PIERRE DAMOUR
Soit que Pierre Damour fût venu à Reims pour y apprendre le métier, soit qu’il y eût été appelé par Pepersack pour l’aider dans son entreprise, il paraît avoir passé ses premières années à Paris. Sa mère, Marie Mariette, veuve de Pierre Damour, y demeurait au carrefour Saint-Hippolyte ès faubourg Saint- Marcel. Ce nom de Mariette est trop connu dans les arts au xvu' siècle pour ne pas être remarqué. Pierre Damour, le père, dont la profession nous est
inconnue, était vraisemblablement un artiste, quoique son nom ne figure pas parmi ceux dont la filiation a été établie dans ces derniers temps par M. Jal et M. Herluison.
Les relations du jeune homme avec Pepersack devenu son maître paraissent avoir été des meilleures. Il eut un fils en 16} 8 (Saint-Jean, 13 septembre), dont Pepersack fut le parrain et Françoise Collery la marraine1.
P. Damour ne contribua pas moins que Pepersack à établir au dehors la réputation de nos tapissiers. Le premier marché qu’il signa le 19 octobre 1639 (min. de P. Angier, étude Fargues) le qualifie maître tapissier à Reims en l’abbaye de Saint- Nieaïse, et il est stipulé que, s’il a besoin de quelques deniers pour avoir un métier et acheter des laines, on lui en fera l’avance : il n’avait donc pas quitté jusque-là Pepersack ni travaillé pour son propre compte.
Il s’engageait envers messire François de Montescot, conseiller du roy, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, demeurant à Paris, rue des Enfants- Rouges, représenté par Henry Angier, élu à Reims, à faire une tenture de tapisserie et diverses pièces d’ameublement dont les dessins lui seront fournis, sur le pied de 22 livres l’aune en carré. 11 devait rendre le tout avant le ier janvier 1641, avec les dessins, qu’il ne pourrait communiquer ni en retenir copie.
Le 30 septembre suivant ( Ibid .), le même lui commande une autre tenture, du prix de 41 livres l’aune en carré, à laquelle fine devra employer que de bons ouvriers, et qui sera des plus fines, fort serrées et mieux battues, dont les clairs, les reliefs, éloignements, cieux, champ de bordures et fond des camaïeux seront tout de soie, et même la chaîne filée exprès. Ces recommandations expliquent le haut prix de l’ouvrage. Comme pour la précédente, il n’est rien dit de l’étendue de cette tenture, les dessins, qui demeurent à la charge de M. de Montescot, n’étant pas encore faits.
Pour la première commande, Pierre Damour reçoit d’abord, le ier février 1641 (Ibid.), une somme importante sous le nom de la demoiselle Leraeau, à laquelle il devait probablement; puis le 11 mars 1641, 1,360 livres.
Pour la seconde, le compte fait avec lui par Mme de Montescot (Ibid., 6 nov. 1642), marque quelle était de 75 aunes, et qu’on lui paya 3,075 livres en deux fois.
Les tapisseries exécutées pour M. de Montescot serviront de modèles, sauf
1. Le registre de Saint-Jean lui donne en outre deux filles : Jeanne, baptisée le 19 octobre i636, qui eut pour parrain et marraine Henry Bachelier et Jeanne Coquebert, sa femme; Marguerite, le i5 août 1640, dont les parrain et marraine furent l’Élu Henry Angier et Elisabeth Lane, sa femme.
LA TAPISSERIE A REIMS
les bordures, pour une tenture de vingt aunes de tour sur trois de hauteur, commandée le 30 décembre 1641 (Ibid.), par messire Jacques de Geniers, sieur du Coudray, conseiller au Parlement de Paris, au prix de 36 livres l’aune.
La tenture doit être faite dans le délai d’un an.
Le prix en est bien supérieur à celui de la précédente; cette différence tient sans doute à la qualité du travail plus qu’à une variation dans le prix des laines et soies.
300 livres doivent être avancées par le sieur du Coudray et pareille somme par Mme de Mongazon, pour aider Damour dans l’achat des étoffes nécessaires, et le reste lui sera payé de semaine en semaine au logis de Marie Mariette, sa mère.
Le 9 février 1642 (Ibid.), Pierre Damour s’engage encore à faire sur le même modèle une tenture de 22 aunes de tour sur 3 de hauteur, pour noble homme François de Verthamont, conseiller du roy, receveur des finances en la généralité de Limoges, demeurant à Paris, au Cloître et paroisse Saint Méderic.
