LE MARIAGE DE LA SAINTE VIERGE
D’ASMODEUsSarrafut préservée A Thobie Dieu l’avoit observée :
Isaac pour femme eut Rebecca la belle Et Joseph print Marie Vierge pucelle
Qui sept maris livra à mort cruelle.
Selon la loy fut joingt avecques elle. Car Abraham luy en dict la manière.
Que Dieu garda chaste, pure et entière.
a légende doit être d’abord l’objet d’une remarque. Le deuxième vers à gauche occupe dans la tapisserie la place du suivant. Il y a évidemment eu interversion à l’origine, car la restauration dont cette pièce porte la trace, notamment dans la frise supérieure du temple, ne paraît pas s’être étendue sur cette partie. Nous rétablissons l’ordre indiqué par le sens.
Deux faits bibliques qui offrent des rapports avec le mariage de la sainte Vierge sont annoncés dans cette légende et reproduits par l’artiste : le mariage du jeune Tobie et celui d’Isaac. Le dessinateur, en plaçant le premier à gauche, a entendu, comme la légende, lui donner la priorité ; il eût été plus conforme à la chronologie de parler d’Isaac et de Rebecca avant de mentionner Tobie et Sara : nous suivrons ce dernier ordre.
On sait comment Abraham envoya Éliézer à la recherche d’une jeune fille de sa famille pour en faire l’épouse de son fils, et comment Rébecca fut désignée par la Providence au choix d’Éliézer; on sait enfin qu’Isaac n’eut pas d’autre femme. C’est un premier point de ressemblance signalé par les Pères entre elle et Marie.
Il en est encore un second. Rébecca est désignée dans l’Écriture sous le
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HISTOIRE DE LA VIE ET MORT
nom d’Alma qui veut dire vierge cachée, inconnue aux hommes; et c’est aussi le terme employé par Isaïe dans la prophétie qui annonce la venue du Sauveur : L 'Alma, dit-il, concevra et engendrera un fils qui sera nommé Emmanuel.
Le peintre a suivi dans ce petit tableau la tradition juive. La scène se passe devant l’entrée du lieu saint; le grand prêtre, la tête recouverte d’un capuchon, joint les mains des deux époux; Rébecca, vêtue d’une robe magnifique dont un page porte la queue traînante, a la chevelure pendante et la tête ceinte d’une couronne de roses. Du reste, son nom, écrit à ses pieds, dispense l’esprit d’un effort de mémoire ; enfin, un vers explique le sujet : « La belle Rébecca est donnée en mariage à Isaac : »
Traditur Isaaco speciosa Rebeca marito.
C’est également par un vers que s’annonce le sujet qui sert de pendant à celui-ci : « Sara, veuve de sept maris, contracte une nouvelle alliance : »
Fédéra septenis Sarra percutit orba maritis.
Son nom, Sarra, et celui de son mari, Thobi F. (filius), ne laissent aucun doute sur les personnages. La seule différence que nous remarquions d’avec la scène précédente, c’est que le grand prêtre est costumé comme dans le mariage de la sainte Vierge, sans capuchon. Au-dessous de la scène du mariage de Tobie, on voit le diable qui enlève le septième mari défunt de Sara, tandis que les six autres gisent morts à terre.
Comme Rébecca, Sara fut désignée au jeune Tobie par des circonstances providentielles. On se rappelle qu’un ange, ou plutôt Dieu lui-même sous la figure d’un ange, conduisant Tobie dans le voyage prescrit par son père, ménagea en chemin cette union. C’est le choix divin qui assimile ici la sainte Vierge et Sara.
Quant à la circonstance de sept maris qui ont précédé celui que Dieu destinait véritablement à Sara, sans que cette dernière eût perdu sa virginité, elle n’a d’analogue dans le mariage de la sainte Vierge que celle de la présence des prétendants exclus, en faveur de Joseph, suivant la légende que nous avons rapportée.
i. Alma, en hébreu, signifie la vierge parfaite, de corps et d’âme; Bethula , celle qui est vierge de corps seulement; Naara, une jeune fille ou femme en général.
On voit, par les Mémoires de Pussot, que j’ai publiés, que de son temps on disait « l’Almairesse » pour Notre-Dame. On traduisait ainsi, je crois, le Mater aima de l’hymne à la sainte Vierge.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Le mariage de la sainte Vierge a également lieu devant le temple ; les portes en sont ouvertes, et il a toutes les formes extérieures d’une église de la Renaissance. L’arc surbaissé qui en décore l'étage supérieur abrite un sujet sculpté composé de trois personnages sur un fond étoilé, savoir : Dieu le père, assis, tenant d’une main les tables de la loi et bénissant de 1 autre ; à genoux, à ses côtés, deux anges en chape, qui balancent des encensoirs. Au-dessus de 1 arc on lit en grosses lettres ces mots : Templum Salomonis , interrompus par les armes du Chapitre et du prélat donateur, qui timbrent également les pilastres de côté.
Suivant la légende que nous avons rapportée plus haut, on vit, dans la cérémonie du mariage de Marie, les autres jeunes gens qui avaient prétendu à sa main, briser la baguette inutile qui leur avait été rendue, tandis que Joseph y portait la tige fleurie par laquelle la volonté divine s était manifestée en sa faveur . C’est ce qui se passe ici.
La simplicité du costume de Joseph contraste avec les riches vêtements que portent la Vierge et plusieurs des compagnes qui lui font cortège dans le temple et même au dehors. La couronne de l’épouse est, suivant la coutume, une couronne de roses, mais des pierreries y remplacent les roses naturelles.
N’oublions pas les deux personnages debout à droite et à gauche, dont la mise est des plus somptueuses. L’un fait parler Marie, d’après l’Ecclésiaste (ch. 7) : cc J’ai trouvé (dit-elle) un homme entre mille ; » Virum de mille unum reperi. L’autre dit, avec les Proverbes (ch. 51) : « Le cœur de son mari s’est confié en elle : » Confidit in ea cor viri sui.
L’éloge de Joseph et celui de Marie se trouvent également dans ces deux mots; les époux doivent y trouver leurs modèles.
Indépendamment des légendes que portent les philactères et des noms qui désignent quelques-uns des personnages, le vêtement de la femme somptueusement vêtue qui suit immédiatement la sainte Vierge en porte plusieurs, notamment au bas de sa robe, mais elles sont écrites en caractères ornés et composés dont on se servait en Flandre, et qu’il est impossible de reproduire ici.
HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE MARIE
(tapisserie DU XVIe siècle)