MARIE DANS LE TEMPLE, SES PERFECTIONS
Marie vierge chaste, de mer estoille,
Puis de vive eaue, ainsy que lune belle, Cité de Dieu, clair mirouer non pollue,
En ung jardin fermée, est résolue
Porte du ciel, comme soleil eslue, Tour de David, lis de noble value, Cèdre exalté, distillante fontaine De besongnier, et si de grâce pleine
a vie de Marie dans le temple est le seul sujet qui occupe cette pièce; ses perfections successivement annoncées par des emblèmes divers lui servent de cadre.
Modèle de la femme, Marie savait, disent les Pères, allier la prière au travail1. Le livre saint dans lequel elle prie ou .médite n’est pas éloigné; mais devant elle est tendue la chaîne d’une bande de tapisserie, dans les fils de laquelle la diligente ouvrière fait passer d’une main la laine tandis que de l’autre elle serre la trame 2. Une corbeille remplie de pelotes et de bobines est à ses pieds. La chaîne a pour supports deux colonnes richement sculptées, au haut desquelles flottent deux bannières aux armes du Chapitre et du prélat donateur. A ces colonnes se relie la clôture à hauteur d’appui d’un petit
1. Suivant les apocryphes, elle s’était imposé pour règle de s’appliquer à la prière depuis le matin jusqu’à la troisième heure du jour, et de se livrer au travail manuel depuis la troisième heure jusqu’à la neuvième. A partir de la neuvième heure elle ne cessait pas de prier jusqu’à ce qu’un ange lui eût apparu pour lui porter sa nourriture.
2. L’instrument dont elle se sert pour cela est une sorte de couteau de bois. On en voit un semblable dans l’œuvre de Foucquet. Cet instrument a été remplacé depuis par un peigne de forme particulière.
HISTOIRE DE LA VIE ET MORT
jardin, Ortus conclusus. Des anges s’empressent autour de cette clôture, prêts à recevoir ses ordres. Deux seulement sont entrés à l’intérieur. L’un, vêtu d’une dalmatique, tient une aiguière; l’autre, couvert d’une chape, porte un pain sur une nappe, aux extrémités de laquelle on lit ces paroles : AVE d’un côté, PLENa de l’autre. Il n’est pas difficile de compléter cette salutation toute naturelle. La légende recueillie sous le nom de saint Jérôme, et suivie par plusieurs Pères, raconte en effet que Marie fut nourrie dans le temple, comme Elisée le fut dans le désert.
Le respect des envoyés de Dieu, les vêtements sacrés qu’ils portent, suffiraient pour donner à cette scène comme un air de vision d’en haut, si Dieu lui-même n’y présidait, environné d'anges et de célestes clartés. La couronne d’or fermée qui ceint son front, 1 ’étole croisée sur sa poitrine, la chape enrichie de pierreries qui couvre ses épaules et que soutiennent deux anges avec respect, rappellent un type familier à l’école de Byzance. Il tient le globe de la main gauche et bénit de la droite. Ces paroles du Cantique des Cantiques (iv, 7) que porte un long philactère, semblent sortir de sa bouche : « Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, et il n’y a pas de tache en vous; » Tota pulchra es, arnica mea , ei macula non est in te.
C’est autour de Marie elle-même que nous allons recueillir la plupart des symboles par lesquels les saints livres la désignent et dont chacun est comme une manifestation des vertus que la volonté divine a placées en elle.
Ces symboles sont au nombre de quatorze, annoncés sur autant de rolets.
Le Soleil et la Lune se présentent d’abord et rappellent ces mots du livre des Cantiques : « Quelle est celle-ci qui s’avance comme l’aurore naissante, belle comme la Lune, éclatante comme le Soleil? » Electa ut Sol, Pulchra ut Luna. Le Soleil est figuré par un astre à face humaine et à rayons ondoyants ; la Lune est représentée de trois quarts, pour marquer quelle sera bientôt dans son plein et signifier le prochain enfantement de Marie.
