‹ Tapisseries de la cathédrale de ReimsChapitre 24 sur 59 · Bulletin, t. XV, p · texte numérisé non relu

Bulletin, t. XV, p

2. Curiosités des anciennes justices, par Ch. Desmaze, p. 216, d’après un manuscrit de la bibliothèque du roi, fonds dit des Cinq cents Colbert.

L’inventaire de Charles-Quint a été publié de nouveau par M. Alex. Pinchart, dans l'Art, t. IV, 1876. L’ Histoire du roy Clovis y figure au nombre des tapisseries de chambre ; elle comprend six pièces de 7 aunes de haut, de fil d’Arras ou pure laine.

3. Recette générale des finances de la Flandre, dans les Tapisseries de haute lisse , par J. Houdoy, p. 145.

HISTOIRE

cette tenture pourrait être la nôtre, et pour le démontrer je n’ai plus qu’à répéter ce qu’on en savait à Reims.

M. Jubinal est le premier qui ait parlé avec quelque étendue de nos tapisseries; il rapporte, sans dire sur quelles données, que celles de Y Histoire de Clovis furent prises à Calais par le duc François de Guise, et il se demande comment elles se trouvaient dans celte ville. Par une inadvertance trop commune aux écrivains qui font de loin, et d après des notes vagues ou incomplètes, l’histoire des objets qu’ils n’ont vus qu'en passant, l'auteur des Anciennes tapisseries historiées 1 a certainement mis ici Calais au lieu de Metz. Je lis, en effet, dans le volume du chanoine régulier Pinchart qui regarde Reims3 et qui paraît être presque en entier la reproduction des Varia Remensia de Lacourt, que le duc « s était réservé cette tapisseiie lorsqu’il prit Metz ». C’est plutôt « lors de la délivrance de cette ville » qu’il fallait dire; à part cette légère inexactitude, la note où nous recueillons la tradition conservée dans le Chapitre de Reims a toutes les apparences de la vérité. L’historien du siège de Metz, Bertrand de Salignac, rapporte qu’après la fuite de Charles-Quint vers Thionville, les trois camps abandonnés par ses troupes autour de Metz non seulement étaient remplis d’une infinité de morts et de malades, mais que les tentes, les armes et les meubles y étaient restés, même des vivres en abondance, sans que la panique de la déroute eût permis de rien enlever 1 . Rien donc ne rappela mieux Granson, Morat et Nancy, et il n'y a point à s’étonner si le butin recueilli

î. PourM. Jubinal, les tapisseries données par le cardinal de Lorraine sont celles de Pepersack. Après avoir vu celles de Clovis, qu’il dit être au nombre de quatre, et qu’il croit avoir été données au Chapitre par le duc de Guise, « il est tenté, par la ressemblance de ces tentures avec celles de l’église de Saint-Remy, de les attribuer, comme ces dernières, à Robert de Lenoncourt {sic) ». On voit avec quelle légèreté cette partie de son travail a été traitée.

2. Tome X du recueil, fol. 1 18, verso. Biblioth. de la Ville.

3 Le siège de Metz en l'an i552, Paris, Ch. Étienne, i553, in-40.

Pour s’en tenir à Calais comme lien de provenance, il faudrait supposer que nos tapisseries y eussent été amenées par le commerce, ce qui est peu probable, bien que cette ville, dernière possession des Anglais en France, après une occupation de près de deux siècles, fut devenue l’entrepôt du commerce entre l’Angleterre et les Pays-Bas. Mais il est difficile de croire qu’une œuvre de ce genre ait été faite pour le commerce. J’admettrais plutôt que, données par l’empereur au roi d’Angleterre ou à quelque personnage de sa cour, elles avaient été déposées dans cette ville. On a, en effet, des exemples de semblables dons dans les comptes de dépenses des ducs de Bourgogne et de Charles-Quint lui-même.

