‹ Tante Aurélie (volume 2)Chapitre 5 sur 9 · IS · texte numérisé non relu

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tonie des heures toutes pareilles. Au dehors, les brumes d'octobre se trahiaient, avec une lenteur de limaçon, sur la terre rouge des vignes à demi dépouillées. Une bruine persistante détrempait les pavés, sur lesquels de temps à autre retentissaient les roues d'un èélon, chargé de raisins à moitié verts. « C'était un temps de vendange, » comme on dit à Villotte, et l'ordinaire tranquillité des rues avoisinantes était troublée par des appels de vendangeurs et des bruissements de chaînes nettoyant l'intérieur des tonneaux. — Assise près de la fenêtre, avec un livre ou un ouvrage de broderie, Camille regardait mélancoliquement les façades grises où suintait l'humidité, et les croisées aux persiennes presque toutes fermées. Parfois le vent d'ouest détachait les feuilles jaunies d'un platane du voisinage ; elles s'envolaient par-dessus un mur de jardin et venaient s'éparpiller piteusement sur les pavés mouillés de la cour. Camille suivait d'un œil attendri cette chute tournoyante des dernières verdures de la saison. Elle songeait que cette année au déclin avait vu verdoyer son amour pour Marcel ; elle se demandait si cet amour était condamné à avoir le sort de ces feuilles tombantes ^t s'il ne reverdirait jamais plus...

Depuis la péniWe explication qui avait amené la scène de la place de la Mairie et déterminé la maladie de Desrônis, celui-ci n'avait jamais fait la moindre illusion aux relations qui avaient existe entre sa fille €t Mareel Boisselier. On eût dit qu'il craignait de rêvemv sur ce chapitre désagréable ; néanmoins, à certains ,

indices obscurs, Camille devinait qu'il n'avait pas con- i

fiance dans le repentir qu'elle manifestait. Elle surpre-

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e lemps à autre certains regards soupçonneux, >isenient jetés sur elle par Amabic, lorsqu'il la attristée ou distraite. — Il suivait avec une Inde oerveuse les moiodres mouvements de Cacomme s'il eût voulu chercher dans chacun de sles la réponse à une question qui lui brûlait les , mais qu'il n'osait Formuler. Il ne pouvait supqu'elle le quittât ; dès qu'elle sortait de sa chamétait pris d'impaliencs et finissait par sonner a rappeler en toute hâte.

wmme, ainsi que le déclarait Sostbène, « la maiétait pas gaie ; » le jeune homme s'y trouvait mal e entre la taciturnité maladive de son père, qui ait la bouche que pour se plaindre des gens et loses, et les rancunes de sa sœur qui lui battait lepuis l'aventure de la grange; aussi il ne moi- . pas au logis; il n'y apparaissait que pour les î de repas, el aussitôt la dernière bouchée avalée, :]uivait en prétextant d'un rendez-vous d'affaires ne besogne pressée qui l'obligeait à retournera } de M° Boblique, Il allait se distraire de la aderie de sa famille, en courant lesvendangeoirs ivirons avoc quelques camarades et en prenant ux danses des vendangeuses dans lesfouleries. 4 le commencement de novembre, le temps se au beau, l'élé de la Saint-Martin répandit un oleil sur les collines dépouillées, et grâce à l'ine de cette embellie, Amable Desrdnis entra pleiit en convalescence : son cerveau se dégagea, ses es retrouvèrent leur élasticité, ses jambes re- •eht plus solides et le médecin lui conseilla de

prendre l'air. Camille raccompagna dans sespremiùres promenades le long des rues ensoleillées. D'abord le convalescent ne se hasarda guère plus loin que la rivière, puis peu à peu, il poussa plus avant à travers les faubourgs, jusqu'aux sentiers qui serpentent au bas des coteaux.

Un après-midi où le soleil luisait «clair et beau », Amable se sentant plus gaillard, dit à sa fille : — Aujourd'hui j'ai mes jambes de vingt ans, allons jusqu'à Popey.

