‹ Talleyrand et la société françaiseChapitre 8 sur 49 · LK l'UINC K 1)K TALI.KYRAND · texte numérisé non relu

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dant de la marine, à Marseille, et qui avait cette triple et louangeable disposition d'aimer l'esprit, les jeunes gens et la bonne chère. Nous laissons à penser ce que devait avoir de pi(|uant et de relevé, à pareille table, une association de convives ainsi composée (nous en rencontrAmes une partie tout à l'heure) : Narbonne, Choiseul, Talleyrand, Chamfort, Rulhière, l'abbé Delille, voire même Arnaud et Marmontel, qui s'entendaient à demi-mot et tous étaient de la maison.

On avait essayé de se retrouver, ailleurs, les mêmes, en un jour de la semaine semijlablement fixé. C'était dans rhal»itation du ministre de Suède, Gustave de Creulz, dont le salon passait pour être l'un des centres les plus recherchés des philosophes et des gens de lettres. Seulement, ce Mécène avait le goût trop prononcé des lectures d'auteurs. Il l'iniligeaità ses hôtes exagérément. Le groupe de M""^ d'Héricourt n'y résista pas tout entier. Marmontel apportait là chacune de ses pièces, à tour de rôle. Il n'en épargnait aux amis pas une scène, pas un bout de dialogue, voire de monologue. Talleyrand a fait l'aveu qu'il ne put soutenir son courage au delà de Nuniilor. La fuite ne l'en préserva pas, du reste. C'était la manie du moment. On lisait chez le comte de Vaudreuil, qui, lui aussi, jouait volontiers au Mécène, et s'en faisait un mérite auprès de sa belle amie de Polignac; on lisait chez le duc de La Roche foucauld- Liancourt, et ailleurs. Il dut encore pencher une oreille attentive, chez M"'^ de Vaines et en d'autres « chambres bleues ». L'abbé de Périgord se fût dérobé de grand cœur à cette obligation ; mais, puisque la mode en était admise, imposée presque, et qu'il fallait passer par là, si l'on voulait être classé parmi les hommes de goût et de distinction, il en avait pris son parti, mêlant au

calme de sa résignation un air d'intérêt dont on lui savait le meilleur gré.

D'autres fois, la curiosité, à défaut d'un goût décidé pour la musique, le conduisait à de savants concerts, comme en donnaient, lors, pour l'ennui de la plupart des assistants, les comtes de Rochechouart et d'Albaret, ou M'"^ Vigée-Lebrun.

Entre temps, il voyageait et s'intruisait en observant. L'un de ses déplacements l'avait poussé en Bretagne. Il s'était autorisé, pour se rendre en ce pays d'État, d'un bon motif d'études. Il se plut à y prolonger son séjour, pour Tagrément qu'il goûtait dans le salon de M'"*' de Girac. Il y reposait son esprit, ou l'y renouvelait, d'occasion, madrigalisant, assemblant d'une veine alerte jusqu'à des bouts-rimés, et le tout en l'honneur de la belle, dont la robe était parente de celle de l'évêque de Rennes (1).

Ils allaient à trois, de par le monde parisien : Choiseul, Narbonne et l'abbé de Périgord, hardis, confiants en eux-mêmes, prenant du cœur à faire le chemin ensemble et se donnant la main pour arriver. Dans la même direction les avait précédés le duc de Lauzun, plus tard duc de Biron, beau, brave, généreux et si gâté des femmes. Ils avaient de commun la jeunesse et l'ambition, l'esprit et l'amour du plaisir.

Choiseul-Gouffier fut celui que préférait Talleyrand. Il ne l'envisageait pas comme une nature supérieure, mais comme un homme de talent et de goût, né avec de l'imagination, comme un caractère noble, l)on, facile, disposé à la sympathie, la donnant et ne la retirant pas, mais sans beaucoup de force d'attachement,

(1) M"" de Girac était la bello-sa'ur du prélat.

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désirant avec sincérité le hoiilieur de ses amis, se montrant capable d'y contrilnier, mais se passant assez aisément de les voir. ïalleyrand sut analyser de trop prés ses qualités moyennes et ses travers pour avoir pu lui consacrer l'une de ces affections intenses, que passionne le sentiment. Mais, en sa jeunesse, il s'ouvrait à lui plus qu'à d'autres; il le voyait doué de tous les genres d'éclat, ainsi qu'un Lauzun-Biron ; il lui confiait ses projets d'avenir, ses idées en formation, par la causerie ou par des lettres (1).

Sa liaison avec Louis de Narhonne était une habitude agréable de société plutôt que l'effet d'une naturelle et vive attraction. Bien qu'on eût pu lui en rétorquer le reproche, il n'accordait pas à Narbonne un caractère assez sûr pour inspirer la confiance qu'exigent des rapports intimes. On le voit, Talleyrand ne rehaussait })as d'extraordinaire cet étincelant Narbonne, quoiqu'il le vît sans cesse, et pour cela peut-être. A l'occasion, il ne lui déplaisait point de lui détacher quelque trait malicieux, comme pour le contentement d'une secrète revanche... Ce fut plus tard. Enseml>le ils arpentaient la terrasse des Feuillants. Narbonne, qu'avait chatouillé la Muse, au matin, lisait des vers. Quelqu'un passa, bîullant : « Prends donc garde, Narbonne, conseilla ïalleyrand, tu parles toujours trop haut. » De l'esprit, pourtant, celui-ci n'en manquait pas, quoiqu'il ne fût pas aussi pur d'alliage que l'eût aimé l'abbé de Périgord. Leurs qualités n'étaient pas de pareille essence. Talleyrand avait l'avantage du bon ton et de la délicatesse. A Narbonne réussissait une sorte de grâce par-

(1) C'est à ce Choiseul-GoulGer qu'il écrira, pendant une absence dont le terme ne se rapprochait pas assez vite : " Comme tu nous manques, ici. toi, noble, élevé, populaire! »

ticulière dans la camaraderie, qui gagnait à s'exereer dans une compagnie plus abandonnée. C'était une nuance, que faisait sentir avec beaucoup de malice Talleyrand, sous la forme de cette opposition : « Si l'on citait les hommes qui avaient soupe, tel jour, chez la maréchale de Luxembourg, et qu'il y eût été, les noms de vingt personnes se seraient présentés avant le sien; chez Julie, il eût été nommé le premier (1). »

Lui (|ui parlait ainsi n'avait pas à craindre la comparaison; et cela il ne l'ignorait point. Le plus sûr de son art consistait en ces demi -silences, appuyés d'un regard observateur et fin, servant de louange indirecte aux mérites de ceux ou de celles qu'il écoutait. Il en raisonnait intérieurement, comme le conseillait si bien « la duchesse » de Stendhal à son neveu dont elle rêvait de faire un Mazarin. « S'il te vient une raison brillante, une réplique victorieuse, qui change le cours de la conversation, ne cède point à la tentation de Ijril- 1er, garde le silence; les gens verront ton esprit dans tes yeux. Il sera temps d'en avoir, quand tu seras évèque. » L'abbé de Périgord ne s'y limitait pas, néanmoins. Il savait, au bon moment, en relever l'impression par des interventions heureuses, par des traits à la Rivarol, articulés d'une voix profonde et mâle, dont l'accent surprenait sous cette figure, — une physionomie d'ange animée de l'esprit d'un diable, disait-on.

