‹ Tante Aurélie (volume 2)Chapitre 7 sur 9 · TA5TS ACMUE. SH · texte numérisé non relu

TA5TS ACMUE. SH

que lancent leurs coiDpag]i*>:ii^ <kr T->y*2^. Z^ ^ fe-ii>rcî immobiles, en face l'on de Ta^îre. pré? ô? Is j*:*!-^^^ dont ils ont baissé la glace, et îL> re^rfrr'.î s::^e^^r-sçment fuir derrière eux le paysaze c- j ^sÀJzir^.. Osî à peine s'fls osent lerer les yeux-laiî ;ls •:•:.: ^e-r :e se trahir ; ils se sentent tous deax en pr*>Ir à ee m^il il^ qui suit les résolutions prises à ré:-'ir:Le. q^ia^i !a réflexion vient ensuite jeter aa travers *a !;:îL:êre g:a>'-e et désillusionnante...

A mesure qu'elle recouvre s<»n sans-frc'ij, CariilUe se demande comment elle a pu céder aux exhortations de Marcel, monter dans celte voilure qui l'emmène loin des siens, et risquer ainsi daas une aventure sa réputation et la considération de sa famille... Elle songe que si, par hasard, cette tante de 31arcel était absente de chez elle à l'heure où ils arriveront aux Islettes, elle se trouverait au milieu de la nuit dans un pays inconnu, seule avec le jeune Boisselier. Assurément elle a une entière confiance dans la loyauté et l'affection de Marcel, niais elle sent qu'elle s'est mise dans une situation tout au moins équivoque. D'ailleurs il n'est nullement certain que le parti désespéré qu'ils viennent de prendre, amènera Boisselier et Desrônis à donner leur consentelûent au mariage. Au fond d'elle-même, quelque chose d'honnête proteste contre l'emploi d'un pareil moyen de contrainte. En apprenant sa fuite, Amable Desrônis, dont la santé n'est pas complètement rétablie, peut avoir une nouvelle attaque plus grave que la première, et y succomber. A cette pensée, Camille est saisie d'un frisson douloureux, sa conduite lui paraît criminelle, et elle est sur le point de fondre en larmçs.

30r TANTE AUltÉLIË.

Dans son coin, Marcel n*est pas plus rassuré. Le mutisme de son amie, les détails prosaïques de rintérieur de Tomnibus, les ombres mêmes de la nuit tombante ont calmé son effervescence. Il commence à entrevoir les périls de Taventure où il a entraîné Camille, et à concevoir des doutes sur le dénouement que peut avoir cette expédition romanesque. Il ne regarde plus la jeune fille qu'à la dérobée; il a peur de rencontrer ses bruns regards limpides et d'y lire un reproche ou une supplication.

Cependant l'omnibus trotte bruyamment sur la route ferrée, dont les grands ormes de bordure affectent des formes menaçantes; il traverse des villages aux portes closes, aux vitres illuminées par les apprêts du repas du soir; puis il descend une pente rapide et s'arrête brusquement devant un édifice carré, devant lequel se trouvent déjà plusieurs voitures, et où des silhouettes affairées se dessinent en noir sur les fenêtres éclairées à l'intérieur. C'est la station. La portière s'ouvre et Camille descend la première ; Marcel reste en arrière, retenu par le gros homme qui lui a donné sa pendule

à porter, pendant qu'il règle avec le conducteur...

