‹ Tapisseries de la cathédrale de ReimsChapitre 21 sur 59 · Description de Notre-Dame · texte numérisé non relu

Description de Notre-Dame

LA TAPISSERIE A REIMS

Enfin, au rapport de M. Vitet et de tous ceux qui pénétraient dans la tour du Nord, les débris d’une troisième tapissaient la loge d’un sonneur de cloches, ou fermaient les ouvertures de la tour par lesquelles le vent avait accès Ceci se passait en 1830.

La seule satisfaction donnée aux archéologues et à l’inspecteur des monuments historiques fut de consolider quelques-unes des tapisseries et d’en boucher les trous avec les débris de celles que l’on pouvait considérer comme détruites. Cela fait, pour répondre à de trop justes remontrances, on se recueillit ; entre autres réflexions, on se demanda s’il était convenable d’étaler dans le lieu saint des objets dont la vue pouvait servir de prétexte aux promenades continuelles des curieux. Le Chapitre, épris de ce pieux motif, s’avisa qu’il valait mieux rendre les murs à leur nudité naturelle, en enlevant les tapisseries. Les puritains qui excluaient des édifices tout ce qu’un art postérieur avait ajouté à leur état primitif, les péirophiles, comme on disait alors, applaudirent, et avec eux les chantres, dont les voix, disaiton, s’accommodaient mal des tentures1 2. Toutefois, peu de temps après l’arrivée de Mgr Gousset, le bon sens l’emporta, et les tapisseries reprirent leur place. Plus tard, l’empereur vient à Reims; habitué aux tentures de velours et d’or, il trouve nos tapisseries passées de couleur, et remarque qu’elles interrompent en quelques points les lignes architecturales ; vite, on les décroche de nouveau. Peu après cette décision, qui semblait définitive et sans appel, les malheureuses tentures, pliées et mises au rebut, semblaient devoir y dormir toujours ; mais voilà que, un beau matin, comme des oiseaux de passage qu’obligent à se déplacer les changements de température, elles sont emportées par je ne sais quel souffle à l’étage supérieur. Clouées à cette hauteur, le long des murs d’une étroite et obscure galerie, elles défiaient l’œil le mieux exercé. L’inspiration n’était donc pas heureuse ; et pour les tapisseries cependant, sinon pour ceux qui pouvaient éprouver le besoin ou le désir de les voir, mieux valait qu’il en fût ainsi que d’être abandonnées aux vers sur les planches d’un grenier, ou à l’humidité sur les dalles d’une arrière-sacristie.

Elles ont été descendues de là pour être confiées pendant quelques jours à MM. Aug. Marguet et Ad. Dauphinot, qui les ont fait nettoyer et tendre avec tout le soin dû à de . pareils objets, afin de les reproduire par la photographie.

1. Vitet. Rapport à M. le ministre de l’ Intérieur sur les momtmens... des départemens de l’Oise , de l'Aisne , de la Marne, etc.. Paris, i83r. — Lacatte-Joltrois, État ecclésiast., manuscrit de la Bibliothèque de la ville, p. 55.

2. Annales de l’ Académie de Reims, t. I", 1842, p. 269 et suiv., Discussion entre MM. L. Paris, L. Fanart . et Herbe.

LA TAPISSERIE A REIMS

Depuis, repliées et empilées encore une fois dans un coin, elles attendaient qu'on statuât sur leur sort, lorsque l'Académie, prenant en considération les réflexions qu’on vient de lire, sollicita la réintégration des tapisseries autour des bas côtés de la cathédrale. Une commission, désignée par Mer Landriot dans le Conseil de Fabrique et l’Académie, décida du meilleur mode à adopter pour leur suspension, et l’opération réparatrice ne se fit pas attendre (juillet 1870). Nous sommes heureux d’avoir été particulièrement appuyé dans cette circonstance par MM. Simon Dauphinot, alors maire de Reims et président de l’Académie; Tourneur, vicaire général; Cerf, chanoine honoraire trésorier; ces deux derniers, également membres de l’Académie.

Suivant l’avis de la commission, on a disposé X Histoire de la sainte Vierge dans les travées des basses nefs les plus rapprochées du transept ; puis viennent les deux tapisseries de Clovis ; quelques-unes des tapisseries de Pepersack occupent le surplus des murs. Parmi les premières, le visiteur ne doit pas chercher la Présentation de la sainte Vierge , qui ne peut être tendue à cause de son mauvais état. On trouvera dans la sacristie Joseph et les prétendants avec la Visitation, ou du moins ce qui reste de ces deux pièces.

L’histoire de nos tapisseries serait incomplète, si nous ne disions un mot de leur origine et des particularités dignes de remarque dans chacune des séries qui font l’objet de notre étude. C’est ce que nous ferons avant d’aborder la description des pièces dont elles se composent.

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