Comme dans le marché précédent, des dessins pour une bordure nouvelle doivent être fournis par M. de Verthamont; le prix est de 36 livres l’aune, le terme est celui d’un an, et le domicile choisi par l’artiste, celui de sa mère.
Le 26 février 1646 (Ibid.), c’est le président de Bellièvre qui, par l’intermédiaire du conseiller en l’élection Henry Angier, commande à P. Damour une tenture de 55 aunes de tour sur 3 de haut, formant au total 165 aunes de France en carré, représentant les douze mois de l’année. Le prix est de 50 livres l’aune, revenant en tout à 8,250 livres, sur laquelle somme le tapissier reçoit comptant 1,815 livres pour employer en achat & étoffes, outre 50 livres et deux poinçons de vin qui lui ont été donnés comme gratification.
Ce marché en remplace un antérieur dans lequel il s’était engagé à faire pour le même M. de Bellièvre une tenture du prix de 23 livres l’aune.
Les dessins, fournis aux frais du président, avaient été exécutés par Nicolas Harment, peintre de Reims, sur papier, en détrempe, d’après des tapisseries que le président lui avait mises en main. Suivant marché passé le 14 mai 1645 (Ibid.), le peintre devait conserver chacune des tapisseries un mois au plus et en exécuter la copie de manière à ne pas faire attendre le tapissier. Ces cartons devaient lui être payés sur le pied de 10 livres l’aune.
Le 15 février 1648 (min. de Leleu, ét. de Me Lemoine), Damour s’engage envers Me Jacques Mérault, conseiller du roy, intendant des trésoriers de France à Soissons, représenté par messire Jean Colbert, sieur de Terron, demeurant à
LA TAPISSERIE A REIMS
Reims, pour l’exécution de quatre pièces de tapisserie, contenant ensemble environ 60 aunes, de même qualité que celles qu’il a fournies au président de Bellièvre, à raison de 52 livres l’aune. Sur ce prix, 400 livres sont payées comptant; pour le reste, lorsqu’il commencera à travailler, il lui sera payé par chacune semaine et pour chacun ouvrier y travaillant 1 6 livres. L’ouvrage sera terminé dans le délai de huit mois.
Les dessins, remis es mains de Pierre Damour, seront corrigés par lui dans les points indiqués par le sieur de Terron, sans prétendre une plus grande somme. Ils représentent : pour le Printemps, la chasse aux cerfs; la moisson du blé, pour la saison d’Été; la vendange, pour l’Automne; et une glacière, pour l’Hiver.
Les Rémois, nous l'avons .dit ailleurs, ne craignaient pas de se mettre en dépense pour avoir des tapisseries. Le marché fait par Damour avec Pierre Pothé, marchand en cette ville, le 2 ç juillet 1650 (min. de And. Angier, étude de M° Fargues), nous en donnera deux fois la preuve. Il a pour objet une tenture de haute et basse lisse, de 17 aunes 1/4 de cours sur 2 aunes 1/2 de hauteur, en six pièces, et ce moyennant 29 livres l’aune en carré. Nous y voyons, en outre, qu’une tenture déjà faite pour Me François Charlier, receveur des tailles en l’élection de Reims, servira de modèle.
Les dessins doivent, pour la première tenture, être fournis par Damour ; aussi le prix de l’ouvrage est relativement peu élevé.
Pour exécuter ces ouvrages, Damour eut évidemment de nombreux auxiliaires. Nous n’en connaissons qu’un, Denis Fontaine, qu’il s’attacha pour quatre ans par acte signé le 22 juillet 1641 (min. de P. Angier, Ibid.): à la condition de lui donner une chambre pour lui et sa famille, indépendamment de son salaire fixé à 20 sols par semaine, sur quoi jo livres lui sont versées par avance.
Nous trouvons aussi qu’il reçoit comme apprenti, le 12 mars 1646 (min. de And. Angier, Ibid.) Nicolas Branloteau, pour cinq ans, aux conditions suivantes: la irc année, l’apprenti ne recevra rien; la 2mc, il aura 8 sols par semaine; la ^mc, 12 sols; la 4me, 16 sols; la 5 ,ne, 20 sols.