L’ANNONCIATION
Hauteur : 5m20. Largeur : 5n'r)0.
l’annonciation
Le vil serp'ent faulsement argua L’ange divin Marie salua :
Et Gédéon noble juge receupt Par la pluie ou la Rosée qui cheut
Nostre mère et enfin la deceupt.
Se humiliant le fils de Dieu conceupt.
Signe céleste au mondain territoire Sur la toison en signe de victoire.
(ij'ijl ve est la mère du genre humain ; l’Écriture nous apprend que c’est jjPrall à cause de cette qualité que Adam lui-même l’a ainsi nommée. I Sfgj Marie, selon la doctrine de l’Église, l’est aussi à son tour, comme mère du Rédempteur et comme ayant engendré à une vie nouvelle l’humanité rachetée et relevée par le Christ : aussi l’ appelle-t-on nouvelle Ève. Nous ne nous étonnerons donc pas de voir figurer ici la première femme, en face de l’Incarnation, et nous remarquerons que l’artiste la représente au moment où elle vient d'écouter les conseils du serpent, alors que le Seigneur apparaît et s’adressant à ce dernier, lui dit : « Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre les animaux : je mettrai une inimitié entre la femme et toi, entre sa race et la tienne. Elle te brisera la tête, et tu chercheras vainement à la mordre au talon (Genèse, ch. ni) . »
Le vers suivant, faisant allusion à cette promesse d’une Vierge mère, nous présente « le serpent (ou le tentateur) privé de sa force dès qu’une vierge enfante sans violence : »
Vipera vim perdit, sine vi pariente puella.
HISTOIRE DE LA VIE ET MORT
Isaïe en personne annonce, sans antithèse et sans jeu de mots, le même événement (ch. vu) :
« Voici qu’une vierge concevra et quelle enfantera un fils ; » Ecce virgo concipiet et pariet filium.
Remarquons en passant que cette figure d’Ève est absolument telle que la peignait Van Eyck, notamment dans les tapisseries du palais de Madrid.
En regard d’Ève déçue et recevant la promesse, l’artiste a représenté Gédéon demandant à genoux au Seigneur de lui donner un signe de la victoire qu’un ange vient de lui promettre en disant : « Le Seigneur est avec vous, vaillant guerrier ; » Domimis tecum, vir foriissime. « Je mettrai, dit le guerrier, cette toison dans l’aire : et si toute la terre demeurant sèche, la rosée ne tombe que sur la toison, je reconnaîtrai que vous vous servirez de ma main pour délivrer Israël. » Ce prodige accompli, Gédéon en demande un second : « Faites, Seigneur, que toute la terre soit trempée et que la toison seule demeure sèche. » Le Seigneur exauce sa prière et fait descendre du nuage où il se montre des gouttes de rosée sur la toison, ce qu’exprime ce vers :
Rore madet vellus, permansit arida tellus.
C’est aussi ce à quoi fait allusion cette parole du psaume 71e, que David nous rappelle à son tour : « Le Seigneur descendra comme la pluie sur la toison ; » Descendet Dominus sicut pluvia in vellus.
Prêt à partir pour le combat, Gédéon est armé de toutes pièces : chemise de mailles, cuirasse, jambières, brassards, épée ; son casque est déposé à terre, par respect, et il conserve seulement sur sa tête une sorte de calotte côtelée. Non loin de lui, au pied de la montagne, se tiennent ses officiers, armés pareillement et prêts à le suivre.
Quand le Christ est né mystérieusement de la Vierge, disent les Pères, il est descendu comme la pluie sur la toison, afin d'opérer le salut des hommes. Suivant eux aussi, cette toison tantôt humectée, l’aire ne l’étant pas, tantôt sèche, quand faire est humide, figure la chair du fils de Dieu prise de la chair de Marie, sans dommage pour sa virginité.
