Nous aurons également occasion d’en parler
4. L’inventaire y ajoute 2 grandes pièces de tapisserie de Caresme et 21 autres de même, tant grandes que petites. J’imagine que sous le nom de tapisseries de Carême il faut entendre de simples tentures destinées à couvrir les croix, images et tableaux.
5. Voir à l’Appendice, V, les inventaires dressés à cette époque. On y remarquera S pièces de V Histoire de Judith , signée : H. Rydaems, et provenant de l’église Saint-Denis. Il est probable que cette suite était plus nombreuse dans l’origine. Les sujets indiqués dans l’Inventaire du 22 Messidor an III ne forment pas à eux seuls l 'histoire tout entière ; elle se complétait vraisemblablement par d’autres tapisseries, dans lesquelles il n’y a pas lieu de confondre celle des toiles peintes de l’Hôtel-Dieu qui représente ce sujet. Cette toile remarquable n’est pas sans analogie avec certaines œuvres de Van Eyck, notamment avec les tapisseries de l 'Histoire de la Vierge, qui sont au palais de Madrid. Je ne crois pas qu’elle ait servi de carton de tapisserie; il me paraît d'ailleurs évident que les inventaires n’ont pour objet que des tapisseries proprement dites.
Feu Povillon-Piérard (Opuscules, Reims, i833-i836) n’a connu de toutes ces tapisseries que celles de la vie de saint Remy. Il cite, en outre, comme appartenant à Saint-André, une tapisserie contenant six sujets différents de l’Ancien Testament. Cette tapisserie, qui existait encore en i836, a été l’objet d’une dissertation de la part du consciencieux archéologue.
6. Les églises du voisinage avaient peu à envier, sous ce rapport, à celles de la ville.
En ro85, le comte de Flandre Robert Ier, conduisant en Sicile sa sœur, veuve du roi de Danemark et fiancée au duc de Sicile Robert II, fils de Robert Guiscard, s’arrêta à Saint-Thierry, près Reims. Le luxe déployé par les moines dans cette circonstance mériterait d’être rapporté de point en point. Nous mentionnerons seulement les murailles tendues de courtines aux couleurs brillantes, le pavé couvert de coussins moelleux, les sièges revêtus de tapis où la perfection du travail le disputait à la variété des couleurs ( Vie et miracles de s. Thierry, ms. de la Biblioth; de Reims, k. fJJ, fol. 273).
A l’occasion de la dédicace de l’église de, l’abbaye d’Avenay, en 1 186, par Guillaume aux blanches mains,
LA TAPISSERIE A REIMS
Que dirions-nous maintenant des habitations, si nous pouvions, par la pensée, en reconstituer l’ameublement intérieur ? Chez les familles nobles ou dans l’aisance, les tentures de tapisseries ne se comptent plus par maison, pour ainsi dire, mais par appartement, et la liste en est quelquefois longue dans les inventaires après décès.
Nous en avons déjà trouvé dans celui de Louis de Guise. Nous aurions pu citer de même celui de l’archevêque Richard Picque (Varin, Arcli. Admin ., t. III, p. 769); ou l’état du mobilier que Robert de Lenoncourt fit amener, en 1506, d’Artanne en Touraine, dans son abbaye de Saint-Remy (Arcli. de Saint- Remy, Renseignements); ou même, à une époque plus rapprochée de nous, en 1763 (Arch. de l’archevêché, liasse 156, n° 14), celui de M. de Rohan, qui n’offre pas moins de 30 pièces de grande dimension et 7 petites, tant de Flandre que de Bruxelles, représentant l’histoire d’Ulysse, celle d’Hercule, un triomphe romain, les mois et les saisons.
Mais il nous faut citer d’autres exemples ; et le lecteur ne serait pas satisfait si, en les donnant, nous supprimions certains détails qui, en fait de tentures, caractérisent les variétés du genre.
Les huit tapisseries acquises par les Carmes, en 1628, provenaient d’un bourgeois, Jehan Amé (Min. de J. Taillet, 22 nov. 1628), et elles n’étaient pas les seules que ses héritiers recueillirent.
En 1621, chez Claude Thiret, chevalier, sr de Prin, maître d’hôtel ordinaire de M. le Prince de Condé, rue de la Chèvre, paroisse Saint-Symphorien, on trouve, indépendamment d’un certain nombre de tableaux, les tapisseries qui suivent (Min. de Rogier, Étude de Mc Goda) : une tenture de 8 pièces où est représentée une chasse; 1 1 pièces où sont figurés plusieurs oiseaux, ramaiges (sic) et feuillaiges de diverses couleurs; 6 pièces où est représentée l’histoire de Gédéon; 6 pièces façon d’Anvers; une tenture de tapisserie où est une histoire; 24 pièces de tapisserie de Flandre de diverses couleurs; d’autres pièces de tapisserie de Bergame et de Turquie « en grand nombre».
