息 也。 K 晏子 曰、 善 哉古 之有死 也。 仁 春 息 焉, HT 仁者伏 焉。 死 也 者, 德之 徼 也。 古
I 者講死 人爲歸 人。 夫 IW, 死 人爲歸 人、 則 生人 爲行人 矣。 行 不知 歸、 失 家 者 也
Lie-tzeu, chap. 1 ! î, J, S, L. 77
jeunesse et votre âge mûr, pour arriver à quelque fortune ; d'être resté célibataire, atteignant ainsi la vieillesse sans femme et sans enfants ; de devoir mourir bientôt, sans secours et sans offrandes. Yods étant créé une pareille condition, comment pouvez - vous chanter, en faisant cette besogne de mendiant? ― Parce que, dit Linn-îeï en riant, j'ai .mis mon bonheur dans des choses, qui sont à la portée de tous, et que tous détestent ( pauvreté, obscurité, etc. ). Oui, je ne me suis ni appliqué ni ingénié ; cela m'a valu de ne pas m'user, et de vivre jusqu'à mon âge. Oui, je suis l'esté célibataire, et par suite' la perspective de la mort ne m'attriste pas, pour la veuve et les orphelins que je ne laisserai pas. ― Mais, dit T—zeu-koung, tout homme aime la vie, et craint Ja mort. Comment pouvez-vous faire si bon marché de la vie, et aimer la mort? 一 Parce que, dit Linn-lei, la mort est à la vie^ ce que le retour est à l'aller- Quand je mourrai ici, ne renaîtrai-je pas ailleurs? Et si je renais, ne sera-ce pas dans des circonstances différentes? Or comme je n'ai qu'à gagner au change, quel qu'il soit, ne serait-ce pas sottise si je, craignais la mort, par laquelle j'obtiendrai mieux que ce que j'ai? 一 Tzeu-koung ne comprit pas bien le sens de ces paroles. II les rapporta à Confucius. J'avais raison de penser, dit celui-ci, que nous pourrions apprendre quelque chose de cet homme. U sait, mais pas tout, (puisqu'il s'arrête à la succession des existences, sans pousser jusqu'à l'union avec le Principe, qui est le terme).
J. Tzeu koung s'ennuyant d'étudier, dit à Confucius: veuillez in'accorder quelque repos ! ― Il n'y a pas, lui dit Confucius, de lieu de repos parmi les vivants. ― Alors, dit Tzeu-koung, donnez-moi du repos, sans lieu. 一 Tu trouveras, dit Confucius, Je repos sans localisation, dans la mort. ― Alors, dit Tzeu-koung, vive la mort, le repos du Sage, que les sots craignent bien à tort! 一 Te voilà initié, dit Confucius. Oui, le vulgaire parle des joies de la vie, des honneurs de la vieillesse, des affres de la mort. La réalité est, que la vie est amère, que la vieillesse est une décadence, que la mort est le repos. •
K. Yen-tzeu dit: Ce sont les anciens qui ont le mieux compris ce qu'est au juste la mort, le repos désiré par les bons, la fatalité redoutée par les méchants. La mort, c'est le retour. Aussi appelle-t-on les morts, les retouTnés. Logiquement, on devrait appeler les vivants, les revenus. ― Marcher sans savoir où l'on va, c'est le fait des égarés, dont on rit. Hélas! maintenant la plupart des hommes sont égarés, ignorant où ils vont dans la raort, et personne ne rit d'eux. Qu'an homme néglige ses affaires, pour errer sans but, on dira de lui qu'il est fou. J'en dis autant de ceux qui, oubliant l'audelà, s'immergent dans les richesses et les honneurs; quoique, ceux-là, le monde les juge sages. Non, ce sont des dévoyés. Le Sage seul sait où il va.
L. Quelqu'un demanda à Lie-tzeu : pourquoi estimez-vous tant le vide? ― Le vide, dit Lie-tzeu, ne peut pas être estimé pour lui-même. Il est estimable pour la paix qu'on y trouve. La paix dans le vide, est un état indéfinissable. On arrive à s'y établir. On ne la prend ni ne la donne. Jadis on y tendait. Maintenant on préfère l'exercice de la bonté et de l'équité, qui ne donne pas le même résultat.