A gauche, brille « l’Etoile de la mer », Stella maris, appellation consacrée par l’Église dans l’office divin, et qui rappelle cette étoile sortie de Jacob dont il a été parlé plus haut.
Porta celi, « Porte du ciel ». Cette inscription se lit au-dessus du cintre surbaissé d’une porte de ville, flanquée de deux tours et fermée, dont Ézéchiel a donné le sens. « L’ange, dit le prophète, me montra la porte du sanctuaire, laquelle regardait l’Orient; elle était fermée. Et le Seigneur me dit : Cette
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
porte demeurera fermée et nul homme n'y passera, car le Seigneur Dieu d’Israël est entré par là. »
Tui-ns David cum propugnaculis. La Tour ou Cité de David occupait le sommet de la montagne de Sion ; l’arche d’alliance y fut conservée quelque temps. Et dans l’Ecclésiastique on lit : « J’ai trouvé mon repos dans la Cité sainte ». Aux yeux de l’Église, la Vierge est la montagne sainte où le véritable David a fixé sa demeure.
Or tus conclusus , — P ut eus aquarum vivencium, — Fons hortorum. « Le Jardin, le Puits, la Fontaine » trouvent leur explication dans ces paroles du Cantique des Cantiques : « Mon épouse est comme un Jardin fermé; la Fontaine de vos jardins est comme le Puits des eaux vives qui coulent avec impétuosité du Liban. » Ce sont autant d’allusions à la double qualité de mère et de vierge que l’Écriture reconnaît dans Marie.
Le Jardin est ordinairement confondu avec les autres emblèmes. Notre artiste en a tiré un parti merveilleux, en y plaçant la scène principale et en y faisant asseoir la Vierge. Deux licornes dressées contre les colonnes veillent a sa garde. Cet animal fabuleux était considéré comme un emblème de la virginité.
Le Miroir, Spéculum sine macula , qui paraît suspendu au bord de la fontaine, rappelle ces paroles du livre de la Sagesse (vi, 25) : « Elle est l’éclat de la lumière étemelle, le Miroir sans tache de la majesté de Dieu et l’image de sa bonté ».
Cedrus exaliata , Ohva speciosa , Plantacio rose. Ce sont encore des emblèmes de la vertu de Marie, d après ces paroles de l’Ecclésiastique : « Je me suis élevée comme le Cèdre du Liban, comme les Rosiers de Jéricho, comme un bel Olivier dans la campagne ». Le Cèdre et l’Olivier occupent d’une manière heureuse les deux extrémités de la tapisserie. Quant au plant de Rosiers, il est gracieusement placé devant la Vierge, et il y a pour pendant le Lis, Lilium inter spinas , autre emblème de Marie, suivant cette parole du Cantique des Cantiques (11, 1) : « Tel qu’est le Lis entre les épines, telle ma bien-aimée entre les jeunes filles ».
Aux pieds de Marie, se promène confiante une hermine au blanc pelage, autre emblème de la pureté virginale.
Enfin, on lit dans Isaïe cette prophétie (chap. xi) : « Il sortira un rejeton de la Tige de Jessé et une Fleur naîtra de sa racine ; » Virga J esse floruit. Cette Tige, c’est Marie, et la Fleur qui en sortira, c’est Jésus-Christ.
Le personnage placé à droite, témoin des perfections de la Vierge sans tache, proclame avec le livre des Proverbes (3 1) quelles « surpassent en nombre et en
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VIE ET MORT DE LA SAINTE VIERGE
éclat celles de toutes les vierges : Multce filice congregaverunt dmtias, tu supergressa es universas. C'est, du reste, ajoute celui de gauche, toujours avec le livre des Proverbes (ibid.), la sagesse du Très-Haut qui l’a formée de ses mains»: Operata est consilio manuum suarum.
Ne semble-t-il pas qu’en la proclamant parfaite et sans tache, Dieu lui-même s’admire dans son œuvre, et qu’après la conception de la Vierge, comme apres la création, il peut s’écrier que ce qu’il a fait ne saurait être mieux ? « Et vidit Deus quod esset bonum. »
HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE MARIE
(TAPISSERIE Di: XVIe siècle)