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LA TAPISSERIE A REIMS
Le don fait par Robert de Lenoncourt à la même église, en içji, de dix pièces représentant ce dernier sujet, décide les religieux à vendre une partie de celles qu’avait fait exécuter Jean Canart *, et cette dispersion assure pour nous leur perte. Mais la nouvelle suite de la vie de saint Remy1 2, ajoutée à la vie de la sainte Vierge dont nous avons parlé plus haut, nous en dédommage amplement.
En 1535, Simon de Roucy, chanoine de la cathédrale et de Saint-Symphorien, commande à Jehan du Molin, tapissier de Tournay, une tenture de six pièces représentant la vie de saint Symphorien, pour la donner à la collégiale de ce nom3; et l’inventaire du mobilier de la même église mentionne de plus, en 1710, 8 pièces représentant l’histoire d’ Abraham et de Loth, 6 pièces de verdures et paysages, 4 pièces offrant divers sujets, enfin un tapis fait à l’aiguille, à petits points, et représentant l’histoire de David et d’Abigaïl, que la paroisse devait, en 1649, à la générosité de Raoul Copillon, naguère notaire royal (S. Symphor. Conclusions, p. 74).
En 1585, Gobert Valet, sous-prieur du Val des Escoliers, fait don à son couvent de quatre magnifiques tapis achetés à Anvers4.
A Saint- Pierre-les- Dames, l’abbesse Renée I de Lorraine fait faire plusieurs pièces de la vie de la sainte Vierge, dont une à ses armes est aujourd’hui à la cathédrale5; ii Saint-Denis, les religieux acquièrent, en 1625, « une tente de tapisserie où est représentée la guerre de David contre Goliath6; » en 1628, les religieux Carmes font achat d’une tente de 8 pièces représentant l’histoire de Salomon7; en 1618, les paroissiens de Saint-Jacques commandent « à la gloire de Dieu et de leur patron, » Deigloriæ et sancti Jacobi memoriœ, deux pièces représentant la vocation de saint Jacques et de ses frères, et la prédication du même saint, avec les miracles de sa légende en médaillons dans la bordure8; et bientôt (1628),
1. Suivant une note ajoutée en marge, au xviic siècle, sur l’état mentionné plus haut. « On les voyait encore, dit la même note, en maisons bourgeoises. » La même main a écrit, en parlant des autres tapisseries données par Jean Canart : « Adhuc exstant. » Ce qui était vrai alors ne l’est plus malheureusement : au moment de la Révolution ces tapisseries n’existaient pas à Saint-Remy.
2. M. Boyer de Sainte-Suzanne, à l’article de Reims (Tapisserie française), a oublié de mentionner les tapisseries de Saint-Remy, l’une des suites les plus curieuses et les plus complètes qu’il y ait en France.
3. Voy. Appendice, III, ce traité. Les inventaires dressés par l’abbé Bergeat ne mentionnent comme existant, à l’époque de la Révolution, qu’une seule pièce de cette suite, représentant le martyre de saint Symphorien
4. Rogier, Histoire de Reims, ms. de la Biblioth. nat., t. II, fol. 246-249.
5. Ces armes ont été enlevées à la Révolution, mais les carrés concentriques et en sens opposé qui leur servaient de cadre en indiquent la place. Voy. Appendice, IV, la descript. de cette tapisserie.
6. Etude de M" Goda, minutes de Taillet, notaire. — C’est peut-être celle que nous avons remarquée dans la succession de Louis de Guise.
7. Ibid. Cette tente provenait de la succession de Jehan Amé, et fut payée 800 liv. à ses héritiers.
8. La tapisserie de la Vocation est la seule qui subsiste aujourd’hui. Celle qui lui faisait pendant a été détruite il y a une quinzaine d’années, et les débris abandonnés à un intelligent fabricant de vitraux, M. Bulteau-Jupin.
LA TAPISSERIE A REIMS
a leur exemple, ceux de Saint-Pierre-le-Vieil commandent pour leur église 4 pièces représentant des scènes de la vie de leur patron'. A l’église des Cordelières ou
de Sainte-Claire, l’archevêque Guillaume Gilford (1622-1629) donne une tenture
de tapisserie représentant l’histoire de Joseph, en laquelle sont ses armoiries2; celle
du couvent de Saint-Étienne doit à la générosité de François de Castille-Villema-
reuil (1630) une tenture de 4 pièces représentant la vie de saint Augustin5; et la modeste paroisse de Saint-Jean, à celle de Jeanne Tavernier, veuve de François Oudin (1690), plusieurs pièces qui meublaient son habitation. Enfin, l’inventaire
des meubles de la commanderie du Temple, fait en
Lemoine), men¬
tionne dans l’église des Chevaliers 3 pièces représentant la vie et décollation de saint Jean-Baptiste4. Ajoutons, pour mettre un terme à cette énumération déjà longue, qu’au moment où les agents révolutionnaires dressèrent un état du mobilier de nos églises, elles possédaient encore un nombre considérable de tapisseries à personnages 3 ; et nous pourrons affirmer qu’il y avait peu de villes dont les églises fussent plus riches en fait de tentures de ce genre6.
Povillon parle en outre d’une tapisserie représentant, selon lui, Antiochus qui cède Laodicée à son frère Séleucus : celle-ci n’existe plus depuis longtemps. En 1 836, suivant Povillon, elle était encore assez bien conservée et servait de tapis de pied aux jours de solennité.