La résolution de la jeune fille est maintenant arrêtée : — elle ne suivra pas Marcel aux Islettes, elle s'en reviendra seule à Renesson... Mais à celte heure avancée de la soirée, où et comment trouver une voilure qui consente à la reconduire là-bas?... Ses yeux parcourent avec inquiétude l'emplacement déjà obscur qui s'étend devant la station, et tout d'un coup son cœur bat... Elle vient de reconnaître parmi les voituriers un cultivateurs de son grand-père... Elle ne s'est pas

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trompée, c'est bien Napoléon Goujon dit Coco, qui est lÂ-boe, près de la barrière, occupé à retirer des aaseaux de son cheval la poche de toile où il lui a servi son picotin. Camille s'élance vers le paysan. Pour un peu elle lui sauterait au cou :

— Bonsoir, père Coco, lui crie-t-elle, est-ce que vous retournez à Renessooî

— Bonté I s'exclame le bonhomme, qui n'en croît pas ses yeux, c'est-il vous, mamzellc Camille, à cette heure et si loin de votre maison?... Obi mais oui, là, j'ai hâte de rentrer chez nous pour attraper encore un bout de la fêle !... J'étais venu conduire en gare deux sacs de blé et je m'en retourne à vide.

— Vous allez me remmener avec vous, mon brave Coco]

— Bien volontiers, mamzelle; seulement vous ne serez pas à l'aise dans ma charrette. Enlln, à voire dispoeition...

A, ce moment, Marcel, inquiet, rejoint Camille et murmure timidement :

— Je vais prendre les billets...

Cette fois elle ne craint plus de résister, et la présence de Coco lui-même ne l'intimide pas.

— Non, dit-elle, il faut renoncer à votre projet, Marcel!... Plus j'y pense et plus je suis certaine qu'il n'en peut sortir rien de bon... Ne m'en veuillez pas d'avoir changé d'idée ; mon cœur n'a pa" "'' — ^ "* '" vous aime toujours... Seulement, soyez i laissez-moi retourner à Renesson.

— Camille, réplique Marcel confus, je tant pas vous abandonner ici...

S04 TANTE AURËLIE.

— Je pars à l'instant avec ce brave homme, qui est le cultivateur de mon grand-père... Adieu 1...

Elle lui tend la maio, tandis que Coco ébahi se tient près de la ridelle pour aider sa jeune patronae à monter...

La voilà sur les bottes de paille, à côté du père Coco qui fouette sa bête... Encore un dernier regard mouillé, dans la direction de Marcel qui reste consterné sur le seuil de la station; — puis Camille, sursautant violemment à tous les cahots de la charrette, reprend, au trot du vieux cheval de labour, la route qui conduit à Uene@son.

Le cheval de Coco n'était pas un trotteur. Il mit du temps à franchir les cinq lieues qui séparent Clermont de Renessoo, et quaad il s'arrêta devant la porte de M. de Lisle, onze heures venaient de sonner. Bien que la fête tint le reste du village éveillé, tout dormait dans la maison des grands parents de Camille, et celle-ci, très peu rassurée au sujet de l'accueil qu'elle allait recevoir, dut attendre dix bonnes minutes qu'une servante, réveillée par les cris de Coco à la porte de l'écurie, se décidât à tirer les verrous. La servante à demi ensommeillée se frottait les yeux et poussait des exclamations mêlées à de loi^s bâillements à la vue de Camille. Elle lui apprit que M*"" de Lisle et Sosthène, voyant qu'à huit heures ni Ca^"' ' " — ' n'avaient reparu, s'élaientdécidésâpa afm de prévenir le D' Desrônis de la fui du jeune.Boisselier. — M. de Lisle, tgouti vient de se coucher et il dort déjà ; faut-i

Camille supplia cette fille de Q*eii rien faire puis, sans ajouter un mot, marchant avec précaution, elle gagna sa petite chambre et s'y enferma. La nouvelle de Tabsence de M°>® de Lisie et de Sosthène Tavait un moment soulagée; Texplicalion pénible qu'elle redoutait se trouvait ainsi retardée de quelques heures ; mais elle se sentit bientôt prise d'une angoisse plus cruelle, quand elle songea à l'arrivée de sa grand'mère dans la maison de lat*ue des Tanneurs, et à Teffet que devait produire sur son père le récit de son aventure, narré par Sosthène et commenté par M"*« de Lisle. Comme on pense, elle dormit à peine ; dès le matin, quand elle sut que son grand-père était levé, elle alla tout lui conter et solliciter son pardon. Le bonhomme étant d'une nature indulgente et pacifique, se montra en somme plus attristé que courroucé.