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者、 弗 能 復也。 M 粥熊 Rr 蓮轉 亡 已
,成 於此者 於 彼、 損 盈 成 fâÉ 世
長盧子 聞而: 笑之 nrii 霓也, 霎
HT 日 月
Lie-tzeu, chap. 1 M, N. 79
M. Jadis Tcheou-hioung disait: Les transports des êtres défunts> sous l'action du ciel et de la terre, sont imperceptibles. L'être qui périt ici, renaît ailleurs ; celui qui s'ajoute ici, se retranche ailleurs. Décadence et prospérité, devenir et cesser, les allées et les venues s'enchaînent, sans que le fil de cet enchaînement soit saisissable. Si insensibles sont la venue de ceux qui viennent et le départ de ceux qui partent, que l'univers présente toujours te même aspect. Tout comme les changements d'an organisme humain, visage, peau, cheveux, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, sont quotidiens, mais ne peuvent pas se constater d'un jour à l'autre.
N. Dans le pays de KH, un homme était tourmenté par la crainte que le ciel ne lui tombât sur la tête et que la terre ne s'effondrât sous ses pieds. La crainte de ce grand cataclysme l'obsédait au point qu'il en perdit le sommeil et l'appétit. ― Un ami s'émut de son état, et entreprit de le remontqc. Le ciel, lui dit-il, n'est pas solide. Il n'y a, là-haut, que des vapeurs qui vont et viennent, s'étendant et se contractant, formant la respiration cosmique. Gëla ne peut pas tomber. ― Soit, dit le drembleur; mais le soleil, la lune, les étoiles? — Ces corps célestes, dit l'ami, ne sont aussi faits que de gaz lumineux. S'ils venaient à tomber, ils n'ont pas assez de masse pour faire même une blessure. ― Et si la terre s'effondrait? demanda le trembleur. 一 La terre est un trop gros morceau, dit l'ami, pou^que les pas des hommes l'usent ; e《 trop bien suspendu dans l'espace, pour que leurs secousses l'ébranlent. 一 Rassuré, le trembleur se mit à rire ; et l'ami, content d'avoir réussi à le rassurer, rit aussi. ― Cependant Tch'ang-lou-tzeu ayant entendu raconter cette histoire, critiqua et le toqué et son ami, en ces termes: Que le ciel et les corps célestes soient faits de vapeurs légères, que la terre qui porte tout soit faite de matière solide, soit, c'est vrai. Mais ces vapeurs et cette matière sont des composés. Qui peut garantir que ces composés ne se décomposeront jamais ? Etant donné cette incertitude, spéculer sur Féveatualité possible de la ruine du ciel et de la terre, est raisonnable. Mais vivre dans l'attente continuelle de cette ruine, est déraisonnable. Laissons le soin de gémir sur le . grand effondrement, à ceux qui en seront les contemporains. ― Lie-tzeu ayant entendu cette solution, dit: Affirmer que le ciel et la terre seront ruinés, ce serait trop s'avancer ; affirmer qu'ils ne seront pas ruinés, ce serait aussi trop s'avancer. Il est impossible de savoir avec certitude, ce qui en sera, si oui si non. Je conclus cela d'une analogie. Les vivants ne savent rien de leur futur état de mort, les morts ne savent rien de leur futur état de nouvelle vie. Ceux qui viennent (les vivants ) ne savent pas comment se fera leur départ ( mort), et ceux qui sont partis (les morts) ne savent pas comment ils reviendront (en vie). Incapables de se rendre compte des phases de leur propre évolution, comment les hommes pourraient-ils se rendre compte dés crises du ciel et de la terre?
