XV' SIÈCLE
es six grandes tapisseries qui rappelaient, autour de l’autel de Notre- Dame, avec les hauts faits du premier roi chrétien de la France, la part qu’eut le grand archevêque de Reims à la conversion de ce prince et à l’établissement de la monarchie, deux seulement nous restent. A l’exception d’une troisième pièce et de deux fragments qui existaient encore à l’époque où MM. Paris et Lebertais ont entrepris leur publication et qui y ont été compris, les quatre autres sont pour nous inconnues ; nous n’en avons même pas une description qui permette d’indiquer d’une manière précise la suite et l’arrangement des sujets. Nous remarquerons toutefois que la légende historique placée vers le bord supérieur de la toile est une sorte de paraphrase de ce que rapporte le religieux de Saint-Denis au chapitre XV des Grandes Chroniques de France; là, très probablement, on trouverait de quoi reconstituer l’ensemble des faits représentés dans les six tapisseries, en ayant soin de grouper par deux, trois ou quatre, ainsi qu’on le voit dans celles qui nous restent, les sujets principaux ou secondaires rapportés dans les chroniques.
Il a existé d’ailleurs divers drames de X Histoire de saint Remy ; le recueil intitulé Histoire universelle des théâtres de toutes les nations en contient un spécimen, et l’on en conserve un autre à peu près complet parmi les manuscrits de la bibliothèque de l’Arsenal. Les traits les plus saillants de X Histoire du roy Clovis devaient se trouver également dans ces pièces de notre théâtre primitif. Mais il est
HISTOIRE
probable aussi que cette même histoire était l'objet d’un drame spécial portant un titre analogue à celui de nos tapisseries et offrant des développements semblables.
Dans l’impossibilité d’indiquer d’une manière certaine la source à laquelle s’inspira le dessinateur de nos tapisseries, nous essayerons du moins de fixer la date de son travail.
Le Lilium francicum de Chifflet 1 2 contient le dessin d’un fragment de tapisserie de la même époque que les nôtres et appartenant au même sujet. Il se voyait de son temps dans le palais royal de Bruxelles, où il aura vraisemblablement été négligé à cause de son mauvais état, lors d’une restauration dont nous parlerons plus bas. L’existence de ce fragment à l’époque où écrivait le célèbre médecin bisontin autorise à croire qu’indépendamment des six pièces que le chapitre de Reims a possédées, il y en avait encore d’autres, et en outre que cette tenture avait, suivant toute vraisemblance, appartenu à la maison de Bourgogne.
Cette dernière remarque a trop d’importance pour que nous ne cherchions pas à l’établir sur d’autres preuves.
Parmi les tentures connues, deux surtout, celle de l 'Histoire de César à Berne3 et celle de Y Histoire d’Assuérus à Nancy3, offrent des rapports incontestables avec les nôtres. Les armes, les étendards, le harnachement des chevaux, le pêle-mêle de la composition dans la partie guerrière de la première, l'architecture et certains détails du costume dans l’une et dans l’autre, tout jusqu a la disposition des légendes inscrites en français au haut de chaque pièce, sans listels, sur le champ même de la toile, y rappelle notre histoire de Clovis.
Or ces tentures ont une provenance bourguignonne. Celles de Berne faisaient partie des objets abandonnés dans leur fuite par les Bourguignons à Granson; celles de Nancy passent pour avoir été recueillies dans le camp de Charles le Téméraire après sa mort. Mais toutes deux ne remontent pas au delà du prince que nous venons de nommer; elles peuvent être attribuées, l’une, celle de Nancy, aux dernières années de son règne, celle de Berne aux premières. La nôtre est