De son agrément personnel, de ses mots, de ses trouvailles impromptues ou méditées à loisir, il était si souvent question qu'on ne doutait point qu'il n'eût la plume également déliée et qu'il ne laissât courir le

(1) D'une manière bien plus relative, Rivarol disait de son propre frère : '< 11 aurait pu être riiomme d'esprit d'une autre maison, mais il est le sot de la nôtre, o

monde incognito à quelque ouvrage de sa façon. Il n'y conlredisait que mollement; nous ajouterions même qu'il usait d'une certaine complaisance à n'empêcher j)oi"nt cette opinion de s'établir. Tout récemment, un joli conte s'était éveillé sans nom d'auteur et qui narrait, sous la forme badine, la chimérique aventure d'une belle princesse : Aline, reine de Golconde. On en parlait tout à l'avantage de l'abbé de Périgord, qui ne se dérobait pas à l'éloge. Il alla jusqu'à s'en excuser, comme d'un délit de jeunesse, auprès de la marquise de Coigny; mais celle-ci, qui connaissait la source véritable du péché, n'eut rien de plus chaud que de dénoncer au prince de Craon cette manière de fausse confidence. Alors, celui-ci, dès la première rencontre : « Mon Dieu, dit-il à l'abbé de Périgord, je viens d'apprendre que vous êtes l'auteur d'Aline, et je vous promets que je vais tancer mon neveu de Boufîlers, qui nous avait rapporté tout autre chose. » Talleyrand se contenta d'incliner la tète en passant, ne disant ni oui ni non. Il n'insista plus sur l'honneur qu'on lui attribuait d'être le père d'Alme, reim> de Golconde.

Il eût pu l'être, aussi bien, à en juger seulement d'après des lettres de jeunesse courtes, gaies, aimables, qu'il écrivait à son ami Choiseul-Gouffier, et qui sont d'une vivacité toute charmante. Mais, étant déjà si muni de son propre fonds, on lui prêtait encore du bien d'autrui. A ce genre d'enrichissement ne fut-on pas toujours disposé? Il sera dit que Chamfort lui prodigua du sien et qu'après ce faiseur de pensées, Maurice de Montrond aurait eu des droits de créance sur plusieurs des mots de Talleyrand. Le prince de Beauvau racontera, plus tard, qu'étant à l'Institut, il entendit Talleyrand s'extasier sur la beauté d'une citation, qui

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venait d'être faite en séance académique. « C'est un mot charmant, avait-on déclaré. Et d'où cela vient- il, s'il vous plait? — Mais de M»-'' l'évèque d'Autun », avait répondu le maréchal de Beauvau, supposant qu'il n'en avait pas gardé mémoire, ou peut-être désirait qu'on lui en restituât l'honneur. Alors, lecomtedeSenneterre, qui élait aveugle et ne connaissait pas la voix de Talleyrand, de protester : « Holà! prince, holà! vous manquez de justice; vous deviez dire que le mot est de M. Chamfort. »

Le détail n'enlevait rien à la masse. L'apanage spirituel de Talleyrand restera toujours assez abondant pour qu'on ne le soupçonne point d'indigence. Ce n'était pas chose connue qu'il se prodiguât en compliments épistolaires. Il avait la plume avare de madrigaux. Cette fine plume, cependant, il la trempait quelquefois dans l'eau de rose. Il se surprenait à faire l'agréable en écrivant. Il mettait là du recherché, de l'affecté; bénévolement il sacrifiait aux grâces minaudières de Crébillon. Mais, nous l'avons insinué, il n'en faisait pas un péché d'habitude, s'arrangeant d'autre manière pour conduire à bien ses entreprises, nous voulons dire de certaines entreprises.

La façon lui réussissait.

Avant de mener l'Europe, avant de tromper en maître les rois et les gouvernements, il nouait et dénouaiten artiste les fils de la diplomatie amoureuse (1).

L'une des rencontres salonnières dont il eut les plus intimes raisons de se féliciter fut, certainement, celle

(1) Cf. notre ouvrage sur le Duc de Morny, chap. I".

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qui le mit, un soir, en présence de l'aimable comtesse de Flahaut, si pure en ses conceptions romanesques, si réservée dans ses propos, si compatissante en son particulier. Ce soir-là, l'abbé Maurice avait l'humeur vive, la conversation liante. La dame ne put se défendre de lui vouloir du bien, tout aussitôt. Sans doute, elle avait entendu dire, entre femmes, qu'elles devaient se défier d'un tel enjôleur et que ses paroles enveloppantes ne contenaient rien de sur; mais leurs résolutions étaient fragiles en face de « l'enchanteur » . Dès les premiers abords, séduit à la nature riante de M"* de Flahaut, à sa mine de douceur, à sa voix, à son parler fort agréable, il lui marqua un air d'attention, de politesse plus prononcé que pour aucune d'alentour. Un visage gracieux sans rien de merveilleux, mais qui plaisait, de l'esprit et du plus orné, une gaîté facile à s'emparer des nouvelles de galanterie, sans y jeter un éclat nuisible, et ne goûtant rien autant que ce qui était délicat, léger, senti et exprimé avec mesure : il en eût fallu moins à des s}Tnpathies éveillées déjà. Or, d'autres attraits s'ajoutaient à eeux-là. Les qualités d'instinct ou de particulière éducation qu'il décernait volontiers à toutes les femmes douées d'intelligence, c'est-à-dire leurs facultés divinatoires, leur fécondité d'expédients, leurs aptitudes naturelles à la diplomatie, il s'était plu à les voir réunies chez cette jeune comtesse avantagée d'un vieux mari, comme pour justifier par devers soi-même une inclination tendre, qui ne tenait pas seulement à ces qualités-là.

Au surplus, la maison était fréquentée. Des raisons diverses l'y poussaient. Il y \int, comme on l'en avait prié et n'eut qu'empressement à renouveler les visites. Le cœur de M""' de Flahaut se laissa prendre assez

complaisamnient aux filets bien préparés de M. l'abljé de Périgord, prochain évèque d'Autun. 11 la courtisait, maintenant, à découvert; on en parlait même un peu beaucoup, et spécialement chez la nouvelle baronne de Staël. Car, nous venons de toucher à un point qu'on ne saurait négliger : ïalleyrand était un des habitués de la maison Staël. Autour de l'illustre Muse se rassemblaient tous les sulîrages. Gomment aurait-il manqué de s'y rendre, ainsi qu'il l'avait fait dans le salon de Necker? Il était assuré d'y voir une femme jeune, spirituelle, éloquente, passionnée, et d'y rencontrer plusieurs de ces hommes supérieurs, dont la conversation illumine autour d'eux les esprits capables de réflexion ou d'enthousiasme. File l'avait distingué de sa curiosité attractive. Ce calme aisé, sur de soi, dont il ne se dessaisissait ni dans le sérieux ni dans le plaisant, cet accord de la grâce et de la ^dignité alternant sans se séparer jamais complètement, ces manières de penser et de sentir, qu'elle devinait en lui si diflërentes des siennes toutes de feu, d'élan, de passion, l'avaient acquise au jwint de s'en fier même à la moralité de son caractère. Telle Delphine s'en remettait de son àme et de sa conscience, à l'artificieuse, mais engageante M""^ de Vernon.