之 道。 趣 m 垣 鑿 室、 手 目 所及亡 KT 探 也。 未 及 時、 贓 獲 罪, 沒 其 先居之 財。 向氏
以國氏 之謬己 也, 往 ffi 怨 之。 國 K 曰、 若 爲盗若 何。 向 R 曹 其 狀。 國 氏 曰、 嘻、 若 失
玉 珍寶縠 帛財貨 ,人 之 所 聚、 豈 天之所 與、 若 盜 之 ^i w 罪, 難 怨 哉。 向 s< 大惑 as
Lie-tzen, cbap. 1 0, P. 81
O. Chounn demanda à Tcheng : le Principe peut-il être possédé? ― Tu ne possèdes pas même ton corps, dit Tcheng; alors comment posséderais-tu le Principe? ― Si moi je ne possède pas mon corps, Qt Chounn surpris, alors à qui est-il? 一 Au ciel et à la' terre, dont il est une parcelle, répondit Tcheng. Ta vie est un atome de l'harmonie cosmique. Ta nature et son destin sont un atome de l'accord universel. Tes enfants et tes petitsenfants ne sont pas à toi, mais au grand tout, dont ils sont des rejetons. Tu marches sans savoir ce qui te pousse, ta t'arrêtes sans savoir ce qui te fixe, tu manges sans savoir comment tu assimiles. Tout ce que tu es, est un effet de l'irrésistible émaaation cosmique. Alors qu'est-ce que tu possèdes?
P, Dans le pays de Ts'i, un certain Kouo était très riche. Dans le pays de Song, un cei'tain Hiang était très pauvre. Le pauvre alla demander au riche, comment il avait fait pour s'enrichir. En volant, lui dit celui-ci. Quand je commençai à voler, au bout d'un au j'eus le nécessaire, au bout de deux ans j'eus l'abondance, au bout de trois ans j'eus l'opulence, puis je devins un gros notable. ― Se méprenant sur le terme voler, le Hiang n'ea deoianda pas davantage. Au comble de la joie, il prit congé, et se mit aussitôt à l'œuvre, escaladant ou perçant les m'Ts, faisant main basse sur tout ce qui lui convenait. Bientôt arrêté, il dur/t'ndre gorge, et perdit encore le peu qu'il possédait auparavant, trop heureux d'en être quitte à ce compte. Persuadé que le Kouo l'avait trompé, il alla lui faire d'amers reproches. ― Comment t'y es-tu pris? demanda le Kouo, tout étonné. — Quand le Hiang lui eut raconté ses procédés,., ah! mais, fit le Kouo, ce n'est pas par celle sorte de vol-là, que je me suis enrichi. Moi, suivant les temps et les circonstances, j'ai volé leurs richesses au ciel et à la terre, à la pluie, aux monts et aux plaines. Je me suis approprié ce qu'ils avaient fait croître et mûrir, les animaux sauvages des prairies, les poissons et les tortues des eaux. Tout ce que j'ai', je l'ai volé à ia nature, mais avant que ce ne fût à personne; tandis que toi, ta as volé ce que le ciel avait déjà donné à d'autres hommes. ― Le Hiang s'en alla mécontent, persuadé que le Kouo le trompait encore. 11 rencontra le Maître du faubourg de l'est, et lui raconta son cas. Mais oui, lui dit celui-ci, toute appropriation est un vol. Même l'être, la vie, est un vol d'une parcelle de l'harmonie du yinn et du ijang; combien plus toute appropriatioQ d'un être matériel est-elle un vol fait à la nature. Mais il faut distinguer vo】 el vol. Voler la nature, c'est le vol commun que tous commettent, et qui n'est pas puni. Voler autrui, c'est le vol privé que les voleurs commettent, et qui est puni. Tous les hommes vivent de voler le ciel et la terre, sans être pour cela des voleurs.
Lie -tzeu, chap. 2 A, B.
麂 不 知 親 已, HT 知 辣 物、 故 無 愛" è 。不 知青 逆、 不 知 向 順, 故 無 刹 害。 都 無所 愛惜,
已。 黄帝旣 寤、 恬 然 自 得。 召 天 老, 力 牧, 太 山 稽、 告 曰、 朕閒 居 nil 月、 齋 心 服 形"
朕知 之矣、 朕得 之矣、 而 不能以 告若. 矣。 Il 十有 八年、 天 下大治 ë 若華胥
Lie- tzeu, chap. 2 Â, B.