Nous relevons ensuite, en 1655, une tenture de haute lisse, de huit pièces, d'abord léguée aux pères Carmes par Madeleine Goujon, puis laissée dans sa succession (Étude de Me Lemoine); en 1669 (Min. de Rogier, Étude de Me Lemoine), une tenture de tapisserie de haute lisse provenant de la succession de
l’abbesse Hélisande, fille de Jean, vicomte deMareuil, donna des tentures de soie pour couvrir les colonnes et des tentures de laine de diverses couleurs pour couvrir les murailles du chœur aux jours de fêtes (cartulaire d’Avenay, Biblioth. de Reims).
LA TAPISSERIE A REIMS
Marie Colbert, femme de Pierre Chertemps, sieur de Seuil, qui passe dans les mains de Jacques Chertemps.
En 1670 (Ibid.), une de 17 aunes, faisant partie de la succession d’Antoinette Coquebert, veuve de Jean de la Salle, acquise par Gérard Bignicourt, seigneur de Bussy, vicomte de Chenay, maître des eaux et forêts, époux de Anne de la Salle.
En 1678, j tentures de tapisseries, recueillies par le chanoine Raoul Frizon dans la succession d’Antoine Frizon, son père (Minutes de Dallier, Etude Lemoine) ; 8 pièces représentant l'histoire de l’Enfant prodigue, et 8 de verdure, dans le mobilier de Charles de Raimond, chevalier, seigneur d’Arnicourt (Ibid., même année).
En 1684, l’inventaire des biens de Jean, comte de Coligny, après la mort de Anne-Nicole de Maupas, sa femme (Archives de la Ville), énumère une quantité de tapisseries, dont 9 de haute lisse, 2 1 de verdures de Flandre, pareil nombre de Bergame, dont 4 à fleurs, 6 autres pièces aux armes du comte, 2 chiffrées,
6 à manière de chiffres, sans parler de plusieurs tentures tant de satin de Bruges que de brocatelle de Venise.
Le testament (Étude de Me Lemoine, min. de Dallier, 10 nov. 1690) d’Elisabeth de Paris, ve de Pierre Chertemps, mentionne une tenture de verdure de 6 pièces, qui meublait son château de Muire.
En 1694, dans la maison de Jean Maillefer, l’auteur des Mémoires, rue de la Clef, on trouve 2 tentures de haute lisse, 1 de Bergame, et de plus, une chambre garnie de cuir doré (même étude, min. de Dallier).
En 1696, chez Jacqueline delà Salle, veuve de Nicolas Coquebert de Crouy (étude Lemoine), indépendamment d’une tenture de cuir doré de 1 5 aunes de tour en 6 pièces, 4 pièces de point de Hongrie contenant 12 aunes de tour, 8 pièces de Flandre contenant 26 aunes de tour, j d’autre genre contenant 8 aunes, enfin 1 pièce fort ancienne de verdure et feuillages.
En 1697 (Minutes d’Adnet, étude Lemoine), chez André Coquebert, seigneur de Belleaucourt, 8 pièces de haute lisse et de Bergame, acquises par son fils Joseph Coquebert, chanoine.
En 1720, dans la maison de dame Claude Clozier, veuve de Charles Roland, conseiller au Parlement de Metz, rue du Clou-dans-le-Fer, une tenture de tapisserie des Gobelins représentant l’histoire de Céphale et Procris, contenant 14 aunes; 6 pièces de verdure haute lisse de Flandre, contenant 17 aunes;
7 pièces du même genre, contenant 21 aunes (Étude Lemoine).
LA TAPISSERIE A REIMS
En 1730, dans celle du chanoine Lacourt, quatre chambres de tapisserie, léguées à P Hôtel-Dieu par le savant écrivain, avec une riche bibliothèque et un certain nombre d’objets d’art ou de curiosité, dont quelques-uns sont passés dans le musée de la Ville (Arch. de l’Hôtel-Dieu).