— Vous m'assurez que vous n'êtes pas fautive, petite, répondit-il en secouant la tête, et je suis tout disposé à le croire, mais ce n'est pas moi qu'il faut persuader, c'est votre grand-maman, et votre père, et tout le monde,... car votre équipée n'a pas été d'un bon effet dans le village, et les gens croient plutôt au mal qu'au bien... Je vais écrire à votre père que vous êtes retrouvée, et demain je vous reconduirai à Villotte.

Le lendemain, on attela de nouveau le Blond à la carriole et Camille quitta Renesson en compagnie de Coco et du grand-père.

A Villotte, son aventure était déjà connue ; on en colportait le récit de maison en maison ; Timagination des indigènes, toujours féconde quand il s'agissait de méchanceté, s'exerçait à enjoliver et à grossir les détails

TANTE AUHÉLIE.

de l'alTaire. — Au dire des gens charitables, lei avaieat été plus loin qu'on ne voulait l'avouer; et Camille avaient prémédité depuis longtem scandaleuse es«apade ; ils correspondaient en s s'élaienl donné rendez-vous à Renesson pour plus facilement leur projet à exécution; ils n été arrêtés que le lendemain par la gendarme une auberge de l'Ai^onne, au moment où ils coi prendre le train de Paris, et on les avait rair brigadeenbrigade jusqu'à Verdun... De tous côl vait un concert de blâme contre l'hypocrisie demoiselle Desrônis qui avait séduit, Dieu sailci le fils du docteur Boisselier, et avait eu l'audace manquer le mariage de la flUe du préfet; —et lenant il n'y fallait plus songer, les fiaDçaillef à vau-l'eau, et M°" Herbillon indignée avait que jamais elle ne pardonnerait aux Desrôni Boisselier l'injure infligée à sa fille. — Et ains Ihèoie varié à l'infini, les langues tournaic se lasser, depuis vingl-quatre heures, quanij fiole delrt. de Lisle s'arrêta devant la maison Di Camille, pâle et frissonnante sous son voile, ( avec l'aide de son grand-père et resta appuyci du corridor, tandis que M. de Lisle appelait V s'informait si le docteur était au logis. — Ou monde se trouvait rassemblé dans la salle à n on attendait avec impatience l'arrivée de la — Quand Camille, précédée de son grand-pè en tremblant dans la salle, elle comprit dès U coup d'œil qu'elle allait avoir à affronter des j Piloyables.

Ml TANTE AQRÉLIE.

Avec son capucboa noir encadraot sa figure bilieuse, soD caraco de velours floltant autour de sou buste iniDce, EH jupe brune aux plis collaats, M°'>deUs1e assise près de la oicbe du poêle, sans perdre un pouce de sa taille, les coudes au corps, tricotait ua bas, età la façon menaçante dont ses doigts maigres faisaient cliqueter l'une contre l'autre les aiguilles d'acier, od edt dit une Parque tissauf la condamnation de la pauvre Camille. — Sostbène, en apercevant sa sœur, s'était i levé brusquement, et maintenant, le nez contre la vitre, il afTectait d'ignorer la présence de la jeune fille, tandis , que son dos prenait des attitudes scandalisées et mé- ' prisantes. — Quant à Desrànis, il était resté assis ; ses doigts crispés étreignaient violemment les bras du Tauteuit, sa figure devenue blême exprimait une fureur | concentrée, bien plus effrayante que ses éclats de colère ' habituels. I

— Que venez-vous faire ici? cria-t-il d'une vois 1 rauque à sa Qlle. i

— Voyons, Desrônis, crut devoir dire M. de Lisle ] d'un ton conciliant, il ne faut pas vouloir la mort du , -•'-'■eur.,. La petite est fatiguée et ce n'est pas le ;

ent de la tarabuster... j

Monsieur de Lisle ! interrompit sèchement l'alliérc ]

le Lisle.

