M 而 前 -兒 謁者 曰、 嚼 人 丘 闡將軍 高義。 敬 再 拜謅者 。謁者 A 通。 盜 新 SS 之大怒
妄稱文 武。 if 枝木之 Mé 死牛之 脅。 多 辭讀. 說。 不 耕 而 食, 不 織 而 衣。 搖 脣鼓舌
m 丘得幸 於竽, 願 望履慕 下。 謅 者 複通。 盜 0 ET 使 來前。 孔 子趨而 進。 避 席 反走、 再
Tchoang-tzeu, chap. 29 A.
Chap. 29. Politiciens.
A. Confucius était ami de Ki de Liou-hia ^. Celuu-ci avait un frère cadet, qu'on appelait le brigand Tchee. Cet individu avail organisé une association de neuf mille partisans, lesquels faisaient dans l'empire tout ce qui leur plaisait, rançonnant les princes, pillant les particuliers, s' emparant des bestiaux, enlevant les femmes et les filles, n'épargnant même pas leurs proches parents, poussant l'impiété jusqu'à ne plus faire d'offrandes à leurs ancêtres. Dès qu'ils se montraient, les villes se mettaient en état de défense, les villageois se retranchaient. Tout le monde avait à souffrir de ces malfaiteurs. —— Confucius dit à Lioùhia-ki: Les pères doivent morigéner leurs fils, les frères aînés doivent morigéner leurs cadets. S'ils ne le font pas, c'est qu'ils ne prennent pas 】eur devoir à cœur. Vous êtes un des meilleurs officiers de ce temps, et votre frère cadet est le brigand Tchee. Cet homme est le fléau de l'empire, et vous ne le morigénez pas. Je suis honteux pour vous. Je vous avertis que je vais aller le sermonner à votre place. ― Liouhia-ki dit: Il est vrai que les pères et les aînés doivent morigéner les fils et les cadets ; mais, quand les fils et les cadets refusent d'entendre, le père ou le frère aîné fût-il aussi disert que vous Têtes, le résultat sera nul. Or mon cadet Tchee est d'un naturel bouillant et emporté. Avec cela, il est si fort qu'il n'a personne à craindre, et si éloquent qu'il sait colorer en bien ses méfaits. Il n'aime que ceux qui le flattent, s'emporte dès qu'on le contredit, et ne se gêne pas alors de proférer des injures. Croyez-moi, ne vous frottez pas à lui. ― Confucius ne tint pas compte de cet avis. 11 partit, Yen-hoei conduisant son char, Tzeu-koung faisant contrepoids. 11 trouva Tchee établi au sud du mont T'ai-chan, sa bande hachant des foies d'homme pour son dîner. Descendant de son char, Confucius s'avança seul jusqu'à l'homme de garde, et lui dit: Moi K'oungk'iou de Lou, j'ai entendu parler des sentiments élevés de votre général ; je désire l'entretenir... et, ce disant, il saluait l'homme de garde, avec révérence. Celui-ci alla avertir le brigand Tchee, que cette nouvelle mit en fufeur, au point que ses yeux étincelèrent comme des étoiles, et que ses cheveux hérissés soulevèrent son bonnet. Ce K'oung-kHou, dit-il, n'est-ce pas le beau parleur de Low? Dis-lui de ma part: Radoteur qui mets tes blagues au compte du roi Wenn et de l'empereur Ou. Toi qui te coiffes d'une toile à ramages, et qui te ceins avec du cuir de bœuf. Toi qui dis autant de sottises que de paroles. Toi qui manges sans labourer, et qui t'habilles sans filer. Toi qui prétends qu'il suffit que tu enlr'ouvres les lèvres et donnes un coup de langue, pour que la distinction entre le bien et le mal soit établie. Toi qui as mis dans l'erreur tous les princes, et détourné de leur voie tous les lettrés de l'empire. Toi qui, sous couleur de prêcher la piété, lèches les puissants, les nobles et les riches. Toi le pire des malfaiteurs! Va-t-en bien vite! Sinon, je ferai ajouter ton foie, au hachis qui se prépare pour notre dîner. ― L'homme de garde lui ayant rapporté ces paroles, Confucius insista et fit dire
1. Le digne Tchan-ho, alias Tchan-ki, nom posthume Tchan-hoei. Plus connu sous les appellalifs Liouhiahoei ou Liouhia-ki, du nom de son pays.
二 寸、 面 目 有 光, 脣 如激丹 、齒 如 齊 貝、 音 中 黄 鍾、 hi 名 曰 盜跖。 丘 竊爲. 將軍 W 不
^ 昆 弟, 共 祭 先 趣。 此 聖人 才士之 行、; 天下之 顧也" 盜 ëi 大怒 曰、 丘 來 前、 夫 可
Tchoang-tzeu, chap. 29 Â.
à Tehee : Etant l'ami de votre frère, je désire être reçu dans votre tente. —— L'homme cle garde ayant averti Tchee : Qu'il vienne ! dit celui-ci. ― Confucius ne se le fit pas dire deux fois. Il avança vite, alla droit à Tchee, qu'il aborda en le saluant. ― Au comble de la fureur, Tchee étendit ses deux jambes, plaça son épée en travers, braqua ses yeux sur Confucius, et, avec le ton d'une tigresse dérangée pendant qu'elle allaitait ses petits, il dit: Prends garde K'iou ! Si tu dis des choses qui me plaisent, tu vivras.! Si tu dis iquoi que ce soit qui me déplaise, tu mourras! ― Confucius dit: Trois qualités sont surtout prisées des hommes; une belle prestance; une grande intelligence; enfin la valeur militaire. Quiconque possède à un degré eminent une seule de ces trois qualités, est digne de commander aux hommes. Or, général, je constate que vous les possédez éminemment toutes les trois. Vous avez huit pieds deux pouces, vos yeux sont brillants, vos lèvres sont vermeilles, vos dents sont blanches comme des cauris, votre voix est sonore comme le son d'une cloche ; et un homme qui réunit toutes ces qualités, on l'appelle le brigand Tchee ! Général, j'en suis indigné !.. Si vous vouliez me prendre pour conseiller, j'emploierais mon crédit pour vous gagner la faveur de tous 】es princes avoisinants; je ferais bâtir une grande ville, pour être votre capitale ; je ferais réunir des centaines de milliers d'hommes, pour être vos sujets; je ferais de vous un prince feudataire puissant et respecté. Général, croyez-moi, rendez la vie à l'empire, cessez de guerroyer, licenciez vos soldats, afin, que les familles vaquent en paix à leur subsistance et aux offrandes des ancêtres; Suivez mon conseil, et vous acquerrez la réputation d'un Sage et d'un Brave ;: tout l'empire vous applaudira. ― Toujours furieux, Tchee répondit: Viens çà, K'iou, el sache qu'on n'erababouine que les petits esprits. Avaîs-je besoin de toi pour m'apprendre, que le corps que mes parents m'ont donné, est bien fait? Crois-tu que tes compliments me touchent, moi qui sais que tu me dénigreras ailleurs plus que tu ne m'as flatté ici? Et puis, l'appât eliimérique avec lequel tu veux me prendre, est vraiment par trop grossier. Mais supposons que j'obtienne ce que tu m'as promis, combien de temps le garderai-je? L'empire n'a-t-il pas échappé aux descendants cle Yao et de Chounn, la postérité des empereurs Tang et Ou n'est-elle pas éteinte, précisément parce que leurs ancêtres leur avaient laissé un patrimoine très riche et par suite très convoité? Le pouvoir ne dure pas, et le bonheur ne consiste pas, comme toi et les politiciens tes semblables voudraient le faire croire, dans cette chose-là. Au commencement il y avait beaucoup d'animaux et peu d'iiommes. Durant le jour, ceux-ci recueillaient des glands et des châtaignes; durant la nuit, ils se réfugiaient sur les arbres, par peur des bêtes , sauvages. Ce fut là la période dite des nids... Puis vint l'âge des caverness, durant lequel les hommes encore nus, ramassaient du combustible en été, ; pour se chauffer en hiver, première manifestation du soin pour l'entretien de la vie... Puis vint l'âge de Chenn-noung , le .premier agriculteur, âge de l'absolu sans-souci. Les hommes ne connaissaient que leur mère, pas leur, père ( pas de mariage). Ils vivaient en paix, avec les élans et les cerfs. Us cultivaient assez pour mangor, et filaient as§ez pour s'habiller. Personne ne faisait de tort à autrui. Ce fut là l'âge, où tout suivit son cours naturel, en. perfection... Hoang-ti mit fin à cet heureux âge. Le premier, il s'arrogea le,^ pouvoir impérial, fit la guerre, livra bataille à Tch'eu~you dans la plaine de. Tchouo-lou, versa le sang sur un espace de cent stades (en poursuivant lôs?:.' vaincus). Puis Yao et Chounn inventèrent les ministres d'état et le rouage f-
致 德、 與蚩 4? 戰於 添鹿之 ST 流 血 百 里。 堯 舜 作立羣 臣。 湯 放 其 主。 武 王 殺 紂。 自
Tchoang-tzeu, chap. 29 A,
