JOSEPH ET LES PRÉTENDANTS A LA MAIN DE MARIE
ette tapisserie et celle de la Visitation nous sont parvenues dans un fâcheux état, réduites dans leurs dimensions et mutilées dans plusieurs de leurs parties.
Elles comptaient, il est vrai, parmi les trois petites. Mais au lieu de j”, 90 sur 2", 50 que porte la tapisserie intacte de l’Assomption, nous n’avons ci que 2", 50 sur i”,} j .
Le haut a peu perdu avec la frise courante; les réductions du bas ont emporté la légende française et toute la partie inférieure des personnages.
Habituellement appendues à l'intérieur de l’une des portes du chœur, souvent relevées à leur partie inférieure, ces deux pièces avaient vraisemblablement fini, quand vint la Révolution, par ne pouvoir plus servir sans qu’on en sacrifiât quelque chose. Néanmoins elles ne paraissent pas avoir été délaissées par les jacobins, car elles portent dans leur restauration même des signes de leur passage. On le reconnaît au remplacement des armes de Lenoncourt, dans la Visitation, par un fragment de feuillage qui s’harmonise assez avec les parties environnantes ; et dans celle qui nous occupe ici, par un lambeau tout à fait hétéroclite.
Nous ferons la même remarque au sujet de la portion de figure qui surmonte ici l’autel, dans la scène secondaire. Cette figure devait certainement
HISTOIRE DE LA VIE ET MORT
s'ajouter à celles des compagnons qui entourent Joseph, et très probablement à gauche, si l’on en juge par l’attitude qui y est indiquée et par celle du personnage extrême de ce côté.
Tandis que, dans le haut à gauche du tableau, la sainte Vierge prie agenouillée devant l’autel, c’est saint Joseph que nous voyons entouré, au centre de jeunes gens armés tous d’une baguette, et qui lui font cortège au sortir du temple.
Marie, dit l’évangile de la Naissance de la Vierge, ayant atteint l’âge de quatorze ans, les prêtres consultèrent ses parents, à l’occasion de la fête des Encénies, sur le point de savoir si l’on ne devait pas la marier. C’était l’usage, en effet, que toute femme nubile prît un époux, et la loi voulait qu’une fille unique, comme était Marie, le choisît parmi les jeunes gens de sa famille. Marie opposait à ce projet, indépendamment du vœu d’Anne et de Joachim qui Lavaient vouée au service de Dieu, celui qu’elle-même avait fait et par lequel elle lui avait consacré sa virginité. Les parents décidèrent que, sans faire violence à la volonté exprimée par Marie, elle serait remise à l’un de ces jeunes gens qui voudrait l’accepter; et comme plusieurs des hommes de la famille de David, non encore engagés dans les liens du mariage, prétendaient à cette union virginale, on décida que Dieu désignerait par le sort celui qui lui serait agréable. On employa pour cela le moyen que le Seigneur avait prescrit lorsqu’il s’était agi de connaître sa volonté à l’occasion de l’installation d’Aaron dans la charge de grand prêtre ; chaque homme présent remit entre les mains des prêtres une baguette portant son nom, et toutes furent déposées dans le sanctuaire : celle de Joseph fut la seule qui donnât des bourgeons et des fleurs.
Or, Joseph était un ouvrier en bois, de la famille de David et habitant Bethléem; il avait atteint la maturité de l’âge; c’était un homme juste et qui était demeuré dans le célibat par amour de la chasteté. Chacun se plut donc à reconnaître que la main de Dieu s’était visiblement montrée dans le choix qui avait été fait de lui.
Ses compagnons le conduisent en triomphe, portant à la main la baguette qui a été inutile à chacun d’eux ; quant à lui, son humble attitude et le bâton qui soutient sa marche contrastent avec l’allure légère de ses compagnons et les félicitations bruyantes dont il est l’objet.
Un homme et une femme sortent du temple : ce sont apparemment sainte Anne et saint Joachim; plusieurs les font mourir avant le mariage de Marie, mais notre auteur n’a pas suivi ce sentiment.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Le sujet représenté étant unique et purement légendaire ne comportait pas de textes autres que les vers français qui occupaient le bas du tableau.
Comme détail on remarquera la variété des costumes, l’enceinte fortifiée qui tient au temple, le paon placé sur la corniche crénelée de la muraille, et la frise fleurdelisée placée au-dessus de l’ouverture qui permet à l’œil de pénétrer dans le temple.
histoire de la sainte vierge marie
(tapisserie DU XVIe siècle)