Dans l'amitié qu'elle lui portait entrait, évidemment, plus de coquetterie que de vraie confiance. Avec cet homme de raison froide et d'ironie souriante, elle aurait perdu ses paroles à prodiguer, en de lyriques épanchements, les trésors de son cœur; car, il n'écoutait bien que ce qui pouvait l'intéresser. Attentive aux moyens de lui plaire plus qu'aux moyens de le charmer, elle éprouvait, en sa présence, une sorte d'inquiétude, qui n'était point son impression habituelle, quand

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elle enchaînait tous ses auditeurs à l'éloquence de sa voix. Telle encore Delphine, qui fut la réalité de M'"- de Staël en sa jeunesse comme devait en être l'idéal Corinne, remettait toujours au lendemain de livrer son âme à l'énigmatique M"^ de Vernon, ce contre-type féminin de Talleyrand. Lui venait chez elle, comme au spectacle, admirant sa facilité merveilleuse à discourir sur tous les sujets, et sous une forme si vive, si animée, si poétique! Il la considérait, d'un bout à l'autre de la soirée, causant et retenant par une sorte de magie les intelligences d'élite, qui vivaient dans son orbe enflammé. Impression singulière entre toutes, lorsqu'elle était nouvelle, de cette conversation animée comme une lutte, impétueuse comme un assaut, ardente comme un combat à outrance!... Puis, ce qui était inévitable était arrivé. Tant de fracas avait étourdi sa raison calme; et il avait pris le plaisir d'aller chercher du repos, aussi souvent que possible, en des causeries plus douces, plus apaisées et teintées davantage du charme féminin. D'être régentés fut toujours moins plaisant aux hommes que d'être attirés par ce charme.

Ses intidélités au salon de M™^ de Staël, où les femmes étaient rares (1), se répétaient pour les beaux yeux de M""" de Flahaut. On le voyait, presque chaque soir, dans l'appartement du vieux Louvre, n'y perdant aucune occasion favorable de ramener les sujets de la conversation aux détails recherchés surtout dans le têteà-tête. Son empressement, disons-nous, se ralentissait à visiter « Delphine ». Trop de flamme, trop de génie,

(1) M"' de Staël affectionnait peu la société des femmes, celles-ci n'offrant pas assez de ressources à l'expression de ses idées; elle ne se trouvait vraiment à l'aise qu'avec des hommes capables d'aviver son imagination, de la comprendre et de la suivre.

une trop grande richesse de sentiments se dépensaient dans l'atmosphère de cet être inspiré. Volontiers eût-il murmuré comme le personnage du roman : « Ce qu'on chante en ces lieux est trop beau pour nous. » On respirait plus à l'aise, chez M™^ de Flahaut; la monnaie de l'esprit y était plus légère et plus coulante.

M""^ de Staël, malgré son immense prestige, avait pris ombrage de cette demi-défection. Pure susceptibilité de femme, qui, ayant le malheur de n'être pas belle (quoique de ses admirateurs contemporains et posthumes l'aient jugée divine) avait Tintelligence de s'en rendre compte et la faiblesse de s'en affliger. A un appréciateur en femmes comme Talleyrand il n'avait fallu qu'un prompt coup d'œil, dès la première présentation, pour constater que Germaine Necker ne possédait, en fait de beauté, que le rayonnement du génie; qu'elle avait le nez et le contour de la bouche reprochables et que l'intérêt de sa physionomie résidait presque uniquement en l'éclat de ses yeux. Par exemple, ces yeux- là étaient superbes, et toutes les pensées élevées ou énergiques, qui se succédaient dans son âme, s'y peignaient souverainement. Ses mains encore étaient belles; et, comme elle tenait à ne rien perdre des avantages qui lui étaient concédés, au physique, elle avait une manière de les porter en évidence, qui n'échappait point à l'attention. M*"^ de Staël avait contracté l'habitude de tourner entre ses doigts une branche de peuplier garnie de deux ou trois feuilles, dont le frémissement, disait-elle, était l'accompagnement obligé de ses paroles. Or, c'était la plus enivrante satisfaction de son amour-propre que de captiver les cœurs et les esprits en parlant.

Talleyrand se prodiguait moins à l'écouter. Des con-

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versations autres, auxquelles il prenait une part plus directe, le retenaient dans rintimed'uneseconde Muse(l). Toutes deux se connaissaient, se fréquentaient parmi les rencontres d'une même société et recevaient les nnêmes hommes au nombre de leurs fidèles. Tels Ségur, Chaslellux, (jOvernor-Morris. L'une et Tautre aimaient la compagnie privée des grands esprits. Celle-là disputait à celle-ci les préférences de Tallevrand. Mais la feimne de génie perdait du terrain, de jour en jour, en ce genre de compétition avec la femme simplement spirituelle, et s'en apercevait fort bien. Désireuse, une bonne fois, d'en avoir le cœur net, elle en posa la question directement à M. de Périgord. Il fallait qu'il se prononçât entre elles deux. Comme elle ne parvenait pas à le faire s'expliquer, à cause des habiles détours par où se dérobait sa galanterie :

« Avouez, lui dit-elle enfin, que si nous tombions toutes deux ensemble dans la rivière, je ne serais pas la première que vous songeriez à sauver.

— Ma foi, madame, c'est possible, vous avez Tair de savoir mieux nager. »

On n'embarrassait jamais M. de Tallevrand. Ces. mots dits, il baisa la main de M"'^ de Staël, quitta le salon, monta en voiture et se fit conduire chez M""" de Flahaut.

On l'y retrouvera, le lendemain, les jours suivants,, dînant, soupant, conversant 'dvec. une compagnie Ibrt triée. Certaines de ses relations de cœur s'étaient for-

(l) M""" de Flahaut elle aussi pensait, contait, écrivait. Si l'essor de son talent n'atteignait point à la hauteur des livres de M"» de Staël, virils^ par l'ambition des sujets comme par l'empreinte des mots, on lui reconnaissait le naturel, la finesse, la grâce de l'imagination, qui sont qualité;», de femme.

