CHAPITRE Xlll
Ce fui une crise. VÀ\o oui (\c< jôiirs de paresse ; elle ne pouvait se rcmeltre au travail, lîien ne l'inléressa plus qu'eilo-nir'me. Klie se «Tuf rovonue à son Age île jeune lille ; son àmc lui pesait mollement ; ses sensations étaient fraîches, nouvelles, abondantes. Klle (luvril ses armoires ; elle y rlinciia ses robes les jihis claires ; elle cùl Ndiiiii h (uiver des couleurs en correspondance avec l;i nuance de ses sentiments. EWe |)assa des heures à lesessayerdevant la glace, se regardant de fiicp, d«' trois quiirls et <le profil,
tournant sur elle-même, dans le cambroment de SOS hanches. Mais la plupart étaient démodées ; quelques-unes au lavage avaient passé de ton. Sa taille aussi s'était épaissie et faisait craquer l'étofïe. Et puis il y en avait qui lui rappelaient des souvenirs délestés. Non, non, pas celles-là ! et de les avoir seulement remuées, il lui restait au\ doigts un frémissement comme pour avoir louché à une chose funeste.
lUIe finit'par réserver une robe de crêpe de chine gris-perle qu'elle avait porlée deux fois au temps où elle voyait le monde : ^en motlanl une guimpe au décollelage, peutêtre en pourrait-on faire une robe de maison.
Elle eut soif de fraîcheur et de pureté autour d'elle. Ce fut comme un tournant de lame, avec un mensonge puéril de can- <leur : elle se voulut lavée de toute l'existeuce mauvaise au flot du nouvel amour. « .\h ! mon amant, mon cher petit amant, je veux mériter pour toi toute la beauté de la première femme! »> pensait-elle en se mi-
rant an recul limpide de la psyché et croyant mirer son âme au travers.
Elle s'inquiéta de son visage, so surprit s'éludianl à des expressions lendros, innocenles et mélancoliques. Klle portait devant la fenêtre son petit miroir à main; du doigt elle planissait les craquelures de ses joues, pressait sur les fines rides des tempes, faisait rentrer un ourlet gras qui doublait son menton. Elle lâclia de se composer le visage qu'elle eût désiré avoir devaiil lui.
Elle lut les annonces des journaux et dérida de faire venir de Paris des spécifiques vantés. Celle Amy Uose, jusque-là si Iran- (juille eut là sa fêlure : elU^ (jui avail la heautt' des muses, à un àgo où les muses elles-nièines commencent à resscnililer à loiilt's les femmes, ne se jugea pas suffisamment belle aux yeux d'un jeune héros secrèlemenl élu. Elb; s'admira de se sentir si jeune à Iravers ces folies qui plutol la vieillissaient. Elle crut avoir ajouté à sa sensibililé et ne s'a])erçul pas (pTclle
devenait senlimentaie. Comme les femmes qui ont goûté à la passion et en sont sorties meurtries, elle aspira aux émotions pures d'un exclusif attachement des âmes. Elle se grisa de chasteté dans une soif do varier l'ivresse ancienne et de connaître l'unique aspect de l'amour qui lui restait encore ignoré.
Manette s'étonna de l'entendre chanter au matin en s'éveillant. Elle fut triste ou gaie avec une mobilité qu'elle n'avait pas eue auparavant. Jamais elle n'avait fumé autant de cigarettes. Le soir elle se mettait au piano et jouait du Chopin. Elle voulut chanter avec Léandre un duo d'auiour oia elle ne cessa de détoner. Elle ne savait pas ce qu'elle attendait ni si elle attendait quelque chose. Elle se disait qu'elle aurait pu très bien vivre comme cela longtemps. Ce fut un état délicieux où elle eut la sensation de se laisser aller à une chose très douce et qu'elle ignorait, les yeux fermés, comme on se laisse glisser sur de la glace. Quand elle les rouvrit, ce fut pour s'élonner qu'il ne s'y risquât
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pas avec elle. Mais Léandre semblail avoir gardé de l'inutilité de son ardeur une pelile honle. iJans son amour-propre, il lui ou vouhil de l'avoir Iraité eu enraul; il se jura de ne plus l'aimer. Ainsi, dans le \ moment même où elle se laissail entraîner, il airiva (jiie I^éandre se roj)ri[: elle cpii l'avait trouvé trop entreprenant Unit par regretter qu'il devînt maintenani trop eirconspect. « Je me suis comportée comme une vieille coque! te qui résiste pour mieux se faire désirer >>, songeail-elle.
