marquis de Vérac, dont on tenait ces détails, ne menait pas lui-même un plus grand train, depuis qu'il logeait chez la duchesse de Charost dans une chambre de domestique et n'avait pour tout mobilier qu'une chaise et un lit à tiroirs.
L'aristocratie parlait à voix contenue, attendait aussi patiemment que possible les réparations du temps, et, de son mieux, rejoignait les lambeaux de ses biens dispersés, en attendant qu'on lui rendît ses patrimoines en échange de sa soumission à l'Empire.
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De proche en proche se reformaient les groupes, et les salons se rouvraient.
On continuait de causer et de bien causer, chez M"* de Staël, la femme de Paris la plus comblée de gloire et d'hommages, mais qu'une autorité jalouse forcera bientôt à quitter le cher théâtre de ses succès mondains pour aller se renfermer dans une campagne, au milieu des neiges de l'hiver. Talleyrand n'était plus des familiers de la maison. 11 s'était détaché par la force des circonstances de relations anciennes, qui se fussent rendues absorbantes et périlleuses (1). Sans approuver en son for intérieur, mais non plus sans prendre parti, il verra se déchaîner les colères de Napoléon contre la femme de génie, dont chaque nouvel ouvrage, malgré les gènes de la censure et les outrages du pilon, apportera à un public dispersé et lointain des impressions profondes.
L'élite de tous les mondes allait aux soirs de M"'* Récamier, en son hôtel de la Chaussée d'Antin, le seul endroit de Paris, ou presque, au commencement du Consulat, où se pussent rencontrer les hommes de l'ancien régime et ceux de la société nouvelle. La jeunesse dansante et joyeuse se pressait chez M'"* de Lévis. Les irréductibles de l'aristocratie se rendaient aux tables de jeu de M""" de Luynes. De grands seigneurs (Talleyrand fut du nombre), mais aussi des savants, des philosophes et des financiers, apportaient leurs hommages à M°'® de Pastoret, tandis que M"'" Suard et M""* de Genlis se disputaient, auprès de leurs hôtes,
l'W L'animosité persécutrice de Napoléon enveloppera dans une commune disgrâce, M"= de Staél et ses amis. Le vicomte de Montmorency sera exilé pour l'avoir reçue sous son toit. M"" llécamier y perdra ses biens et sa tranquillité.
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une sorte de prépondérance arn(l(''mique. Les esprits les plus disting;ués briguaient l'honneur de fréquenter chez M™^ de Beaumont, en son appartement du Luxembourg; et des femmes, telles que M'"" de Staël et de Saussure, des hommes comme Fontanes, Joubert, Chènedollé, Mole, Chateaubriand surtout, dont la place fut si grande dans le cœur de la « dame du logis » s'étonnaient de s'y voir réunis, après les terribles orages qui les avaient séparés .
Il y avait affluence, en l'hôtel de M'"" de Montesson, qui avait été la première à remettre en mouvement la belle société d'autrefois. Elle avait connu la cour de Louis XV et la cour de Louis XVL Les anciennes élégances refleurissaient sous ses hauts lambris. Talleyrand, qui, dans sa jeunesse, jugeait si singulièrement attirante la maison de M™*" de Montesson, se plaisait à y rafraîchir d'agréables souvenances. Ses préférences du moment le conduisaient chez la princesse de Vaudemont, née Montmorency-Nivelle, mariée à un prince de Lorraine, alliée aux familles régnantes de l'Europe et s'estimant d'assez fier parage pour s'accorder licence d'accueillir des personnages de tous bords. Avec les survivants du patriciat monarchique s'y côtoyaient des familiers de Bonaparte et personne ne s'étonnait, l'habitude en étant prise, d'y voir M. de Galonné, l'ancien favori de la reine Marie-x4ntoinette frôler, au passage, Joseph Fouché, le proscripteur de Nantes, devenu le conciliateur et l'ami, sous une étiquette républicaine, de l'aristocratie roj^aliste. Qn se poussait à l'envi chez la princesse de Vaudemont, ne fût-ce que pour assister aux tournois de conversation de causeurs tels que Narbonne et Tallevrand. Les suffrages penchaient de préférence à l'avan-
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lage de celui-ci. IVarlionne — c'était l'avis commun — inculquait à ceux qui l'écoulaient, une impression plus recherchée, depuis qu'il avait pris de l'âge, de culture intellectuelle. Talleyrand y dépensait plus de finesse caressante et, quand il lui convenait de laisser tomber son masque flegmatique, nul ne menait avec plus de choix et de justesse une conversation aisée, abondante même, instructive sous des airs d'agréable nonchalance.