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mées et (Informées avec la rapidité (riin désir couru et satisfait. Celle-ci dura davantage. Depuis un temps marqué, les glaces de Tàge avaient éloigné le comte de Fiahaut des intimités conjugales. Par les droits réunis de la jeunesse et de l'amour, ïalleyrand en sollicita les douceurs. M"^ de Flahaut courut le péril de les accorder. Et il en résulta un accident de naissance, dont « Févêque » fut considéré comme Fautem'. Xé le 21 avril 1785, Charles- Joseph de Flahaut de La Billarderie, assurèrent des gens bien informés, était le fruit des assiduités heureuses de M. de Périgord auprès de la comtesse. Governor-Morris n'en doutait point, lui qui postulait en ces lieux. >'i M. d'Angiviller, surintendant des bâtiments du roi et beaufrère de la dame, encore moins Talleyrand, qui s'attacha aux premières années de l'enfant d'une façon discrète, le suivit avec un certain intérêt dans Favancement de sa carrière rapide, sans lui avoir jamais voué une all'ection très profonde et décélatrice du sentiment paternel. On menait, de temps à autre, le jeune Charles de Flahaut chez Talleyrand. comme on y mènera plus tard le jeune Auguste de Morny, né des tendresses « naturelles » de cet aide de camp de l'empereur. Il y eut aussi, dans l'appartement du Louvre, de petits soupers de famille, qui réunissaient la comtesse, Févêque et leur fils. M. d'Autun, comme on l'appelait alors, était tout à fait de la maison.

Sa présence paraissait être devenue un élément nécessaire à la vie quotidienne de M'"*" de Flahaut. Elle l'appelait de ses vœux, s'il tardait à venir. Le voyait elle, sans qu'elle l'attendît : l'air lui en était rendu plus suave et plus léger. Peut-être le lui laissa-t-elle voir trop sensiblement. 11 recherchait l'amour des femmes,

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par goût plus que par tempérament, mais se refusait à leur empire. Ces liens en se resserrant commençaient à gêner sa liberté. Il s'en détacha peu à peu. Ses hommages s'espaçaient. Il se faisait oublieux, absent. Encore un laps de temps, il n'aura plus envers la douce romancière (V Adèle de Senamjes que des restes d'une estime intellectuelle et de considération sèche, dont elle s'attristera, d'abord, au point d'en verser des pleurs; mais elle en prendra finalement son parti (I).

On le revoyait plus souvent chez M""^ de Staël, dont l'autorité morale et politique s'était considérablement accrue. Comme d'habitude, il y avait autour d'elle ou venant d'elle bien des paroles agitées et du tourbillon. Mais les gens calmes trouvent encore leur avantage auprès des caractères exaltés, « qui leur offrent toujours quelque prise ».

Ce n'est pas de la veille que Talleyrand avait apprécié les profits d'une adresse subtile pour se glisser en la faveur des gens, qu'il savait en mesure de prêter aide à ses désirs ambitieux. L'appétit des honneurs l'avait tôt visité, quoiqu'il eût eu le bon esprit de le contenir. Aussitôt qu'accueilli dans le monde, il s'était pénétré de cette conviction qu'il était destiné aux affaires et qu'il aurait à s'en ménager l'accès. A peine avait il reçu la place, qu'on lui tenait en réserve, d'agent géné-

(1) Les sentiments de M"" de Flahaut pour « son évêque » avaient aussi perdu de leur force, de leur chaleur, bien avant ce délaissement. Governor Morris le constatait avec une sorte de satisfaction personnelle, à la date du 17 août 1789 :

« Pour la première fois, elle laissa tomber un mot, qui est cousin-germain du mépris. Je peux, si je le veux, la détacher de lui complètement. Mais c'est le père de son enfant et ce serait injuste. La raison secrète est qu'il manque de fortiter in re, quoique abondamment pourvu du suaviler in modo. »

M. DE TALLEYBAND

(d'après une miniature d'Isabey)

rai du clergé qu'il en avait senti l'importance pour étendre utilement ses moj'ens d'action. Mais ce point nous ramène de quelques pas en arrière.

Ce fut le 10 mai 1780, par la désignation de la province ecclésiastique de Tours. L'abbé de Périgord avait pour collègue d'agence (celui-ci choisi, auparavant, le 4 janvier, par la province d'Aix) l'abbé Thomas de Boisgelin, cousin du cardinal -archevêque (1), et qui lui fut de peu de secours dans le sérieux de leurs communes attributions. Plus occupé de sa passion pour M""' de Gavanac que des intérêts de l'Église, aussi indolent dans le travail qu'était languissante en ses allures journalières cette belle personne toujours étendue sur un canapé, en l'abandon des postures lasses, il laissait, d'ordinaire, et sans jalousie aucune, reposer sur le seul abbé de Périgord la confiance entière du clergé.

Pendant que celui-ci portait la lumièrcdans les comptes de gestion des immenses biens de rÉglise, M. de Boisgelin s'en remettait, d'une pleine confiance, à son esprit d'ordre et de clarté, préférant au mérite de l'y aider le charme des entretiens de M"'^ de Gavanac. Elle avait tant à dire sur l'actuel et l'autrefois ! ?s'avait-elle pas été fameuse, étant M"*' de Romans, à la cour de Louis XV? Toute jeune fille alors, ne faillit-elle pas balancer le crédit de M""' de Pompadour et passer favorite, du droit qu'elle avait eu sur le cœur du roi en lui donnant un fils (2), qu'il reconnut presque et qui fut, à elle, sa

(l)Cet abbé de Boisgelin devait être une des victimes des septembriseurs, en 17&2.

(2) Il fut baptisé sous le nom de Bjurbon, ce qui n'avait été permis pouraucun desenfants naturels de Louis XV. Plus tard, l'abbé de Bourbon.

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joie, son orgueil débordant, au point que, bien des fois, quand elle promenait aux Tuileries son cnianl, leur eufant beau comme le jour, elle ne pouviiil s'empêcher de s'écrier devant la loulequi se pressait autour : « Ahl mesdames et messieurs n'écrasez pas et laissez respirer l'enfant du roi! » Avec une complaisance infinie, M. de Boisgelin écoutait M""" de Cavanac parler de ses amours royales, l'en estimait d'autant plus captivante, d'autant plus belle avec ses longs cheveux noirs, si longs qu'elle pouvait s'en couvrir, et il s'oubliait mollement en sa compagnie, pendant que M. de Talleyrand, un épicurien actif à ses heures et à sa manière, compulsait, déchitîrait, rassemblait les éléments de ses rapports. 11 est vrai qu'on l'y aidait lui-même, quant au matériel de la besogne, et qu'il savait se réserver toujours assez de loisirs pour ne nianquer point à ses agréables devoirs d'homme du monde (1).