Kllf pént'tra un matin dans sa chambre; il y a\ail un inslanl qu'elle l'en avait enlmdu sortir. Les draps étaient tièdes encore de son sommeil; elle vil se dessiner la forme (le sa Iric an cihmix de l'on-illcr. l'Ile ciil l'émoi dune jeune lille devant l'inconnu du désir; le miroir qui |»end;iit à la cheminée lui lenvoyail le relie! de la rougeur ilc ses jonc-. Très vite, elle alla regarder si personne ne venait; ])uis elle revint au lil, se baissa, mit un long baix-r sur r(>m|)reinle de l'oreiller.
Elle aperçul en ce moment, sur la table de nuil, la tache brune d'une photographie égarée parmi des livies et des cahiers. Un portrait! Le sien! Peut-être il le baisait avant de s'endormir; peut-être il l'avait baisé le matin même au réveil. « 0 mon cher Léandre! Je ne cessais pas ainsi d'êlre avec loi pendant les heures qui uoiis séparaient ! »
Comme il l'aimait! Comme elle se sentait aimée! Elle chercha la place où sa bouche avait pu se poser, et d'un enfantillage candide y appuya les lèvres à son tour. Encore une fois la glace lui renvoyait son image. Non, ce qu'elle était ridicule !
L'escalier craqua; elle crut qu'il remonlait; elle se jeta étourdiment dans le couloir et tomba sur Manette qui apportait le courrier. Des lettres, des journaux, des revues.
« Bon! Sommereuil qui fonde un journal et qui me demande s'il peut compter sur ma participation... pécuniaire. Tu peux te fouiller, mon petit... Ah! Champeau qui m'envoie ses souhaits... Tiens, c'est vrai, le 12, c'est ma fête... Il se souvient, au
moins, crkii-là... Le seul qui ne m'ait pas demandé de Targenl... Dufour... Qu'est-Cf qu'il me veut, mon cher Dufour? »
Elle ouvrit la lellre.
(( il nramiuiice sa visite pour aujourd'hui.. Vrai, il choisit bien son moment. »
Elle se pencha par-dessus la rampe.
— Manetle... tout de suite... Avertis Landrv... un lélégramme à porler.
Elle passa dans son cabinet, r('MJigea le télégramme; el (oui à coup elle enlendait Eéandre chauler sa lyroliennc sur la pelouse. Elle se souviul du malin où, à son réveil, elle l'aNail cnlendue pour la première fois. Elle n'aviiil rien deviné en ("e temps; lui-même peut-ôlre ne se doutait point encore qu'il l'aimail. l^lle ouvril la fenêtre et se penchanl :
— Bonjour, Léandre... l'^st-ce pour moi que tu chantes celte sérénade?
— Bonjour, lante Amy... Uh 1 c'esl pour tous ceux qui veulent l'entendre, lit-il d'un air fanfaron.
Elle riail.
— Le venl a donc chano;é que tu ne m'appelles plus ta marraine?
il se mit à chanter plus fort sans répondre; et elle s'amusait de le savoir dépité. Elle ne savait pourquoi.
Ce jour-là, il dut aller au village pour l'arriéré d'une vente de foin qu'elle l'avait prié de toucher. L'acheteur, un paysan madré, s'était blessé au pied d'un coup de faux; il mettait à profit l'accident pour se prétendre incapable de tout travail et réclamer des délais toujours plus reculés. M""' de Miandre, qui n'eût pas fait crédit de cent francs h un directeur de revue, était toujours prêle à se laisser duper par les êtres rusés et rapaces auxquels elle avait affaire à la campagne. Peut-être elle eut finalement passé ce marché à profits et pertes si, pour rentrer dans les trois mille francs donnés à Gombert de Cliarmoise, elle ne s'élail décidée à exiger le paiement de toutes ses créances en retard.
