INTRODUCTION
Pour rendre îiUelligibles les choses, et surtout le nœud qui unit les choses en apparence disparates que conlient la Patrologie taoïste, son agencement, ses divisions,. sa lerminologie, il me faut résumer ici succinctement les traits principaux, l de l'évolalioii doctrinale du Taoïsme, 2 de son évolution historique.
î. EVOLUTION. DOCTRINALE DU TAOÏSME.
Les premiers Pères du TaoL^nie, 老 子 Lao-tzeit, 列 子 L'œ - tzeu, ^± 子 Tchoang-tzea^ qui vécurent du cinquième au qualriôme siècle avant J.C., furonl des philosophes et des conlroversistes. Sans nier l'existonce du Souverain d'en haut, aussi vieux que la Chine ^ ; sans heurter les pauvres nolions de la Grande Règle , ils clierdiôrent, plus haut et plus loin, Forigine de toutes choses. Leurs recherches aboutirent prallqaement à un pan- Uiéisme naluraliste, visiblement inspiré par les systèmes indiens conleniporains'^ - ― Un principe preniiijr unique, d'abord concentré el inaolif, se mit à émaner, à produire. Recueilli, on l'appelle 道 Tao ; agissant, on l'appelle 德 Tei^ , ― Par son émanation, le Principe produisit le ciel, la terre, et rair entre deux; trinôme d'où sortirent tous les ôLres; ou plutôt, binôme, le ciel et la terre agissant et réaiiissant o.omme un couple, l'air médian leur servant de malière ^ . ― Le Piincipe habite et opère en tout. Il ne pense
1. Les anciens livres chinois (lisent de lui qu'il gouverne le monde, mats ils ne disant pas qu'il le créa. La qucstiun de l'origine était donc ouverte.
2. Document de l'an 1122 avant J.C. Voir mes Textes pliilosophiqaos, paç^e 25.
3. Les Upanisliad. Voir mon BoiiiidliisniR chinois, Tomt: I, IiUrofInction, pages 40 à 58. Avec l'îndo, iilenlilé complète ; en Chine, innovation évidenic. Les critiques chinois modernes snnt unanimes :\ affirmer, que le Taoïsme ne sortit pas de l'ancienne philosophie chinoise, mais fut élaboré par les liistoriogra plies. déposiUiires des documents nationaux et étrangers. L'assertion dnte rie loin. Elle se trouve, en toutes lettres, dans rindex liiltliofjraiiliique de la |)remièré dynastie II an : 道 家 - -^" 盖 II] 於 史官. Ce texte date du dernier siècle avant l'ère clirélienne.
4. Je me suis souvent demandé, si les deux termes chinois Tao et Tei, dont le sens taoïste n'est pas naturel niais adapté, ne seraient pas, priinilivemciU, Ja IranslitLération des mots sanscrits Tat et Tijad, Vclre premier et les êtres secondaires, l'èlre et le reste. Je relèvcrni dans Lao-t%eu plus d'un sanscrilisme.
5. Il m'est pénible de constater, que rerlaiiis s'acharnent encore à voir une revelation de la Trinité, dans ic Inxte de Lcio-tz'eu «un fil deux, deux fu trois, trois fit louU, qui si[,^nific, le Principe d'aliord immobile (un), produisit ensuite par des alternances do moiivemenl eL de repos ( deux ), le ciel, la lorre, et rair-nialicre (trois), d'où s 0.11 1 sortis tous les êtres . Je dirai, dans le Tome I【 de celte Série, ce que je ponso, après Stanislas Jalieii, de ceux qui chore h eut, dans les auteurs ancien 5; non ce qu'il y a, mais ce qu'ils voudra ieiU qu'il y eût.
iQtroduction.