Popey est une grosse ferme, bâtie à mi-cùte entre \es vignes et l'Ornain, dans un site peu pittoresque ; elle ne se recommande à la curiosité des promeneurs que parée qu'elle a été une léproserie au moyen âge.

Camille et Desrônis gagnèrent lentement les bords du canaî, puis le remontèrent dans la direction de la ferme. Il avait gelé légèrement pendant là nuit précédente ; les herbes couvertes de givre craquaient sous les pieds, les ormes, dégarnis de feuilles et poudrés de frimas, s'emperlaient de gouttes d'eau à mesure que le soleil les atteignait ; l'air sec et vif était très sonore, plein de bruits gais et réveillants : — roulemenls de voitures sur les routes durcies, claquements de fouet le long du chemin de halage, bouillonnements d'écluse... l^a haute cheminée d'une scierie lançait d'intermittents filets de vapeur blanche, tandis que retentissait par intervalles le grincement bref de la scie débilant les planches. — Ce bruit qui rappelait à Camille l'après- ,

naidi passée avec Marcel sur la galerie de la maison, à

lui causait des distractions mélancoliques. Son inattention n'échappa point à l'examen inquiet de Desrônis et

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ses airs atlristôs réveillèreal les soupi,'ons de renoemi (les Koisselier. Peu de lemps après, sur la route qui coupe le canal à la hauteur du pont tournaol, une voilure vinl à passer. Desrônis s'arrèla, mit la main sur ses yeux en hianière d'abat-jour, et regarda attenlivement la caisse peinte en vert du cabriolet traîné par une jument grise.

— Ab 1 ah 1 dit-il eu ricanant, voici le démocrate Boisselier dans son équipage... Il est trop grand seigneur maiDlenant pour visiter à pied ses malades... Cela fait | , ma parole ! |

imille n'avait pas bougé ; elle restait silencieuse. | ble ajouta méchamment : j

Puisqu'il opère des cures si merveilleuses, il de- 1 . bien s'occuper un peu plus de la santé de son 1 . Quelqu'un qui a rencontré ce jeune merle a Pa- 1 le disait hier qu'il lui avait trouvé fort mauvaise 1 t... Il s'amuse trop probablement !

indis qu'il parlait, il sentait sur son bras trembler i de sa iille, et en même temps il s'apercevait < Ile était devenue très pâle.

se tut et tous deux se remirent à suivre la levée DUteuse du canal. Au bout de quelques minutes Us ouvèrent en face du cimetière. Le grand eoclos, murs de pierre de taille, étageail en amphithéâtre «mbes blanches et ses massils d'arbres verts, dont leil illuminait les branches mouillées. — Desrônis sa un long soupir, et quittant brusquement la 1 issée du canal, entraîna sa hlle vers la grille ou-

Camille, dit-il d'une voix plaintive, il y a lon^-

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temps^que je n'ai vu la tombe de la pauvre ^nère... Si tu veux nous lui rendrons visite en passant.

Elle inclina la tête en signe d'assentiment et ils s'engagèrent dans Tallée tournante qui montait en écharpe à (ravers le cimetière.

Camille, se félicitant intérieurement de cette diversion qui allait effacer de Tesprit de son père le souveûip de Marcel, montrait en ce moment un redoublement de tendresse et de sollicitude. La montée était rapide et le cailloutis, assez dur pour les pieds du convales-

I cent. La jeune fille insista pour qu'Amable reprît haleine et s'assit pendant quelques minutes au seuil de la

. maison du gardien. Celui-ci cumulait les fonctions de fossoyeur et de jardinier-fleuriste ; autour de sa maisonnette s'étendaient des massifs de plantes destinées

t à l'ornement des sépultures. Desrônis acheta deux pots de chrysanthème et ils reprirent le chemin de la tombe de Fanny.

Cette tombe était située dans le haut du cimetière, à l'abri des thuyas et des ifs qui bordaient l'allée. Dans la pierre surmontée d'une croix sculptée, une plaque de marbre encastrée contenait cette épitaphe :

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