肆之 H 已、 勿 鎏 勿 園。 晏. 平 仲 曰, 其 目 奈何。 夷 吾. ST 恣 耳 之所欲 聽、 恣 目 之所欲
養。 管 夷 吾 曰、 吾 旣告 子養生 矣、 送 死 柰 何。 晏 平 仲 ET 送 死 畧 矣, 將 何 3 告 焉。 醤
Lie-tzeu, chap. 7 D, E.
gnée. Voilà où l'ignorance des vrais principes, conduit les meilleures gens. — Yang-tchou dit: Yuan-hien fut pauvre à Lou, Tzeu-koiing fut riche à Wei. La pauvreté de Yuan-hien abrégea sa vie, la richesse de Tzeu-koung l'usa de soucis. Mais alors, si la pauvreté et la richesse sont également nuisibles, que faire? Voilà: vivre joyeux, 】MeD traiter son corps, voilà ce qu'il faut faire. Au joyeux, môme la pauvreté ne peut nuire ( parce qu'il ne s'en afflige pas). A celui qui traite bien son corps, la richesse ne nuira pas non' plus ( parce qu'il ne s'usera pas de soucis). ― Yang-tchou dit: s'aider durant la vie, cesser à 】a mort ; j'aime cette parole des anciens. J'entends par aider, procurer 】es aises de la vie, les aliments et le chauffage, tous les secours de la vie. J'entends par cesser à la mort, uon la suppression des lamentations d'usage, mais celle des gaspillages tels que la perle ou le jade mis dans la bouche du cadavre, les riches habits, les victimes immolées, les objets olferts au mort.
E. Yen-jyinrjichoung disciple de Mei-ti ayant demanrlé à Koan-î-ou politicien penchant au taoïsme, comment il fallait traiter les vivants, celui-ci lui répondit: il faut favoriser lours penchants naturels, il ne faut pas les gên^r. ― Veuillez détailler davantage, dit Ym-'p'ingtchoung . ― Voici, (lit Koan-i-ou : il faut leur laisser toute liberté d'écouter, de regarder, de flairer, de goûter ; toute licence pour les aises du corps et le repos de l'esprit. Toute restriction mise à quelqu'une de ces facultés, afflige la nature, est une tyrannie. Etre libre de toute contrainte, pouvoir satisfaire tous ses instincts, au jour le jour, Jusqu'à la mort, voilà ce que j'appelle vivre. Se contraindre,' se morigéner, être toujours souffrant, à mon avis, cela n'est pas vivre. Et maintenant que je vous ai dit comment traiter les vivants, veuillez me dire comment traiter les morts. 一 Les morts, dit Yen-ifinglchoung, peu importe comment on les traite, (le corps n'étant qu'une défroque usée). Qu'on les brûle, qu'on les immerge, qu'on les enterre, qu'on les expose, qu'on les lie dans de la paille et les jette à la rivière, qu'on les habille ricliement et les dépose dans un sarcophage ou clans une bière, tout cela revient au raèrae. ― Regardant ses amis qui avaient assiste à cet entretien, Koan-i-ou dit; celuilà et moi entendons ce qui en est de la vie et de la moi t.
化、 惡 者 長 其 禁, 鄭 El 3 治, 譜
析 一 ri 謀 之 曰 、僑 a 治 身以及
自悔: ri 夕 食 臃矣。 朝穆曰 ,告
一情 ri 動膀於
繊僑之 îlHa
hi 後 識 之
Lie-tzeu, chap. 7 F.
