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K;i lampe si» ralluma dans le >oir dos vitros : Amy Hose s'était remise au travail. Il sembla qut* rien n'eût agile le fond de son cxistenre. Klle versa de rcncrc fruiche dans l'encrier, endossa sa gandoura lâchée et se reirouva devant ses feuillets de copie avec une àuic (jui ne se souvenait plus que de celle qu'elle prêtait à son li«''roine nouvelle. Klle relomita ainsi à sa fonction nonnalr (|ui élail d'imaginer dts histoires seutimentah's qui. à peu près toules, avaient le mèun' nombre <lo pa i;<vs d'impression. (îénérale-
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ment, elle ne s'arrêtail qu'à la trois cent cinquantième : elleeùl cru manquera la probilé liiléraire si elle n'avait alleint ce chilïre ; celui-ci corresponciail à la lerlilité de son espril et aux exigences de sa clientèle.
A peu près tout l'été elle avait travaillé jusqu'aux naissantes clartés de l'aube, mais avec le déclin de la saison, le jour tardait à venir; elle éteignait sa lampe avant que les pâleurs vertes du malin eussent (illré jusqu'à la llamme rose brûlant sous l'abal-jour. Elle avait ensuite, en se coulant dans la Iraîcheur des draps, la sensation de prendre un grand bain d'oubli cl de repos. La vie, comme par le passé, ne se refaisait dans la maison qu'aux approcbes du midi.
Léandre, maintenant, anivait cogner à sa porte sitôt que, dans l'épaisseur de l'encadrement du lierre, il la voyait ouvrir ses fenêtres. Elle passait un peignoir et lui disait d'entrer. 11 goûtait, à la surprendre au siiul (in lit, une joie de grand garçon (jui a gardé l'iiabitude d'aller embrasser sa mère à son réveil.
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C'était là, (lu reste, à son insu, une des nuances de son singulier amour pour la belle M""" de Miandre. Il croyait Taimer d'une de ces passions terribles que connaissent seuls les héros de romans et il n'avait rien perdu de l'ingénuité de l'innocence.
Dans l'aprt's-midi, ils descendaient à la rivière : Léandre plongeait le ferret ou naviguait à la godille. Les hauts feuillages, rouis par l'approche de l'aulomne, pesaient d'un poids immobile; Tair avait perdu sa lransj)arence; l'éniail durci des ciels cloisonnai! sèchement les lignes des paysages. Tous les oiseaux •'•lainit partis : des choucas, sortis des fissures de la roche, seuls d'une clameur aigre déchiraient les silences de la rivière.
L'heure avec la nu il se faisait grave. Lno mélancolie légère parfois rendait .\my silencieuse à la pensée que les Ix-aux jours allaient jucndre lîu <■! (pic d uur Iciiétre à l'autre les fines arachnides des brouccsoclobrales tendraient bii-utôt u?i monotone ri'seau. Llle pensait aussi à ses éché'ances
d'iiiver : il y avait six jours qu'elle avait fait renlrer le charbon et le bois.
M"" Desprès, heureusement, retenue au chevet de son parent par les accès d'un mal qui chaque jour s'aggravait, décida de dilTérer son retour à la ville. Amy songea que ce n'était tout de même qu'un répit, mais Léandre, avec l'illusion de la jeunesse qui voit infiniment s'illimiter le temps, s'insouciait du cours rapide des heures. Celles-ci se passaient pour lui en lectures, en rêveries, en galopées à fond de train sur les poneys, en courses aux villages prochains pour sa chère maîtresse. Il lut l'un après l'autre les principaux livres de la bibliothèque : il relut les livres d'Amy Rose. Il fut Marseuil avec V Amante^ Hastignac avec Bal/ac, Bonaparte avec le Napoléon de Waller Scott. 11 se composa ainsi une âme déjeune homme, exallée, vague et contradictoire. Il aspira ;i l'action, à l'héroïsme et retouilia à un idéalisme stérile. Un besoin d'activité physique le relançait par la campagne, luttant avec les garçons de ferme; et ensuite il se
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perdait dans le songe. Il peupla l'inconnu de rhimères, d'images et d'espoiis. il voulut êlre soldat, voyageur, missionnaire. Sa sensibilité surloul le tourmentai! : il drclamail dans la solilude des bois ou liii-n versait des jilt'urs sans cause. .Vinsi il se chercliail sans se découviir <t il «Hail malheureux, il conlia sa mélancolie à .*\my Hose : elle en fui émue; elle le fui bien jtlus de Idul lavctiir qu'elle lui su^'gérait.