administratif. Puis T'mig renversa et exila son souverain Kie, Ou détrôna et mit à mort l'empereur Tcheou. Depuis lors, jusqu'à nos jours, les forts ont opprimé les faibles, la majorité a tyrannisé la minorité. Tous les empereurs et princes ont troublé le monde, à l'instar des premiers de leur espèce. Et toi K'iou, tu t'es donné pour mission de propager les principes du roi Wenn et de l'empereur Ou, tu prétends imposer ces principes à la postérité. C'est à ce titre que tu t'habilles et te ceins autrement que le commun, que tu pérores et que tu poses, dupant les princes, poussant tes intérêts personnels. Ta es sans contredit le premier des malfaiteurs, et, au lieu de m'appeler moi, par excellence, le brigand Tcfiee, le peuple devrait t'appeler toi, le brigand K'iou... J'en appelle aux résultats de ton enseignement. Après avoir enjôlé Tzeu-lou, tu lui as fait déposer ses armes, tu l'as fait étudier. Le monde étonné se dit, K'iou sait adoucir les violents. L'illusion ne dura pas. Ayant tenté d'assassiner le prince de Wei, Tzeu-lou périt de maie mort, et son cadavre salé ( pour qu'il se conservât plus longtemps), fut exposé sur la porte orientale de la capitale de Wei ., Continuerai-je à énumérer les succès de l'homme de talent, du grand Sage, que tu te figures être? A Lou on se défit de toi deux fois. De Wei tu fus expulsé. A Ts'i on faillit te faire un mauvais parti. Entre Jch\enn et Ts'ai, on t'assiégea. L'empire tout entier refuse de donner asile au maître qui fit saler son disciple Tzeu-lou. Ea résumé, tu n'as su être utile, ni à toi, ni aux autres, et ta prétends qu'on ait de l'estime pour ta doctrine !.. Cette doctrine, dis-tu, n, est pets ma doctrine. Elle remonte, par les anciens souverains, jusqu'à Hoang-ti. Fameux parangons, sur le compte desquels le vulgaire seul peut se tromper. Déchaînant ses passions sauvages, Hoang-ti fit la première guerre, et ensanglanta la plaine de Tchouo-lou. Yao fut mauvais père. Ghounn fut mauvais fils. U vola l'empire pour le donner à sa famille, T'ang bannit son souverain. Ou tua le sien. Le roi Wenn se fit emprisonner à You-U. Voilà les six parangons, dont tu imposes l'admiration au vulgaire. Considérés de près, ce furent des hommes, que l'amour de leurs intérêts fit agir contre leur conscience et contre la nature ; des hommes dont tous les actes sont dignes du plus profond mépris... Et tes autres grands hommes, ne périrent-ils pas tous victimes de leur bêlise? Leurs utopies furent cause que Pai-i et Chou-ts'i moururent de faim et restèrent sans sépulture. Son idéalisme fut cause que Pao-tsiao se retira dans les forêts, où on le trouva mort, à genoux, embrassant le tronc d'un arbre. Son, dépit de n'être pas écouté, fut cause que Chennt'ou-ti s'attacha une pierre sur le dos et se jeta dans le Fleuve, où les poissons et les tortues le dévorèrent. Le fidèle Kie-tzeu-t'oei, qui avait été jusqu'à nourrir sou duc Wenn avec un morceau de sa cuisse, fat si sensible à l'ingratitude de celui-ci, qu'il se retira dans les bois, où il périt par le feu. Wei-cheng ayant donné rendez-vous à une belle sous un pont, se laissa noyer par l'eau montante, plutôt que de lui manquer de parole. En quoi, je te le demande, le sort de ces six hommes différa- t-il du sort d'un chien écrasé, d'un porc égorgé, d'un mendiant mort de misère? Leurs passions causèrent leur mort. Ils auraient mieux fait d'entretenir leùi' vie dans la paix... Tu donnes encore en exemple des ministres fidèles, comme Pi-kan et Ou-tzeusu. Or Pi-kan, mis à mort, eut le cœur arraché ; Ou-tzeusu dut se suicider, et son corps fut jeté à la rivière. Voilà ce que leur fidélité valut à ces fidèles, de devenir la risée du public... Donc, de tous les exemples vécus que tu invoques en preuve de ton système, aucun n'est fait pour me convaincre, bien
:472 Tchoang-tzeu, chap, 29 A, B.
弃也 i 去 走 歸、 無 復 îlw W 。子 之 道、 狂 狂汲 汲、 詐 巧 盧僞 事 也、 非 可 S 全眞 也、 类
有 行 色, 得 微 往見新 邪。 孔 子仲 天而歎 Rr 然。 柳 下 季 曰、 .s 得 無 逆 汝 意 若 前 乎。
間 於滿苟 得 曰, 盍 不 爲行。 無行 則 不 信。 不 信則不 任。 不 任則不 利。 故 、觀 之名、 3îi
斜、 貴爲夫 子、 富 有 天 。今 謅 臧 聚 HT 汝 行。 如 桀 紂、 則 有 作色, 有不. 服之 心 者、 小
Tchoang-tzeu , chap . 29 A, B.
au contraire. Que si tu invoques des arguments cl'outre-tombe, ces choses-là ne me prouvent rien... A mon tour, moi je vais te donner une leçon pratique, sur ce qui en est, au vrai, de l'humanité. L'homme aime la satisfaction de ses yeux, de ses oreilles, de sa bouche, de ses instincts. Il n'a, pour assouvir ses penchants, que la durée de sa vie, soixante ans en moyenne, parfois quatre-vingt, rarement cent. Encore faut-il 'soustraire, de ces années, les temps de maladie, de tristesse, de malheur. Si bien que, dans un mois de vie, c'est à peine si un homme a quatre ou cinq journées de vrai contentement et de franc rire. Le cours du temps est infini, mais le lot de vie assigné à chacun est fini, et la mort y met un terme à son heure. Une existence n'est, dans la suite des siècles, que le bond du cheval qui saute un fossé. Or mon avis est, que quiconque ne sait pas faire durer cette vie si courte autant que possible, et ne satisfait pas durant ce temps tous les penchants de sa nature, n'en lend rien il ce qu'est en réalité l'humanité... Conclusion: Je nie, K'iou, tout ce que tu afiirmes, et je soutiens tout ce que tu nies. Garde-toi de répliquer iiu seul mot! Va-t-en iDieo vite ! Fou, hâbleur, utopiste, menteur, lu n'as rien de ce qu'il faut pour remettre les hommes dans leur voie. Je ne te parlerai pas davantage. ― Confucius salua humblement, et sortit à la hâte. Quand il s'agit de monter dans sa voiture, il dut s'y prendre par trois fois pour trouver l'embrasse, tant il était ahuri. Les yeux éteints, la face livide, il s'appuya sur l'a barre, la tête ballante et haletant. Comme il rentrait en ville, à la porte de l'Est, il rencontra Liouhià-ki. Ah! vous voilà, dit eelui-ci. Il y a du temps, que je ne vous ai vu. Votre attelage paraît las. Ne se riez-vous pas allé voir Tchee, par hasard?.. Je suis allé le voir, dit Confucius, en levant les yeux au ciel, et soupirant profondément. .. All! fit Liouhia-H; et a-t-il admis une seule des choses que vous lui avez dites?.. Il n'en a admis aucune, dit Confucius. Vous aviez bien raison. Cette fois, moi K'iou, j'ai fait comme l'homme qui se cautérisait alors qu'il n'était pas malade (je me suis donné du mal, et me suis mis en danger, en vain). J'ai tiré la moustache du tigre, et ai bien de la chance d'avoir échappé à ses dents.
B. Tzeu-tcJiang qui étudiait en vue de se pousser dans la politique, demanda à Man-keou-tei: Pourquoi n'entrez-vous pas dans la voie de l'opportunisme ( celle de Confucius et des politiciens de l'époque) ? Si vous n'y entrez pas, personne ne vous confiera de charge, vous n'arriverez jamais à rien. Celte voie est la plus sûre, pour arriver à la renommée et à la richesse. On y est aussi en compagnie distinguée. 一 Vraiment? dit Man-keou-tei. Moi, les politiciens me choquent, par l'impudeur avec laquelle ils mentent, par leurs intrigues pour enjôler des partisans. A leui' opportunisme factice, je préfère la liberté naturelle. ― La liberté, dit Tzeu-tchang, Kie et Tcheou la prirent en toute chose. Ils furent tous les deux empereurs, et pourtant, si maintenant vous disiez à un voleur, vous êtes un Kie, ou vous êtes un Tclteou, ce voleur se tiendrait pour gnèvement offensé, tarit leur abus de la liberté a fait mépriser Kie et Tcheou par les plus petites gens... Tandis que K'o'ung-ni et Mei-ti, plébéiens et pauvres, ont acquis par leur usage de l'opportunisme une réputation telle, que si vous dites à quelque ministre d'état, vous êtes un ICoung-ni, ou vous êtes un Mei-ti , ce grand personnage se rengorgera, se tenant pour très houoi'é. Cela prouve que ce n'est pas la. noblesse du rang qui en impose aux hommes, mais bien la sagesse de la conduite. ― Esl-ce bien vrai ? reprit Man-keou-tei. Ceux qui ont volé peu, sont
ht.