En cette période de début, où il lui importait d'être remarqué, tiré en évidence afin d'être mis en état de faire davantage, il n'avait pas la nonchalance permise aux réputations étai)lies et qui sera l'un des signes de sa maturité. 11 prenait fort à coeur les affaires particulières et générales du clergé, y joignant même des entreprises d'utilité puljlique, qu'il tâchait de faire entrer dans ses devoirs ou ses attributions. 11 y dépensait du zèle, lui qui recommandera plus tai'd de ne jamais faire excès de zèle (2). On en appréciait les inten-

(1) Tels Cliarles Moniiay, futur évêque de Troyes; rabbc Bourlier, plus tard évêqiic d'Évreux ; Jean-Baptiste Duvoisin, qui fut pronioleur de l'offieialité de Paris, grand vicaire de Laon, enfin évêque de Nantes, et l'abbé Des Renaudes surtout, qui deviendra l'homme de confiance de Talleyrand jusqu'au moment où, de son service, il passera à celui du secrétaire d'État Maret, lui rendirent de nombreux et précieux services.

r2i Un détail piquant. Agent général du clergé, Talleyrand aura pour l'ua

lions, PII souriant de son ardeur naissante; on disait : « C'est de la jeunesse; avec un peu d'usage cela passera. » Mais, à part ses habitudes intimes restées frivoles et qu'il ne tendait pas à modifier, il était estimé, considéré; on lui donnait à comprendre que ces bonnes dispositions ne lui seraient pas inutiles, le jour où il aurait à les exercer sur un plus large théâtre. Enfin le clergé justifia hautement d'une satisfaction dont ses services reçurent à la fois la louange morale et le prix matériel. Du même coup en fut très agrandi le cercle de ses relations.

Par une suite de contacts heureux et rapides il était entré en commerce avec des personnages du premier rang, tels que les Maurepas, dont la comète avait beaucoup de satellites, comme le disait M'"*" de Rochefort, Turgot, Lamoignon, Malesherbes, le maréchal de Castries et avec des conseillers d'Etat, en seconde ligne. Les dehors de son esprit insinuant couvraientdes desseins précis et fermes. En attendant la maturité des occasions il en cultivait les germes avec sollicitude.

Déjà s'attachait-il à pénétrer diligemment, sous des airs distraits, les aspirations et les besoins de son temps. Des lumières étendues éclairaient son intelligence, lors- (|ue, avec des amis promis comme lui-même à de grandes destinées politiques, il s'entretenait des moyens d'améliorer les conditions de la vie humaine et les

de ses successeurs l'abbé de Montesquiou, u.n futur ministre de Louis XVIIl et de ceux qui l'aidèrent le plus activement à préparer le retour des Bourbons. Vrai prélat d'ancien régime, teinté légèrement de philosophisme sentimental, mais si légèrement, et qui ne supposait point que l'histoire des sociétés humaines pût commencer en deçà des temps féodaux. C'est cet abbé de Montesifuiou qui, se trouvant un jour en sa campagne au Val, près de Saint-Germain, disait à ceux qui l'entouraient : « La vie que nous menons ici n'est pas celle de la nature. L'Iiomme de la nature vivait dans son château entouré de ses vassaux! »

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rapports entre les peuples. 11 entrevoyait des changements profonds et souhaitables dans l'administration intérieure du royaume, préconisant la suppression des privilèges et la mise en valeur des assemblées provinciales, parce qu'il pensait y entrevoir la source de tous les biens.

Au fond de son quartier solitaire de Bellechasse, en la petite maison dont il s'était fait une retraite fort agréable et passablement fréquentée, il avait pris l'habitude de réunir devant des tasses de chocolat, qui devinrent vite célèbres, un groupe fidèle riche de jeunesse, d'imagination et d'idées. Chaque matin, c'était un grand fracas de conversation dans sa chambre, où se dressait la table du déjeuner. Entre les habitués, qui se plaisaient à y revenir, comme ils aimaient à se retrouver, les mêmes, au logis du Mont-Parnasse (1), mille propos s'entrecroisaient au hasard : les nouvelles volantes, que se renvoyaient Lauzun, Louis de Narbonne ou Ghoiseul-GoufTier; les hautes considérations philosophiques et politiques, où se déployaient -Alirabeau et l'académicien Rulhière ; les sujets de finances, d'administration et de commerce, qui convenaient surtout aux économistes du cercle, tels que Panchaud et Dupont de Nemours, pendant que les demi-savants comme Bailliès, Choiseul et l'abbé de Périgord s'en tenaient aux généralités. Que de fois, par exemple, en automne 1786, aux instants où dominait en ces causeries le ton sérieux, revint à l'ordre du jour la grande question du traité de commerce conclu entre la France et l'Angleterre (2)! Dès lors, partisan de la liberté des transac-

(1) Chez le comte de Choiseul.

(2) Ce traité, auquel avaient contribué leconitede Vergenncs et Calonne, « avait pour objet de détruire la contrebande et de procurer par les

tiens commerciales, Talleyrand y prenait un intérêt singulier. Puis, avaient leur tour, en ces beaux entretiens, les lettres, les arts et les mondanités galantes.

De temps en temps, il se rappelait qu'il était prêtre, qu'il espérait être évêque, et qu'il avait à en donnej' des signes. Alors, il se livrait aux agréments de la prédication mondaine, avec assez de succès pour qu'on ait dit de lui : « Il s'habille comme un fat, pense à la manière d'un déiste et prêche comme un ange. » On n'en eut que ce témoignage; car, de ses sermons, il n'en recueillit pas un.

Entre deux journées alternées par le plaisir et par l'étude, il avait reçu la nouvelle de sa nomination à l'évêché d'Autun, un petit évêché par le chiffre du revenu : vingt-deux mille livres, mais un illustre siège par ses traditions, son autorité, et qui menait habituellement à l'archevêché de Lyon.

Dès 17Si, il avait visé plus haut; une promesse de pourpre avait brillé en sa faveur, et cela sur la recommandation de la comtesse de Brionne (1), qu'avait

douanes aa trésor public un revenu fondé sur des droits assez modérés pour ne laisser à la fraude aucun espoir de profit. » iïalleyrand, Mémoires, nj4-1791.i Les mêmes textes de conversation étaient repris, souvent, au logis du Montparnasse, dans les réunions du comte de Choiseul-Gouffier.

(1) Pour ce grand objet la comtesse de Brionne avait écrit au roi du Nord la lettre suivante, à la date du 20 août 1784 :

a Sire, Votre Majesté m'a fait jouir d'un ijoniicur bien rare, celui d'oser être confiante avec un souverain qu'on admire. 11 vous était réservé, Sire, d'avoir encore le don de faire parler les cœurs, d'avoir celui d'inspirer le désir de vous être attaché aussi par la reconnaissance. Voici le moment où je vais user de la permission que Votre Majesté m'a donnée de réclamer ses bontés. C'est pour l'abbé de Périgord; sa naissance, ses qualrtés

