LA PRÉSENTATION DE MARIE ENFANT AU TEMPLE
L’arche du temple par solennel grâce Jepté vouant de faire sacrifice Joachim et Anne à Dieu sempiternel Sans tache avoir de vice originel
Ainssy présentoient devant Emanuel.
De sa fille au roi célestiel.
Vont présenter au saint temple Marie Quy les humains fors elle contrarie.
ette tapisserie était une des plus belles; l’état de délabrement dans lequel l’a mise un long usage est infiniment regrettable.
Les figures symboliques qui accompagnent le sujet principal sont, d’une part, l’arche d’alliance transportée dans le temple ; de l’autre, le vœu de Jephté.
L arche d alliance est fréquemment employée comme symbole de la Vierge ; l’Eglise l’a consacrée même parmi les appellations quelle lui adresse dans les litanies de Lorette. Il est dit dans le y livre des Rois (chap. xm) que, quand le temple fut terminé, les prêtres, en présence de Salomon et de tout le peuple, « portèrent l’arche de l’alliance du Seigneur dans le lieu qui lui avait été préparé : » Intulerunt sacerdotes arcliam federis Domini in locum suum. Le vers placé au-dessous de ce texte semble, dans l’esprit de l’auteur qui joue volontiers sur les mots, s’appliquer à la fois à l’événement dont il vient d’être question, et à la consécration de la Vierge au service de Dieu.
Ecce adit archa dio Solimor(um) archana sacello,
c est-à-dire, autant qu’une lecture un peu conjecturale nous a permis de l’interpréter : « Voilà que l’arche approche du sanctuaire du temple saint de Jérusalem ».
HISTOIRE DE LA VIE ET MORT
On remarquera cette singularité, que, au lieu d’offrir aux regards l’arche mosaïque transportée de la cité de David dans le temple, 1 artiste ait figuré une sorte de tabernacle porté sur un trois-mâts, et ceux qui montent ce vaisseau occupés à jeter leurs filets à la mer. Est-ce sans dessein que le peintre aurait oublié que le voyage ne nécessitait pas cet appareil, ou bien aurait-il voulu rappeler l’arche de Noé ? Celle-ci est aussi une figure de la Vierge, véritable arche de salut, du sein de laquelle est sorti le Rédempteur.
Le second fait symbolique de la consécration de Marie est le sacrifice de la fille de Jephté. Mais l'iconographie en a fait rarement usage avec ce sens, quoique l’humble soumission de la fille de Jephté au sacrifice promis par son père, et la retraite à laquelle elle se condamna pour se préparer à l’accomplissement de son vœu justifient l’application de cet exemple à la sainte Vierge.
On connaît la promesse imprudente de Jephté et son désespoir quand, au retour de son expédition contre les enfants d’Ammon, sa fille vint au-devant de lui. « Mon père, lui dit-elle, si vous avez fait un vœu au Seigneur, faites de moi ce que vous avez promis : » Pater mi , si aperuisti os tuum ad Dominion, fac mihi qtiûdcumque pollicitus es (Juges, chap.xi). « Accordez-moi seulement, dit-elle encore, une prière, et permettez-moi d’aller sur les montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginité avec mes compagnes... » Après les deux mois, elle revint trouver son père, et il accomplit son vœu à l’égard de sa fille qui était vierge, en la consacrant au service du temple.
Comme toujours, l’acte principal, la consécration de la Vierge à Dieu, occupe le centre du tableau ; seulement ici, au lieu dêtre circonscrite par un cadre, la scène s’étend sur les côtés, et les témoins de cette scène sont répandus à droite et à gauche : à droite, les parents venus à la suite de Joachim, ou peut-être les jeunes gens que la légende remettra en scène lors des fiançailles de Marie ; à gauche, les parents d’Anne et les jeunes filles qui « viennent, à la suite de Marie, consacrer au roi des cieux leur virginité », suivant le langage du prophète qui est assis au bas du même côté, et dont le nom Davil se lit au boid de son vêtement : Adducentur régi virgines posl eam (Ps. 44).
Parmi ces jeunes femmes plusieurs se font remarquer par 1 élégance ou la richesse de leur mise, d’autres par la grâce de leur attitude ou de leur visage. Mais le regard est particulièrement attiré par la jeune enfant qui « confiante et d un pas assuré monte les quinze degrés du temple auquel elle est vouée », comme le dit l’inscription placée au-dessus de la porte :
It gradibus templo Arma hec terquinque dicata.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE. 95
La simplicité de son vêtement, sa figure angélique, ses cheveux blonds et pendants, tout intéresserait en elle, lors même qu’une nombreuse suite n’accompagnerait pas Joachim et Anne, ses parents, jusqu’au bas de l’escalier, lors même que le grand prêtre ne viendrait pas à sa rencontre avec plusieurs prêtres et lévites. Un essaim de jeunes filles, déjà consacrées au service de Dieu, et qui des fenêtres de la tour qui donne entrée au temple assistent à l’arrivée de leur nouvelle compagne, rendent grâces à Dieu ; « la Vierge va bientôt mêler sa voix aux leurs dans les chœurs sacrés », suivant la parole que répète Jérémie placé au bas du tableau : Letabitur Virgoin clioro (Jérém., j 1 ').
Le livre de la Naissance de Marie rapporte qu’elle avait trois ans quand elle fut présentée au temple, suivant le vœu fait par ses parents; quà l âge de neuf ans elle y consacra à Dieu sa virginité par un vœu solennel, et qu elle y demeura jusqu’à quatorze ans environ... On voit par divers endroits de 1 Écriture que les dépendances du temple étaient habitées par des jeunes filles qu on y élevait dans le service de Dieu, et par des veuves apparemment chargées de leur direction conjointement avec les prêtres.
x. Les endroits indique's par les textes ne sont pas toujours exacts. Ainsi l’on renvoie à tort ici au chap. xxi au lieu de xxxi.
HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE MARIE
(tapisserie du XVIe siècle)