孔子受 se 。論 則 賤 之, 行
Tchoang-tzeu, chap. 29 6, C.
enfermés dans les prisons. Ceux qui ont volé beaucoup, sont assis sur les trônes. Voler en grand, serait-ce opportunisme et sagesse ?.. Et puis, les politiciéns sont-ils vraiment les purs que vous dites? C'est à la porte des grands voleurs ( des princes feudataires), qu'on les trouve postés, en quémandeurs. Siao-fCii duc Iloan de Ts'i, tua son frère aîné, pour épouser sa veuve ; et malgré cela Koan-tchoung consentit à devenir son ministre, et lui procura, per fas et nefas, le pas, comme hégémon, sur les autres feudataires. Confucius a accepté un cadeau de soieries de T'ien-tch'eng -tzeu, l'assassin de son prince et l'usurpateur de sa principauté. La morale naturelle exigeait que ces deux politiciens censurassent leurs patrons. Ils firent, au contraire, les chiens couchants, devant eux. C'est leur opportunisme (égoïste, visant au profit personnel }, qui les fit ainsi descendre jusqu'à étouffer leur conscience. C'est d'eux qu'a été écrit ce texte : Oh! le bien ; oh! lo mal... Ceux qui ont réussi, sont les premiers ; ceux qui ne sont pas parvenus, sont les derniers. ― Tzeu-tchang reprit : si vous abandonnez toutes choses à la liberté naturelle, si vous n'admettez aucune institution artificielle, c'en sera fait de tout ordre dans le monde; plus de rangs, plus de degrés, plus même de parenté. ― Man-keou-tei dit : Est-ce que vos politiciens, qui affectent de faire tant de cas de ces choses, les ont bien observées ? Voyons vos parangons ! Yao mit à mort son fils aîné. Chùunn exila son oncle maternel. Quel relpect pour la parenté!,. Tang exila son suzerain Kie, Ou tua Tcheou. Quel respect pour les rangs!.. Le roi Ki supplanta son frère aîné, le duc de Tcheou tua le sien. Quel respect pour les degrés!.. Ah oui, les disciples de K'oungni parlent doucereusement, les disciples de Mei-ti prêchent la charité universelle, et voilà comme ils agissent pratiquement. -X La discussion n'aboutissant pas, Tzeu-tchang et Man-keou-tei s'en remirent à un arbitre, lequel prononça ainsi : Vous avez tous 】es deux tort et raison, comme il arrive quand on tient une position trop tranchée. Le vulgaire ne voit que la richesse ; le politicien ne prise que la réputation. Pour arriver à leur but, ils luttent et s'usent. Sage est celui qui considère le oui et le non, du centre de la circonférence (comparez chap. "2 C), et qui laisse la roue tourner. Sage est celui qui agit quand les circonstances sont favorables, qui cesse d'agir quand il en est temps. Sage est celui qui ne se passionne pour aucun idéal. Toute poursuite d'un idéal est funeste. Leur obstination dans la loyauté, fit arracher le cœur à Pi-kan, et crever les yeux à Ou-tzeusu. Leur acharnement à dire vrai, à tenir la parole donnée, poussa Tcheu-koung à témoigner en justice contre son père, et Wei-cheng à se laisser noyer sous un pont. Leur désintéressement inflexible, fit que Pao-tzeu mourut à genoux au pied d'un arbre, et que Chenn-tzeu fut ruiné par les artifices de Ki de Li. Confucius n'honora pas la mémoire de sa mère, K'oang-tchang se fit chasser par son père, pour cause de scrupules rituels exagérés. Ce sont là des faits historiques connus. Ils prouvent que toute position extrême devient fausse, que toute obstination exagérée ruine. La sagesse consiste et se tenir au centre, 7ieutre et indifférent.
G. Inquiet dit à Tranquille: Tout le monde estime la réputation et la fortune. La foule courtise les parvenus, s'aplatit deyant eux et les exalte. La satisfaction que ceux-ci en éprouvent, fait qu'ils vivent longtemps. Pourquoi
知^ or 今 夫此人 ES 爲與 己、 同 時 而 生、 同 鄕而處 者, 3 爲夫 絶俗過 世之士
監於 體。 休 赐 之 恐, 砍 權 之 粤不 監 於 心。 知 爲爲、 而 不, 知所 SJ 爲。 是 3 貴爲天 子,
因人之 德, 以 爲賢 一 良。 非 享國、 而 嚴若君 夂。 且 夫罄色 is 味 權勢之 於义 心, 不待
帝、 ffi 雍, 非 仁天下 也, 不 3 美害生 也。 善 卷 許由得 帝而不 受、 非 虚 辭 讓也、 不 以
Tchoangrtzeu, chap. 29 C. 477
ne vous poussez-vous pas? Votre apathie est-elJe défaut d'intelligence, ou manque de capacité, ou obstination dans certains principes à vous particuliers? Tranquille répondit: je n'ai envie, ni de réputation, ni de fortune, parce que ces choses ne donnent pas le bonheur, fl est trop évident que ceux qui se poussent, faisant litière de IoqI principe gênant, se formant la conscience sur des précédents historiques quelconques; il est trop évident, quoi que vous en disiez;, que ces hommes n'obtiennent pas de vivre satisfaits et longtemo.s. Leur vie n'est, comme celle des plus vulgaires, qu'un tissu de travaux et de repos, de peines et de joies, de tâtonnements et d'incertitudes. Quelque avancés qu'ils soient, ils restent exposés aux revers, au malheur. ― Soit, dit Inquiet ; mais toujours est-il que, tant qu'ils possèdent, ils jouissent. Ils peuvent se procurer ce que le Sur-homme et le Sage n'ont pas. Quiconque a atteint une position élevée, c'est à qui lui prêtera ses bras, son intelligence, ses talents. Même dans une position moindre, le parvenu est encore privilégié. Pour lui tous les plaisirs des sens, toutes les satisfactions- de la nature. ― Egoïsme repu, dit Tranquille. Est-ce là ie bonheur?.. A mon avis, le Sage ne prend pour lui que strictement ce qu'il lui faut, et laisse le reste aux autres. Il ne se remue pas, il ne lutte pas. Toute agitation, toute compétition, est signe de passion morbide. Le Sage donne, se désiste, s'efface, renonce, sans s'en faire un mérite, sans attendre qu'on l'y force. Quand le destin l'a élevé au pinacle, il ne s'impose à personne, il ne pèse sur personne; il pense au changement à venir, au tour éventuel de la roue, et est modeste en conséquence. Ainsi tirent Yao et Chounn. Ils ne traitèrent pas le peuple avec bonté, mais ils ne lui firent aucun mal, par abstraction et précaution. Chan-kuan et Hu-you refusèrent le trône, par amour de la sécurilé et de la paix. Le monde loue ces quatre hommes, qui agirent pourtant contrairement à ses principes. Ils ont acquis la célébrité, sans l'avoir recherchée. — En tout cas, dit Inquiet, ils ne l'ont pas eue gratis. Au lieu des souffrances de radministration, ils s'infligèrent celles de l'abstinence et des privations, une forme de vie équivalant à une mort prolongée. ― Du tout, dit Tranquille. Ils vécurent une vie commune. Or la vie commune, c'est le bonheur possible. Tout ce qui dépasse, rend malheureux, àvec ses oreilles pleines de musique et sa bouche remplie de mets, le parvetiw n'est pas heureux. Le souci de soutenir sa position, en fait comme une bête de somme qui gravit sans cesse la. même pente, suant et soufflant. Toutes les richesses, toutes les dignités, n'éteindront pas la faim et la soif qui le tourmentent, la fièvre intérieure qui le dévore. Ses magasins étant pleins à déborder, il ne cessera pas de désirer davantage, il ne consentira pas à rien céder. Sa vie se
Tchoang-tzeu, chap. 29 C. chap. 30 A.
ir 外 ^^ 敢 獨 行、 可
、而 不知 ir 且
ri 取 竭。 靜
Rr 閜夫子 明聖, 謹 奉 千 <r3 幣 從 者、 夫 子弗 受
Tchoang-tzeu, chap. 29 C. cbap. 30 A. 479
passera à monter la garde autour de ces amas inutiles, dans les soucis, dans 】a crainte. 11 se barricadera dans son domicile, et n'osera pas sortir sans escorte, (de peur d'être pillé, enlevé, rançonné). N'est-ce pas là une vraie misère? Eli bien, ceux qui la souffrent, ne la sentent pas. Inconscienls clans Je présent, ils ne savent pas non plus prévoir l'avenir. Quand l'heure du mailieu r sonnera, ils seront surpris, et tous leurs biens ne leur vaudront pas même un jour de répit. Bien fou est celui qui se fatigue l'esprit et qui use son corps, pour aboutir à pareille fin.
Chap. 30. Spadassins,
A. Le roi Wenn de Tchao était passionné pour l'escrime. Les spadassins de profession affluaient à sa cour. Il donnait l'hospitalité à plus de trois mille hommes de cette sorte, qui se battaient devant lui, (juand il lui plaisait, de jour ou de nuit. Chaque année plus de cent étaient tués ou, grièvement blessés dans ces joules. Mais ces accidents ne refroidissaient pas la passion du roi. ]) y avait trois ans que ce manège durait. Le royaume se trouvant fort négligé, ses voisins jugèrent le moment favorable pour s'en emparer. Ce qu'ayant appris, le prie ce héritier Li fut très affligé. 11 réunit ses amis et leur dit: Celui qui aura pu persuader au roi de mettre fin à ces combats de bretteurs, je lui donnerai mille taëls en récompense... Tchoang-izeu seul est capable de faire cela, dirent les amis du prince. ― Aussitôt le prince envoya des courriers, pour inviter Tchoang-tzeu et lui offrir mille taêls. Tchoang-tzeu refusa l'argent, mais suivit les envoyés. Que désirez-vous de moi, et pourquoi m'avez-vous offert mille taëis ? demanda-t-il au prince. ― J'ai ouï dire que vous êtes un Sage, dit celui-ci, voilà pourquoi j'ai commencé par vous envoyer respectueusement mille taëls, en attendant ce qui viendra ensuite. Vous avez refusé mon présent. Conîmeiit oserais-Je alors vous dire ce que je désirais de vous? —— J'ai ouï dire, dit Tchoang-tzeu, que vous désirez que je guérisse le roi votre père d'une certaine passion. Si ju l'offense, il me
而 死, 周 尙安 所事金 乎。 使 la 上說大 王、 下 當 太 子、 趙 國何 求而不 得也。 太子
. VH 、王脫 、白 刃 待 之。 莊 子 A 殿門不 趨、 見 王 K 拜。 王 曰、 子 欲何 3 教寡 <馊 太.