pas, mais est pensée. Il ne veut pas, mais est la loi. ― De iai émane, avecson èli'e, le desLiii de cliaqtie êlre. Dans la nalure i. sue de lui, cerlains points spéciaux sont comme des pôles de sa vcrlu étiianalrice. Dii ciel émaïKî la vertu lecoiidante, (la ia Le ne émane la vei"【u pi'oducliice. Des astres anodes célestep, des monts calltodes lerresli es, s'écliappent des effluves spéciales. Ces Co roes sont bienfaisaules, quand elles sonl normales, ffi^ clienn développées dans la di recti on ioipi'imoe par le Principe cosmos. Elles sont maUïiisanLes, quand elles sont 怪 h oat odoi oifiles, désoriciilées, déviées' .—— Dans G b ci que êlre, minéral, vôgéla!, animal, homme, quel qu'il soit, est conlenue une àme, parLicipalion du Pi incipe universel, priiici[!e dfe sa 11 a lure parliculière et ùà ses propriétés spéci^ilus. Avec l'âge, toiUo àme s'élève, sa vertu s'exagère et déborde son dpgré. L'àino d'un vieil ol)jet acq iiicrt une cerlaino raison, l'àmo (l'un vieil arbre agit dans un ccMltiin rayon, F àme d'un vieil animal pense presque comme un homme, l'âme d'un vieillard pé- II è Ire I' (! space et le temps. C'est rexpérience acquise, la connaissance emmagasinée, qui font ces progrès. Les âmes qui n'ont rien appris, rolou nient, à la mort, dans 】e grand tout inconscient. Ctiiles qui ont appris (jaehjue chose, transmigrent, en fonolioii de, leur connaissance acquise. Les âmes humaines qui ont beaucoup appris, pe ci vent subsister poùr un temps, dans un révélera ont de matière élhérée, avant leur réinccirnalion. Celles qui ont appris le grand secret, tcd-tvu'm que louL est un, celles-là éclja])pciil à la métempsycoso cL reulrent dans le Pi'incipe conscient. — Tout étant on, il n'y a pas do dislincUon spéci lique eotro le bien et le mal. L'idenlilédes coiilraires esL enseignée, par les Pères du Taoïsme, avec une insistance, qui touche à racharueivu'.nl. hs n'enseignent donc pas comment faire !o bien et éviler le ma!, puisqu'ils ne connaissent ni bien ni 【:nal. D'après eux, l'homme n'a qu'un grand devoir, s' noir au Piincipe primordial donl il esl une terminaison temporaire, vouloir ce que le Principe veut, et faire ce que le Principe fak. D'où les conséq nonces pi-alii| ufi.s suivantes:
1. Le Principe l'ayant fail pensant, l'homme duil ppnser le plus possible, iTicidilei", approfondir. Non pour acquérir des connaissances m ullipip.s et val'icGS. Mais [)Our s'appi'opriei', au degré le plus iule use possible, colle connaissance globale unique, q ii'il est un avec le Principe, qu'il esL le Principe, que [oui psl le P!'ii】ci【)(î; qu'il suffit donc d'appliquer son allcnlion à ce centre, ignorant les points la périphérie, les individus et les détails.
2. Le Piincipe l'ayanl investi de sa ga ng a é coi'porelle et lui ayant dé ter- , miné un iiQml)re fixe d'à fin «es, l'homme doit l'aire co qu'il faut, pour que son corps vive jusqu'au bout de ce nombre d'années; pour que la niovl ne survienne pas avant lu leisips, par suite de l'usure prématurée de la matière. ÂQli'emont son àme a voilée, desc<"](ira dans réchelie, de vie ne) ra un monstre, on renlrora même dans le tout isoii-penstint. 一 De là le culte des Taoïstes pour riiygiône ; leur intérêt praliiiue pom' les qiieslions rehilives au régime el à la diélcliqae; pour la rntkleciue, la pharinacie. ― Db là aussi la morale
1. Elficiricilr, coiininls, omlns, viiiivil.ioiis, ions, rjulio-activilc ; niosmcrisiii!;, liypiiolismc, fiiiiissiuii lic Ihiules, infliioin'e ;' i (iisfcinco, loloiialliio, iirosquo Iniii ce ([iip, les orcullislet; el lus spiriics oui .éluLuljié ; loiit cela puv'it iiux Taoïilcj luul iiaUuul ; vwluà ùmamuik's; pour eux lu inuii.le un ust iiieiii.
Introduction.
•il
taoïste, qui est riiygièiift de l'âme; suppression des passions, parce qu'elles usent ; conlinence et absLinence, parce que ! a luxure et la gourmandise épuisent' ; surlouL pas d'ambilion, pas d'efforts pour parvenir, parce que rien ne corrodtj davaiilage. ― Cela posé, dans la foi de son idenlilé avec le Principe; avec ! a conscience qu'il n'a, ni fa ligué son àmo, ni usé son corps, et qu'il n'a par cunséquerit rien à se reprocher ; le Taoïste attend la flii de sos années et meurt dans une paix non pareille, sans changer de visage, coixme disent les textes. Pour lui, pas (i';il3Ves dans la mort, pas de terreurs dans l'au-delà. Mourir, c'est cli anger son revéleineiit usé, contre un nouveau qui sera meilleur.