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appuyée fortement auprès du Saint-Siège le monarque luthérien Gustave 111 de Suède. Il avait presque obtenu le chapeau tant convoité, il croyait le tenir, mais, au dernier moment, l'opposition vive de Marie- Antoinette l'avait éloigné de sa tète. Pour qu'on le fit évoque — quatre années après — l'affaire non plus n'avait marché toute seule. Trop rares et trop douteuses apparaissaient les marques de sa piété. Si attentivement qu'il observât les bienséances, et quelque adroit qu'il fût à se conduire sur ce qu'il fallait dire ou ce qu'il fallait taire, le bruit était public qu'il avait d'un trop large pas dépassé la limite d'indulgence, du moins d'indulgence cléricale, accordée, d'ordinaire, à la naissance et à la jeunesse. On n'ignorait point que, sous le ministère de Galonné, il avait amplement tiré profit du bon état de ses relations personnelles avec cet homme de finances pour se lancer à fond dans l'agiotage et qu'il n'élait pas sorti de ces cavernes sans en rapporter un appréciable butin. A la sanction royale hésitante on avait opposé encore Tamour du jeu, l'impudeur affichée dans ses liaisons, qui avaient empêché précédemment, l'abbé de

personnelles, les talents qui lui ont mérité l'estime d-e son corps, voilà. Sire, ce qui me fait oser employer la recommandation de Votre Majesté en sa faveur. Elle seule connaît mon vœu: il y aurait les plus grands inconvénients à ce que personne sût ici qu"rl aspire à cette grâce et que vous voulez bien la demander pour lui; il en résulterait de l'envie et toutes les méchancetés qu'elle peut produire. Ce n'est que lorsque je saurai positivement de Votre Majesté qu'elle consent à faire connaître au pape qu'elle désire un chapeau pour M. l'abbé de Périgord qu'il se permettra de faire ici près du roi et de la reine qui, tous deux, ont de la bonté pour sa famille, les démarches nécessaires pour obtenir une permission générale de solliciter un chapeau, sans parler des engagements que Votre Majesté a daigné prendre avec moi. .le vous rendrai compte. Sire, surle-champ, et ce n'est qu'après avoir obtenu cette permission (jue je supplierai Votre Majesté décrire à Rome, .le lui demande avec instance jusqu'à ce moment de ne mettre qui que ce soit dans mon secret. »

Périgord (roblenir l'archevêché de Bourges auquel il avait ardemment tendu.

Cependant, des sollicitations pressantes continuaient d'agir en sa faveur. Pleins de miséricorde pour des délits de jeunesse et des écarts de conduite privée imputables à la faiblesse humaine et ne se souvenant que des services rendus par l'abbé de Périgord, durant sa période de gérance, des prélats qualifiés insistaient alin ((u'on ne tardât pas à lui octroyer la récompense habituelle de ces importantes fonctions, c'est-à-dire la dignité épiscopale. Son orthodoxie était pure de soupron : ils s'en portaient garants. On rappelait, à propos, qu'il avait signé, naguère, u ne lettre collective au pape exprimant les douleurs infligées au co'ur de l'Église par le délaissement de la vie monastique; qu'il s'était associé aux plaintes du clergé contre la pernicieuse influence des écrils antireligieux, et que son Z('4e avait éclaté encore dans une autre requête au Saint-Père, demandant la prompte béatification de la sdnir Marie de l'Incarnation (1), carmélite, et du vénérable évêque de Cahors, Alain de Solminiac.

Si chaudes que fussent les recommandations, Louis XVI ne parvenait point à vaincre ses répugnances, à rencontre d'un prêtre sceptique, mondain à l'extrême, adonné païennement aux jeux de l'amour et du hasard. L'intercession paternelle du comte Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord, tombé dangereusement malade, et qu'il était allé visiter à son lit de mort, vainquit ses dernières résistances. Et l'Église de France et les populations de l'Autunois furent instruites que le roi, bien

(1) Peut-être ne sait-on jias que Marie de l'Incarnalion fut liéatifiée le 6 mars 1791.

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informé des bonnes vie, mœurs, piété, doctrine, grande suflisance et des autres vertueuses et recomrnandables qualités étant en la personne du sieur Charles- Maurice de Talleyrand-Périgord, vicaire général de Reims, lui avait accordé et fait don de l'évèché d'Autun, à la date du deuxième jour du mois de novembre mil sept cent quatre-vingt huit. Il s'était vu porter au nomjjre des prélats du premier rang chargés de l'administration spirituelle d'un diocèse. La crosse, l'anneau, la croix pectorale et la mître seraient désormais ses insignes. On avait pu former l'espérance qu'il serait une des lumières de l'Église.

Pour se conformer aux règles établies, l'abbé de Périgord alla s'enfermer, pendant plusieurs jours, dans la solitude du séminaire d'Issy, temps d'épreuve obligatoire, temps de méditation et de retraite imposé, à la veille de l'ordination épiscopale. La mission de disposer le cœur de Talleyrand à l'exercice de son « ministère redoutable » échut à l'un des directeurs de Saint- Sulpice, qui l'avait connu, étudiant au séminaire, l'abbé Duclaux; et celui-ci, en la sincérité de sa foi profonde, déclara que jamais il n'avait assumé de tâche spirituelle aussi difficile, aussi poignante. Plus d'une fois, comme il l'exhortait à le suivre par les voies de ses entretiens nourris de sagesse et de doctrine, dont la gravité s'ajoutait aux froideurs de la saison pour le préserver des tentations frivoles, plus d'une fois, il dut interrompre de si pieuses leçons, et au meilleur moment. Des amis de Paris, accourus à l'appel du néophyte épiscopal, et comme s'ils se fussent portés à son secours, que dis-je! à sa délivrance, des curieux, des visiteurs l'enlevaient à ces sérieuses pensées sans qu'il en témoignât aucun regret.

Le jour de la cérémonie était fixé au 16 janviei'. Dans l'étroite chapelle de ce séminaire dédiée au Saint Sauveur, il fut sacré évêque par Louis-André de Grimaldi, l'évèque-comte de Noyon, assisté d'Aimard-Claude de Nicolaï, évêque de Béziers et de Louis-Martin de Chaumont de la Galaisière, évoque de Saint-Dié. Aucun de ses proches n'était présent; il n'avait convoqué personne. Le sulpicien, qui lui servit d'acolyte, un abbé Hugon, longtemps après s'en souviendra; il ne pourra se défendre de raconter que la tenue de M. de Périgord y fut des plus inconvenantes, tout au moins sèche et froide, et malgré le secret de rigueur, de trahir ce détail qu'il s'était accusé, le samedi suivant, en confession, d'avoir formé des jugements téméraires sur la piété d'un saint évêque (1).

La lettre pastorale que M«'' d'Autun envoya, le 26 janvier 1789, au clergé régulier, séculier et à tous n'en fut pas moins très édifiante et toute recouverte d'un vernis de sainteté.

Maintenant que, par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège, prélat et grand seigneur il avait le droit d'ajouter à ces titres féodaux les hautes attributions spirituelles, que lui conférait sa récente élévation; maintenant qu'à sa qualité d'évèque d'Autun s'adjoignaient celles de premier sutîragant de l'archevêché de Lyon, de président-né et perpétuel des États de Bourgogne et qu'étant tout cela il se trouvait encore comte de Saulieu, baron d'Issy-l'Évèque, Luçay, Grosme, Bouillon et autres lieux, il estima qu'il devait s'entourer d'un éclat extérieur y correspondant dignement;

(1) Ua autre iirètre manqué, Ernest Renan, lors(|u'il entra au séminaire (le Saint-Sulpice, en IS''*^, recueillit ces dépositions des lèvres de M. Hus'on.