I 何 如。 ore. 之 所奉皆 可。 然 臣 有 三 劎、 难 王 所 用。 請 先 霓而 後試。 王 曰, 願 聞
Tchoang-tzeu, chap. 30 A, B.
tuera ; si je ne réussis pas, vous m'en ferez peut-ôtve autant; dans les deux cas, vos mille taëls seront de trop ( ne me serviront pas). Si jo plais au roi et vous contente, alors vos mille taëls seront trop peu. Voilà pourquoi j'ai refusé voire argent. ― Bien, fit le prince. Notre roi n'aime que les spadassins. ― Je sais, dit Tchoang-tzeu. Je lire fort bien de l'épée. ― Pnrfait, lit le prince. Seulement, les spadassins du roi portent lous un lurban ù g'Iand cl un pourpoint étroit ; ils ont des mines féroces et le YOi'be très haut. Le roi lie prise plus que ce genre. Si vous voas présentez à lui on robe de lettré, il ne vous regardera môme pas. ― Alors, fit Tchoang-Lzeu, faites-moi l'aire 1b costume en qiieslion. ― Trois jours 【)liis tai'd, . le piiiice présenta au roi Tchoamj-izeu costumé en spadassin. Le roi le reçut, l'épée imo à la main. Tchoanq-tzcu s'avança vers lui lentement ( pour éviter de se faire prendre pour un assassin déguisé), et ne le salua pas ( même raison). Pourquoi, lui demanda le roi, vous ètes-vous fait annoncer à moi par mon lils? — J'ai ouï dii'e, fit Tchoang-tzeu, que vous aimez les duels à l'épée. Je voudrais vous montrer ce que je sais faire en ce genre. ― De quelle force êtes-vous? demanda le roi. ― Voici, dit Tchoang-tzeu : placez un spadassin de dix en dix pas, sur mille stades de longueur ; je leur passerai sur le corps à tous, à la lile. ― Ah ! fit le roi ravi ; vous n'avez pas votre pareil. ― Et voici ma théorie, dit Tchoang-tzeu : J'attaque mollement, je laisse venir l'adversaire, il s'échauffe, je feins de fléchir, il s'emballe, je l'embroche. Voulez-vous me permettre de vous montrer la chose? ― Pas si vite, maître, fit le roi inquiet. Allez d'abord vous reposer. Quand les préparatifs auront élé faits, je vous ferai mander. ~~ B, Alors le roi lit faire l'exercice à ses spadassins, durant sept jours de suite. Plus de soixante furent tués ou blessés. Le roi choisit les cinq ou six plus habiles, les rangea au bas de la grande salle, l'épée à la main, prêts à combattre, puis ayant mandé Tchoang-tzeu, il lui dit: je vais vous mettre en présence de ces maîtres... J'ai dû attendre assez longtemps, dit Tchoang-tzeu. ― Quelles sont les dimensions de votre épée? demanda le roi. ― Tonte épée me va, dit Tchoang-tzeu. Cependant, il en est trois que je préfère. A votre choix. —- Expliquez-vous, dit le roi. ― Ce sont, dit Tchoang-tzeu, l'épée de l'empiireur, l'épée du vassal, l'épée du vulgaire. — Qu'est-ce que l'épée de l'empereur? demanda le roi... C'est, fit Tchoang-tzeu, celle qui couvre tout à l'intérieui' des quatre frontières, celle qui s'étend jusque sur les barbares limitrophes, celle qui règne des montagnes de l'ouest à la mer orientale. Suivant le cours des deux principes et des cinq éléments, des lois de la justice et de la clémence, elle se repose au printemps et en été ( saisons des travaux), elle sévit en automne et en hiver (saisons des exécutions et des guerres). A ce glaive tiré de son fourreau et brandi, rien ne résiste. 11 force tout être à la soumissioQ. C'est là l'épée de l'empereui'. ― Surpris, le roi demanda : Qu'est-ce que l'épée du vassal?.. C'est, dit Tchoangtzeu, une arme faite de bravoure, de fidélité, de courage, de loyauté, da sagesse. Brandi sur une principauté, conformément aux lois du ciel de la terre et des temps, ce glaive maintient la paix et l'ordre. Redouté comme la foudre, il empêche toute rébellion. Voilà l'épée du vassal. — Et l'épée du vulgaire, qu'est-ce ? demanda le roi... C'est, dit Tchoang-tzeu, le fer qui est aux mains de certains hommes, qui portent un turban à gland et un pourpoint étroit; qui roulent des yeux féroces et ont le verbe très haut; qui se coupent la gorge, se percent le foie ou les poumons, dans des duels sans but ; qui s'entre-tuent, comme font les coqs de combat, sans aucune utilité
482 Tchoang-tzeu, chap. 30 B. chap. 31 A.
曰, 庶 人 之 劍、 蓬 頭 突 鬢、 垂 if 曼胡之 纓、 短 後 之 衣、 瞋 目而餚 難、 相 擊 於 前、 上 斬
歌 鼓 琴。 奏 曲 未 半、 有 漁 义 者、 下 船 ffi 來。 鬚 眉 交 白, 被 髮 楡 狭。 行 原 上、 距 睦 而
Tchoang-tzeu, chap. 30 6. chap. 31 A.
pour leur pays. 0 roi! vous qui êtes peut-être prédestiné à devenir le maître tie l'empire, n'est-il pas au-dessous de vous, de priser tant celle arme-là? 一 Le roi comprit. Il prit Tchoang-tzeu par le bras, et le conduisit au haut de la salle, où uu festin était servi. Tout hors de lui, le roi errait autour de la table... Piemette?.-vous et prenez place, lui dit Tchoang-tzeu ; je n'en dirai pas plus long- sur les épées (no vous ferai pas honte, davantage). ― Ensuite le roi Wenn s'enferma dans ses appartements durant trois mois, réfléchissant sur sa conduite. Durant ce temps, ses spadassins achevèrent de s'entretuer. (Certains commenlaleurs expliquent, ils se suicidèrent tous, (le dépit. Eu tout cas, l'espèce fut éteinte, et l'abus cessa. )
Chap. 31. Le vieux pécheur.
A. Confucius se promenant dans la forêt de Tzeu-ivei, s'assit pour se reposer près du tertre Hiang-l'an. Les disciples prirent leurs livres. Le maître toucha sa cithare et se mit à chanter. — Le chant attira un vieux pêcheur. Ses cheveux grisonnants défails, ses manches retroussées, le vieillarcï descendit de sa barque, gravit la berge, approcha, posa sa main gauche sur son genou, prit son menton dans sa main droite, et écouta attentivement. Quand le chant fut fini, il fit signe de la main à Tzeu-koung et à Tzeu-lou. Tous deux étant venus à lui : qui est celui-ci ? demanda le vieillard, en désignant Confucius. ― C'est, dit Tzeu-lou, le Sage de Lou. ― Comment s'appellet-il? demanda le vieillard. ― 11 s'appelle K'oung, dit Tzeu-lou. ― Et fjae fait ce ICo'iing? demanda le vieillai'f]. — 11 s'efforce, dit Tzeu-koung, do faire revivre la sincérité, la loyauté, la bonté et l'équité, les l'its et la miisique, pour le plus grand bien de la pi'incipaulé de Lou et de l'empire. ― Est-il prince? demanda le vieillard. 一 Non, fit Tzeu-koung. ― Esl-il minisire? demanda 】e vieillard. ― Non, fit encoi'e Tzeu-koung. ― Le vieillard sourit et se retira. Tzeu-koung l'entendit murmurer: bonté! équité! c'est fort beau sans doute, mais il aura de la chance s'il ne se perd pas à ce jeu. En tout
乃下 求之。 至 於 It 畔、
、Eλ 庶物、 譜
Tchoang-tzeu, chap. 31 A, B.
cas, les soucis et le mal qu'il se donne, nuiront, en usant son esprit et son corps, à sa vraie perfection. Qu'il est loin de la science du Principe! ― Tzeukoung rapporta ces paroles- à Confucius, qui repoussa vivement la cithare posée sur ses genoux, se lova fin disant « c'est là un Sage », et descendit la berge pour demander un eii【i'etieii au vieillard. Celui-ci enfonçait justement sa gaiïe, poiiiulùljorder sa barque. A la vue de Confucius, il s'arrêta ot se tourna vers lui. Confucius s'avança en saluant. ― Que désirez-vous de moi? lui deinanda le vieil larr], ― Confucius dit: Vous avez prononcé tout à l'heure des paroles, doul je ne pénètre pas le sens. Je vous prie respectueusement do vouloir bien m'inslruire pour mon bien. ― Ce désir est très louable, dit 1(1 vieillard. ― B. Conl'ucius se prosterna, puis, s'étant. relevé, il dit: Depuis ma jeunesse, jusqu'à cet âge ûg soixante-neuf ans (avanl-dernière année de sa vie), moi K'iou j'ai étudié sa h s cesse, sans être instruit dans la science suprême (taoïsme). Maintenant que l'occasion m'en est donnée, jugez de l'avidité avec laquelle je vais vous écouler. ― Le vieillard dit : Je ne sais si nous nous entendrons; car la loi commune est, que* ceux-là seuls s'entendent, dont les sentiments se ressemblent. En tout cas, et à tout hasard, je vais vous dire mes principes, et les appliquer à votre conduite... Vous vous occupez exclusivement des affaires des hommes. L'empereur, les seigneurs, les officiers, 】a plèbe, voilà vos thèmes; parlons-en. Vous prétendez morigéner ces quatre catégories, les obliger à se bien conduire, le résultat final étant un ordre parfait, dans lequel tout le monde vivra heureux et content. Arriverez- vous vraiment à créer un monde sans raaux et sans plaintes?.. Il suffit, pour affliger le [jlébéien, que son champ ne rapporte pas, que son toit goutte, qu'il manque d 'aliments ou d'habits, qu'on lui impose une nouvelle taxe, que les femmes de la maison se disputent, que les jeunes manquent de respect aux vieux. Comptez- vous vraiment arriver à supprimer toutes ces choses?.. Les officiers se chagrinent des difficultés de leurs charges, de leurs insuccès, des négligences de leurs subordonnés, de ce qu'on ne reconnaît pas leurs mérites, de CO qu'ils n'avancent pas. Pourrez-vous vraiment changer tout cela?.. Les seigneurs se plaignent de la déloyauté de leurs officiers, des rébellions de leurs sujets, de la maladresse de leurs artisans, de la mauvaise qualité des redevances qu'on leur paye en nature, de l'obligation de paraître souvent à la cour les mains pleines, de ce que l'empereui' n'est pas content de leurs présents. Ferez-vous vraiment que toul cela ne soit plus?.. 【/ei]]pei'eiii' s'afflige (les désordres dans le yinn et le yang, le froid et le chaud, qui nuisent à ragricullurc et font souffrir le peuple. Il s'afflige des querelles et des guerres de ses feudataires, qui coûtent la vie à beaucoup d'hommes. Il s'afflige fie ce que ses règlements sur les rils et la musique sont mal observés, de ce que ses finances sont épuisées, de ce que les relations sont peu respectées, de ce que le peuple se conduil mal. Comment ferez-vous, pour supprimer tous ces désordres? Avez -vous qualité, avez- vous pouvoir, pour cela? Vous qui n'êtes ni empereur, ni seigneur, ni même minisire ; simple particulier, vous prétendez réformer l'humanité. N'est-ce pas vouloir plus que vous ne pourrez faire?..'' Avant de voir la réalisation de votre rêve, il vous faudrait préalablement délivrer les hommes des huit manies que je vais vous énumérer : manie de se mêlei' de ce qui n'est pas son affaire; manie de parler sans considération préalable; manie de mentir; manie de flatter; manie de dénigrer ; manie de semer la discorde ; manie do faire à ses amis une fausse
,486 Tchoang-tzeu, chap. 31 B, C, D, E.
