L ADORATION DES MAGES
Comment Abner alla devers David Il l’adora aussi tost qu’il le vid Trois Rois aussi Jhesus filz de Marie De Salomon la haulte seigneurie
Gai et joieux, plain de chevallerie, Comme roial, par prudente industrie.
Adorent Jhesus Crist humblement.
Fut adoré par Saba haultement.
é à Bethléem comme Jésus, sacré roi par l’ordre de Dieu, prophète autant que roi, David, plus qu’aucun personnage de l’ancienne loi, présage le Messie. Au témoignage des Pères, c’est à la fois de Jésus et de David qu’il faut entendre ces paroles de l’Écriture : « J’ai trouvé David mon serviteur, et je l’ai sacré avec l’huile sainte. » Rien donc d’étonnant de voir assimilé ici l’avènement du Christ sur terre à celui de David après la mort de Saül et de Jonathas. Abner, qui avait longtemps soutenu le parti de ces derniers, finit par se ranger à l’autorité de David (Rois, liv. II, ch. iii). Le vers inscrit au sommet de la tente sous laquelle David est assis, en faisant allusion à cet événement, qui mit fin à la division du peuple de Dieu, le rapproche du fait principal, qui est l’hommage des nations étrangères, apporté en leur nom par les Mages aux pieds du roi naissant d’Israël. « Ces étrangers, y est-il dit, représentent les nations qui désirent se réunir sous l’autorité du Christ : »
Plebs notât hæc gentes Christo jungi cupientes.
La scène, du reste, est fort simple. Abner agenouillé, David assis sur le trône,
sont désignés tous deux par leur nom ; quelques courtisans les entourent.
HISTOIRE DE LA VIE ET MORT
Le petit tableau qui fait pendant à celui-ci n’est pas plus compliqué : un dais de forme carrée, soutenu par des montants semblables à ceux de nos dais de procession ; le roi Salomon assis sous ce dais, le sceptre en main ; à côté de lui quelques courtisans; et devant, la reine de Saba à genoux, qui exprime son admiration pour la sagesse du prince et le bel ordre de sa capitale, suivie de quelques femmes portant l’or, les pierres précieuses et les parfums qu’elle désire lui offrir (Rois, liv. III, ch. x).
Salomon est encore aux yeux des Pères une figure du Christ, et, ainsi que le dit le vers inscrit sur le dais, « Sous la figure de cette reine, les nations étrangères viennent rendre hommage au Christ : »
Hec tipice gentem notât ad Cristum venientem.
David et Isaïe figurant au bas du tableau comme prophètes , complètent cette idée, en disant, l’un : « Les rois de la mer et des îles vous offriront leurs dons : » Reges Tarsis et insuie munera offerenl (p. 71) ; le second : « Et ces rois vénéreront les vestiges de vos pas : » Et adorabunt vestigia pedum tuorum (Is. 60).
Après les figures et les prophéties, rappelons le récit évangélique.
Jésus étant né, des Mages vinrent de l’Orient à Jérusalem, et demandèrent où se trouvait le nouveau roi, disant qu’ils avaient vu son étoile en Orient et qu’ils venaient pour l’adorer. Cette étoile, nous l’avons dit plus haut, avait été prédite par Balaam, et il existait dans l’Orient une ancienne tradition d’après laquelle un roi devait sortir de Juda et étendre son pouvoir sur tout l’univers. Instruits par Hérode du lieu où les livres saints fixaient cette naissance illustre, guidés par la même étoile, ils arrivèrent à Bethléem; l’étoile s’étant arrêtée, ils entrèrent dans la maison qui leur était signalée par elle, et y trouvant l’enfant avec Marie sa mère, ils l’adorèrent. Puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent pour présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Quoique le récit sacré donne le nom de maison au lieu où se trouvait l’enfant, ce n’en est pas moins l’opinion commune que l’étable fut le théâtre de l’adoration des Mages comme elle fut celui de l’adoration des bergers. Aussi notre artiste a-t-il conservé le même cadre. Le faîte de l’édifice est encore occupé par des anges, et sur la banderole qu’ils soutiennent on lit que « l’Incarnation du Verbe est accomplie : » Verbum caro factum est. Dans l’un des vides de la charpente on aperçoit l’étoile dont la clarté illumine tout le fond et surtout l’intérieur de la scène. Les bergers se sont retirés au dehors et se contentent de regarder. A l’intérieur, la Vierge assise, tient l’enfant divin sur ses genoux : c’est là le véritable
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
trône de grâce où il doit recevoir les prémices des adorations de l’univers. Les animaux se sont retirés dans une pièce voisine, et Joseph a préparé quelques vivres sur une table. Cependant les rois sont descendus de leurs montures que tiennent quelques-uns de leurs gardes, tandis que d'autres sont arrêtés à cheval sur les côtés de l’édifice. Déjà l’un des trois rois, le plus âgé, suivant la tradition iconographique, est à genoux, les mains jointes, la tête découverte, devant l’enfant qui le bénit. Le vase qui contient son offrande est ouvert à ses pieds. Un second s’avance également avec son offrande, et le troisième reçoit la sienne des mains d’un page, pendant qu’un de ses gens tire d’une cassette les autres objets précieux qu’il a apportés. Ce dernier mage est jeune, sans barbe, et de race nègre, suivant la tradition; la légende le nomme Balthasar. La bride de l’un des chevaux à gauche porte en lettres analogues à celles que nous avons recueillies dans le tableau du Mariage : AWTH. Sur celle d'un autre cheval voisin du précédent, et que tient un valet, on lit également, d’un côté, la lettre A, et de l’autre un N. Il n’y a là rien qui rappelle ce nom, non plus que celui de Gaspar que portait le plus âgé, ni celui de Melchior, que portait le troisième.
On voit encore quelque chose d’écrit sur le fourreau d’épée d’un hallebardier, à droite; nous y distinguons NIV, lettres auxquelles il est difficile de donner un sens.
Cette pièce offre des particularités charmantes, entre autres ces douces figures de pâtres qui regardent du dehors. Il y en a également de singulières, inspirées par l’amour des détails qui est une des habitudes de l’époque, tels que la table ronde déjà mentionnée, le singe attaché par une chaîne à l’un des piliers de la crèche, le hibou perché au sommet, le paon posé sur une muraille du côté droit.
HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE MARIE