Aussitôt que Léandre eut présenté la quittance, l'homme se mil à boiter effroya-
blement, jelant tout son corps du C(Mé de son pied malade et se lamenlanl, juranl que si M°" de Miandre ne lui laissait pas un an encore, il irait se pendre dans sa grange.
Léandre sentit bien qu'il n'y avait rien à en lirer. Le vieux avait appelé sa femme, ses enfants et ses petits-enfants; et lous ensemble se tenaient aulour de lui avec des yeux de ruse, d'iiumililr el de malice, il n'était pas pollron. Mais la menace, le déli et la fureur que dissimulait mal la sournoiserie de tous ces visages lui tirent gagner la rue avec un certain soulagement.
Amy Rose l'avait aussi chargé d'une commission pour sa tailleuse; c'était une petite commère avcnanlc el avisée ipii liahilail au bout du sillage. I^lle no fut fias fâchée du pliiisirque ce joli garçon semblail prendre à causer avec elle et promit à M"" de Miandre les jours de la semaine prodiaiue qu'elle n'avait point encore engag(!s.
Tante Arny, quand il lui eut dit le résullat de sa visite, s'abandonna à des imprécations contre toute cette engeance qui nt^ son-
geait qu'à la dépoiiiller; elle élait résolue à envoyer l'huissier; mais comme, ensuite, il lui faisait la peinture de la famille rangée aulour de lui avec des regards en lame de couteau, elle sourit, l'admira et se sentit désarmée.
Dès ce jour, toutefois, elle se prit d'un tel besoin de réaliser des économies qu'elle en devint avare. Elle supprima l'aide que Landry s'adjoignait pour les travaux de jardinage pressés; elle lui refusa le prix d'un renouvellement de ses outils; elle rationna l'avoine de ses poneys. Enfin elle songea à metlre de l'argent dans une fabrique de bretelles, dont le gérant lui avait été recommandé. Elle découpait les annonces des journaux oii des inventeurs, des commerçants, des industriels proposaient de gros intérêts pour des prêts modiques.
— Et puis, quand j'aurai gagné beaucoup d'argent, je t'emmènerai faire un grand voyage! Que dirais-tu, par exemple, de l'Amérique?
— Avec toi 1
Amy détestait se déplacer el n'avait jamais voyagé qu'à travers ifts aventures romanesques qu'elle prétait à ses personnages, l'allé aima le cri de Léandre. « Qu'il m'aime! Qu'il mérite d'être aimél » se dit-elle. A la réflexion, sans lui en rien dire, l'Amérique lui parut un pou loin. Mieux valait les silences d'une retraite mystérieuse el fleurie au bord des flots bleus. Léandre ne pensa plus qu'à partir; il lui était venu pour les voyages une passion qui rendait iièdes ses autres sentiments. 11 se mil à lire les rares relations que renfermait la bibliothèque. Il confessa qu'ils avaicnl été trois, au collège, à vouloir émigrer pour faire fortune el conquérir le monde.
— C'est que, vois-tu, tout e^^l bien changé ! Les jeunes autrefois méj)risaient l'argent. A présent, ils sentent bien (|iie lui seul peut procurer les jouissances, le bonlieur, la vie...
Le tendre orient de ses yeux s'était durci : elle y vil la fièvre, la décision, la liAle de >ivre. Klle s'élonna qu'il n'oilt pas fait allusion à l'amour. II n'en était pas ainsi chez
les jeunes gens du temps où elle-même était jeune fille.