衞, 伐 樹 於 宋、 圍 於 陳 蔡, 丘 不, 所失: fi 離此四 者 何也。 客悽 然變容 曰、 W
不離 身。 自 爲尙 sr 疾 走 不 休, 絶 力 而 死。 不. 知, 處陰 3 休 影, 處 靜 0 裹迹、 愚 ^
Tchoang-tzeu, chap- 31 B, C, D, E.
réputation; manie d'intriguer et de s'insinuer. Etes-yous homme à faire disparaître tous ces vices?.. Et les quatre abus suivants: démangeaison d'innover pour se rendre célèbre ; usurpation du mérite (rautrui pour s'avancer soimôme; entêtement clans ses défauts en dépit des remontrances; obsUnation tlans ses idées en dépit des avertissemeuls ; cliangerez-vous tout cela?.. Quand vous l'aurez l'ait, alors vous pourrez commencer à exi)oser aux hommes vos theories sur la bon lé el I'equUf'', avec quelque chance qu'ils y comprendront quelque chose. ― G. Le visage altéré et soupirant d'émolion, Confucius se prosterna pour remercier de la leçon, se releva et dit: Passe que je sois un utopiste, mais je ne suis pas un- ma liai tour. Alors pourquoi su is- je ainsi partout honni, persécuté, expulsé? Qu'est-ce qui m'attire tous ces maux? Je n'y comprends rien. 一 Vous n'y comprenez rien, fit le vieillard étonné; vraiment, vous êtes bien borné. C'est votre manie de vous occuper de tous et de tout, de poseï' eu censeur et en magister universel, qui vous attire ces tribulations. Ecoutez cette histoire: Un h on me avait peur fia l'ombre de son corps et de la trace de ses pas. Pour s'en délivrer, il se mit à fuir. Or, plus il fit de pas, plus il laissa d'empreintes ; quelque vite qu'il courût, son ombre ne le quitta pas. Persistant malgré tout à croire qu'il finirait par la gagner de vitesse, il courtiL tant et si bien qu'il en mourut. L'imbécile ! S'il s'était assis clans un lieu couvert, son corps n'aurait pins projeté d'ombre; s'il s'était tenu bien tranquille, ses pieds n'auraient plus produit d'empreintes; il n'avait qu'à se tenir en paix, et tous ses maux disparaissaient... Et vous qui, au lieu de vous tenir en paix, faites métier d'ergoter sur la bonté et l'équité, sur les ressemblances et les dissemblances, sur je ne sais quelles subtilités oiseuses, vous vous étonnez des conséquences de cette manie, vous ne comprenez pas que c'est en agaçant tout le monde que vous vous êtes atlii'é la haino universelle? Croyez-moi, du jour où vous ne vous occuperez plus que de vousmême, et vous appliquerez à cultiver votre fonds naturel ; du jour où, rendant aux autres ce qui leur revient, vous les laisserez tranquilles ; de ce jour, vous n'aurez plus aucun ennui. C'est en fermant les yeux sur vous-même, et en les ouvrant trop sur les autres, que vous vous attirez tous vos malheurs. ― D. Tout déconfit, Confucius demaïKla : qu'est-ce que mon fonds naturel ? ― Le Tonds naturel, dit le vieillard, c'est la simplicité, la sincérité, la droiture, que chacun apporte en naissant. Cela seul influence les liommes. Personne n'est touché par un verbiage fallacieux ; pur dos larmes,. des éclaLs, un pathos de comédien. Tandis (j ue les sen Uni eut s vrais se commiiniqueiil à autrui, sans artifice de paroles ni de geslês. C'est qu'ils émanent du fonds naturel, de la vérité native. De ce fonds naissont toutes les vertus vraies, rafl'eclioii des parents et Ja piété des eiilanls, la loyauté envers lo prince, la joie com — municalive dans les fesLins, la compassion sincère lors' des funérailles. Ces seuliments 議 t spontanés et n'ont, rien d'artificiel, tandis que les l'its dans lesquels vous prétendez enserrer tous les actes do 】a vie, sont une comédie factice. Le fonds naturel, c'est la part que chaque homme a reçu. de la nature universelle. Son diclamen est invariable. 11 est l'unique règle de conduite du Sage, qui méprise toute influence humaine. Les im)}éciles font tout l'inverse. Ils ne tirent rien de leur propre fonds, et sont à ia merci de l'influence d'autrui. Ils ne savent pas estimer la vérité qui est en eux, mais partagent les frivoles et volages affections du vulgaire. C'est dommage, maître, que vous ayez passé toute votre vie dans Je mensonge, et n'ayez entendu (]ue si tard exposer la vérité. —— E. Confucius se prosterna, se releva, salua et dit: Quel
Tcboang-tzeu, chap. 31 E, F.
吾 聞 .îsr 可 與
猶 有 ffi 傲, 之
天 ffi 恤 於人、
Tchoang-tzeu, chap. 31 E, F. 489
bonheur que je vous aie rencontré! Quelle laveur du ciel ! Ah ! maître, ne me jugez pas indigne de devenir votre serviteur, a lui qu'en vous servant j'aie l'occasion d'en apprendre davantage. DiLes-iHoi, s'il vous plaît, où vous demeurez. J'irai demèiirer chez vous, pour achever de m'inslruire. — Non, dit le vieillard. L'adage dit: ne révèle les rnyslères qu'à qui est capable de te suivre; ne les révèle pas à qui est incapable de les comprendre. Vos préjugés sont trop invétérés pour êlre guérissables. Cherchez ailleurs. Moi Je vous laisse .. Et ce disant, le vieillard donna un coup de galle, et disparut avec sa barque parmi les vei'ts roseaux. ― F. Cependant Yen-yuan avait préparé le char [jour le retour, Tzeu-lou présentait l'embrasse. Mais Confucius ne pouvait se détacher du rivage. Enfin, quand le sillage de la barque fut enliôremeiît aplani, quand aucun bruit de 'gatl'e ue parvint plus à son oreille, il se décida, comme à regret, à prendre place dans son char. Tzeu-lou qui marchait à côté, lui dit: Maître, voilà longtemps que je vous sers. Jamais je ne vous ai vu manifester autant de respect et de déférence, à qui que ce soit. Reçu par des princes et par des seigneurs, traité par eux en égal, vous avez toujours été hautain et dédaigneux. Et voici qu'aujourd'hui, devant ce vieil- 】arcl appuyé sur sa gaffe, vous avez fléchi vos reins à angle droit pour l'écouter, vous vous êtes prosterné avant de lui répondre. Ces lémoigtiages de vénération ii'ayaient-ils pas quelque chose d'excessif? Nous disciples en sommes surpris. A quel titre ce vieux pêcheur était-il digue de pareilles démonstrations? ― Incliné sur la barre d'appui, Confucius soupira et dit: You, ta es décidément incorrigible; mon enseignement glisse, sans effet, sur ton esprit par trop grossier. Approche et écoute ! Ne pas vénérer 'un vieillard, c'est manquer aux rits. Ne pas honorer un Sage, c'est manquer de jugement. Ne pas s'incliner devant la vertu qui rayonne dans un autre, c'est se faire tort à soi-même. Reliens cela, butor!.. Et si cela est vrai de toute vertu, combien plus est-ce vrai (le la science du Principe, par lequel tout ce qui est subsiste, dont la • connaissance est vie el rignorarice mort. Se conformer au Principe donne le succès, s'opposer à lui c'est la ruine certaine. C'est le devoir du Sage d'honorer la science du Principe partout où il la rencontre.. Or ce vieux pêcliear la possède. Pouvais-je ne pas l'honorer comme j'ai fait? ,
490 Tchoang-tzeu, cliap. 32 A, B.
而 反。 曰、 吾 駕焉。 Rr 惡 乎 駕 -曰# 眷 食於十 irê 五饕 先饋。 伯 昏瞀人 曰、 若 是 0
且 有 感、 搖 k 本 才, 叉 無 謂 也。 舆 汝遊 者叉莫 汝. 告 也。 彼 所 小 ff Ê 人 毒 也。 莫 覺、
Tchoang-tzeu, chap. 32 A, B.