F. Tzeu-tch,an étant ministre de la principauté Tcheng, fit durant trois années des innovations, qui furent bénies du bon peuple, mais qui firent nombre de mécontents dans l'aristocratie. Or Tzeu-ich'an avait deux frères, un aîné Tchao, un cadet Mou. Tchao était un ivrogne, Mou était un débauché. On sentait le vin et la lie, à. cent pas de la porte de Tchao, à qui l'ivrognerie habituelle avait fait perdre tout sens de pudeur et de prudence. Le harem de Mou formait tout un quartier, que son propriétaire peuplait par tous les moyens, et dont il ne sortait guère. Très morfondu de l'inconduite de ses deux, frères, thème à railleries pour ses ennemis, Tzeu-tch'an consulta secrètement Ten g- si. Je crains, lui dit-il, qu'on ne dise cle moi, que, ne venant pas à bout de réduire mes frères, je n'ai pas ce qu'il faut pour gouverner l'état. Conseillez-Qioi, je vous prie. ― Vous auriez dû intervenir plus tôt, dit Teng-si. Faites-leur comprendre le prix rie la vie, l'importance du décorum et de la morale, —一 Tzeu-tch'an fit donc à ses deux frères un discours sur les trois points suivants: que, ce par quoi l'homme diffère fies animaux, ce sont, la raison, - les rits et la morale ; que l'assouvissement fies passions bestiales, use la vie et ruine la réputation ; que, s'ils se réhabilitaient, ils pourraient recevoir des charges. ― Bien loin d'ûtre attendais par ces arguments, Tchao elMou répondirent: 11 y a beau teraps que nous savons tout cela ; il y a beau temps aussi, que notre parti est pris de n'en tenir aucun compte. La mort terminant tout fatalement, l'important, à notre avis, c'est de jouir de )a vie. Nous ne sommes nullement disposés, à faire de 】a vie comme une mort anticipée, par les contraintes rituelles, morales, et autres. . Assouvir ses instincts, épuiser tous les plaisirs, voilà qui est vraiment vivre. Nous regrettons seulement que la capacité, de nos ventres soit inférieure à notre appétit, et que les forces de nos corps ne soient pas à la hauteur de •nos convoitises. Que nous importe, que les hommes parlent mal de nous, et que nos vies s'usent. Ne croyez pas que nous soyons hommes à nous laisser intimider ou gagner. Nous avons de toiil autres goûts que vous. Vous réglementez l'extérieur, faisant souffrir les hommes, dont les penchants intérieurs se trouvent ainsi comprimés. Nous laissons à tous les instincts leur libre cours, ce qui rend les hommes heureux. Vous arriverez peut-être à imposer par la force votre système à une principauté. Notre système à nous est spontanément admis par les princes et les sujets de tout l'empire. Merci de vos avis. Nous sommes heureux qu'ils nous aient donné l'occasidn de vous exprimer les nôtres. ― Tout à fait ahuri, Tzeu-tch'an ne trouva rien à répondre. 11 consulta encore Teng-si, qui lui dit: Vous avez tort de ne pas comprendre que vos frères voient plus clair que vous. Comment se trouve-t-il des hommes pour vous admirer? Quel bien êtes -vous capable de faire à la principauté de Tcheng 9
170 ; Lie-tzeu, chap. 7 G.
世、, 故 放 意 所 好, 其 生 民^ 欲 爲乂 意 之 所 欲 IS 者、 無 不 爲 也, 無 不 m 也。 墙 屋
Lie-tzeu, chap. 7 G.
G. Toan-mouchou de Wer, riche contemporain de Tzeu-koung, employa la grande fortune amassée par ses ancêtres, à faire plaisir à soi et aux autres. Bâtiments, jardins, mets, costumes, musique, harem, pour lout cela il éclipsa les princes de Ts'i et de Tch'ou. II satisfit, pour lui et pour ses hôtes, tous les désirs du cœur, des oreilles, des yeux, de la bouche, faisant venii' à cette On les objets les plus rares des pays les plus lointains. Il voyageait avec le même luxe et les mêmes commodités. Les hôtes affluaient chez lui par centaines, le l'eu ne s'éteignait jamais dans ses cuisines, la musique ne cessait jamais de retentir dans ses salles. Il répandait le surplus de ses richesses, sur ses parents, sur ses concitoyens, sur son pays. Il soutint ce train durant soixante années. Alors sentant ses forces l'abandonner et la mort approcher, en un an il distribua en cadeaux toutes ses possessions, n'en donnant rien à ses enfants. 11 se dépouilla si bien, que, dans sa dernière maladie, il manqua des médicaments nécessaires, et que, après sa mort, l'argent pour ses funérailles fit défaut. Ceux qui avaient bénéficié de ses largesses, se cotisèrent alors, rensevelireiit, et constituèrent un pécule à ses descendants... Que faut- il penser de la conduite de cet homme?.. K'inn-kou-li jugea qu'il se conduisit en fou, et deshonora ses ancêtres. Toan-kan-cheng jugea qu'il se conduisit en homme supérieur, et fut beaucoup plus sage que ses économes ancêtres. 11 agit contrairement au sens vulgaire, mais conformément au sens supérieur. Ce prodigue fut plus sage que tous les princes de Wei morigénés. (Ainsi juge l'épicurien Yang-tchou) .