'3. Le Principe délerroiiranl la voie de lous les ûlres, c'est un devoir de n'intervenir en rien ; de ne pas melAre &, ou doigt dans le rouage, dans reik>renagf'.; f!e ne s'occu per que de soi ; de ne s'imposer à ru^ii ni à personne ; de laisser uUer l'univers, ce vulaiU que le Principe l'ail toarnei''^ . Le Taoïsle considère sa l'olalioo d'uii œi! placide. Pour lui, rien ne peut marcher mal. Le point (le la circoiiféi'eiice qui est en bas raaiuleiianl;, sera eu haut tout à l'heure. Des aUemances nécessaires, voulues par le Piiiicipe, régies par les iioniLm!s el les [) hases y'iMn-yctwj , duiveiiL se succéder. Il fout leur laisseï' libre coins, celle insUibiiilé élant la loi. Tant pis pour les iiiveiiteurs de sy s lé m es, ! es m ui'alisles, les poliLiciniis, les idéal isLes et utopistes de toule espèce ! Pairie, gouvernement, bien giMiôral ou supérieur, progrès, idéal, plans, [)roj Is, formules, le TaoLsLe ril do lout cela. Que les choses .aillent donc coinine elles peuvent aller! C'est le nombre, c'est la période, c'est le Principo (jui les fait aller dans ce sens. Bien fou serait celui qui se raidirait poa r les faire aller ei) sens inverse, car son échec est prédclermiiié. — La !) inj des ingérences dans la marche normale de l'univers, c'est la guerre ; car c'est inelLi'o un terme à des vies, avant W. temps, contre la voioiilé du Principe.
Les Pô l'es du Taoïsme ne furent Jamais agressifs, oh non, car la controverse passiounée aurait iisô lour àine et leur corps. Ils eareut, pom- leurs vulgaires conleniporains, un déihiin compatissant souvent comique. Suai Coiifacius fut t l'ai Lé par eux avec h'oiiie et méi.)i'is. C'est qu'ils virent en lui, l'homme du rit arlificiel et de la verf.a coiivenlioniielle, le deslrucleur de la Nature, l'antagoniste du Principe. Lao-tzeu réfata les principes du Maître, sans le nom mer. Lio-lzeii l'entreprit plus à fond. Mais Tchoang-lzeu fit dti pauvre Sage, mort depuis 150 ans, son plaslrou préféré. Les pages dans lesquelles il le tourne et le retourne, le roule, le coiiverLit, lui fait abjurer ses erreurs passées et eiiseigoer le Taoïsme, comptent pai'ini ce q ae !a lUtéralui'e chinoise a pi'oduUde plus spirituel 3 . Elles sont de plus très iaiporlanley*, parce qu'elles démontrent quelles étaient, uii siècle après Coiifacius, les pusilions de
1. Chose qui paraît, ù première vue singulière, Ijeaiifonp de Taoï.slcs ci;lèlires, Irès sohrcs comme m;ing'oiirs, fiiroiil d'exlriionliiiaires liiiveurs. G'esl que, d'après ci", l'iUrool stimule l'énergie viliilu, l'iviusse csl s;iiis iiiconvéïiiciil. Boire est dùiic cûiifùrme à Iwir Lliéoric, :iirils m:'U(ml en i)i';itii|ue quiuiil ils iieuvciit.
2. La formule (le celle iion-imiiiixlioii (kiiis- 1(.'S décreld du l'i'iiiciim, c'est :S[î f^j ou-wei, f|ii'oii Iradiiit mill par nnn-arjiv. Lu sens csl, ne rien faire contre l;i préiliUerniiiiitLioii. Boaucuiip île loi'mcb lisoïsles iloivoiit ûii-o iiiiisi IraïUiils ilinis le sens Uiojslc, suiis peine de cciilrcseiis. Ainsi ou, ii'isl [n.s le iic;,iil d'èirc, iiuiis le iic;;nt (le forme, l'alisciicu de forme dr finie Klc.
;). Vuii' '1';10)-1111', ïuiiie ! 1, les Pèros tlu ^:\>:lL'Jiiu.
Introduction.
son école et des écoles adverses, la force et la faiblesse des unes et des autres.