Chap. 2. Simplicité naturelle.
A. Hoang-ti régnait depuis quinze ans, jouissant de sa popularité, se préoccupant de sa santé, accordant du plaisir à ses sens, au point d'en être hâve et hagard. Quand il eut régné durant trente années, faisant des efforts intellectuels et physiques continuels pour organiser l'empire et améliorer le sort du peuple, il se trouva encore plus maigre et plus fatigué. Alors il se dit en soupirant: je dois avoir excédé. Si je ne suis pas capable de me faire du bien à moi-même, comment serai-je. capable d'en faire à tous les êtres?.. Sur ce, Hoang-ti abandonna les soucis du gouvernement, quitta le palais, se défit de son entourage, se priva de toute musique, se réduisit à un ordinaire frugal, se confina dans un appartement écarté, où il s'appliqua durant trois mois uniquement à régler ses pensées et à brider son corps. Durant cette réclusion, un jour, pendant sa sieste, il rêva qu'il se promenait dans le pays de Hoa-su-cheu. ― Ce pays est à l'ouest de Yen-tcheou, au nord de T'ai-tcheou, à je ne sais combien de myriades de stades de ce pays de TsH. On ne saurait y aller, ni en barque, ni en char ; seu】 le vol de l'àme y atteint. Dans ce pays, il n'y a aucun chef ; tout y marche spontanément. Le peuple n'a ni désirs ni convoitises, mais son instinct naturel seulement. Personne n'y aime la vie, n'y redoute la mort; chacun vit jusqu'à son terme. Pas d'amitiés et pas de haines. Pas de gains et pas de pertes. Pas d'intérêts et pas (le craintes. L'eau ne les noie pas, le feu ne les brûle pas. Aucune arme ne peut les blesser, aucune main ne peut les léser. Ils s'élèvent dans l'air comme s'ils montaient des marches, et s'étendent dans le vide comme sur un lit. Nuages et brouillards n'interceptent pas leur vue, le brait du tonnerre n'affecte pas leur ouïe, aucune beauté aucune laideur n'émeut leur cœur, aucune hauteur aucune profondeur ne gêne leur course. Le vol de l'âme les porte partout. 一 A son réveil, une paisible lumière se fît dans l'esprit de l'empereur. Il appela ses principaux ministres, T'ien-lao, Li-mou, ■Tai-chan-ki, et leur dit: Durant trois mois de retraite, j'ai réglé , mon esprit et dompté mon corps, pensant comment il faudrait m'y prendre pour gouverner sans me fatiguer. Dans l'état de veille, je n'ai pas trouvé la solution ; elle m'est venue, pendant que je dormais. Je sais maintenant que le Principe suprême ne s'atteint pas par des efforts positifs, (mais par abstraction et inaction). La lumière est faite dans mon esprit, mais je ne puis pas vous expliquer la chose davantage. ― Après ce songe, Hoang-ti régna encore durant vingt-huit ans, (appliquant la méthode de laisser aller toutes choses). Aussi l'empire devintil très prospère, presque autant que le pays de Hoa-su-cheu. Puis l'empereur monta vers les hauteurs, d'où, deux siècles plus tard, le peuple (qui le regrettait) le rappelait encore.
B. Le mont Lie-kou-ie se trouve dans l'île Ho-tcheou. Il est habité par des hommes transcendants, qui ne font pas usage d'aliments, mais aspirent l'air et boivent la rosée. Lear esprit est limpide comme l'eau d'une source, leur teint est frais comme celui d'une jeune fille. Les uns doués de facultés extraordinaires, les autres seuleinent très sages, sans amour, sans crainte, ils vivent paisibles, simplement, modestement, ayant ce qu'il leur faut
. 明、 四 時 常 若, 風 雨 常 sn 子 育 常 時、 年 穀常豐 、而土 無礼傷 人、 無 夭惡 物, 無 疵癘
列子居 、數月 不省舍 、因 閒請蘄 其術考 十反而 十不告 "尹 生 靆 而 請辭。 列子 iK
之 後, 心 不敢 At 是 非, 口 不 敢 一 W 利 害, 始 得夫子 .一 眄而 已。 五 年 之 後、 心 庚 念 是
Lie-tzeu, chap. 2 B, G, D. 85
sans avoir besoin de se le procurer. Chez eux, le yinn et le yang sont sans cesse en harmonie, le soleil et la lune éclairent sans interruption, les quatre saisons sont régulières, le vent et la pluie, viennent à souhait, la reproduction dés animaux et la maturation des récoltes arrivent à point. Pas de miasmes meurtriers, pas de bêtes malfaisantes, pas de fantômes causant la maladie ou la mort, pas d'apparitions ou de bruits extraordinaires, (phénomènes qui dénotent toujours un défaut dans l'équilibre cosmique).
