LA PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE
Comment jadis une chascune femme Son premier filz : Marie la noble dame Son filz Jhesus, pour la loy contempter,
De Samuel est assez à noter
Au temple alloit affin de présenter Très humblement y a voulu porter Et n’en avoit quelque nécessité.
Que en pareil cas fut au temple porté.
a loi voulait (Exode, ch. xm) que tout premier-né, tant des hommes que des animaux, fût présenté à Dieu comme lui appartenant (Nombres, ch. vin).
La loi (Lévitique, ch. xn) prescrivait en outre que la femme qui mettait au monde un enfant mâle le fît circoncire le huitième jour, et qu’elle-même fût purifiée de la suite de ses couches trente-trois jours après; qu’alors elle apportât à l’entrée du tabernacle du témoignage et présentât au prêtre un agneau d’un an pour être offert en holocauste, ou bien deux tourterelles ou deux petites colombes, si elle n’avait pas le moyen d’offrir un agneau.
C’est l’accomplissement de cette double prescription que rappelle la présente tapisserie.
L’un des petits tableaux, celui de gauche, a pour objet la première. Un enfant est présenté au prêtre par ses parents, sous un dais, au lieu indiqué par le Lévitique pour cette cérémonie, ainsi que le rappelle ce vers latin :
Hic presentatur partus prior ut predimatur
« Ici est présenté tout premier-né pour être racheté, »
i. Sic, pour redimatur. — Dans la légende française, contempter est pour contenter.
HISTOIRE DE LA VIE ET MORT
Le tableau de droite reproduit une scène semblable, mais l’enfant présenté est Samuel, qu’Anne sa mère consacre au service de Dieu, et que l’Église considère comme une des figures du Messie sauveur. Un vers tracé sur le petit dais circulaire qui abrite l’autel rappelle cette assimilation de Samuel avec le Christ, et de la consécration du premier à la présentation du second : « C’est bien l’offrande de vous-même, ô Christ, que figure celle de Samuel. »
Oblatum Christum Samuel te dénotât ipsum
« Le moment où Marie devait se purifier, selon la loi, étant arrivé, dit saint Luc, elle et Joseph apportèrent l’enfant à Jérusalem pour l’offrir au Seigneur: » Tulerunt ilium in Jherusalem ut sisterent eum Domino, comme on lit à l’intérieur du portique où se passe la double cérémonie de la Présentation de Jésus et de la Purification de sa mère.
L’entrée en est marquée par deux pilastres ornés d’arabesques, qui soutiennent une corniche surmontée de trèfles et de têtes d’anges, et amortie par de légères consoles. Une suite de colonnes de marbre reliées par des arcades, paraît le séparer d’une vaste nef qu’éclairent de hautes fenêtres géminées. De l'autre côté, sous un édicule orné de pilastres, que surmonte l’arche en forme de reliquaire, est un autel préparé pour y déposer les offrandes. Le prêtre reçoit l’enfant divin des mains de sa mère qui est agenouillée. Derrière elle on remarque une parente, sainte Anne sans doute, portant dans un panier l’offrande habituelle des gens peu fortunés ; puis saint Joseph tenant de la main droite un cierge allumé ; à côté, une femme dans laquelle, à la maturité de ses traits et au geste d’admiration de ses mains, on reconnaît la prophétesse Anne ; elle vivait au temple dans l’attente de l’avènement prochain du Messie, et « étant survenue se mit à louer le Seigneur et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël.»
A la suite sont des parents et d’autres personnes venues au temple pareillement pour accomplir la loi, car on voit derrière Joseph une femme tenant un cierge.
Du côté opposé de l’autel, un vieillard paraît s’entretenir vivement avec un autre homme. Ce vieillard est Siméon, homme juste et craignant Dieu, dit l’Évangile, qui attendait la consolation d’Israël. L’Esprit-Saint lui avait révélé qu’il ne mourrait pas sans avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint donc au temple, conduit par l’Esprit de Dieu ; et prenant l’enfant dans ses bras, il bénit Dieu en disant :
i. Le mot Christum est écrit XPM en employant les lettres grecques équivalentes à chr, plus un signe abréviatif. Il en est de même dans l’inscription placée au-dessus de l’entrée du temple.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
« Maintenant, Seigneur, vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous avez destiné pour être manifesté à tous les peuples, comme la lumière qui éclairera les nations et la gloire d’Israël votre peuple. »
Une légende latine à hémistiches rimés, inscrite sur la corniche du cadre de la scène principale, et coupée en deux par un médaillon qui représente Moïse, résume ces faits : « La Vierge offre le Christ, et ce vieillard Siméon le reçoit. »
Virgo libenter Christum — Simeon is recipit istum.
Il est bon de remarquer que si ces mots semblent confondre en un seul personnage le vieillard Siméon et le prêtre à qui la Vierge présente son fils, l’artiste est exempt de cette erreur qui se généralisa depuis.
Sous la corniche dont nous venons de parler, se voit une frise sculptée en haut relief qui représente un combat. C’est une évidente imitation de l’antique, sans rapport avec le sujet, mais qui a son excuse dans les habitudes du temps.
Les deux personnages prophétiques qui occupent le bas du tableau ont particulièrement en vue l’hôte divin que reçoit en ce jour le temple de Jérusalem. « Le Seigneur est dans son saint temple, » dit David (Psaume io), à gauche: Dominus in templo sancto suo. « Il viendra dans son saint temple, dit à droite Malachie (chap. ni), le roi que vous cherchez ; » Veniet ad lemplum sanctum suum dominator quem vos queriîis. Ces paroles semblent s’adresser particulièrement d’un côté au jeune garçon qui s’approche de l’entrée et que suit de près une jeune fille (peut-être Lazare et Marie-Madeleine) avec leur mère ou leur sœur ; de l’autre, aux malheureux qui attendent du Sauveur le soulagement de leurs misères. Un boiteux, dont la jambe malade est entourée de linges, vient de s’asseoir sur le seuil du temple, sa béquille sous le bras, sa sébile à la main. Une femme s’achemine péniblement vers le même but, soutenue par deux crosses. Plus loin, un malheureux qui était étendu à terre et qui attendait avec son chien l’aumône des passants, se lève pour en faire autant. Tous se réjouissent de l’arrivée du Rédempteur, mais plus que les autres les malheureux pour qui il est venu principalement.
La nappe de l’autel, dans l’une et l’autre scène secondaire, porte les inscriptions suivantes :
Autel situé à la droite du spectateur :
OFINEO Cil [ TO IONI.
HISTOIRE DE LA SAINTE VIERGE MARIE
(TAPISSERIE DU XVIe SIECLE)