N. S. marchant sur les eaux
j. N. S. baillant les clefs à S. Pierre.
Comment traitait-on sans difficultés pour la continuation du travail, quand la première convention l’avait subordonnée à l’entier achèvement des deux premières pièces? Nous ne reconnaissons point ici la prudence ordinaire des marchands dont se composait en majeure partie la paroisse. Le retard apporté dans la livraison de ces pièces avait peut-être une excuse dans la prudence exagérée ou la mauvaise volonté du conducteur du coche qui faisait le service entre Charleville et Reims ; c’était du moins la raison qu’alléguait Pepersack dans une correspondance que nous avons retrouvée. Peu après, cependant, à la fin dé décembre 1629, sa femme se servait du même coche pour amener elle-même les
archiducs Albert et Isabelle-Claire-Eugénie , par M. de Hauteclocque, dans les Mémoires de l’Académie d'Arras, 1874, deuxième série, t. VI.
1. Je continue de relever ces titres, afin de constater ce qu’étaient ces tapisseries, aujourd’hui perdues.
tapisseries tant réclamées et auxquelles il était arrêté d’avance que Ton ferait de notables changements. Par suite, il lui fallut remporter les deux pièces avec leurs modèles. Murgallet, à son tour, dut modifier ceux-ci d'après les nouvelles exigences des paroissiens. Ce fut l’objet d’une nouvelle convention avec lui (i 8 juillet ï6^o), et Pepersack fut obligé enfin de faire différentes fois le voyage de Troyes pour s’en entendre avec lui. Après des retards et des discussions qui durèrent près de trois ans, les paroissiens finirent par oublier qu’eux seuls en étaient cause ; et le pauvre tapissier, réduit à recourir à la justice pour maintenir ses droits, ne craint pas d employer la prière pour obtenir d’eux un maigre dédommagement en sus du prix fixé par son marché.
Dans l’humble requête qu’il leur adresse à ce sujet, nous voyons qu’au lieu de sept pièces, quatre seulement furent exécutées; et par la quittance définitive donnée par Pepersack le 9 octobre 1633, qu’il reçut 300 livres comme dédommagement, y compris les frais de l’instance intentée par lui contre les paroissiens.
L inventaire des tapisseries dressé en l’an III par les agents municipaux n’en porte que trois, avec la mention qu’elles proviennent de la paroisse Saint-Pierre, savoir : saint Pierre aux pieds de J.-C. sur le bord du lac de Génésareth; saint Pierre près d’être submergé, ou J.-C. marchant sur les eaux; saint Pierre recevant les clefs. Deux de ces pièces furent livrées en l’an IV pour servir à l’installation du tribunal civil dans la maison de Saint-Denys, et la troisième fut employée comme tapis de pied par les juges du tribunal criminel '.
Elles disparurent avec beaucoup d’autres, qui reçurent une semblable destination et dont quelques-unes étaient certainement précieuses.
Les premières pièces exécutées pour Saint-Pierre étaient à peine terminées que Pepersack traitait de la confection de 5, 6, ou 7 pièces du même genre destinées au couvent de Saint-Étienne. Elles lui étaient demandées par messire François de Castille, seigr de Villemareuil, intendant de la maison et finances de Monsieur, frère du roy, représenté par Me Christophe Bignicourt, receveur des décimes du diocèse. Le marché, sans nommer le peintre auquel avait été confiée l’exécution des cartons, dit que le tapissier devra les copier en sens inverse. Suivant l’habitude de l’époque, la bordure comprendra des feuillages, festons, camaïeux, etc. Le prix fixé est de 33 livres l’aune carrée (Étude Fargues, min. de Pre Angier, 30 mars 1630). Le sujet, sans être dès ce moment arrêté, devait être
1. Voir à l’Appendice, VII et VIII, les pièces qui le prouvent.
LA TAPISSERIE A REIMS
l’histoire de saint Augustin. Les inventaires déjà cités contiennent, en effet, quatre pièces de la vie de saint Augustin1, ayant appartenu à Saint-Étienne; ils n’en mentionnent pas d’autres provenant de la même abbaye.
Comme celles de Saint-Pierre, ces tapisseries furent employées à garnir la salle d’audience du tribunal criminel.
Nous arrivons enfin à l’important travail exécuté pour Henry de Lorraine et qui ne comptait pas moins de douze grandes pièces et dix-sept petites.
L'engagement pris par Pepersack envers le prélat2 est du 29 novembre 1635 ; il l’obligeait à travailler à Reims même aux tapisseries qui lui étaient commandées, et mettait à cet effet à sa disposition deux pièces du logis abbatial de Saint-Nicaise. Pepersack ne tarda pas à y organiser son atelier, tandis que sa famille prenait gîte dans la maison d’un tapissier de Reims, juré du métier, dont il avait fait son auxiliaire. Devenu veuf, mais fixé définitivement dans notre ville par l’entreprise de divers travaux, il épousa le 25 juin 1635 (min. de Thomas Rogier) Françoise Collery, fille de Nicolas Collery, sergent royal, qui lui apporta en dot 600 livres3.
1. En y comprenant la pièce oü, suivant l’inventaire, on voyait « un solitaire ». Ce personnage, paraît-il, n’était autre que saint Augustin; la pièce d’ailleurs est indiquée comme étant de Pepersack.