Lie-tzeu, chap. 7 H, I, J.
0 li 。大 禹
ET 天下 之美歸 之舜禹
Lie-tzeu, chap. 7 H, I, J.
H. Mong-soumi-yang demanda à Yang-tcJiou : Uu homme qui veille sur sa vie et qui soigne son corps, peut-il arriver à ne jamais mourir? — ■ Il arrivera cerlainemeot à vivre plus longtemps, dit Yang-tchou. Mslis, vivre plus longtemps, est-ce un résultat qui vaille qu'on se donne tant de mai, que l'on fasse tant d'efforts? Le monde a toujours été, et sera toujours, plein de passions, de dangers, de maux, de vicissitudes. On y entend, on y voit toujours les mêmes choses; les changements même n'y aboutissent à rien de nouveau. Au bout 'de cent eqs d'existence, ceax qui ne sont pas morts de douleur, meurent d'ennui. ― Alors, dit Mong-sounn-yang , d'après vous, l'idéal serait le suicide? 一 Du tout, dit Yang-tchou. 11 faut supporter la vie tant qu'elle dure, en s'iogéniant à se procurer toutes les satisfactions possibles. 11 faut accepter la mort quand elle vient, en se consolant par la pensée que tout va être fini. On peut ne pas prolonger sa Yie, mais on ne doit pas hâter sa mort.
I. Yang-tchou dit: Pai-tch'eng Tzeu-kao n'aurait pas sacrifié un poil, pour l'amour de qui que ce fût. Il quitta la capitale, et se fit laboureur dans uû recoin ignoré. Le grand U au contraire se dépensa et s'usa tout entier pour les autres. 一 Les anciens ne donnaient pas un poil à l'état, et ri'au-. raient pas accepté qu'on se dévouât pour eux aa nom de l'état. C'est dans ces temps-là, alors que les particuliers ne faisaient rien pour l'état, et que l'était ne faisait rien pour les particuliers; c'est dans ces temps-là, que l'état se portait bien. ― Et vous, demanda K'inn-kou-li à. Yang-tchou, sacrifieriez- Yous un poil de votre corps, pour le bien de l'état? ― Un poil, dit Yangtchou, ne lui profiterait guère. ― Mais enfin, s'il lui profitait, le saerîfieriezvous? insista K'inn-kou-li. —— Yang-tchou ne répondit pas i. K'innkou-li sortit et rapporta à Mong-soûnn-yang la' conversation qu'il venait d'avoir avec Yang-lchou. Vous n'avez peut-être pas compris la portée de sa pensée, dit Mong-sounn-ijang . Si on vous offrait une forte somme pour un morceau de votre peau, le donneriez- vous?..- Oui, dit K'inn-kou-li. ― Et si on vous offrait une principauté pour un de vos membres, le donneriez-vous?... K'inn-kou-li hésitant à répondre, Mong-sourm-yang dit: un poil, c'est moins qu'un morceau de peau; un morceau de peau, c'est moins qu'un membre. Mais, additionnés, beaucoup de poils vaudraient un morceau de peau, beaucoup de morceaux de peau vaudraient un membre. Un poil, c'est une partie du corps, donc quelque chose de précieux. ― K'inn-kou-li dit : Maître je ne suis pas assez fort en dialectique, pour pouvoir répondre à votre argument; mais je sens que, si je leur déférais nos propositions, Lao-tjan et Koarir yinn-izeu approuveraient la vôtre (et celle de Yang-tchou ), le grand U et Mei-ti approuveraient la mienne. 一 Mong-sounn-yang parla d'autre chose.