Aussi voyez quelle solennité notre artiste a donnée à l’annonce de ce grand événement. Comme toujours, la scène de l’Annonciation se passe dans la chambre même de la Vierge. Elle a pour cadre deux pilastres élégamment ornés, couronnés d’une arcade surbaissée dont les retombées sont reçues par un entablement inter-
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
terrompu1 et soutenu par des consoles. L’intérieur offre les détails ordinaires d’un appartement : lit à baldaquin, à dossier capitonné, et sur lequel se détache, dans un cadre, l’image de Moïse; bahut couvert d’une nappe, étagère pour placer quelques livres, armoire en forme de prie-Dieu pour y serrer les plus précieux. La Vierge y est agenouillée, la tête enveloppée d’une auréole et pudiquement couverte à demi par son manteau, un livre ouvert devant elle, au moment où l’envoyé céleste se présente, le bâton duhérault à la main, vêtu d’une aube, d’une étole et d’une chape splendide. Il la salue du geste en disant : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous: » Ave, Maria , gracia plena, Dominus iecum. Elle fait un geste d’étonnement, quand il ajoute qu’elle enfantera un fils, et que le saint enfant sera appelé le Fils de Dieu.
La virginité de Marie est annoncée ici par le lis qui fleurit dans un vase posé entre elle et l’ange. La conception du Verbe l’est à la fois par la présence du Saint-Esprit qui plane au-dessus d’elle, et par celle du Seigneur lui-même, assis dans la gloire, et dont le rayonnement lumineux s’étend jusqu’à elle, suivant cette parole ajoutée par l’ange : « L’Esprit saint viendra en vous et le Très-Haut vous couvrira de sa puissance. » La Vierge répondant à l’envoyé : « Qu’il me soit fait suivant votre parole, » efface par sa foi la faute causée par la crédulité d’Ève, et la rédemption dont elle consent à être l’instrument devient une divine revanche de la chute.
Dieu le père est environné d’archanges qui forment autour de lui un triple cercle lumineux, alternativement rouge et bleu; il bénit de la main droite; il porte le costume que nous avons déjà remarqué, l’aube, f étole, la chape et la couronne royale fermée, avec le globe dans la main gauche. Son envoyé a le même costume, à part la couronne ; et, ce qui relève surtout ici la mission que ce dernier vient accomplir, une longue suite d’anges vêtus de tuniques somptueuses lui fait cortège. Cette particularité est des plus remarquables; nous la croyons fort rare dans l’art et elle est ici du plus magnifique effet.
N’oublions pas de mentionner Joseph, qui vaque aux occupations de son état dans une pièce voisine, sans se douter de l’honneur qui est fait à Marie.
Un vers inscrit sur l’arc terminal du cadre résume le sujet en disant : « La Vierge saluée par l’ange conçoit sans recevoir aucune atteinte : »
Virgo salutatur, intacta manens gravidatur.
i . On retrouve en petit dans cet entablement une partie des motifs d’ornementation de la frise qui couronne chaque tapisserie.
VIE ET MORT DE LA SAINTE VIERGE
Le tapissier avait écrit : innupta, qui voulait dire « sans mariage, » sinon sans noces; le mot a été corrigé au pinceau'. On a usé du même procédé pour dissimuler davantage, au moyen de feuillages, la nudité d’Ève; malheureusement le déguisement n’a pas été fort adroit. En elle-même, cette figure d’Ève est absolument telle que la peignait Van Eyck, notamment dans les tapisseries du palais de Madrid.
On remarquera, dans la première scène, que le serpent a pris la tête d’un beau jeune homme pour arriver plus facilement à convaincre la femme ; que, par suite, Adam, dont la présence eût été gênante, est absent; enfin, particularité conforme à la tradition, que Dieu a choisi pour lieu de son apparition l’arbre témoin de la désobéissance de la femme. Sa main droite est levée pour la remontrance, non pour bénir; aussi est-elle entièrement ouverte.
i . Suivant les anciens règlements, les corrections et additions de ce genre ne devaient être faites qu’avec « de blanche craie, terre rouge ou noire ».
HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE MARIE
(tapisserie du X vir siècle)