ACTE PREMIER
des grandes charges de la cour. Ce n'était point une de ces alliances que noue le hasard ou les convenances de fortune, ils avaient presque été élevés ensemble. Elle Taimait, tendre et iière, car tout en lui flattait son orgueil, un esprit rare, une élégance chevaleresque qui le distinguaient entre tous. . . Elle Taimait de tout l'abandon de sa jeunesse, de son âme. . . Elle se croyait aimée! . . . Déjà, le jour de leur mariage était résolu... quand, il y a un mois, au dernier séjour de la cour à Gatchina, un soir, elle traversait le parc ; lorsque plusieurs hommes rassemblés attirèrent son attention, ilssemblaient porter un blessé . . . Elle s'approche... Elle reconnaît Michel, les habits en lambeaux... (Se ie?aDt.) Elle se précipite pour le secourir. . . Il était...
GUILLAUME
■ Achevez.
TAMARA, avec hésitation.
11 était ivre.
GUILLAUME
Ivre!
, TAMARA, détouTDont la tâte.
Grossièrement ivre!.. Ivre de vin!., souillé !.. hideux!..
GUILLAUME
Mon Dieu I
TAMARA, s'oubliant.
Dire ce qui se passa dans mon âme, je ne le saurais jamais. . . Je m'enfuis épouvantée, éperdue, honteuse ! «. Honteuse de lui, de moi, de mon amour.
GUILLAUME
C'était vous ?
TAMARA, attérée.
L'ai-je dit? (Après un moment de silence.) Eh bien! Oui, c'était
moi!
GUILLAUME*
Pauvre enfant 1
C'est horrible, n'est-ce pas?. . . Pendant toute une nuit, je crus que j'allais devenir folle. . . qu'une effrayante illusion de mes sens m'avait abusée . . . qu'il était blessé . . .
* Tamara, Guillaume.
mort petit- ôtre ... et que je ne le reverrais plus !.. Le lendemain, il arriva à l'heure accoutumée, souriant, paré de toute son élégance... Toute mon âme vola vers lui. ..Le souvenir de la veille traversa mon esprit ... Je le repoussai remplie d'horreur... et je m'enfuis. — J Interrogeai les gens... et j'appris qu'il était accoutumé à ces débauches... J'appris, enfin , qu'il était à cette heure le héros de je ne sais quel scandale. .. Il me trahissait pour je ne sais quelle créature. . . Et il me disait ip'aimer ! . . Et mon souvenir ne le défendait pas contre de telles chutes!.. Lui!., lui ! . . dont j'étais si ûère !
Elle tombe accablée sar la diran.
Ah! je VOUS plains!
Enfin, que vous dirais-je?... Après des jours de déchirements et de luttes, que sa présence calmait et irritait tour à tour, je résolus de le fuir, pour chercher loin de lui l'apaisement de mes révoltes, ou de mon amour... Et je suis venue dans cette solitude... où ma douleur m'a suivie...
GUILLAUME
Et vous l'aimez encore?. .
TAMARA, détoarnant la tête.
Non.
GUILLAUME
Alors... pourquoi cette larme qui coule sur votre joue ?
Cette larme c'est...
GUILLAUME
Oh ! ne me dites rien de votre secret ! Cette bienheureuse larme, je la connais... Je l'ai pleurée à ma première douleur... et aujourd'hui, je donnerais ce qu'il me reste de jours pour en rouvrir la source et qu'elle voilât mes yeux.
TAMARA, se levant.
Ah ! ne me dites pas que je l'aime encore, car je rougirais alors de ma lâcheté.