3. Yang-tchou dit; On ne dit que du bien de Chounn,Ae U, de Tcheoukoun'g , et de 'Confucius ; ou ne dit que du mal de lue (dernier empereur des
1. De là la répulalion d'égoïsme de Yang-tchou. Son égoïsme . n'est qu'un point particulier de son épicurisme général. ■ . ':■
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Lie-tzeu, chap. 7 J,
Hia) et de Tcheou (dernier empereur des Yinn) i. ― Or Chounn fut laboureur à Ho-ijang, potier à Lei-tchai, usant ses forces ( péché taoïste), privant son ventre, inquiétant ses parents, déplaisant à ses frères et sœurs. A trente ans seulement il.se mafia, et sans permission. Quand Yao lui céda l'empire, il était vieux et ramolli. Puis, son fils Cliang-kiunn étant incapable, il dut céder l'empire à U, el acheva sa vie dans une vieillesse morose; toutes choses que les hommes qui vivent selon la nature évitent. ― Kounn n'ayant pas réussi à faire écouler les eaux, fut mis à mort à U-chan. Son fils Î7 servit celui qui avait ainsi traité son père, au point de ne pas rentrer chez lui pour voir et nommer son fils nouveau-né. Il travailla et peina, au point d'user son coi'j)s, au point que ses mains et ses pieds furent tout couverts de callosités. Enfin quand Chounn lui eut cédé l'empire, il brilla mé'diocrement, et finit dans une vieillesse morose, ce que les hommes qui vivent selon la nature évitent. ― Après la mort de l'empereur Ou-wang, durant la jeunesse de l'empereur Tch'eng-wang, Tcheou-koung (le duc de Tcheou, frère du défunt, oncle du successeur) chargé de la régence, ne s'entendit pas avec le duc de a h CIO, fut fortement critiqué, dut s'éclipser durant trois ans, mit à mort deux de ses frères, eut du mal à conserver sa propre vie, et finit dans une vieillesse morose, ce que les hommes qui vivent selon la nature évitent. ― Confucius se dévoua à la tâche d'illustrer les enseignements des anciens empereurs, et de les faire agréer aux princes de son temps. Pour prix de ses efforts, on abattit à Song l'arbre sous lequel il s'abritait, on l'obligea de déguerpir de Wei, on le traqua à Chang de Tcheou, on le bloqua entre Tch'enn et Ts'ai. Il fut vexé par Ki-cheu, outragé par Yang -hou, et finit par s'éteindre dans une vieillesse morose, ce à quoi ceux qui vivent selon la nature échappent. — Ces quatre Sages n'eurent pas, durant leur vie, un seul jour fie vrai contentement. Après leur mort, leur réputation grandit d'âge en âge. Ce vain renom posthume est-il une compensation pour les vrais plaisirs dont ils se privèrent durant, leur vie? Maintenant on les loue, on leur fait des offrandes, sans qu'ils en sachent rien, pas plus qu'an soliveau ou une motte de terre. ― Tandis que Kie, riche, puissant, savant, redouté, jouit de tous les plaisirs, satisfit tous ses appétits, fut glorieux jusqu'à sa mort, eut tout ce que les hommes qui vivent selon la nature désirent. .— Tcheou lui aussi se moqua des rits, et s'amusa jusqu'à sa mort, sorl que les hommes qui vivent selon la nature préfèrent. — Ces deux hommes eurent, durant leur vie, tout ce qu'ils voulurent. Maintenant, sans doute, on les appelle sots, méchants, tyrans; mais qu'est-ce que cela peut leur faire.? ils. n'en savent rien, pas plus qu'un soliveau ou une motte de terre. ― Les quatre Sages ont souffert tous les maux, sont morts tristement, et n'ont pour toute compensation que leur vaine renommée. Les deux Tyrans ont joui de tous les biens jusqu'à la mort, et ne souiïrent pas maintenant, de leur mauvaise réputation. (Epicurisme de Yang-tchou. )
i . TH pages 40, M, Wh, m. 59, 85.
176 Lie-tzeu, chap. 7 K, L, M.
二 na
Lie-tzeu, chap. 7 K, L, M.