Ces philosophes eurent des successeurs, panthéistes comme eux, et des adeptes peu nombreux, car seuls les intellectuels sont à la hauteur de théovies aussi abstruses. Aussi le Taoïsme commença-t-il à évoluer, dans un sens plus pratique, du vivant môme des Pèi'os, au quatrième siècle. Cette évolution fut ritpido, durant lo troisième siècle. Elle aboalit, dès le second siècle avant l'ère chrétienne, à une sorte de théisme ' , dont voici les traits principaux. —— Les éraanalions de la nature fii^i Chenn ayant été personnifiées, le ciel et la terre se peuplèrent d'èlres transcendants non-humains, intelligents et puissants à des degrés divers . ― Les 眞' Tchenn, hommes 7\ 励 i】îés dans les airs, en plein raidi, aux yeux 十 de nombreux: spectateurs'"^ , avec leur corps entier élliécifié durant leur vie, se promènent à volonté dans l'espace, habitent dans les aslérisraes, spécialement clans le quadrilatère dt3 la Grande Ourse et dans les coiislellalions circompolaires, où ils forment la cour du Souverain d'en haut, appelé Suprême Un depuis l'an 1 13. Dans les livres laoïslos, les biographies de ces Tchenn ne se comptent pas. On parle de leur apolhéose, comme d'ane chose incontestable. Leur vie durera, comme celle des deva indiens, fort longtemps, l'espace d'une période cosmique et da vantage, mais pas loujours. Seul le Suprême Un survit à tous les cataclysmes et existe toujours sans changement . ― Les 墨 Cheng Sages, forment un petit groupe spécial parmi les Tchenn. Ce furent (les suvanls sur la terre. Ce sont maintenant les fortes lêtes de l'élysée polaire. ― Les ascètes taoïstes très nombreux, retirés dans 】8S beaux sites (les monlngnes pour y vivre traiK] ailles, 輕 Sien hommes surélevés ou jfjj hommes dus montagnes, ré(| ni valent des forestiers indiens^ , lesquels n'ont pas poussé l'ascétisme jusqu'à rélhériîicalion complète, mais qui ont conçu dans leur sein 稷 % l'eiifatit siiniaLiirel, l' ho rame nouveau ; ceux-là sortent de la vie par 分 尸 la division du corps, c'est-à-dire qu'un jour l'enfant s'échappe, laissant une dépouille vide, analogue à la peau d'une cigale, à la co(|ue d'une chrysalide. Il llàiie ensuiie sur les hautes rnonlagnes, ou habite les îles furlunées, délivré des besoins grossiers de la nature, mangeant cependant, buvant et s'ouivrant raùrne à roccasioii, subsistant durant de longs
■1. Lao-lzcu, IJe-tzcu, Tchoaiiçj-Izeu, n'ayant pr,s nié lo. Souverain d'en liant, ne furent-ils pas aussi llii'isles? ,)u iifi le crois pas. Ils alîeclùreiit tellement de ne pas s'ijccuper de lui, tlu lu .passer sous silence, f|iio leur foi dans son exisleiico m'est suspecte. Ils ne le nièrent jamais, c'est vrai ; mais ils ii'irivoiiuùreiU jamais quo. le Principe. PniliinicmeiU ce f ureal des puiilhéistes.
2. Un Icxle ilc l'an 211 aviiiU .1.0., nicotile i|u'uii petit Chenn de monlag-ne ou de fleuve, ne sait pas plus loin i|iie le fmul île l'an; i|ui! les Chenn plus consiilpriiljles en s.-iveiU plus long, chacun selon son degré.
3. Aies recliciflics ullrrieures m'ont coiuliiil à rectifii.'i' le paragi'apliu 10 L îles Leçons élymo1og-ii|ues.
4. P;u- (liTiiiUioii liiûïsle, le Sujireme U:i est lo Chenn dn ciel, émané du k'i du ciel pris liaris sa totalité. H esl (lûr.c, au foiiil, île mbnie niiluro '|tie les autres Chenn, et je devrais appeler le Taoïsme un polythéisme, non un Uu'isnifi, me diia-l-cin. ― Je roponds : (|iioi iin'il en soit de la subsliuice qui coiislitiie son éLre, les Tani'slL's (loiuiPiit nu Su|iiême Un des nltiibiils qui n'appartieniieiit qu'à lui, el qui le tlisliugueiU do tous les ;iriire< Chenn, ;is^nz pour en faire le Dieu suprême d'un liioismc. Lui seul vit toujours, tandis que les au 1res |n'ris?ciit ihiiis roll'oiiilrciiiciU ilti cosmos. Un seul gouverne le iiiûrnic cL les lioiiimes. Théoriiiiiemoiit il est audessous lin Tao , lit prfiilotoruiiniilion univcrsuile, le lliliiiu ccisini(|ue ; iiiiiis pr;ili(|uciiiciU celle subordination est i^noive. n'cxislo pas, elle Sii|)i";ino Un esl, ilans l'opinion dus ado|ilos, le did' (le l'univers, oinniscieiUeLomiiipoleiU.