Min. de Rogier, 24 avril 162 t
LA TAPISSERIE A REIMS
sions avec leurs torches de cire jaune'; ils ont besoin de s’affirmer davantage en face des autres corporations, vis-à-vis de la clientèle et d’eux-mêmes, et d’assurer par de nouvelles garanties l’honorabilité de leur commerce. Le moment venu où les corps de métiers remettent en vigueur les anciens statuts ou en demandent de nouveaux à l’autorité, ils prennent des premiers part à ce mouvement. Dès le 2 j août 1616, ils ont leur règlement, donné par le bailly ducal, à la requête de six d’entre eux1 2, et enregistré au Parlement le 5 août 1627, en conformité des Lettres patentes obtenues en mars de la même année. L’article 2 j de ce règlement, en partie rédigé sur celui qu’avaient reçu les tapissiers de Paris en 1476, énumère les ouvrages du métier que les maîtres jurés ont droit de visiter, et en tête se trouvent les tentures de tapisserie de toutes sortes et qualités quelles soient, les manies, etc. Le reste consiste en objets confectionnés, plus particulièrement du ressort des courtepointiers. Si nous nommons les mantes ou mentes, c’est parce que la fabrication de cette sorte de couvertures était particulière à Reims3. Or, le mot qui est encore en usage dans les campagnes environnantes l’indique suffisamment, on entendait par là le manteau ou couverture de parade que l’on étendait sur le lit : rien conséquemment ne se rapprochait davantage de la tapisserie; et quand nous rencontrons un tapissier chez lequel s’exécute cette fabrication, nous sommes fondé à croire qu’on y fabrique aussi la tapisserie. C’est le fait de Nicolas de Blois à Reims, en 165 5 4 5. Du reste, quand Pepersack vint s’y établir en 1 pour exécuter les tapisseries de Henry de Lorraine, ses auxiliaires furent généralement pris parmi les compagnons et les maîtres du métier exerçant en cette ville. Avant lui, en 1625, nous voyons qu’Isabeau Le Roy, veuve de Jehan Philippe Ponnart, continuait l’industrie de son mari comme tapissière en petit et gros poincls, et nous aurons occasion d’en nommer d’autres; avant lui, la
1. Min. de Leleu, 5 mai 1 638. — Voir aussi l’ordonnance de police de i685. A cette époque, les tapissiers avaient deux torches au lieu d’une.
2. Etienne Parent, Abdenago Anger, François Jacopin, Antoine Parent, Pierre de Gesnes, Robert Anger.
Ce règlement a été imprimé plusieurs fois, notamment en 1731, chez Fr. Jeunehomme; en 1770, chez
Jeunehomme. M. Varin lui adonné place dans ses Archives législatives, statuts, t. II, p. 441, avec plusieurs arrêts rendus à la requête des tapissiers, et imprimés en 1770 à la suite du règlement.
3. Savary des Bruslons, Dict. univ.du commerce ; voy. aussi Complém. du diction, de /’ Académie.
4. Etude de M° Lemoine, min. de Rogier, 7 octobre 1 655. Guill. Douart, faiseur de mantes, reconnaît que Nicol. de Blois, marchand tapissier à Reims, luy a presté un mestier à faire mantes avec les navettes et deux lames et le hourdissoix... pour travailler pour son service jusques à Noël... à faire mantes, et en faire et livrer chacune semaine aud. de Blois une vaisselée moyennant 63 liv. tournois pour chacune vaisselée de mantes. — Par vaisselée on entendait la quantité d’étoffe que pouvait contenir un baquet à foulon.
5. Etude de M° Lemoine, min. de Taillet, i3 novembre 1625. Jehanne La Joye, veuve de Nicolas Chauvet, met Jehanne Chauvet sa fille en apprentissage à Izabeau Le Roy, veuve de feu Jehan-Philippes Ponnart, tapissière en petit et gros poinct, pour un an, moyennant 18 liv. tournois, à payer par les exécuteurs du testament de M' François Rogier, chanoine de Reims.
LA TAPISSERIE A REIMS
rue où les tapissiers s’étaient fixés de préférence avait perdu peu à peu le nom de la Fourbisserie qu’elle portait, pour prendre celui de la Tapisserie ; ce dernier lui appartenait à peu près exclusivement dès 1629.
C’est donc à tort qu’on a regardé l’arrivée de Pepersack à Reims comme un fait isolé. L’entreprise par cet artiste d’un grand ouvrage pour le jeune archevêque, étant la seule dont on pût juger sur pièces, a frappé uniquement les esprits. Mais, si l’on est forcé de reconnaître qu’il n’a pas apporté à Reims une industrie nouvelle, nous verrons aussi que cette fabrication lui doit une partie de ses succès.
A mesure que le métier prend de l’extension, s’accroît naturellement le nombre de ceux qui l’exercent. En 1602, six maîtres seulement étalaient en foire de Pâques; on en compte onze en 1646. Dès ce moment, plusieurs figurent au nombre des habitants aisés delà ville; parmi eux ou dans leurs alliances on trouve les noms des familles les plus connues de la robe, du haut commerce ou même de la noblesse commerçante, ceux des Moët, des Rogier, des Roland, des Bruyant, des Le Poyvre, des Thierrion.
Du reste, on voit, par le recueil des dessins de notre charmant artiste Baussonnet, qu’au xvif siècle la tapisserie et la broderie à l’aiguille étaient pratiquées à Reims dans la plupart des familles aisées et des maisons religieuses. L’établissement charitable de Mme de Magneux, en 1634, contribua sans doute à maintenir dans notre ville le goût pour ce genre de travail, car il comptait parmi ceux auxquels on exerçait les filles entretenues sur cette fondation'.
De là vient peut-être que les maîtres du métier prennent généralement, dans les actes de réception, à la fin de ce siècle et pendant le suivant, le titre de tapissiers-brodeurs, à l’exemple de quelques Flamands des siècles précédents1 2.
Une histoire complète delà tapisserie à Reims serait ici déplacée; signalons seulement ceux des maîtres dont la fabrication nous fit le plus d’honneur.
PEPERSACK.
Le règlement de 1616 nous apprend que les tapisseries communes et « de petit prix » étaient alors celles de Beauvais, Rouen, Tournay. Un peu plus tard, les villes de Paris, d’Anvers et de Charleville tenaient au contraire le premier rang dans ce genre de fabrication. Ceci ressort aussi d’une délibération prise le 26 dé-