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et (l*al>ord il commença par s'acheter un superbe carrosse. A vrai dire, il oublia, pendant un assez long temps, de le payer. Ses amis s'amusôrent a l'entendre conter la réponse rpi'il avait faite aux insistances de son carrossier, étrangement désireux de savoii* quand il pourrait obtenir le règlement de son compte; : « Jlum! vous êtes bien curieux, mon ami ». 11 s'v était décidé, cependant, mais encore moins se pressa-t-il d'utiliser son équipage pour aller visiter ses ouailles.

En sa lettre pastorale il leur avait bien dit, répétant la parole de saint Paul aux Romains : « Je suis impatient de vous voir. » Mais, ce n'était qu'une image; les Autunois voyaient toujours reculer la date de la récei)tion de leur pasteur!

Pour aviser au plus urgent il avait chargé un Simon de Grandchamp, revêtu des fonctions de grand-chantre de la cathédrale de procéder, en son lieu et place, à la prise de possession, de l'évêclié; il avait organisé, comme il convenait, les cadres de son administration épiscopale, confirmé dans leurs titres les grands vicaires de son prédécesseur, désigné par la même occasion un secrétaire, un officiai, plusieurs vicaires généraux, et, pour le reste, s'était accommodé parfaitement d'administrer son diocèse, à distance. Paris, le monde, les affaires, la politique le retenaient par des liens multiples. Son attention était absorbée surtout par les difficultés croissantes de l'ordre intérieur, où son discernement percevait les symptômes d'un prochain et violent changement dans les institutions du pays.

Depuis quelques années, les afi'aires du royaume et les rapports du trône avec le peuple s'étaient étrangement compliqués. En 1787, Louis XVl avait dû convoquer l'assemblée des Notables parce que toutes les

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ressources de TEtat paraissaient atteintes d'épuisement. Le mécontentement avait gagné toutes les classes. Les idées nouvelles s'étaient emparées de la jeunesse du parlement, où la seule intention de défendre l'autorité royale était traitée d'obéissance servile. D'autres indices révélaient combien la France se détachait de ses maîtres et de quelle prompte manière elle en venait à perdre l'habitude du respect.

On n'en ressentait pas encore d'inquiétude profonde. Par leur longue accoutumance à se regarder les uns les autres, les gens de cour se croyaient toujours au spectacle. Monsieur tortillait des énigmes et des logogrlphes. Le comte son frère volait heureux de sa petite maison de la rue d'Artois à son vide-bouteille de Bel-Air, à moins qu'il ne s'oubliât d'aise en son pavillon de Bagatelle, autre théâtre de ses exploits galants... Heureuse étourderie! Le peuple était prêt à courir aux armes, le trône et l'autel vacillaient, la noblesse n'avait plus qu'un faible temps à jouir de ses plus doux privilèges. Et l'on continuait à s'occuper des couplets de l'abbé de Boufllers et du train de dépense des beautés à la mode. Le plus insoucieusement qu'il fût possible, mondains et mondaines commentaient, discutaient des sjstèmes philosophiques éclos dans les nuages de l'utopie et qui, sous leurs semblants humanitaires, brisaient avec emportement tous les liens de l'ordre moral et politique. Les femmes de la plus fine essence sociale avaient pris pied hardiment dans les débats d'idées, espérant, sans doute, cju'elles n'auraient pas à y courir les mêmes risques et périls que les hommes. Aux premiers bouillonnements populaires, on avait senti, dans les hautes classes, passer comme le frisson d'un péril inconnu. Puis, on s'était rassuré sur les émois d'une foule, qu'on ne lar-

derait pas à maîtriser. On avait compté sur Necker pour remettre da Tordre dans les caisses publiques et sur les vieilles habitudes de soumission pour ramener les gens du tiers à une plus sage et plus raisonnable conduite. Les Etats (lénéraux allaient être convoqués. Que réclamer davantage des com|)laisances du trône? Et quelle serait la raison d'être d'une telle assemblée, à quoi servirait-elle si elle ne trouvait pas bientôt le remède à ces malaises? La confiance et la gaieté persistaient dans les âmes aristocratiques.

Le roi et la reine n'avaient pas une assurance au'^si tranquille. Leur règne avait déjjuté par la fête et l'union des coîurs. D'abord, ils avaient éprouvé quelque appréhension de régner si jeunes; mais leur crainte s'était dissipée au bruit des ovations populaires, ces transports d'amour qui si promptement se devaient changer en des cris de colère et de révolte. Qu'on était loin, maintenant, de l'enivrement des premiers jours! La reine surtout voyait monter avec etîroi contre le trône et contre elle-même le flot de Timpopularité. Des excès de faveur, des bontés irréfléchies, des grâces déversées sans mesure sur son entourage, sur ses favorites surtout (1), et dont le mécontentement était passé de la cour à la ville et de la ville au peuple; des légèretés de jeune femme grossies par l'imprudence et par la médisance (2); des amitiés dangereuses, comme furent

(Ij « Depuis ([uatre ans, écrivait le cumlede Mercy, on estime que toute la famille de Polignac, sans aucun mérite envers l'État et par pure laveur s'est procuré, tant en grandes charges qu'en autres bénéfices, pour près de sept cent mille livres de revenus annuels. »

(2) « C'est dans les méchancetés et les mensonges répandus de 1785 à 1788 par la cour contre la reine qu'il faut aller chercher les prétextes des accusa tionsdu Tribunal révolutionnaire, en 1793, contre Marie-Antoinette. » (La Marck.)

celles de la princesse de Lamballe et de la duchesse de Polignac; les fautes nombreuses où l'avaient entraînée la maladroite influence du comte d'Artois; des erreurs plus graves, (elles que l'aveuglement de sa politique autrichienne et ses interventions malheureuses dans le gouvernement; d'autres causes réelles ou inventées avaient renversé les sentiments, qui accueillirent les débuts de Marie-Antoinette dauphine et reine (1). Elle n'était plus aimée; loin de là, elle était haïe. L'opinion surexcitée en était arrivée à tenir sa condamnation prête pour tous les actes, quels qu'ils fussent, émanant de la reine ou de son inspiration supposée.

La fin du règne approchait, attristée par le déficit, la misère, les émeutes. Louis XVI débordé par l'opposition avait dû retirer les arrêts de son conseil, proclamer la liberté de la presse, et convoquer les Élats Généraux pour le 27 avril 1789.

Les approches de ces élections ont provoqué dans toute la France un mouvement extraordinaire. Des lettres ont été expédiées, de toutes parts, réglant la convocation des électeurs dans chaque province. ïalleyrand, dont la consécration épiscopale n'avait guère modifié les façons de vivre, a été tiré de son calme par l'assignation du grand bailli d'épée aux sièges de l'Autunois, le comte de Gramont, lui prescrivant d'avoir à comparaître en personne à l'assemblée générale de son ordre. D'entrer dans la vie publique, d'être envoyé aux Étals, comme député, par son diocèse, c'est une

(1) a Votre avenir me fait trembler », lui disait dans une de ses lettres l'impératrice Marie-Thérèse, par un avertissement prophétique de son cœur maternel.