G. De son maître Luo-chang-cheu, et de son ami Pai-kao-tzeu, Lietzeu apprit l'art de chevaucher sur le vent ( randonnées extatiques). Yinncheng l'ayant su, alla demeurer avec lui, dans l'intention d'apprendre de lui cet art, et assista à ses extases qui le privaient de sentiment pour un temps notable. Plusieurs fois il en demanda 】a recette, mais fut éconduit à chaque fois. Mécontent, il demanda son congé. Lie-tzeu ,ne lui répondit pas. Yinn-cheng s'en alla. Mais, toujours travaillé par le même désir, au' bout de quelques mois il retourna chez Lie-tzeu. Celui-ci lui demanda: pourquoi est-tu parti ? pourquoi es-tu revenu? ― Yinn-cheng dit : vous avez repoussé toutes mes demandes ; je vous ai pris en grippe et suis parti ; maintenant mon ressentiment étant éteint, 〗e suis revenu. ― Lie-tzeu dit: je te croyais l'âme mieux faite que cela ; se peut-il que lu l'aies vile à ce point? Je vais te dire comment moi j'ai été formé par mon maître. J'entrai chez lui avec un ami. Je passai dans sa maison trois années entières, ' occupé à brider mon cœur et ma 'bouche, sans qu'il m'honorât d'un seul regard. Comme je progressais, au bout (; le cinq ans il me sourit pour la première fois. Mon progrès s'accentuant, au bout de sept ans il me fit asseoir sur sa natte. Au bout de neuf années d'efforts, j'eus en lin perdu toute notion du oui et du non, de l'avantage et du désavantage, de la supériorité de nioû maître et de l'amitié de mon condisciple. Alors l'usage spécifique de mes divers sens, fut remplacé par un sens général ; mon esprit se condensa, tandis que mon corps se raréfiait; mes os et mes chairs se liquéfièrent (s'éthérisèrent ) ; je perdis la sensation que je pesais sur mon siège, que j'appuyais sur mes pieds (lévitation); enfin je partis, au gré du vent, vers l'est, vers l'ouest, dans toutes les directions, comme une feuille morte emportée, sans me rendre compte si c'est le vent qui m'enlevait, ou si c'est moi qui enfourchais le vent. Voilà far quel long exercice de dépouillement, de retour à la nature, j'ai dû -pcisser, pour arriver à l'extase. Et toi qui viens à peine d'entrer chez un maître, qui es encore si imparfait que ta t'impatientes et te courrouces ; toi dont l'air repousse et dont la terre doit encorè supporter le corps grossier et lourd, tu prétends t'élever sur le veut dans le vide? ― Yinn-cheng se vêtira confus, sans oser rien répondre.