Chap. 32. Sagesse.
A. Lie-uk'eou (Lie-tzcu) qui allait à TsH, revint alors qu'il était à michemin. 11 rencontia Pai~hoann-ou-jenn qui lui demanda: pourquoi revenez-voQS ainsi sui' vos pas? ― Parce que j'ai ou peur, dit Lio-uk'eou. ― Peur de quoi? fit Pai - liounn- o u -jenn . ― Je suis entré, dit Lie-uk'eov, dans dix débits de soupe, et cinq fois on m'a servi le premier. ― Et vous avez eu {jour, fit Pai-lioimn-ou-jenîi'^.. de quoi? ― J'ai pensé, dit Lieuk^eoK, que malgré mon si ri et incognito, mes qualités transparaissaient sans doute à travers mon corps. Car comment expliquer autrement celte déférence, de la part de gens si vulgaires? Si j'étais al'lé jusqu'à Ts'i, peut-être que le prince, ayant connu lui aussi ma capacilé, m'aurait chargé du soin de sa 二 principauté qui le fatigue. C'est cette éventaalité qui m'a effrayé et fait revenir sur mes pas. -一 C'est bien pensé, dit Pai-hounn-ou-jenn; mais je crains h'ien fju'oti ne vous relance à domicile. ― Et de fait, peu de temps api-és, Pai-hounn-ou-jenn étant allé visiter Lie-uk'eou, vit devant sa porte une quantité de souliers. Il s'arrêta, appuya son menton sur le bout de sa carme, sopgea longuement, puis se retira. Cependant Je portier avait averti Lie-nWeou. Saisissant ses sandales, sans prendre le temps de les chausser, celui-ci courut après son ami. L'ayant rattrapé à la porte extérieure, i【 lui dit : c'esl ainsi que vous partez, sans m'avoir donné aucun avis? ― A quoi bon désormais? fit Pai -ho unn- ou- jenn. Ne vous avais-je pas averti qu'on vous relancurail à domicile? Je sais bien que vous n'avez rien fait pour attirer Lout ce monde, mais vous n'avez rien fait non plus pour le tenir à distance. Maintenant que vous êtes livré à la dissipation, à quoi vous serviraient mes avis? Sans doute vos visiteurs profiteront de vos qualités, mais vous pâtirez de leur coiiversaliou. Pareilles gens ne vous apprendront rien. Les propos du vulgaire, sont un poison, non un aliment, pour un homme comme vous. A quoi bon les intiinilés avec des gens qui sentent et pensent différemment. C'est l'ordinaire, que les habiles s'usent, que les savaiius se fatiguent, comme vous faites. Et pour qui? Pour des ôlres frivoles ot nuls, qui ne savent quo se promener etilre loiirs repas, errant à l'aventure comme un bateau dé m ai' ré qui s'en va à va ii- l'eau, so payant à roccasion un eiilretien avec un Sage pour distraire leur ennui.
B. Un certain Bonn de la principaulô TcJieuf/, ayant rabâché les livres officiels durant trois ans, fui promu. ! otLré. Cetto promotion illustra louto sa famille. Pour empôclier que son frère cadet ne l'éclipsat, le nouveau lettré lui (it embrasser les doctriiuis de Mei-ti. Il en résulta que les deux frères ue cessant de discuter, ot le pci'e leiianl pour le cadet contre raîné, ce fut, à la maison, la dispute perpétuelle. Après dix années tie celle vie, n'y tenant plus, Hoan se suicida. L'aiiimositc du père et du frère survécut à sa mort. Ils ne visitèrent pas sa lonibe, et ne lui (Irent pas d'olïVandcs. Un jour Hocm apparut en songe à son père, el lui dil: Pourquoi m'en vouloir ainsi ? N'est-ce pas moi qui ai fait de votre second tils un sectateur de Mei-ti, dont vous
莊子 曰, 知 道易、 勿 曾 難、 知而 Kr 言 ,所 以 之 天也。 知 而 W 之、 所 3 之人 也。 古 之
事 華 辭, 3 支 爲 曾, 忍性 S . 視 民而 Kr 知不 信。 受乎心 、宰 乎 神、 夫 何足 3 上 民。 彼
Tchoangrtzpu, chap. 32 B) C, D, E.
aimez tant la doctrine? Vous devriez m'eti!e reconnaissant!.. Depuis lors Hoan reçut ses offrandes. ― Ceci prouve que l'auteur des hommes (le Principe), ne rétribue pas la ni en eux les iiilenlions, que raccomplissement par eux du destin. Hoan, en faisant de son frère un sectateur de Mei-ti, était mû par un sentiment de bas égoïsme, comme ceux qui interdisent aux autres de boire de l'eau de leur puits. Cependant, en ce faisant, il agit bien, car le destin voulait que son frère devînt un sectatetir de Mei-ti, et lo reste, li échappa donc au clul liment du ciel, comme disaient les anciens. Son action lui fui ('omptée, son intantion ne lui fui point imputée.
C. Le Sage difl'ôro du commun, en ce qu'il se tient tranquille et évite ce qui le troublerait. Lo vulgaire fait tout le contraire, cherchant le trouble, fuyant la paix. ― Pour qui a connu le Principe, il faut encore n'en pas parler, ce qui est difficile, dit Tchoang-lzeu. Savoir ot se taire, voilà la perfection. Savoir et parler, c'est imperfection. Les anciens tendaient au parfait. ― Tchou-^yingman apprit de Tcheu-lii l'avl de tuer les dragons. Il paya la recette mille taëls, toute sa fortune. Jl s'exerça durant trois ans. Quand il fut sûr de son affaire, il ne fit ni ne dit jamais rien. ― Alors à quoi bon ? Quand on est capable, il faudrait le montrer, dit le vulgaire... Le Sage ne dit jamais il faudrait... Des il faudrait, naissent les troubles, les guerrfts, les ruines. —— Empêtré dans les détails multiples, embarrassé dans les soucis matériels, l'homme médiocre ne peut pas tendre vers le Principe de toutes choses, vers la grande Uni lé incorporelle. Il est réservé au sur-homme, de concentrer son énergie sur l'étude de ce qui fût avant le commencement, de jouir dans la contemplation de l'être primordial obscur el indéterminé, tel qu'il fut alojs qu'existaient seulement les eaux sans foi'mes, jaillissant dans la pureté sans mélange. 0 hommes, vous étudiez des félus, et ignorez le grand repos ( dans la science globale du Principe). '
D. Un certain Ts'ao-chang, politicien de Song, fut envoyé par son prince au roi de TsHnn. Parti en assez modeste équipage, il revint avec une centaine de chars, chargés des cadeaux reçus du roi de Ts'inn, auquel il avait plu extrêmement. 11 dit à Tchoang-tzeu : Jamais je ne pourrais me résoudre à vivre comme vous dans une ruelle de village, mal vêtu et mal chaussé, maigre et hâve à. force de faim et de misère. J'aime mieux courtiser les princes. Cela vient encore de me rapporter cent charretées de présents. — Tchoang-tzeu répondit: Je sais 】e tarif du roi de Ts'inn. Au chirurgien qui lui ouvre un abcès, il donne une charretée de cadeaux ; il en donne cinq charretées, à celui qui lui lèche ses hémorroïdes. Plus le service qu'on lui rend est vil, mieux il le paye. Qu'avez- vous bien pu lui faire, pour recevoir encore plus que celai qui lui lèche ses hémorroïdes? Débarrassez-moi de votre présence !
E. Le duc Nai de Loii demanda à Yen-ho : Si je faisais de Tchoung-ni ( Confucius) mon premier ministre, mon duché s'en trouverait- il bien? ― 11 se trouverait en grand danger, dit Yen-ho. Tchoung-ni est un homme de petits détails (un peintre d'éventails), beau discoureur, se grimant pour plaire, s'agitant pour faire effet. Il n'admet que ses propres idées, et ne suit que ses' imaginations. Alors, quel bien pourrait-il faire à votre peuple? Si vous le faisiez ministre, vous ne tarderiez pas à vous en repentir. Détourner les hommes du vrai, et leur enseigner le faux, cela ne profite pas. Et puis, dans ce qu'il fait, cet homme cherche son propre avantage. Agir ainsi, ce n'est pas
i 觀 其 忠, 使之 而觀其 敬、 煩 使 之 而觀其 能、 卒 然間焉 Fi 觀其 知、 急 與 之 期 而
1 觀 其 信、 委 W S 財 而觀其 仁、 告 之 危 一 riÉ 其節, 醉 Ai 酒 而 觀 其 則、 雜 之 0
Tchoang-tzeu, chap. 32 E, F, G. 495
agir comme le ciel, cela ne profite donc pas. Si vous introduisiez un marchand dans la hiérarchie de vos. officiers, l'opinion publique s'en offenserait. Elle s'oiïen serait bien davantage, si vous faisiez ministre cç trafiquant en politique. Cet homme ne réussira à rien, et ne finira pas bien. Il est des crimes extérieurs, que le bourreau punit. 11 est des ci'iines inténeui's (l'ambition de Confucius), que le ijinn ot le yang châtient ( usure du corps, mort prématurée). Seul le Sage écliuppe à la saiicLioii. pénale.