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chance de fortune ([u'il ne voudrait manquer, pour rien au monde. Jusque-là, le séjour de Pai'is, n'aura plus de charmes à ses yeux. 11 active ses préparatifs de départ. Déjà le can'osse épiscopal roule d'une vive allure sur la route d'Autun. Il y parvient, le 12 mars, très annoncé, tout prêt à s'otVrir aux manifestations pieuses de ses fidèles. Dès l'aube du jour dominical, les cloches ont été mises en branle. Les rues déversent une atïluence extrême de peuple, aux abords de la cathédrale; on a vu passer le cortège des chanoines allant après midi, avec la croix et l'eau bénite, recevoir au palais épiscopal, M^'"^ de Talleyrand qui les attend, en camail et en rochet, entouré de ses grands vicaires. Tout à l'heure, de sa voix forte, il prononcera la formule des serments et bien des sages promesses, en outre, qu'il aura le temps d'oublier.

Ces formalités religieuses remplies, conformément à la coutume, l'évêque n'aura plus qu'une pensée : celle de se faire nommer député. Soucieux d'y réussir, il ne négligera rien pour gagner l'estime générale et particulière. Admirez-le, déjà, comme il se multiplie en visites pastorales, s'inlbrmant des besoins de chacun, se préoccupant de l'état des paroisses — non sans y glisser, à propos, le détail d'une adroite propagande, — faisant à merveille l'ecclésiastique et le dévot, pour le meilleur bien de sa candidature politique! Et comme en môme temps s'applique aux parties variées de l'administration diocésaine son zèle, sa ferveur ! Chaque jour, il trouve des instants pour prier dans les églises, et qu'on en ait, le sachant, l'impression salutaire. Il assiste aux otiices ou préside aux cérémonies avec une assiduité exemplaire. Rien n'est plus édifiant que de le voir, aux heures matinales, dans les jardins de l'arche-

vèché, le bréviaire en main, lisant et méditant. Univeiselle est la sympathie, qui Tentoure et le prône; et la reconnaissance est particulièrement vive de ses prêtres auxquels il ollre quotidiennement des dîners dont on se souvient. Enfin, à tous égards et partout, il a fait œuvre de bon évêque et de bon candidat. L'économie de son programme politique, sur lequel nous aurons lieu de revenir, a satisfait pleinement les vœux de ses électeurs ecclésiastiques. Le 2 avril, il a été choisi, à une très forte majorité, comme député du clergé de la province d'Autun. Le résultat qu'il désirait étant obtenu, que tarder davantage en ces lieux? Il se sentit tout aussitôt rappelé par une force impérieuse, à Paris. Le 12 avril, le jour même de Pâques, sans avoir présidé aux offices de la fête, et à la veille d'une retraite ecclésiastique, dont il n'avait cure, il monta dans sa voiture, quitta la ville, et plus ne le revit-on à l'évêché d'Autun (1).

il; Jl a été raconté, sans garantie d'exactitude, qu'il y réapparu! dans les premiers jours d'août 1790, en des circonstances singulières, et que nous relaterons sous toutes réserves d'aulhonlicité iiistorique. Les détails^ de l'anecdote sont plaisants; pour cela nous leur accorderons riiospitalité d'une longue note en bas d page.

Un matin, l'évèque laissait errer ses pensées sur l'avenir incertain de la religion et de la monarchie. ïoutàcoup vint à frapper ses oreilles le bruit d'une rumeur énorme. Les cris discordants d'une foule en délire retentissaient sur la place, montaient jusqu'à ses fenêtres. Que se passait-il? Il chargea son secrétaire, l'abbé Gouttes, — le même qu'il sacrera évèque de Saone-et-Loire, le 3 avril 1791, afin de le remplacer sur le siège d'Autun, — d'aller prendre connaissance des causes du vacarme. L'abbé Gouttes n'avait pas l'âme héroïque; il craignait à l'extrême les éclats d'une émeute, rejaillissant sur sa sainte et digne personne; il redoutait de s'exposer aux sévices populaires. Enfin il lui fallut se décider, carie tumulte grossissait d'une manière effrayante. Des mains frénétiques secouaient les grilles à les briser. Toutefois, ce peuple tapageant, vociférant, n'avait pas un si mauvais dessein que de renverser les murailles ou de mettre au pillage les appartements de l'évêché. Ce qu'il réclamait à force, c'était l'évèque lui-même, parce que des paysans d'alentour avaient traîné là, au milieu d'eux, un prétendu nialéficler, un i meneur de loups », un pauvre éncr-

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gumèiie, qu'ils disaient possédé du démon, etqu'il était urgonl d'exorciser. Ces gens criaient assez pour être entendus, et, dans leur impatience, ils accablaient leur victime inconsciente de coups et de malédietions. M. de Talleyrand se montra et fit entendre qu'il allait procéder aux formules de l'exorcisme. 11 eût souhaité que l'opération sainte se passât loin du bruit, dans son propre oratoire, en deux ou trois paroles latines n(''f,'lif,'emment jetées. .Mais la foule, en bas, était exigeante. << Dans la chapelle 1 Dans la chapelle! » Hélas, on ne se servait plus de la chapelle, depuis le nouvel évêque; il l'avait encombrée de ses meubles et d'une multitude d'objets inutiles aux exercices de piété. 11 offrit à des délégués venus en négociation d'accomplir la cérémonie sur le perron de l'évêché, coram populo. Alors, on le vit apparaître, crosse en main, mitre en tète, solennel et inquiet. Le sorcier était maintenu devant lui, à genoux, les cheveux hérissés, la physionomie hagarde, tressuant de fièvre et d'épouvante. Au moment d'élever la main — cette main sacrilège et consacrée — l'évêque dut s'apercevoir, et son acolyte comme lui-même, que l'essentiel manquait : on n 'avait pas d'eau bénite ni de bénitier. On perdit beaucoup de temps à en aller quérir inutilement à la cathédrale, puis, à l'église Saint-Laurent, qui non plus n'en possédait, ensuite chez une comtesse d'Arlon, très dévote mais trop rigoriste, en sa dévotion, pour livrer quoi que ce fût à un prélat constitutionnel, enfin chez une simple femme, qui avait conservé de cette eau sanctifiée. Jusque-là, les cii'constances avaient pris une tournure plutôt risible. Elles eurent une conclusion tragique. Tandis que l'évêque trempait le goupillon dans le bénitier pour en asperger le malheureux et chasser de son corps le malin esprit, on vit tout à coup cet homme, qui n'avait gardé qu'un souffle de vie, à la suite de tant de violences, tomber à ses pieds raidemort. L'exorciste s'était presque évanoui de saisissement, et, de sa main gauche, avait échappé le bâton pastoral, qui roula de marche en marche! On put en garder bonne mémoire dans Vanikiae cité cVAugnstodunum;Tiû\eyvan<i ne se vanta jamais de cette aventure.

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