11 s'offrit à lui lire sous la lampe des pages de voyageurs célèbres; mais chaque fois elle s'endormail. Il craignit d'avoir mal lu et se vexa. 11 éprouvait aussi déjà un peu du dédain des hommes sérieux pour l'espèce de cerveaux légers que sont les romanciers. Il le laissa voir et elle se piqua. Un matin, elle fit atteler les poneys. Au bout de deux heures, ils atteignirent les restes d'une abbaye illustre dans les débris de laquelle le paysan, l'ancien vassal, avait fini par se ménager des demeures, utilisant les salles capitulaires, le cloître, la chapelle, les celliers, les préaux, pour s'y loger et y loger ses porcs. Elle parla avec érudition : elle avait pris soin de relire la nuit une monographie. Ses souvenirs apparurent nets, abondants et précis : elle déroula les âges théologiques; elle fil lever les grands moines mystiques et dominateurs parallèlement à la féodalité guerrière.
Elle le vit sourire : il ne lui eût pas fait
sentir (Jifft^remmonl qu'il ^^avail ces choses aussi bien qu'elle, l^^lle cul lnjult^ de son pédanlisme; elle préféra s'abandonner à ses rêveries. Elle s'assit sur un tronçon de cliapileau parmi la ruine de ce (jui avait été autrefois la salle où les religieux, après les offices nocturnes, arrivaient réchaulTer leurs membres, glacés par des agenouillenienls prolongés sur les dalles nues. L'ivraie, l'ortie, la ronce et des arbustes sauvages y avaient germé dans les débris.
Léandre, plus loin, rôdait à travers tous ces décombres qui étaient les restes d'un monde. Klle l'eiitt'ndit soudain pousser un cri. Il avait pénétré dans un vaste enclos, délimité par des spectres de murs. Des excavations s'y ouvraient parmi des carrés de légumes, demi-masquées par l'encbevélrement des arbousiers. Distrait, il était tombé dans un de ces trous, peu profonds d'ailleurs, et qui avaient la foiine allongée d'un sar'-opbago.
Iiie femme qui cueillait de la salade ouit son cri et accourut le délivrer au moment où
Amy Rose elle-même arrivait. Elle leur révi''Ia que c'élaienl là les tombes où l'on enterrait les moines : quelques-unes, remblayées, étaient recouvertes de cliAssis et servaient pour des couclies à melons. Le rire stupide de celle créature, en leur parlant ainsi, fui comme un outrage à des mémoires sacrées : M"" de Miandre désira se libérer de ses obséquiosités en lui mettant quetijucs pièces (le monnaie dans la main. Mais la femme, ne voulait point demeurer en reste, se confondit aussitôt en compliments sur ce joli jeune homme qui l'accompagnait, en l'appelant « son fils ».
— Pardi, que ça se voit bien ! C'est vot'portraiture tout crachée !
Une injure l'eût moins humiliée. KUe espéra que Léandre, penché un peu plus loin sur un éclat de pierre où pointait le dessin d'une haute milre, n'avait rien entendu. Elle le rejoignit, l'entraîna vers i\n terlr(^ ombragé où, disait-on, avait régné la léproserie. De là on apercevait se déroulei', dans un mélange de ruines et de
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logis hasardeux, ce qui siibsislait de la glorieuse abbaye des siècles. Des âmes orgueilleuses et humbles avaient palpité là, de grands abbés brandissant des chrisis de fer par -dessus leurs ouailles asservies à de striclcs disciplines, de pauvres moines dévorés de sombres ardeurs et qui, en rampant sur les genoux, escaladaient les calvaires au bout desquels s'enlrevoyail la lumière des élernilés bienheureuses. Tous deux se taisaient.
Un vent d'est roulait, par bouffées, en tourbillons légers, la poussière de cette bumanité à jamais effacée, avec les siècles qui l'avaient vu naître. Une mélancolie singulière sensibilisait Amy : le sf>ectacle des désolations de la mort remuait en elle des souvenirs, des regrets, les ombres de ce cimetière que chacun porte en soi et qui est fait des alVections demeurées sur le chemin. Aimer, vivre, soufirir pour en arriver tout de môme <i l'universelle décomposition dont elle avilit limage sous les yeux ! L'exclamation de la femme, on la rappelant à la
réalité de son âge el de ses apparences physiques, en lui monlrant la vanité d'un en- 1 ralliement où tout était disproporlionné, ajoutait à son état d'esprit.