Maboune? '

Taisez-vous et laissez mademoiselle nous expH- \

sa conduite.

Papa I grand-maman I balbutia Camille d'une voix ^

liante, je vousen prie, ne me repoussez pasi... J'ai

tant de chagrin I...

TANTE ADRELIE. 300

— Vraiment! reprit avec amertume AmableDesrdais, tant de chagrin?... Il ferait beau voir que vous d'od eussiez pasl... Vous ne pleurerez jamais assez le mal que votre conduite a causél... Vous vous êtes donnée en spectacle à tout le pays, vous avez déconsidéré le nom que vous portez, avili la mémoire de votre pauvre mère, trompé tous ceux qui avaient foi en vous... Vous avez agi bassement, vilainement... Aucun senliment de pudeur ne vous a retenue... Vouspouvez aller retrouver votre complice; il n'y a plus de place pour vous dans une maison que vous avez déshonorée I

— Ne me condamnez pas au moins sans m'enlendre, murmura Camille, je ne suis pas coupable des choses que vous dites...

— Pas coupable? interrompit Desrônis en ricanant, alors les mots n'ont plus de sensl... N'avez-vous pas, malgré vos promesses, entretenu des relations avec le fils de mon ennemi? N'avez-vous pas comploté avec lui ce voyage de Renesson? Ne vous êtes-vous pas rencontrés au bal de la fête, et là, en plein soleil, en présence de ia femme et de la fille du premier magistrat du département, ne vous êtes-vous pas enfuis à travers bois?... Ne vous a-t-on point vus tous deux dans l'omnibus de Clermont ? N'êtes-vous pas descendus ensemble nuitamment à l'une des stations du cl

vous croyez innocente après l vous êtes encore plus pervertie

— Les apparences sont cent oui, c'est vrail... mais je jure t à Marcel Boisselier depuis deu suis allée à Renesson je ne peu;

Je l'ai revu au bal,et j'aieu le tort de le suivre dans les bois... J'ai un moment perdu la tête et je suis montée dans la voilure de Clermont, mais à peiae ea route, j'ai compris mou imprudence et dès que nous somuies arrivés à la station, je l'ai quitté pour m'en revenir avec le laboorenr de grand-pêre... Voilà toute la vérité et je n'ai rien de plus à me reprocher.

Ce fut le tour de M"" de Lisle.

— Et que pouvieï-vous faire de pis? s'exclama-t-elle en piquant une aiguille dans ses cheveux gris, depuis quand est-il permis à une jeune fille bien élevée de courir les champs avec un jeune homme?... Le mai gii d'abord dans le scandale et vous avez scandalisé tout le village... Sonl-ce là les exemples que vous avaii légués votre défunte mère? Je l'avais élevée dons d'autres principes, Dieu merci 1 et ce n'est pas elle qui se serait compromise de la sort«I... Du reste, je l'ai toujours dit, vous n'avez rien des de Li^e... Tons êtes une Desrônis des pieds à la tète.

— Qu'entendez-vous par là, madame? dit Amableen , bondissant et en prenant cette dernière réflexion pour une injure personnelle.

— J'entends, monsieur, qu'on récolle ce qu'on a lé, et que quand on donne à ses enfants les exemples ' ! vous avez mis sous leurs )'eux, on ne doit s'en i ndro qu'à soi s'ils tournent mal...

- Si votre petite flUe, répliqua-t-il aigrement, éleil tée à Renesson, elle aurait sans doute été mieux surlée et mieux élevée? j

- Certes oui, monsieur, je m'en Halte.

- Eh bien, prenez-la donc et gardez-lal... Quant

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â moi, je ne veux plus d'elle... Sa vue me fait mal!