F. Goiifucitis dit: le cœui- . humain est rie plus ditricile abord que les monts et les ileiives; ses senlimeiils sont plus incertains que ceux du ciel. Cai- le ciel a des inouvemeiits extérieurs, par lesquels on peut conjecturer ses iuLeiiLioiîs; LaiicUs quo l'extérleui- de l'homme ne trahit pas, quand il ne le veut pas, ses senliraeats in limes. Cerlaiiis paraissent droits, alors qu'ils sont passionnés ; d'autres paraissent frustes, alors qu'ils sont habiles; d'autres paraissent simples, qui sont pleins d'ambilion; d'autres paraissent fermes, alors qu'ils sont Irop souples ; d'autres paraissent lents, qui sont précipités. Certains qui" paraissent altérés de justice, eo ont peur comme du feu. Aussi le Sage ne se (ie-l-il jamais à l'apparence. Il essaye les hommes ; près de lui, pour s'assurer de leur révérence; en mission lointaine, pour s'assurer de leur fidélité. En leur coniiaut des affaires à trailer, il se rend compte de leur talent. Par des questions posées à ['improviste, il se rend compte de leur science. En leur fixant des dates, il se rend compte de leur exactitude. En les enrichissant, il se renseigne sur leur esprit de bienfaisance. En les exposant au darjger, il met à l'épreuve leur sang-froid. En les soûlant, il s'assure de leurs setiUments intimes. En les mettant en contact avec des femmes, il constate le degré de leur continence. Les neuf épreuves susdites, font distinguer l'homme supérieur de l'homme vulgaire ■
G. Quand K'ao-fou le Droit reçut sa première charge, il baissa la tête; à la seconde, il fléchit le dos; quand on lui ea imposa une troisième, il s'enfuit; voilà un bon modèle. Les hommes vulgaires font tout autrement. A leur première charge, ils dressent la tète ; à la seconde, ils prennent de grands airs sur leur char ; à la troisième, ils se mettent à tutoyer ceux qui leur sont supérieurs par la parenté ou l'âge ; jamais tes anciens ne firent ainsi. 一 Rien u'est plus fatal, que la conduite intéressée, avec intrigues et arrière-pensées. 一-- Rien ne ruine, connue l'admiration de ses propres œuvres, jointe à la dépréciation de celles d'aulrui. ― Huit choses, qui paraissent avantageuses, sont ruineuses ; à savoir, exceller par sa beauté, sa barbe, sa taille, sa corpulence, sa force, son éloquence, sa bravoure, son audace. Trois choses, qui paraissent des défauts, procurent au contraire souvent la fortune ; à savoir, le manque de caractère, l'indéci-sioii, la Limidité. Six choses remplissent l'esprit de pensées, de souvenirs, de préoccupations ; à savoir, le commerce affable qui crée des amis, la conduite violente qui fait des ennemis, le souci de la bonté et de l'équité qui remplit de distractions, le soin de la santé qui engendre l'hypocondrie, les rapports avec les savants qui donnent le goût de l'étude,
1. Coufucéisnie cauteleux, astucieux, méticuleux. Pour le taoïste, c'est l'union au Principe, qui fait l'homme supérieur, avec les vues larges qui s'ensuivent.
^ 乘驕禪 莊 子。 莊 子曰、 河 上, 有 家貧恃 緯 蕭 Fi 食 者。 其 子 沒 於 淵、 得 千金之 殊。 其
Tehoang-tzeu, chap. 32 H, I, J. 497
les relations avec les grands qui donnent I'eiivie de se pousser, et la fréquentation des hommes vulgaires (|ui donne envie de [U'ofiter comme eux de toute occasion pour faire ses affaires.
II. Un politicien en quèle d'un inaîLre à sarvir, ayant l'ait sa cour au roi (le Sorig , avail reçu dix charrelées de présuii'ts, qu'il montra à Tchuang-lzeu ; ivGC une ostentation puôrile. Tchoang-tzeu lui dit: Au bord du Fleuve, une pauvre famille vivait péniblement de tresser des nattes, (métier très peu lucralir). Ayant plongé dans les eaux, le fils de la famille en relira une perle valant bien mille taëls. Quand son pèro l'eut vue, vite, dit-il, prends une piei're et brise -la! Les perles de celle grosseur, ne se trouvent que tout au rond de l'abîme, sous le menton du dragon noir. Quand tu l'as prise, le dragon dormait sans doute. A. son réveil, il la cherchera, et s'il la trouve chez nous, ce sera notre perte... Or le royaume de Smig est aussi un abîme, et son roi est pire que le dragon noir. Jl était distrait sans doule, quand vous avez mis la main sur ces dix charretées (le belles choses. S'il se ravise, vous serez écarljouillé.
I. Un prince ayant fait inviter Tchoang-tzea à devenii' son ministre, celui-ci répondit à l'envoyé: Le bœuf destiné au sacrifice, est revêtu d'une housse brodée, et reçoit une provende de choix. Mais un joui' on le conduit ati grand temple ( pour y être abattu). A ce momeiU-là, il préférerait être le bœul' le plus vulgairo, dans le dernier des pâturages. Ainsi en va-l-il des ministres des princes. Honneurs d'abord, disgrâce et mort en son temps.
J. Quand Tchoang-tzeu fut près de mourir, ses disciples manifestèrent rinlenlioii de se cotiser pour lui faire des funérailles plus décentes. Pas de cela! dit le mourant. J'aurai assez du ciel et de la lerre com nie bière, du soleil (le la lune el des étoiles comme bijoux (on en mettait dans les cercueils), de la nature entière comme cortège. Pourrez- vous me donner mieux, que ce grand luxe? ― Non, dirent les disciples, nous ne laisserons pas votre cadavre non enseveli, en proie aux corbeaux et aux vaulours. — Et, pour lui éviter ce sort, dit Tchoang-tzeu, vous le ferez dévorer enseveli par les fourrais. En priver les oiseaux, pour le livrer aux insectes, est-ce juste? ― Par ces paroles suprêmes, Tchoang-Lzeu montra sa foi dans l'iclentité de la vie et de la mort, sou mépris de toutes les vaines et inutiles conventions. A quoi boa vouloir aplanir, avec ce qui n'est pas plan? A quoi bon vouloii- faire croire, avec ce qui ne prouve rien ? Quelle proportion ont, avec le mysLère de l'audelà, les rits et les ollVaiides? Les sens ne sufllsent que pour l'observation superlicielle, l'esprit seul pénètre et fait coiivicliou. Cependant le vulgaire ne croit qu'à ses yeux, et n'use pas de son esprit. De là les vains rits et les simulacres l'actices, pour lesquels le Sage n'a que du dédain.
■1. Comparez la lorlue, chapitre -17 E.
Tchoang-tzeu, chap. 33 A.
天 T 第三十 三 OA 天下 之治、 方術者 多矣。 皆 S 其有 ê 、不可 加矣。 古 之所謅
原 i 一.。 不 0 於 宗 釅之 天 人, 不離 於 黐譴 Z 神 人、 不 離於眞 譴之至 人。 as 天爲
古人之 全 。寡能 備於 天地之 美、 稱 神明之 容。 是 故內聖 外王之 ST 闇 而 不 明、 鬱
Tchoang-tzeu, chap. 33 Â.
Chap 33. Ecoles diverses.
A. Bien des recettes pour gouverner le monde ont été inventées par différents auteurs, chacun donnant la sienne pour la plus parfaite. Or il s'est trouvé, que toutes étaient insuffisantes. Un seul procédé est efficace, laisser agir le Principe, sans le contrecarrer. 11 est partout, il pénètre tout. Si les influx transcendants descendent du ciel et montent de la terre, si des Sages sont produits, c'est grâce à lui, immanent dans le tout universel. Plus son union avec le Principe est étroite, plus l'homme est parfait. Les degrés supérieurs de cette union, font les hommes célestes, les hommes transcendants, 】es sur-hommes. Puis viennent les Sages, qui savent spéculativeraent, que le ciel, manifestation sensible du Principe,- est l'origine de tout ; que son action est la racine de tout; que tout sort du Principe, par voie d'évolution, et y retourne. Enfin les princes appliquent pratiquement ces idées, par leur bonté bienfaisante, leur équité rationnelle, les l'its qui règlent la conduite, la ni u sique qui produit l'entente, un parfum de bienveillance qui pénètre tout. Ainsi firent les princes de l'antiquité, conseillés par leurs sages. Us distinguèrent les cas, et leur appliquèrent des lois. Ils qualifièrent et dénommèrent. Ils approfondirent toutes choses, par la considération el l'examen. Enfin, tout étant mis au clair, ils prirent des mesures réglées comme un deux trois quatre. Depuis lors l'engrenage des officiers fonctionna, les affaires suivirent leur cours, le soin du peuple devint la grande affaire, l'élevage du bétail fut encouragé ; les vieillards et les enfants, les orphelins et les veuves, devinrent l'objet d'une grande sollicitude ; tout ce qu'il fallait faire raisonnablement pour le bien commun fut fait. En prenant cette peine, les anciens collaboraient avec les influx transcendants célestes et terrestres, avec l'action du ciel et de la tei-re. Ils nourrissaient les vivants, iiiaintenaient la paix, étendaient leurs bienfaits à tous. Des principes parfaitement pénétrés, ils tiraient des applications variées, agissant dans toutes les directions, sur les êtres les plus divers. Les vieilles lois transmises d'âge en âge, conservées encore en grand nombre dans les histoires, témoignent de la science théorique et pratique des anciens. ― Puis vinrent les Odes, les Annales, lesRils, les traités sur la musique, des lettrés de Tseou et de Lou, des maîtres officiels des principautés. Dans leur idée, les Odes sont un code de morale, les Annales un répertaire. de faits, les Rits une règle de conduilo, la musique un moyen pour produire la concorde, les mutations un procédé pour connaître les mouvements du y inn et du yarifj, les chroniques un moyen de dislinguer les répulations vraies des fausses. Répandus des provinces centrales dans (ont l'empire, ces écrils devinrent le thème sur lequel les lettrés s'exercèrent. — Puis vint un temps où l'empire étant tombé dans un grand désordre et étant dépourvu de grands sages, d'autres principes furent inventés, les discussions commencèrent, et chacun prétendit avoir raison. Ce fut comme la dispute dus oreilles et des yeux avec le nez et la bouche, qui ne purent jamais s'accorder, chaque sens ayant raison, mais quant à son objet propre seulement. Ainsi les diverses écoles ont chacune sa spécialité, bonne en temps et lieu ; niais aucune n'embrassant tout, n'a le droil d'exclu re les autres. Comment un seul lettré, lapi
汎 愛、 兼利, fi 非
欲 焉、 以 自 爲 方。 悲 夫 ffï 家 往而
M 曰、 昔 者 禹 之 Si 洪 水, 決 江 河
非 哭, 樂 ffi
Tchoang-tzeu, chap. 33 A, B. 501
dans un coin, s'arrogerait-il de juger de l'univers et de ses lois, de tout ce que firent et dirent les anciens ? Qui est qualifié pour s'ériger ainsi en juge des choses et des inlelligences?.. La science du Principe étant tombée en oubli, les hommes n'agissant plus que d'après leurs passions, les chefs des diverses écoles s'arrogèrent ce-^droit de juger et dot condamner tout et tous. Ils perdirent de vue l'unité primordiale, qui avait été la grande règle des anciens. Par leurs explications différentes, ils divisèrent en plusieurs, la doctrine jadis une de l'empire.