Les gens d'esprit et de goût aiment à recevoir. Talleyrand eut toujours les grandes façons hospitalières. Isolément, il se faisait accessible aux entrevues, mais avec choix et réserve, dans ses fonctions ministérielles. Ses bals, ses soirées étaient d'autant plus recherchés qu'on n'y admettait point une société aussi composite qu'elle paraissait l'être, par exemple, aux fêtes superbes de Lucien Bonaparte.
Talleyrand n'avait pas à craindre le péril de la monotonie, soit dans l'isolement des pensées graves, soit dans la prolongation excessive du seul à seul avec « M'"^ Grand ». La diversité de ses occupations et le nombre de gens, qui l'entouraient quotidiennement, ne permettaient point qu'il y fût exposé. Bien des personnes intéressées à le voir se portaient à ses audiences, venant solliciter, sinon quelque faveur, du moins un avis, une indication, une impulsion discrète. On l'a finement représenté dans ce genre d'entretiens du matin ou de l'après-midi, indolent et courtois, écoutant avec patience le visiteur, puis le reconduisant au travers de ses vastes salons, s'arrêtant à causer, « s agenouUlant même de. sa mauvaise jamhe sur tm canapé », et glissant à la dernière minute, la réponse ou le conseil attendu, « l'insinuation décisive, le demi-mot qui porte loin ». Chaque semaine,
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à jour fixe, s'ouvraient les salons du ministre des Relations extérieures, pour les personnages de marque, les étrangers illustres, les hauts fonctionnaires et, dans la quantité, pour des amis. Ses réceptions d'apparat faisaient événement. Ces soirs-là, les carrosses emplissaient une grande partie de la rue du Bac, n'avançant qu'avec lenteur. Le flot des invités n'arrêtait pas de monter l'escalier spacieux, tout inondé de lumière, de fleurs, de parfums. Sur le seuil du premier salon se tenait, prêt à les recevoir, M. de Talleyrand en son costume de velours rouge brodé d'or (1). « Tous les ambassadeurs résidant à Paris, a dit, pour y avoir assisté. M'"*' de Cazenove d'Ariens, tous les princes, toutes les princesses, les femmes qui tenaient à se montrer dans le régime nouveau sortaient et entraient et venaient courber leur front : les hommes en habits brodés avec leurs ordres (cordons, plaques, étoiles), les femmes en robe de velours, beaucoup de satin blanc et des robes de crêpe blanc, d'autres, en robes de dentelles noires; et beaucoup de diamants »; car, les diamants, devenus rares, réapparaissaient comme animés d'un plus grand éclat.
]^me (jg Talleyrand n'ayant pas à parler, mais à recevoir, recevait bien; et le maître de céans avait grand air. Du simulé, du factice habilement recouvert d'un naturel acquis, il en était bien quelque chose dans ce maintien grave, dans cette politesse prolectrice dont il se jouait avec les gens, dans ces silences dont l'énigme était le dédain ou le mystère et jusque dans les formes détachées dont il lui plaisait, en causant, de traiter les
(Il A partir de l'époque impériale, quand il eut été nommé grand iliambellan.
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graves questions. Des regards de femmes, à défaut de la clairvoyance des hommes, ne s'y étaient pas trompés; il avait eu l'art de se composer d'une suite d'habitudes prises à dessein son caractère et sa contenance de personnage en vue; et, depuis qu'il en avait constaté les ellets utiles d'ascendant, de prestige calme et fort autant que la puissance d'une vraie nature, il ne s'en était plus séparé, ni dans la politique ni dans le monde.
C'était dans la pleine prospérité du Consulat. Le spectacle des affaires renaissantes donnait, une fois de plus, raison à ce principe si souvent invoqué par les dominateurs que Tordre naît des révolutions. La rapidité de ces transformations heureuses étonnait et réjouissait les âmes. Les esprits les moins enclins à porter leurs vœux à la dictature se sentaient forcés de rendre justice, parce que les preuves en éclataient, de toutes parts, à la puissance d'organisation soudainement révélée du dictateur. Sans doute, des craintes perçaient dans rame et les paroles des amis éclairés de la liberté. Benjamin Constant dénonçait, tout à l'heure, au Tribunal, les indices d'une domination autoritaire et jalouse; mais elle ne s'imposait encore que par degrés. L'exercice déréglé du pouvoir n'avait pas encore rendu « l'homme haïssable et son gouvernement tyrannique ».
ïalleyrand, dont l'opinion foncière était que le gouvernement monarchique convenait le mieux à la France, soit qu'il en fût persuadé par principe, ce qui n'était pas très sûr, soit qu'il vît dans les avantages ou dans les abus ressortissant d'une cour, des chances d'autorité ou de crédit [tins faciles à saisir que dans un gouvernement libéral, Talleyrand poussait le Consul à rétablir