K. Yang-tchou ayant. été reçu par le roi de Leang, lui dit que, avec sa recette, gouverner l'empire serait aussi facile que de retourner la main. Le roi de Leang lui dit : Maître, vous avez une épouse et uae concubine, deux personnes, que vous n'arrivez pas à faire tenir tranquilles; vous possédez trois arpents de jardin, que vous ne savez pas cul liver; et vous osez me dire que, avec votre recette, gouverner l'empire serait aussi facile que de retoui'iiei; la main. Est-ce que vous voulez vous moquer de moi? 一 Yang-tchou dit: Avez- vous jamais vu un pastoureau conduire un troupeau de cent moutons, marchant derrière trai 零 illement avec son fouet, et laissant aller les moutons où il leur plaît? (Voilà mon système, abandonner chacun à son instinct. ) Tandis que (avec leur système de la coercition artificielle) Ycto tirant et Chounn poussant, n'arriveraient pas à deux à t'ah'e marcher un seul mouton. Et pour ce qui est de mes affaires domestiques (femmes et jardin) auxquelles vous venez de faire allusion,, je dirai seulement ceci. Les poissons grands à avaler un bateau, ne se trouvent pas dans les rigoles ; les cygnes au vol puissant, ne fréquentent pas les mares. La cloche foudaiiienlale et le tuyau majeur, ne servent pas à faire de la musiquette. Ceux qui sont aptes à gouverner les grandes choses, u'aimetit pas à s'occuper de vétilles. Je pense que vous m'aurez compris.
L. Yang-tchou dit: Les choses de la plus haute antiquité out si bien disparu, que personne ne pourra plus les conter. Les affaires des trois Augustes, sont à peu prés oubliées. Celles des cinq Souverains, sont confuses comme un rêve. Celles des trois Empereurs, on en sait la ceiil-inilliéme partie. Des affaires conteraporaines, ou sait la dix-millième partie. De ce qu'on a vu soi-même, on retient la millième partie. La haute auliquilé est si loin de nous! Fou-hi régna il y a plus de trois cent mille ans, et depuis lors, clans le monde, il y a des sages et des sots, des choses belles et. d'autres laides, (les succès et des insuccès, du bien et du mal. Tout cela se suit sans cesse, en chaîne continue, tantôt plus lenlement, tantôt plus vite. Est-ce bien la peine de fatiguer son esprit et son corps, poui- obtenir une réputation posthume de bon prince, laquelle durera quelques siècles, et dont on n'aura même pas connaissance? Cela coûte le plaisii' de toute la vie,- et ne rafraîchit pas les os après la mort.
M. Yang-tchou dit: L'homme tient du ciel et de la terre. Il y a eu lui quelque chose des cinq éléments. C'est le plus transcendant de tous les êtres doués de vie. Il n'a ni griffes ni dents pour se défendre, ni peau impéiiéti'able aux traits, ni pieds agiles pour fuir, ni poil ni plumes qui le protègent contre les intempéries. Il tire sa subsistance des autres êtres, qu'il domine tous, non par sa force, mais par son intelligence. C'est son intelligence, qui fait la noblesse de l'homme, et sa supériorité sur des èti'es qui lui sont' inférieurs, quoique beaucoup plus forts que lui. A proprement parler, son corps n'est pas à lui (pas domaine absolu ); le fait qu'il ne peut pas préserver son intégrité, le prouve. Les êtres ne sont pas non plus à lui (même sens); le fait qu'il ne peut pas se préserver de ceux qui lui sont nuisibles, le prouve. L'homme dépend de son corps pour la vie, et des êtres pour l'entretien de la vie. Impossible, pour l'homme, de se donner la vie; et poui' les êtres, de se donner l'être. Celui qui asservit les hommes et les êtres à sa domiiïatioa ou à
I 人有 美戎菽 廿臬莖 aT 萍子 者, 將鄕 豪 稱 之。 鄕 s m .而 譽 之、 蜥於 口, 慘於 腹、 眾
Lie-tzeu, chap. 7 N, 0.