— Vois-lu, pelil, c'est à la femme, à sa condition sociale, i\ sa rédemption qu'il taudrail penser... Happelle-loi Persce délivrant Andromède... Kli bien! il faut faire l((nd)er les chaînes de l'élernelle opprimée... Sois-en certain, c'est sur la victoire de la femme que ce siècle se refermera... Kcris, pai le, agis, il v a pour loi, à avancer ce i,'raiid jour, un rôle ligne de la valeur...
— Ohl m;i <hère marraine! s'éeriail-il, je le jure d'être à jamais ton disci[)le iidèle!
Des heun's se passèrent à discourir en cueillant les dernières fleurs de la saison et en faisant de lentes promenades quand ils
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ne prenaient pas la barque. « Ksl-il an monde un être plus délicieux? songeait-elle. Ses yeux sont frais comme les malins du monde, il a l'innocence et la grâce des héros. Ah! cher et charmant Léandre, ton amour est un joyau : lequel pourrais-je te donner en échange?... » S'il l'avait quittée un instant et qu'elle le vîl revenir, les versets du Cantique des Cantiques parfumaient sa mémoire : « Mon bien-aimé est semblable au chevreuil ou au faon des biches... Le voici qui vient, bondissant par les coteaux. » Elle s'inquiétait parfois de ne point l'aimer simplement selon la nature. « Tout cela n'est peut-être encore que de la littérature », s'atlristait-elle alors avec bonne foi.
Il se retrouvaient ensemble sous la lampe à l'heure du dîner. Klle se laissait tomber avec lassilude dans son fauteuil, puis se tamponnait le nez et les joues avec sa houp-, pelte à poudre de ri/, l^n |)elit feu brûlait dans l'àlrc.
— Mon pelil, passe-niui donc mes [)ilules... Bon! Jette aussi un coup d'œil à la
bùrhe... liUiidiy ne nous donne jamais (|ii(' du bois vcrl... Tu iras voir demain au cellier s'il n'esl poinl de fruils plus mûrs que eenx que nous a servis Manelte... Pense aussi ;i VL'rilier le compte du menuisier... Il me paraît que lu somme que réclame cet homme csl un peu forte pour les quelques meubles qu'il a réparés... Mets-loi là bien en lace de moi mainlenant, mon chéri.
Landry desservait ensuite. Klle avait sous la lampe ses yeux d'or sensibles et voilés; à eux seuls, dans le charme un peu fané de son visage, ils auraient suffi à lui gardti- un air de beaulé si, à travers labandon de la toilette et du geste, elle navait laissé 1 impression d'une femme qui n'a pas fini d'être belle.
Léandre résumait ses lectures du jour; elle mêlait, en causant, la philosophie, les alVaires, l'idéal et la cuisine. Il lui venait avec la saison qui, doucement, s'avançait, une âme quiète, frileuse, rassise. La sentimenlalité que chaque jour elle mettait dans ses écritures la lourmmtait uioins dans la
vie. Elle cessa de se composer un visage pour mieux lui plaire et fut ainsi plus près de sa vérité intime. Elle s'étonna bientôt d'éprouver à son égard un sentiment tendre, calme, égal, et qui ne la distrayait plus d'elle-même. Elle ne songeait pas à se demander si elle aurait pu être plus heureuse en le ressenlani différemment. Elle savait seulement qu'elle ne l'avait point encore éprouvé et elle se disait que personne jamais ne l'avait aimée d'une âme aussi juvénile et aussi émerveillée que ce joli Léandre. Elle eût j)U vivre ainsi longtemps siins rien souhailor de mieux, partagée enire ses livres et lui, si, à mesure que s'écoulaient les jours, elle n'eût été prise du regret de le perdre bientôt.
Un jour, il découvrit dans la petite armoire du salon, derrière ses livres, un exemplaire du Rouge et Noir qu'elle y avait caché. Ce fut une délectation farouche : il eut à la gorgé une soif acre où remonta l'inconnu de soi-même; son âme en tut bouleversée. « Voilà bien le héros moderne, se répétait -il
conslammenl. Hastignac et Marsoiiil ne sont rion à cùlé de ce Sorel, si maîlre de >ja volonté et de sa vie. » Il déplorait qu'une détestable erreur l'eût perdu à la lin et néanmoins il eut voulu périr comme lui. II pleura d'abondantes larmes au passage oii Mathilde ensevelit de ses propres mains la tète coupée de son amant.