D. Lie-tzeu demanda à Koan-yinn-tzeu : Que le sur-homme passe là où il n'y a pas d'ouverture, traverse le feu sans être brûlé, s'élève très haut sans éprouver de vertige ; dites-moi, s'il vous plaît, comment fait-il pour en arriver là? ― En conservant, dit Koan-yinn-tzeu, sa nature parfaitement pure ; Don par aucun procédé savant ou ingénieux. Je vais l'expliquer cela. Tout ce qui a forme, figure, son et couleur, tout cela ce sont les êtres. Pourquoi ces êtres se feraient-ils opposition les uns aux autres? Pourquoi y
所化, 夫得是 fi 窮之者 焉得而 正焉, 彼將處 乎不鑲 之度、 而藏 乎無端 之紀、 游
」 而 不 僭。 彼 得 全於酒 hi 猶若 是、 而 ^得 全於天 乎。 聖 A 顯於天 ,故 物莫 之能傷
Lie-tzeu, chap. 2 D, E, F. 87
aurait-il entre eux un autre ordre, que la priorité dans le temps? Pourquoi 】em、 évolution cesserait-eJle, avec la déposition de leur forme actuelle? Comprendre cela à fond, voilà la vraie science. Celui qui l'a compris, ayant une basé ferme, embrassera toute la chaîne des êtres, unifiera ses puissances, fortifiera son corps, rentrera ses énergies, communiquera avec révolution universelle. Sa nature conservant sa parfaite intégrité, son esprit conservant son entière liberté, rien d'extérieur n'aura prise sur lui. Si cet homme, en état d'ivresse, tombe d'un char, il ne sera pas blessé mortelleraenl. Quoique ses os et ses articulations soient comme ceux des autres hommes, le même traumatisme n'aura pas sur lui "le même effet; parce que son esprit, étant entier, protège son corps. L'inconscience agit comme une enveloppe protectrice. Rien n'a prise sur le corps, quand l'esprit n'est pas ému. Aucun être ne peut nuire au Sage, enveloppé dans l'intégrité de sa nature, protégé par la liberté de son esprit.
E. Lie-uk'eou / Lie-tzeu ) tirait de l'arc en présence de 'Pai-hounnou-jenn, une tasse contenant de l'eau étant attachée sur son coude gauche. 11 bandait l'arc, de la main droite, à son maximum, décochait, replaçait une autre flèche, décochait encore; et ainsi de suite, avec l'impassibilité d'une statue, sans que l'eau de la tasse vacillât. ― Pai-hounn-ou-jenn lui dit : Votre tir est le tir d'un archer tout occupé de son tir (tir artificiel), non le tir d'un archer indifférent pour son tir (tir naturel). Venez avec moi sur quelque haute montagne, au bord d'uo précipice, et nous verrons si vous conservez encore celte présence d'esprit. ― Les deux hommes firent ainsi. Pai-hounn-ou-jenn se campa au bord du précipice, dos au gouffre, ses talons débordant dans le vide ( or l'archer doit se rejeter en arrière pour bander), puis salua Lie-uk'eou d'après les rits, avant de commencer son lir. Mais Lie-uk'eou, saisi de vertige, gisait déjà par terre, la sueur lui ruisselant jusqu'aux talons. ― Pai-hou nn-ou-jenn lui dit: Le sur-homme plonge son regard dans les profondeurs du ciel, dans les abîmes de la terre, dans le lointain de l'horizon, saas que son esprit s'émeuve. 11 me paraît que vos yeux sont hagards, et que, si vous tiriez, vous n'atteindriez pas le but.
F. Un membre du clan Fan, nommé Tzeu-hoa, très avide de popularité, s'était attaché tout le peuple de la principauté Tsinn. Le prince de Tsinn en avait fait son favori, et l'écoutait plus volontiers que ses ministres, distribuant à son instigation les honneurs et les blâmes. Aussi les quémandeurs faisaientils queue à la porte de Tzeu-lioa^ lequel s'amusait à leur faire faire devant lui assaut d'esprit, à les faire même se battre, sans s'émouvoir aucunement
Lie-tzeu,.chap. 2 F. S9