sa jouissance personnelles, celui-là n'est pas un Sage. Celui qui fraternise avec les hommes et les êtres, cherchant et laissant chacun chercher son bien naturel, celui-là est un sur-homme, le plus supérieur de tous les hommes. •
N. Yang-tchou dit: Quatre désirs agitent les hommes, au point de ne leur laisser aucun repos; à savoir, le désir de la longévité, celui de la réputation, celui d'une dignité, celui de la richesse. Ceux qui ont obtenu ces choses, craignant qu'on ne les leur enlève, ont peur des morts, des vivants, des princes, des supplices. Ils tremblent toujours, en se demandant s'ils mourront ou s'ils vivront, parce qu'ils n'ont rien compris à la fatalité, et croient que les choses extérieures ont pouvoir sur eux. Il est au contraire des lïbmmes, qui, s'en remettant au destin, ne se préoccupent pas de la durée de la vie; qui dédaignent la réputation, les dignités, les richesses. Toujours satisfaits, ceux-là jouissent d'une paix incomparable, parce qu'ils ont compris que, tout étant régi par 】a fatalité, rien n'a pouvoir sur eux. ― L'idéal taoïste, c'est l'exercice de l'agriculture dans V obscurité, produisant ce qu'il faut pour vivre, pas davantage. Les anciens l'ont fort bien dit: l'amour cause une moitié des troubles ,des hommes, et le désir du bien-être cause le reste. L'adage des Tcheou, que les agriculteurs sont, dans leur condition, les plus heureux des hommes, est aussi fort juste. Ils travaillent depuis l'aube jusqu'à la nuit, fiers de leur endurance. Ils trouvent que rien n'est savoureux, comme leurs grossiers légumes. Leurs corps endurcis ne sentent pas la fatigue. Si on les obligeait à passer un jour seulement dans le luxe et la bonne chère des citadins, ils en tomberaient malades ; tandis qu'un noble ou un prince périrait, s'il devait vivre un jour en paysan. Les barbares, eux, trouvent que rien dans l'empire ne vaut ce qu'eux possèdent et aiment. La nature est satisfaite, quand elle a le nécessaire; tous les besoins qui dépassent, sont superfétation, civilisation artificielle. ― Jadis, dans la principauté Song , un campagnard absolument ignare des choses de la ville, avait passé l'hiver dans des guenilles à peine capables de le garanti i' de la gelée. Quand le printemps fut venu, il les ôta, pour se chauffer tout nu au soleil, li trouva la chaleur si bonne, qu'il dit à sa femme : on a peut-être oublié d'en offrir à noire prince; si nous 【e faisions, nous obliendrions peut-être une bonne récompense... Un riche du pays lui dit alors : jadis un paysan offrit du cresson à un prince. Celui-ci en ayant mangé, en fut fort inconfimodé. Le pauvre paysan fut moqué par les uns, grondé par Jes autres. Prends garde qu'il ne t'arrive mésaventure pareille, si tu apprends au prince à se chauffer nu au soleil,
O. Yang-tchou dit: un logement luxueux, de beaux habits, de boas aliments, de belles femmes, quand on a tout cela, que désirerait-on de plus? qui désirerait davantage, serait un insatiable. Or les insatiables usent leur vie, comme bois ou papier rongé par les vers. Ils ne sont pas loyaux envers leurs princes, ni bons pour les êti'es, étant égoïstes et malcontents. Ou s'ils le sont, ce n'est qu'en apparence, pour l'amour d'un vain renom de loyauté ou de bonté. 一 L'enseignement transmis par les. anciens, c'est la paix entre les supérieurs et les inférieurs, et la concession mutuelle par tous des avantages congrus. ― U-tzeu dit : supprimez l'amour de la réputation, et il n'y aura plus de chagrins. Lao-tzeu a dit: la réputation ne vaut pas la vérité, et cependant on court après elle plus qu'après la vérité. La réputation ne, devrait, ni
列子 曰, 雕 聞 待 後。 曰、 顯 若 影則知 之。 列 子顯 s 觀 影、 形 fi 則 影曲、 形 直則影 正
U 子列子 曰, ÎW 美則饗 美、 眷 惡 則 響 惡。 身 長則影 長、 身短 則 影 短。 名 也者響 也、 行
Lie-tzeu,chap. 8 A, B. 181
être cherchée, ni être évitée. Car les efforts faits pour l'acquérir usent, mais sa paisible possession réconforte. Le déshonneur userait aussi, par la tristesse qu'il engendre. Donc, ne pas chercher, ne pas éviter. Ce qu'il faut éviter, c'est de se faire un tort réel, par l'acquisition d'un faux renom, par la perte d'une vraie gloire. Sans doute, l'idéal serait d'être également insensible à l'honneur et au déshonneur; mais cet idéal, peu y atteignent.