B. Parlons d'abord des sectateurs de Mei-ti. Transmettre aux générations futures des mœurs intègres, ne pas excéder pour le luxe et pour les cérémonies, éviter par une grande modéra lion les conflits rie la vie, tout cela ce sont règles des anciens. Mei-ti et son' disciple KHnn-hocili s'en éprirent avec passion, et par suite les exagérèrent. Ils proscrivirent absolument la musique. Ils réduisirent à rien les règles du deuil, sous prétexte d'économie. Au nom de la charité universelle, Mei-ti enjoignit de faire tout bien à tous, et défendit tout litige, toute fâcherie. II ne condamna pas la science, mais ordonna que le savant restât sans distinction, au même rang que le vulgaire. En ce faisant, il heurta les anciens et lui-même... Que les anciens estimèrent la musique, leurs symphonies, dont l'histoire nous a conservé les titres, le prouvent assez. Qu'ils voulurent, dans les funérailles, un luxe proportionné à la condition, leurs régies sur les cercueils le démontrent. Donc, quand
. Mei-ti interdit toute musique, et voulut qae tous les, cercueils fussent identiques, il heurta les anciens. Il viola aussi sa propre loi de la charité universelle," car il fit violence à la nature humaine, en prohibant les chants et les pleurs, qui sont pour l'homme un soulagement naturel indispensable.
"■ Vouloir que l'homme souffre sans cesse stoïquement, et soit enfin enterré sommairement, est-ce là charité? Non, sans doute... Aussi les théories de Mei-ti n'eurent-elles pas le succès de celles d'autres Sages. Elles blessèrent le cœui' des hommes, qui les rejetérnnt... En vain Mei-ti en appela-t-il à° l'exemple de U le Gvcmd, qui se dévoua stoïquement pour le bien de l'empire, durant les longues années qu'il passa à canaliser les terres et à délimiter les fiefs. Sa doctrine n'en fit pas plus d'impression sur les hommes, qui laissèrent les disciples de Mei-ti s'habiller de peaux et de grosse toile, se chausser de sabots ou de souliers grossiers, se dévouer sans repos ni relâche, mettre leur perfection dans la souffrance pour l'amour du grand U, sans qu'aucune velléité ne leur vînt de les imiter. 一 D'ailleurs, s'ils ne s'entendirent pas avec les autres dès l'abord, bientôt les sectateurs dé Mei-ti ne s'entendirent plus non plus entre eux. K'inn de Siang - li, K'oii-hoai, Ki-tch'eu, . Teng-ling-tzeu et autres, prétendirent chacun être le dépositaire des véritables idées de Mei-ti, et s'attaquèrent les uns les autres. A l'instar des sophistes, ils dissertèrent sur la substance et les accidents, sur les ressemblances et les dissemblances, sur lo compatible el l'inconipàtible. Leurs plus habiles disciples fondèrent autant de petites sectes, qu'ils espèrent devoir durer. Jusqu'à présent, leurs discussions continuent. 一 Somme toute, il y eut du bon, dans les intentions de Mei-ti et de K'inn-hoali, mais ils se
,」 非也。 將 馊 後 世之墨 者 #自 #1、 以腓 無胺脛 無 \ff- 颜 進而已 矣, 亂. 之 上也、 治之
I 人太多 ,其自 爲太少 。曰, 請 欲固置 五 fl 之飯 足矣。 先生恐 不得飽 。弟子 雖饍不
2 慎 到。 聞其風 而 悦之、 ir 萬物以 食首, 曰, 天能覆 :之 而不能 載之, 地 能載之 而 不.
Tchoang-tzeu; chap. 33 G, D.
trompèrent dans la pratique. L'obligation qu'ils imposèrent à tous de se dévouer et de se sacrifier à l'extrême, aurait produit, si elle avait trouvé écho, quelque chose dé supérieur au vil égoisme, mais d'inférieur au système naturel (ne rien faire et laisser faire). Cependant, honneur à Mei-ti! Ce fut le meilleur homme de l'empire. Quoique ses efforts soient restés stériles, son nom n'est pas à oublier. Ce fut un lettré de talent.
C. Parlons maintenant de l'école de Song-hing et de Yinn-ivenn,.. Mépriser les préjugés vulgaires, éviter lout luxe, n'offenser personne, maintenir Ja paix pour" le bonheur du peuple, ne pas posséder plus qu'il nè faut, se tenir l'esprit et le cœur libres, lout cela, les anciens le firent et le dirent. Song-hing et Yinn-wenn (irent de ces maximes le fondement d'un école nouvelle, doiiL les disciples se coilïeiit d'iiu bonnet do forme spéciale, pour se faire reconnaître. Ils traitèrent avec aménité tous les hommes quels qu'ils fussent, esUmant que le support mutuel est le plus noble de loiis les actes moraux. Cette couduile aurait pour elfet, pensèrent-ils, de gagiièr tous les hommes et d'en faire des frètes, ce qui fut leur but principal. Ils acceptaient tous les outrages. Ils cherchaient à apaiser toutes les disputes. Ils maudissaient toute violeiJ ce, surtout l'usage des armes. Apôtres du pacifisme, ils allaient le prêchant partout, reprenant les grands et endoctrinant les petits. Rebutés, ils ne se décourageaient pas.. EeoQduits, ils revenaleat à la charge, et finissaient, à force d'importutiités, par obtenir qu'on hs écoutât. — Dans tout cela, il y eut du bon sans doute, mais aussi de l'erreur. Ces hommes généreux s'oublièrent trop eux-mêmes, pour l'amour du prochaiu. Pour prix de leurs services, ils n'acceptaient que leur ijourriture, de ceux qui jugeaient qu'ils l'avaient gagnée. Le résultat fut, que les maîtres de la secte, durent jeûner plus que souvent. Cela n'effrayait pas leurs jeunes disciples, qui s'excitaient au dévouement pour le bien commun, en se disaat: la vie est-elle chose si précieuse? pourquoi ne sacrifierais-je pas la mienne, comme mon maître, pour le salut du monde?.. Braves gens, ils ne critiquaient personne, ne faisaient de tort â personne, ne méprisaient que les égoïstes qui ne faisaient rien pour le bien public. Non seulement ils interdisaient la guerre, mais, s'élevant plus haut, ils en découvraient la cause dans les appétits et les convoitises, le remède dans la tempérance et l'abnégation. Mais ils s'arrêtèrent là, et ne surent pas, dans leurs spéculations, s'élever jusqu'au Principe (de ces justes déductions). Ce furent des taoïstes avortés. '
D, Parlons maintenant de l'école de P'eng-mong, T'ien-ping, Chenntao, et autres... L'impartialité, l'altruisme, la patience, la condescendance, la tianquillité d'esprit, l'indifférence pour la science, la charité pour tous les partis, tout cela les anciens le pratiquèrent. P'eng-mong et ses disciples firent de ces maximes le foud de leur doctrine. Us posèrent, comme premier principe, l'union universelle. Chacun, dirent-ils, a besoin des autres. Le ciel couvre, mais il ne porte pas ; il faut donc que la terre l'aide. La terre porte, mais elle ne couvre pas; il faut donc que le ciel l'aide. Aucun être ne se suffit, et ne suffit à tout. A l'instar du ciel et de la terre, la grande doctrine doit tout embrasser et ne rien exclure. Accord, par accommodation el tolérance mutuelles. — Chenn-tao déclara donc la guerre à tout égoïsme, à tout esprit particulier, à toute coercition d'autrui. Il exigea, dans les relations, l'abnégation parfaite. Il déclara que toute science est chose ioutile et dangereuse.
504 Tchoang-tzeu, chap. 33 D, E.
教则 不至、 道 則無遺 者矣。 是 故愼到 棄知去 nj 而緣 不得 已 、涂汰 於 物以. 爲
道 理 。曰、 知不 知將薄 知 Fi 後鄰 傷之者 也。 讃鍊 無任 ffi 笑天 下 之尙 賢. 也。 縱 脫
無 行、 h§ 非 天 下 之大 聖。 椎 拍鞍斷 與物 if 鱗。 舍是與 非" 苟可 3 兔。 不 師知廉 ,不
知 前 後, 魏 然 FP 已矣。 推 a 後行、 曳 而 後 往 # 纏風之 還、 若 羽 之 旋、 若 磨 H? 之隧。