La vente des meubles de Jean-Baptiste Maillefer, en 1734, mentionne 22 aunes de tapisserie de haute lisse, 10 aunes de tapisserie à grand feuillage, 16 aunes 1/2 de tapisserie des Gobelins (Étude de Me Lemoine, papiers à classer) ;
Celle de Marie Le Franc, veuve de Jacques Lagoille, écuyer, secrétaire du roy en 1 735 : une tenture de 10 aunes, une de 11 aunes, une y de 14 aunes (. Ibid .);
Celle de Charles de Y de Seraucourt, chevalier, seigneur d’Artaize, en ï 73 3 : 6 pièces verdure, fabrique de Flandre, donnant 17 aunes 1/2, 2 autres pièces contenant 6 aunes 1/2 (Ibid.) ;
Celle de Marie Paris, veuve de Jacques-Christophe de Mongeot, en 1737: une tenture de 17 aunes ( [Ibid.);
Celle de Marie-Françoise deGobelin, femme de Guillaume-Henry de Montfort, même année : une tenture de haute lisse à large bordure, composée de 3 pièces, et une autre de 12 aunes (Ibid.) ;
Enfin, dans celle de Louis-Antoine de Vignacourt, seigneur de Saint-Loupaux-Bois, en 1739 (Étude de Mc Lemoine), figurent : 3 tentures de tapisserie d’Auvergne à personnages, la ire de 5 pièces, la 2e de 4, la 3' de 2 ; 4 pièces de la fabrique d’Aubusson, également à personnages ; 5 pièces de point de Hongrie ; 7 pièces de tapisserie à fleurs; 5 pièces de vieille tapisserie, et 2 de Bergame (Ibid.).
A part deux ou trois, tous ces documents ont été recueillis dans une seule étude. Nous aurions pu en augmenter le nombre, en portant nos recherches sur d’autres points et en les étendant à une période moins restreinte : mais ces exemples suffisent, et l’on se fera une idée du reste quand on saura que, au sacre1, l’usage était de tendre de tapisseries les rues par lesquelles le roi devait passer,
1. Voir notamment, pour le sacre de Charles VI, l 'Histoire de ce prince par Juvénal des Ursins, page 8 de l’édition in-40; pour celui de Louis XIV, Oudard Coquault, Mémoires, 1654, et Conclusion du Conseil de Ville, du 1 1 mai de la même année.
« Aux premières entrées que le roy fait dans les villes de son royaume, lit-on dans l’Etat de la France de 1736, t. I, p. D02, les officiers de la ville doivent payer aux maréchaux et fourriers des logis une certaine somme; autrement les arcs de triomphe, les portiques, les tapisseries et toutes les décorations appartiennent moitié aux maréchaux des logis du roy, et l’autre moitié aux fourriers. Néanmoins, en 1670, Louis XIV voulant épargner le payement des ces droits aux villes nouvellement conquises, fit dire à ces maréchaux des logis et fourriers de ne leur rien demander, et en dédommagement, S. M. faisait payer à ses maréchaux et fourriers une somme, tantôt par le Trésor royal, tantôt sur sa cassette. »
Au sacre de Louis XV, en 1722, la ville de Reims paya une somme aux officiers royaux pour racheter ses arcs de triomphe, portiques et tapisseries.
LA TAPISSERIE A REIMS
depuis la porte de Paris jusqu’à Notre-Dame, puis de Notre-Dame à Saint-Remy sur le passage de la sainte Ampoule, étendue qui peut être évaluée à deux kilomètres et demi, sur deux rangs. On comprend combien de tapisseries devaient y être employées, sans que l’on pût songer à dégarnir les appartements destinés à recevoir les personnes de distinction et les étrangers que la cérémonie amenait à Reims.
Ce seul fait, emprunté à l’histoire d’une ville de deuxième ordre, démontre assez quelle était alors l’importance de la tapisserie dans Lameublement des habitations.
En 1759, un journal delà province [Affiches de Provins, 27 juin) annonçait qu’un sieur Sénéchal, demeurant à Paris, avait trouvé le secret de rendre aux anciennes tapisseries... leurs premières couleurs. Il prenait, pour remettre simplement en couleur, 4 liv. par aune pour les verdures ordinaires, 5 liv. pour les tapisseries à personnages, 7 liv. pour réparer entièrement les verdures des Gobelins et de Bruxelles, 10 liv. pour celles à personnages. La publicité cherchée en Champagne par cet industriel prouve que son talent avait quelque chance d’y réussir.
A la fin du xvme siècle, le goût des tapisseries, toujours en honneur, n’était pas près de céder à l’envahissement des misérables tentures de papier qui les ont depuis remplacées. Il est curieux devoir, dans un journal qui se publiait à Reims en 1772 (. Affiches d’Havd', p. 220), quels efforts d’éloquence les fabricants de papiers peints avaient à faire encore, à cette époque, pour placer leurs produits. Aussi, bien des maisons de notre ville, il y a cinquante ans, comptaient encore plusieurs tapisseries dans leur ameublement, malgré le changement apporté dans les fortunes et les habitudes par vingt-cinq ans de révolution.
LA FABRICATION DES TAPISSERIES A REIMS, DU XIIIe SIÈCLE AU XVIIIe.
Ce qui relève singulièrement la valeur des richesses mobilières dont nous venons de constater l’existence, c’est qu’il nous est permis d’en faire honneur, en grande partie, à des artistes rémois, et que du xmc siècle au xvme la peinture textile eut chez nous sa tradition.