Pendant le soulèvement des Pays-Bas contre l’Espagne, en i58i, les magistrats de Bruxelles mirent en vente tout le mobilier des églises, des couvents, et aussi celui de la cour. Cette vente se fit à l’encan ; les tapisseries, même les plus précieuses, y passèrent avec le reste, et elles se trouvèrent ainsi dispersées dans les mains de ceux qui furent assez riches pour les acheter; mais le lecteur aura remarqué que le duc de Guise, mort depuis longtemps, n’a pu être un de ces heureux acquéreurs.

Après l’inventaire fait en 1 536, dont nous avons parlé plus haut (l'Art, t. IV, 1876), un autre fut dresse en 1597 pour constater l’état du mobilier du palais de Bruxelles, et l’on y retrouve la mention de tapisseries

DU ROY CLOVIS

par les vainqueurs fut aussi riche à Metz qu’après les trois grandes défaites des Bourguignons.

Ainsi le sort de la guerre avait séparé nos tapisseries de f Histoire de César , dont les Suisses firent dans la cathédrale de Berne un trophée de leur indépendance, et de Y Histoire d’Assuérus que les ducs de Lorraine conservèrent précieusement à Nancy en souvenir de leur victoire ; le sort de la guerre, en les mettant à la disposition du duc de Guise, puis du cardinal de Lorraine, en aura fait à leur tour un trophée d’un autre genre, en les amenant là où les appelait le culte de saint Remy et des origines de la monarchie française.

Nous avons rapporté les termes dans lesquels P. Coquault parle de cette libéralité du cardinal. Que ce fût par don ou autrement, il tenait bien incontestablement ces tapisseries de son frère; les armes du duc, cousues à l’un des angles de la toile' et qu’on y a conservées, ne laissent pas de doute à cet égard.

La place d’honneur assignée à ces tapisseries dans la décoration du chœur et le soin apporté à leur conservation, montrent le cas qu’en faisait autrefois le Chapitre de Notre-Dame. Vers 1650, leur mauvais état ayant mis dans la nécessité de les réparer de nouveau, un essai fut fait sur l’une d’elles, mais ne satisfit pas les chanoines. Toutes les six, y compris cette dernière, furent confiées à Paris à Gilles Gadret, concierge de l’hôtel de Guise, et à Guy de Lanoy2, tapissier, qui, par acte du 29 avril 1650, s’engagèrent notamment « à rentraire et lever toutes les pourritures qui s’y trouveront, à rendre les visages aussy beaux que neufs et les jaulnes d’une belle couleur ».

Ces stipulations du marché montrent quelles étaient alors les parties les plus défectueuses, et il n’est pas difficile de voir aujourd’hui, notamment dans les jaunes, que leur remplacement n’a pas toujours eu le succès espéré.

Le travail devait coûter 3,500 livres tournois et être achevé dans le délai de deux années et demie5.

Malheureusement, c’est plus particulièrement à ces beaux tapis que les

répertoriées dans le premier inventaire, notamment celle de l'Histoire du roy Clovis. Y aurait-il eu, dès l’origine, deux exemplaires de cette même tenture? On voit encore aujourd'hui à l’hôtel de ville de Bruxelles une tenture représentant l 'Histoire de Clovis ; mais ces tapisseries sont du xvii* siècle ou du xviii'.

1 . Les anciennes ordonnances « sur le faict et conduicte du styl et mestier de tapissiers » traitent de la visitation des tapisseries avant la vente, et portent défense d’y exécuter aucun travail postérieurement, sauf pour y ajouter les armoiries de l’acquéreur, s’il le demande. (J. Houdoy, op. cit.)

La maison de Guise était fort riche en tapisseries. C’est d’elle, par exemple, que provient le précieux plan de Paris, dit Plan de tapisserie, acquis par la ville de Paris sous la prévôté de Turgot.

Les armes sont celles de la maison de Lorraine, chargées en tête d’un lambel de gueules à trois pendants.

2. On a vu, dans l’Introduction, qu’un de Lanais ou de Lanoy épousa à Reims une fille de Daniel Pepersack.

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