des accidents qui anlvaietit clans ces joutes. Les mœurs publiques de la principauté Tsimi pâtirent de ces excès. ― Un jour Ho-cheng et Tzeii-pai, qui revenaient de visiter la famille Fan" passèrent la nuit, à une étape de la ville, dans une auberge tenue par un certain Chang -k'iou-k' ai (taoïste). Ils s'entretinrent de ce qu'ils venaient rie voir. Ce Tzeu-hoa, dii'erit-ils, est toutpuissant; il sauve et perd qui il veut; il enrichit ou ruine à son gré. Changk'iou-k'ai que la faim et le fi'oid empêchaient de doi'rair, entendit cette conversation par l'imposte. Le lendemain, emportant quelques provisions, il alla en ville, et se présenta à la porte de Tzeu-hoa. Or ceux qui assiégeaient. cette porte, étaient tous personnes de condition, richement habillés et venus en équipages, prétentieux et arrogants. Quand ils virent ce vieillard caduc, au visage lialé, mal vêtu et mal coiffé, tous le regardèrent de haut, puis le méprisèrent, enfin se jouèrent de lui de toute manière. Quoi qu'ils fissent, Ghang -kHou-k, ai resta impassible, se prêtant à leur jeu en souriant. ― Sur ces entrefaites, Tzeu-hoa ayant conduit toute la bande sur une haute terrasse, dit: cent onces d'or sont promises à qui sautera en bas !.. Les rieurs de tout à l'heure eurent peur. Chang- k'iou-k' ai sauta aussitôt, descendit doucement comme un oiseau qui plane, et se posa à terre sans se casser aucun os. C'est 】à un effet du hasard, dit la bande. —— Ensuite Tzeu-hoa 【es conduisit tous au bord du Fleuve, à un coude qui produisait un profond tourbillon. A cet endroit, dit-il, tout au fond, est une perle rare ; qui l'aura retirée, pourra la garder!.. Chang~k,iou-k'ai plongea aussitôt, et l'appoi'ta. la pei'le rare du fond du gouffre. Alors la bande commença à .se clouter qu'elle avait affaire à un être extraordinaire. — Tzeu-hoa le fit habiller, et l'on s'attabla. Soudain un incendie éclata dans un iragasin de la famille Fan. Je donne, dit Tzeu-hoa, à celai qui entrera dans ce brasier, tout ce qu'il en aura retiré!.. Sans changer de visage, Chang-kHou-k'ai entra aussitôt clans le feu, et en ressortit, sans être ni brûlé ni même roussi. ― Convaincue enfin que cet homme possédait des dons transcendants, la bande lui fit des excases. Nous ne savions pas, dirent-ils; voilà pourquoi nous vous avons manqué. Vous n'y avez pas fait attention, pas plus qu'un sourd ou qu'un aveugle, conflrmant par ce stoïcisme votre transcendance. Veuillez nous faire part de votre formule! ― Je. n'ai pas de formule, dit Chang-kHou-k'ai. Je vais comme mon instinct naturel me pousse, sans savoir ni pourquoi ni comment. Je suis venu ici pour voir, parce que deux de mes hôtes ont pai'ié de vous, la distance n'étant pas grande. J'ai cru parfaitement tout ce que vous m'avez dit, et ai voulu le faire, sans arrièi'e-pensée relative à ma personne. J'ai donc agi sous l'impulsion de mon instinct naturel complet et indivis. A qui agit ainsi, aucun être ne s'oppose, (cette action étant dans le sens du mouvement cosmique ) . Si vous ne veniez de me le dire, je ne me serais jamais douté que vous vous êtes moqués de moi. Maintenant que je le sais, je suis quelque peu ému. Dans cet état, je n'oserais plus,, comme auparavant, affronter l'eau et le feu, car je ne le ferais pas impunément. 一 Depuis cette leçon, les clients, de la famille Fan n'insultèrent plus personne. Ils descendaient de leurs chars, pour saluer sur la route, même les mendiants et les vétérinaires. 一 Tsai-no rapporta toute cette histoire à Confucius. Sans doute, dit celui-ci. Ignorais-tu que l'homme absolument simple, liéchit par cette simplicité tous les êtres, touche le ciel et la terre, propitie les mânes, si bien que rien absolument ne s'oppose à lui dans les six régions de l'espace, que rien ne lui est hostile, que le feu et l'eau ne le blessent pas? Que si sa simplicité mal éclairée a
Lie-tzea, chap. 2 F, 6, H.