— Père, s'écria Camille en joignant les mains, je me repens... Ne me reavoie pas, ne me renvoie pas 1

El comme Amable faisait le geste de la chasser, elle s'élaoca vers son frère et lui prit les mains : — Sostliène, continua-t-elie d'une voix brisée, sois bon, j'ai tant de chagrin!... Intercède pour moi, ne me repousse pas!

Mais Sosthène relira brusquement ses mains et se tetouraa du côté de la fenêtre.

— Laisse-moi, grommela-t-il, je n'ai qu'une chose à le dire : c'est que ton Marcel me paiera cher raffront qu'il nous a fait!

I^ malheureuse Camille recula jusque sur une chaise oii elle s'affaissa en s'accoudant sur la table.

— Ah! murmurait-elle en sanglotant, je suis perdue, puisque tout le monde m'abandonne I

Son désespoir fendait le cœur du bonhomme de Lisie ; i' prit son grand courage, s'approcha de sa petite fille et lui lapant doucement sur l'épaule.

— Non, petiote, protesta-t-il, votre grand-père ne Vous abandonne pas, venez avec moi, — et nous ver- "^ns, ajouta-t-il, en jetant autour de lui un regard dn déQ qui stupéfia M"» de Usle, nous verrons f

ose vous molester!...

Ka même temps il prenait Camille sous le elait en train de la dodeliner comme une en 'a porte s'ouvrit et Victoire entra précipitan

— Monsieur, dit^lle à Desrônis, M"* Mo Walade... Il y a là une femme qui vient voui ~~ Il parait que ça presse.

3tl TANTE AUHËLIE.

Od introduisit la personae qui apportait cette mauvaise nouvelle et qui n'était autre qu'une voisine chargée du ménage de la vieille fille. — Toute haletante, elle raconta qu'étant montée à midi dans ie capAarnaim pour préparer le très modeste repas de tante Aurélie, elle lavait trouvée immobile, la tète couchée sur sa table, au milieu de ses paperasses, et respirant à peine. Avec l'aide de la propri<!taire de la maison, elle avait porté M"° Montéclair sur son lit, mais jusqu'à présent la malade n'avait pas repris connaissance.

L'apparition de cette femme elTarée et la gravité de l'événement qu'elle venait annoncer modifièrent brusquement l'état des esprits.

— C'est peut-êlre une attaque de paralysie, s'esclama Desrdnis, il y avait quelque temps que çà la cherchait, et elle avait déjà eu un avertissement...

Tout en parlant, il s'clançait dans son cabinet et en revenait avec son chapeau et sa trousse de poche.

En entendant le récit de la femme de ménage, Camille était devenue très pâle, ses sanglots s'élaieol arrêtés et elle serrait convulsivement le bras de son grand-père. Sosthène lui-même avait été secoué par te nouvelle inattendue et il avait quitté l'embrasure la fenêtre pour se rapprocher de sa sœur.

— Je cours à la ville haute, dit Amable.

— Attendez!... reprit M"* de Liste, qui avait envisagé médiatement les choses au point de vue pratique; M"= Montéclair reprend bientôt connaissance, comme l'espère, il serait peut-être convenable qu'elle vît les rants auprès d'elle... Sosthène et Camille sont ses ritiers; elle me l'a déclaré à plusieurs reprises, el

VOUS jugerez sans doute à propos de les appeler làhaut, dès que les circoostances le permettront.

— Oui, certainement répondit Desrâois, je vous ferai prévenir s'il y a ui^nce...