Chap. 8. Anecdotes.
A. Alors que Lie-tzeu était disciple de maître Linnde Hou-k'iou, celuici lui dit un jour: quand tu auras saisi ce qui est derrière toi, je t'apprendrai à te saisir toi-même. — Et qu'y a-t-il derrière moi? demanda Lie-tzeu. —— Ton ombre, dit maître Linn de Hou-k'iou; examine-la. ― Lie-tzeu examina donc son ombre. 11 constata que quand soù corps se courbait, l'ombre devenait courbe ; que quand son corps se dressait, l'ombre devenait droite. Il se dit que, d'elle-même, l'ombre n'était donc ni courbe ni droite, mais qu'elle dépendait entièrement de la forme du corps. Et il tira, de cette considéralion, celte conséquence, que l'homme doit s'adapter en tout, rien ne dépendant de lui. C'est là le sens de la formule : après avoir saisi ce qui est derrière, se tenir immobile devant. ― Koan-yinn-tzeu dit à Lie-tzeu: selon que le son fut beau ou laid, l'écho est beau ou laid; quand l'objet croît, son. ombre croît ; quand l'objet diminue, son ombre diminue. La réputation est l'écho de l'homme, la conduite est l'ombre de l'homme. L'adage dit: veillez sur vos paroles et sur votre conduite, car vos paroles seront redites et votre conduite sera imitée. Le Sage juge de l'inlérieur d'après l'extérieur; c'est là sa manière de pronostiquer. Il impute à l'homme, ce qu'il a remarqué dans ses manières. ― Chacun aime qui l'aime, et hait qui le hait. Les empereurs T'ang et Ou régnèrent, parce que, ayant aimé le peuple de l'empire, celui-ci les paya de retour. Les tyrans Kie et Tcheou périrent, parce que, ayant haï le peuple de l'empire, celui-ci le leur rendit. C'est là la grande loi, le résumé de l'histoire. Depuis Chenn-noung, Chounn, les trois dynasties, toutes les fortunes, toutes les infortunes, ont eu ces deux raisons. ― Yenk'oei dit : à quoi bon tant de théories? Moi je pense qu'il suffit de profiter des occasions... Lie-tzeu dit: je n'admets pas votre opinion. Eût-on plus que l'occasion, eût-on la chose, on la perd par une conduite déréglée, comme il arriva à Kie et à Tcheou. Ceux qui s'adonnent à la gourmandise, ne valent pas mieux, que les poules et les cbietis. Ceux qui ne savent que se battre, sont des animaux. Personne ne respecte ces hommes, qui ne sont pas des hommes. Leur déshonneur cause leur perte.
B. Lie-tzeu désirant apprendre à tirer de l'arc, s'adressa à Koan-yinntzeu, et le pria de vouloir bien l'enseigner. Celui-ci lui demanda : sais-tu le
尹 子 曰 ,未, 可 退而習 W 。三 年 îK 報驩尹 子" 尹 子 曰、 子 知子之 所以中 乎。 列 子
陽卽 Af- 宫 遺 之 粟。 子 列子 出見使 者、 再 拜 而 辭。 使 者 去。 子 列 子 入。 其 妻 望之而
m ar 同有 二 子, 所業 亦同, 而窘 於貧。 羡施 R 之 有 因從, 請進趣 之方。 二 子 以實告
Lie-tzeu, chap. S B, G, D, E. iSB
but du tir à l'arc? 一 Non dit Lie-tzeu. ― Alors va l'apprendre, dit Koanyinn-tzeu, puis tu reviendras. ― Trois ans plus tard, Lie-tzeu revint, -r- Sais-tu 】e bût? demanda Koan-yinn-t:^eu. ― Oui, dit Lie-tzeu. ― Bien,/ dit Koaii-ymn-tzeu ; conserve-le bien présent à ta mémoire ; garde-toi de l'oublier. C'est la règle de tout progrès, qu'avant d'entreprendre, il faut savoir pourquoi. Le Sage ne calcule pas s'il réussira ou échouera, les chances pour et contre. 11 fixe le but, puis y tend.
