‹ Tapisseries de la cathédrale de ReimsChapitre 37 sur 59 · LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE

L’ange luta à Jacob longue espace

Balaam nonça qu’une estoille par grâce En démonstrant que l’incarnation C’est que Jésus pour la salvation

Puis luy donna sa bénédiction.

Dudit Jacob naistroit sans fiction Du Filz de Dieu en la Vierge viendroit : De tous humains de Jacob descendroit.

e premier symbole annoncé est représenté dans le haut, à gauche du tableau principal. Jacob et l’ange sont encore aux prises, mais, comme le dit le vers placé au-dessous de la scène, « la fraîche aurore vient rompre ce long engagement » :

Rorida complexus longos aurora resolvit.

ce Laissez-moi, dit fange à son adversaire, puisque le jour commence à paraître : » Dimitte me, jam enim ascendit aurora. — « Je ne vous lâcherai pas, répond Jacob, que vous ne m’ayez béni : » Non dimiitam te, nisi benedixeris mihi (Gen. xxxn).

Dans le langage de l’Église, cette aurore naissante, c’est la Vierge. Comme, au lever de l’aurore, la nature entière se réveille, ainsi la Vierge, de qui doit sortir la lumière, apporte au monde une vie nouvelle. Dès quelle apparaît, l’humanité, qui a lutté contre le vrai Dieu durant les ténèbres, fera enfin sa paix avec lui.

HISTOIRE DE LA VIE ET MORT

Le second symbole mentionné dans la légende est l'étoile vue par Balaam. Le devin, vêtu et armé comme pour un long voyage, est monté sur une ânesse, dont la bride et le poitrail portent son nom : X BALAAMI. En vain il frappe à coups redoublés, l’animal refuse d'avancer. Dans les airs, un ange menace Balaam l’épée à la main, et « en face du prophète, une étoile fatidique brille aux deux » :

Fatidicum ' rutilât Balaam sidus in orbe.

Balaam avait été envoyé par le roi de Moab pour maudire l’armée des Israélites ; à la voix de l’ange, il revient sur ses pas, et, jetant les yeux sur laimee d’Israël, il s’écrie : « Une étoile sortira de Jacob, un rejeton s’élèvera d’Israël, et réunira tous les enfants de Setli : » Orietur Stella ex Jacob (Nombr. 24).

C’est encore, aux yeux de l’Église, une figure de 1 avènement de Marie, cette « fontaine » de l’Éden, que rappelle le personnage qui est debout à droite. « Elle s’élevait de terre et arrosait toute la surface du sol : » Fons ascendebat e terra irrigans universam superficiem ierrœ (Gen. 2).

Enfin, dit le personnage placé en regard, « la sagesse divine s’est préparé une demeure ; » Sapientia edificavit sibi domum (Proverb. 9) : expression digne de l’incarnation et de celle qui a été préparée de toute éternité pour être la mère du fils de Dieu.

Entrons dans le sanctuaire où vient de s’accomplir l’événement qui, suivant l’office de la Nativité, remplit le monde de joie. Tout y est riant. Un portique splendide, aux colonnes mi-partie de bronze et de porphyre, qu’ornent à la base des pied de biche ailés, lui donne entrée ; une élégante travée les relie, enrichie aux angles par les statues de David et de Moïse, au centre par les armes du Chapitre et du prélat donateur; sur le faîte de la maison, des anges, l’encensoir à la main, sont dans l’admiration. A l’intérieur, sainte Anne est couchée dans un vaste lit carré, qu’abrite un ciel ou baldaquin à longues franges ; sur le dossier capitonné1 2 se remarque un tableau d’or, suivant l’usage du temps3 ; deux des rideaux sont relevés et laissent apercevoir d’un côté un dressoir à panneaux sculptés, et la porte d’entrée qui vient de donner passage à des parentes de la gisante: de l’autre, dans une sorte de véranda, Joachim qui regarde au dehors.

1 . L’artiste a maladroitement écrit fastigium pour fatidicum.

1. Les inventaires du xv* siècle distinguent dans un lit : le ciel, le dossier, trois rideaux ordinairement, la couverture piquée, le soubassement. Tout cela se retrouve ici.

3. Les Ducs de Bourgogne, par le comte de Laborde : « N° 6091, ung tableau d’or que madite dame tenoit à son chevet; 3417, ung petit tableau d’or où il y a un visaige de Dieu. » Il y en avait aussi d’ivoire ou de bois. C’est l’origine des diptyques et des triptyques.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

On lit dans Christine de Pisan et dans le Spécule des Pécheurs que la gisante recevait après ses couches ses parentes, ses amies et connaissances, et que pour ces visites on la parait elle-même, ainsi que 1 appartement.

Remarquons aussi, près du chevet, une matrone qu enveloppe un long voile, et une jeune femme à la toque élégante, aux bandeaux soigneusement tressés, qui paraît surtout chargée des soins à donner à 1 accouchée. Une autre, dont la îobe est soigneusement retroussée, et dont la coiffe ornée d une riche agrafe et les cheveux ramenés de part et d’autre en longues tresses sur la poitrine rappellent sainte Élisabeth telle que nous la retrouverons dans la tapisserie des Trois Maries , tient l’enfant sur ses bras. Tandis qu’une autre parente, agenouillée, s apprête a la recevoir dans un bassin d’airain, une servante tire les linges nécessaires d’un coffre soigneusement garni de bandes de fer, de clous, etc. On arrive à lappattement par un escalier dont le haut est gardé par un chien ; par un autre escalier, à rampe de fer, on en sort près d'une fontaine où une servante vient chercher de l’eau.

Tout cela évidemment, ainsi que l’exprime le vers inscrit sur 1 une des pentes du lit, annonce « l’heureux jour où Marie apparaît en vue d’une naissance incomparable », c’est-à-dire pour être un jour mystérieusement mère du Sauveur:

Prospéra lux unicum Mariam producit ad ortum.

L’enfant elle-même témoigne sa joie par l’agitation de ses bras. Sa bouche entrouverte annonce et les légendes tracées autour du vêtement de la femme qui la porte font plus clairement connaître la précocité merveilleuse de son intelligence. De bas en haut, par derrière, on lit : ... LABIA MEA APERIES’ET O... Le verset n’est pas achevé, mais le sens n’en est pas moins clair : « Seigneur, fait- on dire à l’enfant, vous ouvrirez mes lèvres, et ma bouche annoncera votre gloire. »

Autour de l’ouverture du corsage se lisent les lettres de l’alphabet ABCDEF GHIKLMNOPQRS, par lesquelles elle s’apprend à louer Dieu.

Le bord antérieur de la robe porte ce qui suit : FOVDTEDIOI | IVERVN- TAM... Dans ces dernières lettres paraît devoir se trouver le mot veruntamen, mais le sens de ce qui précède nous échappe, et pareillement la signification de ce que porte le bord de la manche : OIAS.

Au bas, sur l’extrémité qui touche à terre, on lit : ADEIBALIO. Ceci, rapproché d’une autre légende, pourrait renfermer, ainsi que nous 1 avons dit plus haut, le nom soit du peintre, soit plutôt du tapissier.

VIE ET MORT DE LA SAINTE VIERGE

Nous mentionnerons enfin, comme détails d’ornementation, la jeune fille qui vient de déposer à l’une des fenêtres du comble un vase élégant, et les animaux que le caprice de l’artiste a placés ici et là, à terre, sur les arbres, ou au sommet des constructions.

HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE MARIE

(tapisserie DU XVIe siècle)

Page 1