II sortit et arriva dix minutes après à la maison de la côte Phulpin. Deus voisines étaient venues à bout de déshabiller la vieille fille et de la mettre au lit. Elle gisait au milieu des couvertures, dans une insensibilité complète, la face bouftte et livide, les pupilles immobiles et fixes. Le docteur reconnut les symptômes d'une apoplexie séreuse; l'épanchement avait eu lieu dans la partie gauche du cerveau. Amable essaya de pratiquer une saignée qui ne donna presque aucun résultat, puis il couvrit les jambes de sinapismes violents, et appliqua de la glace sur la tète. A la suite de ce traitement. M"* Montéclair reprit peu à peu ses sens, mais il lui fut impossible de parler; la paralysie avait déjà envahi la langue et tout le côté droit du corps. Vers le soir, Amable fit appeler Sosthène et Camille, qui arrivèrent accompagnés de M"'* de Lisle.

En entrant dans la petite chambre nue, meublée seulement du lit, de deux chaises et d'une table de nuit, Camille eut un douloureux serrement de cœur; elle s'approcha du chevet, tandis que Sosthène se teoait au pied du lit, et baisant au front la vieille fille :

— Tante Aurélie, s'écria-t-elle tendrement, c'est moi, me reconnaissez-vous î

La tante se tenait couchée sur le dos, la tète r posée carrément sur l'oreiller; toute la vie s'était S'ée dans ses yeux qui s'animèrent d'une flamme ^ve au timbre de la voix de la jeune fille. Us n

daieot fixement les deux jèimes gens, et on deviûait à rillumination des pupilles, que la tante reconnaissait les enfants Desrônis.Son bras gauche, qui reposait sur la couverture, se souleva péniblement dans la direction du capharnaiim dont la porte était restée ouverte ; la main tendue semblait désigner quelque objet visible seulement pour elle, puis, les doigts écartés s'agitèrent sur les di'aps, comme s'ils eussent voulu exécuter encore leurs arpèges familiers. En même temps elle fit uu effort énei-gique pour parler, mais son gosier ne laissa passer que des sons inarticulés : — Han! hanl — et ses lèvres fatiguées redevinrent inertes^ l'air chassé de la poitrine gonflait les joues paralysées à chaque expiration et produisait un bruit analogue à celui que font les fumeurs en chassant la fumée de leur bouche.

— L'aphasie est complète, remarqua doctoraleraent Desrônis à l'oreille de M"»® de Lisle, elle n'en a plus que pour deux ou trois jours...

Les yeux de la malade continuaient à regarder éloquemment Sosthène et Camille; et de nouveau le bras gauche se soulevait dans la direction de la porte, et les doigts recommençaient leur pantomime.

— On dirait, reprit la perspicace M*"® de Lisle, qu'elle veut nous montrer quelque chose... Regardez comme ses doigts s'agitent avec impatience.

— C'est purement machinal, répliqua obstinément le docteur, ce geste lui était familier, et l'habitude le reproduit mécaniquement, inconsciemment...

Il fut convenu que Camille resterait près de W^ Montéclair et la veillerait avec l'aide d'une sœur de Thôpital que Sosthène était allé chercher. On installa Uii

TANTE AUHÉLIE. 315

lit de sangle dans le capkamavmel la Jeune fille y passa la nuit, s'éveillant à chaque insUnt pour se rendre compte de l'élat de la malade, et tressaillant nerveusement quand, dans le silence et l'obscuritc, la vieille harpe, effleurée par mégarde, vibraittoulàcoup, comme si elle eùl été frôlée par un doigt mystérieux.

Le lendemain, la situation resta la même. Tante Aurelie, toujours couchée sur le dos, ne bougeait pas sa tête rigide ; mais elle reconnaissait parfaitement Camille, et n'acceptait que d'elle les tisanes ordonnées par le docteur. Toujours, à l'approche de la jeune fille, les yeux fixes devenaient plus parlants et toujours les doigts de la main gauche recommençaient leur manège. Versminuit,De3rônisconstalauneaggravation,et, pris de scrupules religieux, il fit prévenir le curé de la ville haute, afin que la malade fût administrée le plus

Dès le matin, le prêtre arriva avec son enfant de choeur, et s'approcha seul de la tante qui restait plongée dans une sorte de torpeur. Les voisines étaient entrées derrière lui et s'étaient agenouillées dans le caphar- Tumm avec Camille et la sœur; Desrônis et Sosthène, prenant des airs recueillis, s'étaient inclinés euxmêmes sur le dossier de leur chaise. On commença les onctions, tandis que sur le balcon de la fenêlr""""'»""" le merle, intrigué par tout ce remue-ménage de petits sifflements effarés, en sautillant su choir...

