‹ Talleyrand et la société françaiseChapitre 7 sur 49 · MADAME ADELAÏDE, FII.LE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

MADAME ADELAÏDE, FII.LE DE LOUIS XV

(Tableau de NaUier)

tages d'une personne ou les agréments d'une société par leurs oppositions.

En vérité, l'ensemble du monde aristocratique florissant sous le ciel parisien, pendant les belles années du règne de Louis XVI, eut un charme, une exquisité, dont les imaginations éprises de l'autrefois resteront à jamais séduites.

Quelques-unes de ces réunions, où se rejoignait la grande compagnie de Paris, formaient par leur groupement le centre de l'esprit ; on eût cherché ailleurs, sans l'y trouver, ce tour de finesse et de délicatesse à la fois si naturel à ceux qui le possèdent et si affiné par les usages de l'éducation, qu'on n'a cessé de louer et d'admirer dans les peintures de l'ancienne société polie. La vie des salons y exhalait son dernier et plus subtil parfum.

Il n'était que de choisir ou plutôt d'être admis à choisir, et M. de Périgord, dont l'image ne nous a pas quitté, malgré les lacets et détours d'une apparente digression, s'y entendait à merveille. Il savait où rencontrer de préférence ces égards, cette liberté, cette noble aisance, qui symbolisaient, pour lui, l'idéal de la mondanité. Compagnies délicieuses que celles-là, où les débats d'une causerie alerte n'auraient jamais dépassé la juste limite du bon goût pour se rendre agités et bruyants. Sur le vol des mots effleurant les sujets d'une touche légère ne pesait ni pédanterie ni lourdeur; chacun y contribuait d'un trait particulier au plaisir de tous.

Se levant assez tôt, se couchant assez tard, à peu près tous les soirs, il accordait le meilleur de son temps aux relations sociales. Allant ici dîner, à des

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jours fixes, là battre les cartes sans qu'on cessât d'échanj^^cr d'agréables propos, ou former les nœuds d'une douce et passagère intrigue, ailleurs entendre un poème, de la musique, une lecture de pièce, et partout aimablement causer, c'est d'une manière très enviable ([u'il remplissait cette période d'indécision en sa vie. Prêtre libre, sacerdo.s vague, sans ol)ligation définie, il usait mondainement de cette liberté en attendant que les grandeurs de l'épiscopat lui servissent de déport pour de plus larges visées.

Quelques maisons lui étaient préférablement chères à fréquenter. En des jours déterminés s'y réunissait la grande compagnie de Paris. Le dire c'était nommer, en passant des lieux aux personnes : le duc de Choiseul- Slainville, la marquise de Montesson, la comtesse de Brionne, M""' de Bouiïlers-Rouvrel, celle qu'on appelait l'Idole, et M""^ de La Reynière. Comme, en particulier, lui paraissaient courtes les soirées chez M'"** de Montesson! C'était une femme de l)eaucoup d'esprit, ayant composé, afin qu'on les jouât chez elle, en une salle aménagée tout exprès, différentes comédies de société, mais dont la plus ingénieuse imagination d'amour et de mariage (sujet essentiel de ce genre de pièces) fut de se faire épouser elle-même en secret par le duc d'Orléans. Elle aspirait à des talents variés, dessinait, peignait, instrumentait de la harpe, quoique la critique insinuât que le meilleur de ces talents était d'emprunt (1)! Sur le théâtre de M"" de Montesson Ton avait

il) M"" de Montesson, prétendiiit cette mauvaise langue de Cousen, s'établissait toujours, pour jouer de la harpe, entre M. Nollot son maître et M. Dangan, premier élève de M. NoUet, qui jouaient de tout leur art. Elle se tirait d'alTaire au moyen de la pantomime, avec des airs de physionomie chromatiques et des regards de sainte Cécile amoureuse. Elle ne voulut jamais jouer toute seule.

réservé une loge pour le clei-gé un peu dissipe, où tenaient à plaisir de paraître aussi souvent que possible : d'abord M. de Dillon, l'archevêque de Narbonne, dont il est tant parlé dans la chronique mondaine de la fin du XVIII'' siècle et si peu dans les pieuses annales ecclésiastiques (1), puis M. de Brienne, archevêque de Toulouse, Jérôme de Cicé, évêque de Rodez, et l'évêque de Gomminges. Talleyrand avait pu s'y glisser. Quand il n'y avait pas comédie on y suppléait par d'autres agréments, dont le plus savoureux était la conversation. La liberté des mots y jaillissait d'une source vive et de si près fivMait la limite extrême de la décence qu'il s'en fallait d'un rien pour qu'on la dépassât.

Talleyrand jugeait fort attirante la maison de M""= de Montesson. Mais il allait à peu près partout. « Et, pour un esprit un tant soit peu porté à l'observation, a-t-il conté lui-même (2), c'était un spectacle curieux, pendant des années, que celui de la grande société. Les prétentions avaient déplacé tout le monde. « Delille dînait chez M'"*" de Polignac avec la reine; l'abbé de Balivière jouait avec M. le comte d'Artois; M. de Vianes serrait la main de M. de Liancourt; Chamfort prenait le bras de M. de Vaudreuil. La Vaupallière, Travanet, Chalabre allaient au voyage de Marly, soupaient à Versailles, chez M"'*" de Lamballe. » Pour conserver des points d'attache avec les beaux esprits, il ne se refusait pas à l'agrément de dîner, une fois chaque semaine, chez une M'"- d'Héricourt, la femme d'un inten-

(1) Il tenait la première place, chez M"'= de Montesson, après le duc d'Orléans comme il partageait avec Necker Tintluence dirigeante chez M""^ de Beauvan.

(2) Mémoires, t. I".

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