Rr 汝 弗 知 乎。 夫 至信之 人、 可 s 感物 也, 動 天 地、 感 鬼 禪、 橫 六合 而無逆 者, 豈 但
M 危 險, K 水 火而已 哉。 商丘 開 信 僞、 物猶 不 ar^ 彼 我皆誡 哉.。 小 子 識之。 G 周
濟乎觴 深之淵 矣、 津 人 橾舟若 神, 吾 問 焉 曰、 操 舟可學 邪。 nr 可。 能 游 者可教 也。
謂 也=仲 0^ 曰, 薩 吾 與若 îg 其文久 矣、 而 未 達 其實、 H 0 且 道 與。 能 游者可 教也、
Lie-tzeu, chap.
protégé Chang-kHoii-k'ai, combien plus elle moi. Retiens cela ! ( Bout de l'oreille
ma droiture avisée me protégera-tdu chef d'école. )
G. L'intendant des pacages de l'empereur Suan-ivcmg de la dynastie Tcheou, avait à son service ua employé Leang-ying, lequel était doué d'un pouvoir extraordinaire sur les animaux sauvages. Quand il entrait dans leur enclos pour les nourrif, les plus réfractai res, tigres, loups, aigles pêcheurs, se soumettaient docilement à sa voix. Il pouvait les affronter impunément, dans les conjonctures les plus critiques, temps du rut ou de la lactation, ou quand des espèces ennemies se trouvaient en présence. L'empereur ayant su la chose, crut à l'usage, de quelque charme, et donna ordre à rofticier Mao-k'iouyuan de s'en informer. Leang-ying dit: Moi petit employé, com- ' ment posséderais-] e un charme? Si j'en possédais quelqu'un, comment oseraisje le cacher à l'empereur ? En peu de mois, voici tout mon secret : Tous les êtres qui ont du sang dans les veines, éprouvent des attraits et des répulsioQs. Ces passions ne s'allument pas spontanément, mais par la présence de leur objet. C'est sur ce principe que je m'appuie, dans mes rapports avec les bêtes féroces. Je ne donne jamais à mes tigres une proie vivante, pour ne pas allumer leur passion de tuer ; ni une proie entière, pour ne pas exciter leur appétit de déchirer. Je juge de ce que doivent être leurs dispositions, d'après le degré auquel ils sont affamés ou rassasiés Le tigre a ceci de commun avec l'homme, qu'il affectionne ceux qui le noarrissent et le caressent, et ne tue que ceux qui le provoquent. Je me garde donc de jamais irriter mes tigres, et m'efforce au contraire de leur plaire. Gela est difficile aux hommes, d'humeur instable. Mon humeur est toujours la même. Contents de moi, mes animaux me regardent comme étant des leurs. Ils oublient, dans ma ménagerie, leurs forêts profondes, leurs vastes marais, leurs monts et leurs vallées. Simple effet d'un traitement rationnel.
H. Yen-hoei dit à Confucius : Un jour que je franchissais le rapide de Chang, j'admirai la dextérité extraordinaire du passeur, et lui demandai : cet art s'apprend-il? ― Oui, dit-il. Quiconque sait nager, peut l'apprendre. Un bon nageur l'a vite appris. Un bon plongeur le sait sans l'avoii' appris.. 一 Je n'osai pas dire au passeur, que je ne comprenais pas sa réponse. Veuillez me l'expliquer, s'il vous plaît. 一 Ah ! dit Confucius, je t'ai dit cela souvent en d'autres termes, et tu ne comprends pas encore! Ecoute et retiens cette fois!.. Quiconque sait nager, peut l'apprendre, parce qu'il n'a pas peur de l'eau. Un bon nageur l'a vite appris, parce qu'il ne pense même plus à l'eau. Un bon plongeur le sait sans l'avoir appris, parce que l'eau étant devenue comme son élément, ne lui cause pas la moindre émotion. Rien ne gêne l'exercice des facultés de celui dont aucun trouble ne pénètre l'intérieui'... Quand l'enjeu est un tesson de^ poterie, les joueurs sont posés. Quand c'est de la monnaie, ils deviennent nerveux. Quand c'est de l'or, ils perdent la tête. Leur habileté acquise restant la mêtne, ils sont plus ou moins incapables de
出 皲 髪. 行歌、 吾 以. 子爲鬼 也、 察子則 人也, 請 間蹈 水有道 乎。 nrt 、吾 無 道。 吾