C. C'est en vain qu'on parlerait du Principe, aux arrogants et aux violenta; ils n'ont pas ce qu'il faut pour comprendre; leurs vices les empêchent de pouvoir être enseignés et aidés. Pour être enseignable, il faut croire qu'on ne sait pas tout. C'est là la condition sine qua non. L'âge n'est pas un obstacle, l'intelligence n'est pas toujours un moyen, la soumission d'esprit est l'essentiel. ― Un artiste de Song mit U'ois années à découper, dans du jade, pour son prince, une feuille de mûrier, au naturel. Lie-tzeu l'ayant su, dit: si la nature y mettait le même temps, il y aurait bien peu de feuilles aux arbres. De même, pour la propagande doctrinale, le Sage s'en remet, au pouvoir inhérent à la vérité, non à l'art factice.
D. Lie-tzeu était extrêmement pauvre. Les souffrances de la faim se lisaient sur sa figure amaigrie. Un étranger venu pour visiter le ministre Tzeuyang, dit à celui-ci: Lie-tzeu est un Sage ; si vous le laissez dans cette misère, on dira que vous n'estimez pas les Sages. ― Tzeu-yang ordonna à un officier de porter du grain à Lie-tzeu. Celui-ci sortit de sa maison, vit l'officier, salua, remercia et refusa. L'officier s'en retourna, remportant son grain. ― Quand Lie-tzeu fut rentré clans sa maison, sa femme le regarda tristement, se frappa la poitrine de chagrin, et dit: Je croyais que la femme et 】es enfants d'un Sage, avaient quelque droit à vivre heureux. Or nous sommes exténués de misère. Longtemps indifférent, le prince s'est en fia souvenu de vous, et voilà que vous avez refusé ses dons. Nous faudra-t-il mourir de faim? ― Non, dit Lie-tzeu en riant, le prince ne s'est pas souvenu de moi. Il m'a fait ce don, à la prière d'autrui ; lout comme il m'aurait envoyé ses sbires, si on lui avait mal parlé de moi. Je n'accepte pas. un don fait pour un pareil motif. (Cela ne devait pas être. De plus Lie-tzeu ne voulait rien devoir à Tzeu-yang. Celui-ci fut massacré par le peuple de Tcheng, peu après.)
E. Un certain Cheu de Lou avait deux fils, l'un savant, l'autre valeureux. Le savant alla s'offrir au marquis de Ts'i, qui l'agréa et le nomma précepteur de ses enfants. Le valeureux alla s'olï'rir au roi de Tch'ou, lui plut, et fut par lui nommé général, enrichi et anobli. —— Or un voisin du Cheu, nommé Mong, avait aussi deux fils, l'un savant, l'autre valeureux. Comme il était très pauvre, la fortune des Cheu le tenta d'envie, et il s'informa comment ils s'y étaient pris. Les Cheu le lui dirent bien simplement. ― Aussitôt le Mong savant alla s'offrir au roi de Ts'inn. Celui-ci dit : en ce temps de
Lie-tzeu, chap. 8 E, F.
孟 孟 as- w 「子之 秦、 術干 秦王。 秦 王 曰、 當 今 諸 侯力. 爭、 所 務兵食 }1 已、 若
用仁 義治吾 画、 是 滅亡之 道、 遂 宮 fi 放 之。 其 一 子 W 衞、 以 法 干 衞 侯。 衛 侯 曰, 吾
亡 tar 待 矣、 若 全 歸之適 於他國 爲吾之 患不輕 矣, 遂 朋之 而還諸 ■ 。旣 反, 孟