Elle se sentit abandonnée de la nature, sans foi et sans force pour lutter contre ellemême. Le sortilège des ruines, redoutable aux âmes déjà avancées dans leur destinée, l'avait ainsi blessée aux sources vives du rêve où elle avait cru puiser le rajeunissement de son être. 11 agit différemment sur Léandre : sa sensibilité s'éveilla en jeunes élans : elle échappa à la mort, aux ombres, tendit les bras à la vie illimitée qui s'ouvrait devant elle.
Les hommes étant partis travailler aux champs, il ne restait dans les ménages que la femme et les enfants : leur rumeur à peine troublait le grand silence des lieux où les tombes voisinent avec l'âlre des vivants. A la longue, Léandre n'éprouva plus qu'une mollesse presque heureuse : les haleines brusques et chaudes de l'est lui versaient un engourdissement léger. Il s'était étendu sur
lo dos, les yeux demi-clos, les paumes de la main larges ouvertes pour sentir la fraîcheur de riierbe h sa peau. Comme c'ertl été bon d'aimer là du grand amour d'un Marscuil et d'une Emilie, dans le frémi'^sement des feuillages, au cœur des ruines et de la solitude! Son cœur ballait à petits coups plus pressés; il finit par se relever sur le coude, énervé par les senteurs Acres que le vent apportait de la campagne. En même temps, regardant M"' de Miandre, il lui vil les yeux mouillés ; il s'élonna, ne compril [)as la cause de sa mélancolie; il eût voulu IrouverquoI- : que chose à lui dire. Mais soudain elle se mellail à pleurer pour de bon ; des sanglots la secouaient avec violence.
— Oh ! Oh î nt-elle, pourquoi sommesnous venus dans ces lieux où tout nous parle
de la nioil? i
Il eut alors un mouvement charmant, hes cam|)anules ol des séneçons llenrissaieiit sur la pente : il les gerba et les lui offrant : •
— .Mais non, dit-il, puisque ceci est de la vie! }
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Il sembla lui avoir apporté le symbole des renaissances, cueilli sur les marges même du sépulcre. Elle regarda les fleurs un peu de temps sans rien dire et puis un émoi naissait : l'ombre, le veni, la ruine prirent un sens nouveau. Elle rapporta au même miracle qui les avait fait sortir des débris du sol le phénomène de cette mort d'un vaste organisme d'où la patience tenace du paysan avait tiré les énergies de la vie recommencées.
— Tu as raison, enfant, dit-elle en lui sourianl; c'est moi qui avais tort, puisque rien ne meurt.
L'n rafraîchissement délicieux lui vinl de cet avertissement secret monté de la nature et du cours des choses humaines. Est-ce que son cœur jamais mourrait? Et n'élait-ce pas à des sources inépuisables que s'était alimenté l'amour de ses héroïnes? Elle aspira à la vie, elle voulut vivre l'entraînement de celte seconde jeunesse qui sortait des ruines de la première.
— J'étais là-bas avec les morts : tu mas
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fciil leveiîir ;i moi, dit-elle un peu tragiquement, d'une voix qui manqua de naturel.
Elle lui tendit la main : il la prit entre les siennes, et elle ne la relirait pas, bien qu'il la baisilt dans un transport muet, en pleurant à son tour. « Que va-l-il faire? » pensait-elle. Ses baisers remontèrent, humides, mouillés par les larmes; elle les eut aux poignets, les sentit mouiller ses bras sous l'c^tolle mince.
D'une opiniîltret6cî\line, les yeux lirvreux, il se mettait alors à répéter un mot languissant comme une plainte.
— Tu sais bien...
Le savait-il seulement lui-même?
La rafale secouai! sur <mix du soleil : ils l'entendaient mourir au loin en grondant dans les bois. \ la longue la lumeur continue des feuillages la jt-la dans une torpeur molle comme un évanouissement et où elle ne pensait plus à rien.