; La pauvre tante aura du moins été préps

bonpe mort! soupira Desrônis aveecomponcti

que le prêtre se retirait avec les saintes huiles, et que les voisines évacuaient Tappartement.

Il était convaincu que M"« Montéclair était maintenant « au bout de son rouleau » et qu'elle ne passerait pas la journée.

Il se disposait à rentrer avec Sostbène dans la chambre de la malade pour constater une dernière fois les progrès de l'épanchement séreux, quand la sonnette de l'entrée tinta doucement. Il alla ouvrir lui-même et recula d'indignation en reconnaissant, malgré Tobscurite du couloir, la silhouette de Marcel Boisselier. Le jeune homme, de son côté, à la vue de Desrônis, avait eu un tressaillement involontaire.

— Comment osez-vous vous présenter ici, monsieur? demanda Desrônis d'une voix sourdement irritée.

— J'apporte à M"® Montéclair une lettre que m'écrit son avoué, répliqua Marcel en se remettant peu à peu de son trouble.

— Donnez ! reprit brièvement le docteur.

— Pardon, monsieur, mais il s'agit d'affaires personnelles à M"® Aurélie, et c'est à elle-même que je désire parler.

— C'est impossible, monsieur, elle se meurt.

Tandis qu'ils s'entretenaient à voix basse, ils étaient

arrivés dans le capJuimaûm, et sur un geste de son père, Sosthène avait fermé la porte de la chambre à coucher.

— Elle se meurt? répéta Marcel abasourdi... Elle se meurt 1 Pauvre femme , au moment où je venais lui apprendre que son procès est enfin gagné I

— Elle a gagné son procès I s'écria le docteur. ,

TA.tTE AOetlE. m

— L'arrél de la Cour a été rendu avant-jiîer, et cette fois il est déBoitif. Eq même temps, Marcel lirait de sa poche la lettre de l'avoué, et l'ouvrait devant Desrûois, tandis que Sosthène, surexcité par celte nouvelle inattendue, se rapprochait curieusement de ^ya père et du jeune Boisselier. — Voici la copie du disp'fsilir, coiiUnuait ce dernier, et d'une voix très nette, bien qu'un peu tremblante, il lisait aux deux DesnVnis éiiahis les principaux considéranis de l'arrêt :

« Attendu que le refus injuste du Domaine, contre lequel la demoiselle Hontéclair s dû, pendant un demisiècle, lutter devant toutes les juridictions, a été le seul obstacle à la perception des fruits, el attendu que l'État ne peut opposer à la demanderesse une noo-jouissance dont il est le seul auteur...

« Sans rappeler toutes les péripéties d'une lulte inégale dans laquelle il a fallu à une femme dénuée de ressources une constante énergie pour faire triompher ses droits, attendu qu'il est évident qu'indépendamment des privations de jouissance subies par la demoiselle Aurélie Montéclair, un grave préjudice lui a élé causé...

a Par ces motib, la Cour, parties ouïes el U. l'avocat général en ses conclusions, statuant en vertu de l'arrêt de cassation du 2 avril 1864, sans s'arrêter ni avoir égard aux coodusjons du Domaine, conBrmA Ia mm-ment frappé d'appel ; — dit que les droits de ladite demoiselle Montéclair sur les 5(K grèves, choisis par elle sur le territoire ayant été souverainement consacrés, elle fruits indûment perçus par l'État à partir i

;ilK TANTE AURÉLIE.

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